‹ Doctrine de l'Ecole de Rio de Janeiro et pathogénésie BrésilienneChapitre 46 sur 285 · APPLIQUER UN SEUL MÉDICAMENT A LA FOIS · texte numérisé non relu

APPLIQUER UN SEUL MÉDICAMENT A LA FOIS

s'appelle un art, l'art de formuler; art qui a ses règles, ses exceptions, ses principes ; art qui progresse, se modifie et se transforme; art qui est le complément de l'éducation médicale. Il y a des médecins qui formulent élégamment. Il y a des formules plus ou moins brillantes ; il y en a de surannées et inusitées; il y en a de pédantes. Heureux le malade quand les plus élégantes ou les plus triviales ne renferment pas des composés capables d'exposer ou de détruire la vie ! Heureux le médecin dont le pharmacien surveille les écarts et répare les erreurs, et les accouplements de substances qui hurlent de se trouver ensemble! Que de fois, en effet, la composition ordonnée pour faire des pilules ne s'est-elle pas trouvée liquide, tandis que, par compensation, on peut servir sur une assiette le looch, qu'on devait boire par cuillerées !

Ces inconvénients sont graves, et cependant ils sont bien peu de chose à côté de tous ceux que la complication des formules entraine avec elle. Lorsque les premiers hommes cherchèrent des remèdes à leurs maux, ils opposèrent une seule substance à chaque maladie. C'est le régne végétal qui fournissait les principaux matériaux de ces médications innocentes, et de là vient le nom de simples, donné aux plantes consacrées à cet usage. Le résultat de chaque traitement se transmettait par la tradition orale ou par des inscriptions votives appendues dans le temple d'Esculape, dont les colonnes devenaient ainsi un mémorial de thérapeutique populaire. L'art de guérir, réduit à une pratique aussi vulgaire, doit paraître une chose bien méprisable aux doctes Esculapes du dix-neuvième siècle, dont la bibliothèque, et quelquefois la mémoire, renferme des milliers de volumes. Voyons cependant de quel côté était la véritable richesse.

Tant que le médecin n'administre qu'un médicament à la fois, il peut apprécier celui qui se montre le plus efficace dans chaque maladie qu'il traite, et si le fruit de tous ses traitements partiels est réuni et coordonné, il peut en déduire des connaissances empiriques, qui le guident dans les cas analogues qui se présentent à sa vue. Cette route est sans doute bien longue et bien imparfaite; elle aurait exigé bien des siècles pour obtenir les résultats que Hahnemann a obtenus en vingt-cinq ans; mais enfin elle aussi menait au but, et aurait soulagé bien des souffrances. L'orgueil et l'impatience, [si naturels à l'esprit humain, l'ont bientôt écarte

d'une méthode aussi naturelle. On donna successivement plusieurs médicaments différents dans la même maladie , et enfin quelque médecin, que ses contemporains prirent peut-être pour un grand homme, imagina d'en mêler plusieurs et de les administrer simultanément. Erreur immense ! faute irréparable ! que les souffrances de tant de billions de créatures humaines ont si cruellement expiée !

Dés lors il fut impossible de distinguer quelle substance avait le plus contribué à une guérison, toute observation devint incertaine, et l'art de guérir, renfermé dans un cercle vicieux, tomba bien audessous de l'empirisme le plus grossier.

Poursuivi par le sentiment de son ignorance sur les qualités propres à chaque médicament, le médecin a cru suppléer à cette ignorance en multipliant le nombre de ses moyens d'action, comme si le résultat de plusieurs éléments inconnus n'était pas plus obscur encore que celui d'un seul. D'autres fois, le médecin pense à diminuer l'action d'une substance reconnue utile dans un cas donné, en lui adjoignant un antidote ; mais quel moyen a-t-il d'obliger l'antidote à neutraliser seulement les propriétés nuisibles, et de respecter les propriétés curatives ?

Écartons nos regards de ce spectacle honteux. Chaque jour le nombre des formules compliquées diminue même parmi les médecins ; elles trouvent chaque jour de plus rares et de plus timides défenseurs. L'allopathie elle-même ressent graduellement l'influence salutaire de la grande réforme de Hahnemann. Examinons les principes que ce grand homme a posés.

Les effets de plusieurs substances administrées simultanément ne se manifestent plus dans leur pureté et leur totalité, mais il se produit un effet mixte complètement nouveau, et que l'on ne peut déterminer par aucune prévision.

Toute substance expérimentée sur l'homme sain donnant naissance à des milliers de symptômes, il n'est point nécessaire, dit-il, d'en administrer plusieurs pour répondre aux différents symptômes d'une maladie. Avec un peu d'études, la matière médicale pure fournira toujours un médicament qui réponde à la majorité des symptômes et, seul, modifie assez la maladie pour que la nature puisse sedébarrasser par elle-même de l'ennemi qui l'opprimait. S'il est mal

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