A M. Maret, duc de bassano
MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES , Doubrowna, 18 novembre 1812.
. . . Depuis la dernière lettre que je vous ai écrite, notre position s'est gâtée. Des gelées et des froids rigoureux de 16 degrés ont fait périr presque tous nos chevaux, c'est-à-dire 30 000. Nous avons été obligés de brûler plus de 300 pièces d'artillerie, et une immense quantité de caissons. Les froids ont beaucoup augmenté les hommes isolés. Les Cosaques ont profité de cette nullité absolue de notre cavalerie et de cette nullité de notre artillerie pour nous inquiéter et couper nos communications, de manière que je suis assez inquiet du maréchal Ney, qui était resté en arrière, avec 3000 hommes, pour faire sauter Smolensk. Du reste, quelques jours de repos, de bonne nourriture, et surtout des chevaux, et un matériel d'artillerie nous rétabliront. L'ennemi a sur nous l'habitude et l'expérience des mouvements sur la glace : ce qui lui donne, l'hiver, des avantages immenses. Un caisson ou une pièce que nous ne pouvons pas faire monter au moindre ravin sans y perdre 12 à 15 chevaux et 12 à 15 heures, eux, moyennant des patins et autres équipages faits exprès, les enlèvent plus vite que s'il n'y avait pas de glace . . .