Exposé de la situation de l'empire français
Paris, 6 nivôse an XIII <27 décembre 1804). . . . On avait éprouvé que le pouvoir partagé était sans accord et sans force ; on avait senti que, confié pour un temps, il n était
que précaire, et ne permettait ni les longs travaux ni les longues pensées ; que, confié pour la vie d un seul homme, il s'affaiblissait avec lui et ne laissait après lui que les chances de discorde et d'anarchie; on a reconnu enfin qu'il n'y avait pour les grandes nations de salut que dans le pouvoir héréditaire; que, seul, il assurait leur vie politique et embrassait dans sa durée les générations et les siècles . . . La nécessité du pouvoir héréditaire dans un Etat aussi vaste que la France avait été depuis longtemps aperçue par le Premier Consul. Vainement il avait résisté à la force des principes ; vainement il avait tenté d'établir un système d'élection qui pût perpétuer l'autorité et la transmettre sans danger et sans trouble; l'inquiétude publique, les espérances de nos ennemis accusaient son ouvrage ; sa mort devait être la ruine de ses travaux; c'était à ce terme que nous attendaient la jalousie de l'étranger et l'esprit de discorde et d'anarchie. La raison, le sentiment, l'expérience disaient également à tous les Français qu'il n'y avait de transmission certaine du pouvoir que celle qui s'opérait sans intervalle; qu'il n'y avait de succession tranquille que celle qui était réglée par les lois de la nature.
Lorsque de tels motifs appuyaient des vœux aussi pressants, la détermination du Premier Consul ne pouvait être douteuse ; il résolut donc d'accepter, pour lui et pour deux de ses frères après lui, le fardeau que lui imposait la nécessité des circonstances . . .
Dès ce moment, Napoléon a été au plus juste des titres Empereur des Français. Nul autre acte n'était nécessaire pour constater ses droits et consacrer son autorité. Mais il a voulu rendre à la France ses formes antiques, rappeler parmi nous ces institutions que la divinité semble avoir
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inspirées, et imprimer au commencement de son règne le sceau de la religion même. Pour donner aux Français une preuve éclatante de sa tendresse paternelle, le Chef de l'Eglise a voulu prêter son ministère à cette auguste cérémonie. Quelles impressions profondes et durables elle a laissées dans l'âme de l'Empereur et dans le souvenir de la nation ! Quels entretiens pour les races futures et quel sujet d'admiration pour l'Europe!
Napoléon prosterné au pied des autels qu'il vient de relever; le Souverain Pontife implorant sur la France et sur lui les bénédictions célestes, et, dans ses voeux pour la félicité d'une nation, embrassant la félicité de toutes les nations ; Des pasteurs et des prêtres, naguère divisés, unissant à ses supplications leur reconnaissance et leurs voix; Les sénateurs, les législateurs, les tribuns, les magistrats, les guerriers, les administrateurs du peuple et ceux qui président à ses assemblées, confondant ensemble leurs opinions, leurs espérances et leurs vœux;
Des souverains, des princes, des ambassadeurs frappés de ce grand spectacle de la France rassise sur les anciens fondements et, par son repos, assurant le repos de leur patrie; Au milieu de cette pompe et sous les regards de l'Eternel, Napoléon prononçant le serment immuable qui assure l'intégrité de l'Empire, la stabilité des propriétés, la perpétuité des institutions, le respect des lois et le bonheur de la nation ! . . .