On pourrait rapprocher de l'épigramme de Marbode ces vers
blessaient Torgaeilleux abbé de Vendôme : ils ne devaient pas peu ajouter à son ressentiment contre les diocésains. Pour répondre à ces attaques, Geoffroi employa le raisonnement qui lui fut toujours habituel : c'était Rome qui conférait ces insignes: ceux-ci n'avaient donc point lieu de réclamer. « Assurément, dit-il à Tévêque de Chartres, Geoffroi, quand il concède à des abbés les ornements épiscopaux, le Saint- Siège ne montre pas plus d'indulgence que lorsqu'il tolère qu'on choisisse pour évéque un homme qui n'a ni les ordres, ni mérite personnel*. » Ainsi, à en croire l'abbé, Télection régulière et le privilège, la pratique canonique et le bon plaisir pontifical, étaient choses en tout semblables. L'une et l'autre étaient l'effet de la « grâce, » de « l'indulgence » pontificales*. Le vieux respect pour Tépiscopat pesait à Geoffroi de Vendôme ; la vanité des formules de politesse apparaît bien quand la passion de l'écrivain se fait jour. On va voir par une étude de détail quel fut le rôle de l'abbé de Vendôme dans l'histoire de cet antagonisme entre le clergé régulier et le clergé séculier et on pourra se convaincre de la persistance et de l'ardeur de la passion apportée par lui dans la lutte. La première condition pour que Geoffroi put donner libre cours à son tempérament était d'établir son indépendance envers le prélat dont les vieux canons ecclésiastiques faisaient son supérieur ordinaire. Il y trouva quelques difficultés qui furent l'origine de sa querelle avec l'évêque de Chartres, touchant la valeur de sa profession de soumission monastique, et des privilèges de l'abbaye de la Trinité.
d'Hildebert, évêque du Mans (Carmina miscellanea, éd. Beaugendre, p. 1355): «.L'union factice d'un âne et d'une jument donna naissance au mulet, produit anormal. Et toi, abbé à la fois et évéque, quel nom donneras-tu à ta dignité bâtarde?» — Il s'agit ici à la vérité non point des insignes seuls de l'épiscopat. mais de cette fonction même : Beaugendre a conjecturé avec vraisemblance qu'Hildebert a ici voulu attaquer Brunon, lequel réunit pendant quelque temps la dignité d'évêque de Sienne à celle d'abbé du Mont-Cassin. Néanmoins on voit quelle importance le clergé séculier attachait à ce que, ni en fait, ni autrement, un abbé ne parût jouir des prérogatives épiscopales.