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Doctrine religieuse

Je vous offre ici, mes Frères bien-aimés, un petit livre fait pour vous, et entièrement pour vous. J'y ai réuni en abrégé, du mieux que j’ai pu, et j'y ai exposé, en le mettant à votre portée, tout ce qu’il vous est nécessaire de savoir sur les devoirs particuliers de votre état. Le besoin que vous aviez d’un pareil ouvrage, et les désirs que m'ont sur ce point témoignés expressément plusieurs d’entre vous, me font espérer que vous accueillerez mon livre avec bienveillance, et même peut-être avec quelque sentiment sincère de reconnaissance. Je veux cependant vous l’offrir, de mon côté, en signe de gratitude pour la grande charité qu'ont toujours exercée envers moi ceux d’entre vous avec lesquels j'ai eu à vivre en Religion.

En échange, je ne vous demande autre chose que ce qu’exige de vous votre propre intérêt, votre propre bonheur, Vous comprenez tout de suite que c'est de vouloir bien profiter de ce travail pour votre avantage spirituel,

Lisez et relisez avec attention ce pelit livre ; apportez en le lisant un désir sincère d’y apprendre vos devoirs, et une ferme résolution de les accomplir exactement. Je suis du reste persuadé que vous vous empresserez de le faire ; car vous n’ignorez pas que le moyen d'assurer efficacement votre salut éternel c’est précisément de connaître et de pratiquer vos obligations.

Comme avant d'entreprendre la lecture de cet ouvrage vous pourriez désirer, et même vous auriez droit d'exiger de moi quelques mots, au moins sur son ensemble, je vais vous satisfaire sur-le-champ, et je le ferai d'autant plus volontiers que cela pourra vous aider à mieux comprendre ce que vous lirez, et à en tirer plus de fruit.

Je commence par vous faire observer le titre même, Doctrine religivuse. 11 indique mon intention de vous instruire non-seulement sur les constilutions de notre Ordre, mais encore sur chacun des devoirs qui vous sont communs avec-tous les Religieux, soit à cause des vœux, soit à cause de l'obligation de tendre à la perfection.

C’est parce que j’ai voulu vous considérer d’abord simplement comme Religieux, et puis comme Religieux dominicains, que j'ai partagé l'ouvrage en deux parties. Dans la première je vous parle des obligations que vous avez comme Religieux, dans la seconde je vous parle de celles que vous avez comme Religieux dominicains. Il est vrai que quelquefois je rapporte dans la première partie certaines lois parliculières à notre Ordre, et dans la seconde certains règlements qui s'appliquent à tous les Ordres, mais vous pourrez voir que je ne l’ai fait qu'accidentellement , et parce que ces lois ou ces détails ne pouvaient trouver une place plus convenable,

Quant à la forme, j'ai voulu procéder en tout par demandes et par réponses. De cette manière, trouvant ici vos

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devoirs de Religieux exposés tout au long suivant la méthode qui a été employée dans le Catéchisme pour vous enseigner vos devoirs de chrétiens, vous pourrez les apprendre plus facilement, et répondre plus sûrement aux questions que l’on pourrait vous faire sur cette matière.

Comme c’est suivant la règle de Saint-Augustin que nous faisons profession ; comme cette règle est la base de notre législation tout entière ; que nous devons la lire une fois par semaine, et que d’ailleurs elle est assez courte, je l’ai placée tout au long à la fin du volume, traduite en langue vulgaire aussi exactement que possible.

Mais vous êtes peut-être désireux avant tout de savoir si ce que je vous enseigne dans celte Doctrine est entièrement conforme à la vérité, et si je n’y ai pas de mon chef mêlé bien des choses inexactes. Eh bien! si vous voulez que je vous réponde moi-même là-dessus, je puis vous dire en toule sincérité que j'ai positivement fait tout ce que j'ai pu pour ne rien avancer que l’exacte et pure vérité, telle que je l'ai trouvée et apprise par moi-même aux sources les plus accréditées et les plus sûres, si bien qu'il n’y a de moi ici que la peine qu’il m’a fallu prendre pour recueillir les documents et les mettre dans l’ordre où vous les trouverez. Encore que pour ne pas mulliplier outre mesure les citations je me sois borné presque uniquement à celles des lois de l’Église ou de notre Ordre, je puis vous affirmer que je vous aurais apporté, si je l’avais voulu, pour confirmer les autres points, des témoignages sans nombre de théologiens et de maitres de la vie spirituelle,

Si cette déclaration, parce qu’elle est de moi, ne vous paraissait pas suffisante, observez que vous avez ici même, en faveur de ce faible travail, une recommandation qui ne peut laisser dans vos esprits aucun lieu au doute ni au soupçon. Comme vous pouvez le voir, l'impression de ce caté-

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chisme a été approuvée par le supérieur général de notre Ordre, le Révérendissime Père Fr. Alexandre-Vincent Jandel, sur le compte rendu favorable de deux théologiens de notre Ordre auxquels il en avait confié la révision. Or vous savez tous très-bien, au moins par la voie de la renommée, comment, pour notre bonheur, d’abord fidèle compagnon de lillustre Père Lacordaire dans l’héroïque entreprise du rélablissement de notre Ordre en France, il a été, par un trait merveilleux de la Providence divine, établi par notre immortel pontife Pie IX à la tête de l’ordre entier, et comment, digne successeur de notre Père saint Dominique, et plein de son esprit, il s'emploie sans relâche à faire refleurir parmi nous l’observance régulière en même temps qu’il renouvelle partout la jeunesse de notre Ordre. Pouvez-vous maintenant supposer que lui-même aurait voulu confier l’examen d’un ouvrage qui roule tout entier sur l’observance régulière, je ne dis pas à des hommes incapables, mais à des hommes qui n'auraient pas été les plus aptes à en bien juger ? ou bien voulez-vous dire que des théologiens choisis par lui, et qui sont d’ailleurs déjà en crédit dans notre Ordre pour leur vie exemplaire et leur science, auraient abusé de la confiance dont les honorait le révérendissime Père, manqué à leur devoir et trahi la vérité? Non, certes, je ne puis supposer de pareils jugements chez aucun de vous.

Que conclurons-nous donc, mes Frères, sinon qu'il vous faut déposer toute hésitation sur la véracité ou l'exactitude de cette Doctrine, et vous y appliquer sérieusement. Ayez en second lieu, comme je vous disais, un vrai désir d’y apprendre vos obligations et une ferme résolution de les mettre en pratique. Faites-le, mes très-chers Frères, avec out le soin, tout l'empressement que mérite une affaire qui touche d'aussi près votre salut éternel. Vous le savez bien, au tribunal de Dieu, nous autres Religieux, non-seulement nous

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devrons rendre compte de toutes les transgressions contre ses divins commandements comme tous les autres chrétiens. mais encore de tous les manquements aux obligations particulières que nous avons comme religieux ; or personne ne pourra alors s’excuser sur ce qu’il n’a pas connu ces devoirs, parce que nous pouvions très-bien les connaître et les apprendre.

Enfin si, comme je l’espère, en vous servant de ce petit travail, vous en éprouvez quelque bien, je vous prie, mes très-chers Frères, de vous souvenir de moi dans vos prières, que je sois mort ou vivant; vous ferez là une grande charité à votre très-affectionné Père en Jésus, Marie et saint Dominique.

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