‹ Documents, discours, lettresChapitre 223 sur 268 · A Eugène Napoléon · texte numérisé non relu

A Eugène Napoléon

VICE-ROI D'ITALIE Saint-Cloud, 23 août 1809.

lVioNFils, je reçois votre lettre du 14 août. Les soies du royaume d'Italie vont toutes en Angleterre, puisqu'on ne fabrique pas les soies en Allemagne; il est donc tout simple que je veuille les détourner de cette route au profit de mes manufactures de France ; sans cela, mes fabriques de soie, qui sont une principale ressource du commerce de France, éprouveraient des pertes considérables. Je ne saurais approuver les observations que vous faites. Mon principe est: la France avant tout. Vous ne devez jamais perdre de vue que, si le commerce anglais triomphe sur mer, c'est que les Anglais y sont les plus forts; il est donc convenable, puisque la France est la plus forte sur terre, qu'elle y fasse aussi triompher son commerce; sans quoi tout est perdu. Ne vaut-il pas mieux pour l'Italie de venir au secours de la France, dans une circonstance importante comme celle-ci, que de se voir couverte de douanes ? Car ce serait mal voir que de ne pas reconnaître que l'Italie n'est indépendante que par la France ; que cette indépendance est le prix de son sang, de ses victoires, et que l'Italie ne doit pas en abuser; qu'il serait surtout fort déraisonnable d'aller calculer si la France obtient ou non quelques avantages commerciaux.

. . . Mais laissons tous ces faits. J'entends mieux que personne la politique de l'Italie. Il faut que l'Italie ne fasse pas de calculs séparés de la prospérité de la France ; elle doit confondre

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ses intérêts dans les siens; il faut surtout qu'elle se garde bien de donner à la France un intérêt à la réunion ; car si la France y avait intérêt, qui pourrait l'empêcher? Prenez donc aussi pour devise : la France avant tout.

Si je perdais une grande bataille, un million, deux millions d'hommes de ma vieille France accourraient sous mes drapeaux, toutes les bourses m'y seraient ouvertes, et mon royaume d'Italie lâcherait pied. . . .

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