AJoSÉPHINE Pont de Briques, le 2 1 juillet
Madame et chère femme, depuis quatre jours que je vous ai quittée, j'ai été tout le temps à cheval et en mouvement, sans que cela pût prendre sur ma santé. M. Maret m'a fait part de l'intention où vous êtes de vous mettre en route lundi. En voyageant en petites journées, vous aurez le temps d'arriver aux eaux sans trop vous fatiguer.
Le vent ayant beaucoup fraîchi cette nuit, une de nos canonnières, qui était en rade, a chassé et s'est engagée sur des rochers à une lieue de Boulogne. J'ai cru tout perdu, corps et biens ; mais nous sommes parvenus à tout sauver. Ce spectacle était grand ; des coups de canon d'alarme, le rivage couvert de feu, la mer en fureur et mugissante, toute la nuit dans l'anxiété de sauver ou de perdre ces malheureux! L'âme était entre l'éternité, l'Océan et la nuit. A cinq heures du matin, tout s'est éclairci, tout a été sauvé; et je me suis couché avec la sensation d'un rêve romanesque et épique — situation qui eût pu me faire penser que j'étais tout seul, si la fatigue et le corps trempé m'avaient laissé d'autres besoins que de dormir.
Mille choses aimables.