Au DIRECTOIRE EXÉCUTIF
Quartier général, Peschiera, 1 6 prairial an IV (4 juin 1 796). . . Voilà donc les Autrichiens entièrement expulsés de l'Italie ! Nos avant-postes sont sur les montagnes de l'Allemagne. Je ne vous citerai pas les hommes qui se sont distingués par des traits de bravoure, il faudrait nommer tous les grenadiers et carabiniers de l 'avant-garde. Ils jouent et rient avec la mort; ils sont aujourd'hui parfaitement accoutumés avec la cavalerie, dont ils se moquent. Rien n'égale leur intrépidité, si ce n'est la gaieté avec laquelle ils font les marches les plus forcées ; ils chantent tour à tour la patrie et l'amour. Vous croiriez qu'arrivés à leurs bivouacs ils doivent au moins dormir; point du tout, chacun fait son conte ou son plan de l'opération du lendemain, et souvent on en rencontre qui voient très juste. L'autre jour, je voyais défiler une demi-brigade ; un chasseur s'approcha de mon cheval : »Général, me dit-il, il faut faire cela. «Malheureux, lui dis-je, veux-tu bien te taire !» Il disparaît à l'instant; je l'ai fait en vain chercher: c'était justement ce que j'avais ordonné que l'on fît.