Proclamation au peuple de la lombardie
Quartier général, Milan, 30 floréal an IV <19 mai 1796>. La République française, qui a juré haine aux tyrans, a aussi juré fraternité aux peuples. Ce principe, que la Constitution républicaine a consacré, est celui de l'armée. Le despote qui depuis si longtemps asservissait la Lombardie a causé de grands maux à la France ; mais les Français savent que la cause des rois n'est pas celle des peuples. L'armée victorieuse d'un monarque insolent devait sans doute répandre la terreur chez la nation où elle portait ses victoires ; une armée républicaine, forcée de faire la guerre à mort aux rois qu'elle combat, voue amitié aux peuples que ses victoires affranchissent de la tyrannie.
Respect pour les propriétés, pour les personnes; respect pour la religion des peuples: ces sentiments sont ceux du Gouvernement de la République française et de l'armée victorieuse en Italie. Le bon ordre qu'elle a observé, depuis son entrée dans la Lombardie, en est la preuve la moins équivoque.
Si les Français vainqueurs veulent considérer les peuples de la Lombardie comme des frères, ceux-ci leur doivent un juste retour.
L'armée a à poursuivre ses victoires; elle a à chasser entièrement de l'Italie le despote qui tenait la Lombardie dans les fers. Son indépendance, qui doit faire son bonheur, tient aux succès des Français; elle doit les seconder de ses moyens.
Pour assurer la marche des troupes, des approvisionnements qu'elles ne peuvent tirer de France, d'où elles sont si éloignées, leur sont nécessaires ; elles doivent les trouver dans la Lombardie, où leurs conquêtes les ont amenées: le droit de la guerre les leur assure, l'amitié doit s'empresser de les leur offrir.
Vingt millions de francs sont imposés dans les différentes provinces de la Lombardie autrichienne ; les besoins de l'armée les réclament. Les époques des payements, qui doivent être, autant qu'il sera possible, très rapprochées, seront fixées par des instructions particulières. C'est une bien faible rétribution pour des contrées aussi fertiles, si on réfléchit surtout à l'avantage qui doit en résulter pour elles. La répartition eût pu sans doute en être faite par des agents du Gouvernement français; le moyen eût été légitime. La République française veut néanmoins s'en départir; elle 1 a délaissé à l'autorité locale, au congrès d'état; elle lui indique seulement une base : c'est que cette contribution, qui d'abord doit être répartie entre les provinces d'après les proportions sur lesquelles étaient levées les impositions que la Lombardie payait au tyran de l'Autriche, doit individuellement frapper sur les riches, les gens véritablement aisés, sur les corps ecclésiastiques, eux qui, trop longtemps, se sont crus privilégiés
et avaient su s'affranchir de tout impôt; c'est que la classe indigente doit être ménagée.
Si des réquisitions en nature sont faites, le général en chef et le commissaire du Gouvernement déclarent qu'elles ne seront pas un surcroît de contribution ; le prix des objets requis dès ce jour sera constaté; il sera payé aux fournisseurs sur le produit de la contribution de guerre ci-dessus fixée, ou bien les récépissés en seront pris pour comptant.
Bonaparte, Saliceti.