Au MARÉCHAL JoURDAN
Strasbourg, 7 vendémiaire an XIV (29 septembre 1 805).
IVlON Cousin, je reçois votre lettre du 3 vendémiaire ; elle me
fait une véritable peine. Il est impossible d'avoir été plus
satisfait que je l'ai été de votre conduite, et d'avoir meilleure
opinion que je l'ai de vos talents.
Si j'ai envoyé Masséna en Italie, j'ai cédé à ma conviction
intérieure que, dans une guerre qui présente tant de chances et
éloignée du chef du Gouvernement, il fallait un homme d'une
santé plus robuste que la vôtre et qui connût parfaitement les
localités ; car les événements se pressent autour de nous avec
une telle rapidité, qu'il a fallu de telles circonstances pour faire
taire toute considération particulière et envoyer en Italie
l'homme qui connaît le mieux l'Italie. Depuis les positions de
la Rivière de Gênes jusqu'à l'Adige, il n'est aucune position
que Masséna ne connaisse.
S'il faut aller en avant, il a encore un avantage: ces contrées
agrestes, dont il n'existe pas de carte, même à Vienne, lui sont
également familières.
AUGSBURG 1805 187
Mon cher Maréchal, je conçois que vous devez avoir de la peine ; je sais que je vous fais un tort réel ; mais restez persuadé que c'est malgré moi, et si les circonstances eussent été moins urgentes, comme je m'en flattais, vous eussiez achevé, cet hiver, d'étudier les localités, et ma confiance dans vos talents et dans votre vieille expérience de la guerre m'eût rassuré. Mais vous connaissez le théâtre du Rhin, vous y avez eu des succès. La campagne est engagée aujourd'hui; dans quinze ou vingt jours, les événements nécessiteront de nouvelles formations et je pourrai vous placer sur le théâtre que vous connaissez le mieux et où vous pourrez déployer votre bonne volonté. Je désire apprendre, par votre réponse, que vous êtes satisfait de cette explication, et que, surtout, vous ne doutez pas des sentiments que je vous porte.