‹ Doctrine de l'Ecole de Rio de Janeiro et pathogénésie BrésilienneChapitre 85 sur 285 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

toutes les espérances illusoires fondées sur l'action curative du venin du Crotalus. Maintenant, que conclure de ce fait? Que le praticien qui l'a conseillé a été imprudent et mérite un blâme? A Dieu ne plaise que nous commettions une pareille injustice ! Un malade a succombé à une expérience clinique ; mais gloire au courage héroïque avec lequel il a bravé la piqûre du serpent; honneur au zèle du praticien qui l'a décidé à jouer une existence, désormais flétrie, contre une chance, quoique incertaine, de guérison. Le malheureux M.-J. Machado a évité les douleurs de toute espèce qui l'attendaient pendant quelques années de misère ; mais quel bonheur pour lui et ses compagnons d'infortune si le spécifique de leur affreuse infirmité eût été découvert! quelle gloire pour le médecin qui lui aurait ouvert cette porte de salut!

Cependant un meurtre a été commis en cette occasion , et si les individus peuvent être absous d'y avoir contribué, honte sur la science trompeuse qui n'offre que des ressources pareilles pour augmenter ses connaissances ; honte à la doctrine homicide qui se nourrit des pleurs et du sang des victimes, et qui chaque jour immole à ses périlleux essais plus de malheureux que n'en moissonna jamais l'épée des conquérants, qui convertit en boucherie les hôpitaux où le pauvre vient avec confiance demander du soulagement à ses maux. En vain prétend-on que ces essais sont innocents et faits avec toute la prudence nécessaire. La mortalité effrayante qui en résulte les condamne assez, et si un aveuglement coupable ferme les yeux sur ces morts ignorées qu'un traitement empirique amène peu à peu, l'humanité veut qu'une voix éclatante mette un terme à ces forfaits répétés, en dénonçant à la raison humaine un meurtre commis publiquement au nom de la science vieillie. Ainsi, pendant de longues années un lâche empoisonneur immole par des breuvages mortels tout ce qui nuit à ses projets ambitieux et à sa cupidité ; en vain le soupçon plane autour de sa demeure et agrandit un cercle de solitude autour de lui , il échappe par ses ruses perfides à l'action des lois et brave les recherches de la justice. Mais un jour le poison ne suffit plus à sa rage meurtrière, le fer brille dans ses mains, et une nouvelle victime tombe à ses pieds; mais ses cris, mais son sang, mais l'arme vengeresse crient contre le meurtrier, qui expie enfin sur l'échafaud tous ses crimes si longtemps impunis.

DE CROTALUS CASCAVELLA. 127

Ainsi doit-il en être de l'allopathie. Elle doit succomber en expiation de toutes les expériences aussi criminelles, mais moins éclatantes que celle qui a épouvanté cette capitale il y a peu d'années. Cet homicide solennel, commis au grand jour et de sang-froid, au nom de la science, n'aura pas été inutile s'il a préparé l'avènement glorieux de la pathogénésie homéopathique, si consolante pour le malade, si glorieuse pour le médecin qui en est l'auteur. Oui, cette grande et salutaire rénovation, que nous tentons aujourd'hui, ne peut tarder plus longtemps. Si, il y a quatre ans, lorsque le nom de Hahnemann avait à peine retenti sur ces plages lointaines, il eût encore été possible de tuer un homme pour essayer un médicament, nous osons croire que personne aujourd'hui n'oserait proposer, ni ne voudrait accepter ce moyen barbare de découvrir la vérité.

On verra, en parcourant les symptômes de Crotalus recueillis sur l'homme sain, que cette substance produit, en effet, peu de symptômes analogues à ceux de la lèpre tuberculeuse, et que par conséquent il doit bien rarement modifier assez favorablement la santé d'un lépreux pour amener sa guérison. Heureusement l'homéopathie, en dissipant cette illusion, offre de nombreux moyens de trouver des agents plus efficaces, et les succès que nous avons déjà obtenus, grâce à eux, nous donnent l'espoir de voir bientôt disparaître cette affreuse maladie, aussi bien que l'éléphanthiase des Arabes, qui ne résiste presque jamais à l'action des médicaments dynamisés.

Le Crotalus deviendra un utile supplément du Lachesis, expérimenté sur un autre point de ce continent par notre collègue le docteur ïïering, et son action, que je crois plus longue et plus profonde, achèvera bien des guérisons que le premier aurait laissées inachevées.

L'individu dont le venin a été extrait avait été pris dans la province du Céara. Une circonstance singulière caractérise le moment de cette opération. J'étais assisté par le jeune praticien qui, seul contre tous, avait protesté énergiquement, quatre ans auparavant, contre l'expérience tentée sur le malade de l'hôpital des lépreux, dont il était en ce moment médecin en chef. Son cœur, par une noble inconséquence, se révoltait contre cette application des théories médicales en honneur. Peu après, par une rare abnégation,

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