ïd.,n
4. Mansi, XXI, 467. Cf. Mabillun, Ann. Ben., livre 75, c. 124.
CONCLUSIOxN
Le 26 mars 1132, Geoffroi mourut à Angers, où il s'était rendu appelé par la nouvelle de Tincendie de la maison de rÉvière. Quoique depuis longtemps miné par la maladie qui Tenleva, il déploya jusqu'à la fin de sa gestion une activité aussi grande que celle qui avait marqué son avènement comme abbé de la Trinité, près de quarante ans auparavant. Ce qu'on a vu de Texistence de cet homme donne l'idée d'une vie bien remplie. Son ambition trouvait d'amples satisfactions dans la direction d'un monastère comme celui de Vendôme. Directeur de consciences, maître absolu do son abbaye et de ses moines, propriétaire et suzerain, homme d'étude et plus encore homme d'action, Tabbé avait devant lui une belle carrière. Le sentiment de la sainteté de son état, la conviction que défendre ses intérêts c'était en quelque sorte défendre aussi la cause de l'Eglise; l'attente, au bout de tout, d'une béatitude éternelle en échange de la robe monastique, augmentaient encore pour lui les attraits variés de cette vie.
Que si l'on ajoute à ces avantages divers la part que pouvait prendre un abbé dans les grandes questions politiques et religieuses qui passionnaient alors le monde, l'on s'aperçoit quels intérêts d'ordre général et supérieur animaient une existence déjà remplie par des préoccupations considérables. Qu'elles le sentissent ou non, certaines congrégations étaient nécessairement entraînées à faire figure dans l'ensemble des transformations qui, au gré des uns, malgré les autres, modifiaient la situation de l'Eglise. C'étaient les congrégations exemptes. Geofl'roi de Vendôme n'a point agi, lui, en inconscient; il a su ce qu'il voulait, le triomphe du Saint-Siège dans l'Eglise, la monarchie absolue au profit du pontife romain, l'anéantissement de toutes les dignités qui pouvaient faire obstacle à l'autorité pontificale. Cette volonté, il l'eut certainement moins par une conception générale du rôle et des
destinées de l'Eglise catholique qu'en vertu de ses intérêts personnels. L'abbé de la Trinité, comme on l'a montré, n'est pas resté étranger aux questions dont le clergé recherchait la solution; il a voulu lui aussi grossir la longue liste d'écrits où se trouvent exposées les théories variées par lesquelles la société ecclésiastique de ce temps a justifié sa raison d'être et ses ambitions, mais il serait difficile de soutenir que sa doctrine condense toute la philosophie de l'Eglise, telle que pouvait la comprendre un partisan de Tomnipotence pontificale. Les grands papes, Grégoire VII, par exemple, ont rattaché la satisfaction de leur ambition à une théorie générale ; ils ont dit pourquoi il importait au bien universel qu'ils fussent seuls maîtres et irresponsables ; ce qu'ils ont dit et soutenu par la force, ils l'avaient accepté auparavant par une conviction sincère, comme un dessein de Dieu et un devoir qui leur incombait. Geoflroi, tout dévoué qu'il fût au Saint- Siège, n'a pas fait grand effort pour trouver des raisons propres à légitimer la prépondérance pontificale, et pour tout argument la tradition do l'autorité particulière de saint Pierre à TEglise de Rome lui a paru suffisante. Mais la pauvreté de ses vues ne fit point tort à la cause qu'il servait, et ne diminua en rien la portée de sa pratique constante. Qu'importait qu'il variât les démonstrations par lesquelles il expliquerait la fortune unique du pouvoir pontifical, qu'importait même qu'il prouvât du tout la légitimité des droits particuliers attribués au Saint-Siège, pourvu qu'il affirmât l'existence de ces droits et qu'il fît tout pour les accroître. Or Geoffroi en agissait ainsi, son intérêt l'y poussant. C'est ainsi que les plus petits événements de sa gestion abbatiale, étant prétextes à invoquer l'autorité sui)rème do Rome, augmentaient cette autorité, soit qu'elle put intervenir, soit même qu'elle n'intervint pas, la seule invocation étant déjà la reconnaissance (le son universalité et de sa grandeur. Les vues des théoriciens les plus illustres ont moins servi la cause du Saint-Siège, que le travail souvent obscur et ignoré, mais continu et infatigable des congrégations que la papauté s'était rattachées. L'opinion des hommes s'est plus transformée à voir évèques et archevêqut*s se troubler devant une audacieuse négation de leur droit, appuyée sur l'affirmation du droit su-
périeur d'une autorité éloignée ; à entendre, dans toute contestation, un appel au pape; à apprendre que toute hiérarchie dans rÉglise pouvait être bouleversée ou méprisée, pourvu que Ton tînt fortement au chef, — qu'à écouter les plaidoyers des prélats les plus illustres en faveur de la papauté. Et c'est parce que la vie de GA)ffroi, abbé exempt de Vendôme, témoigne de l'importance de la part prise par ces agents subalternes, mais zélés et innombrables, dans Tédification de la théorie pontificale, qu'elle peut sembler surtout digne d'intérêt et que le sujet de cette étude n'était pas tout à fait étranger à l'histoire générale de l'Église au moyen âge.