Au DIRECTOIRE EXÉCUTIF
Quartier général, Vérone, 24 messidor an IV <12 juillet 1796).
. . . Nous sommes depuis plusieurs jours en observation dans cette position. Malheur à celui qui calculera mal! Quant à nous, nous sommes maintenant occupés au siège de Mantoue. Je médite un coup hardi. Les bateaux, les habits autrichiens, les batteries incendiaires, tout sera prêt le 28. Les opérations ultérieures dépendront entièrement de la réussite de ce coup de main, qui, comme ceux de cette nature, dépend absolument du bonheur : d'un chien ou d'une oie. . . . Peut-être jugerez-vous à propos de commencer dès à présent une petite querelle au ministre de Venise à Paris, pour que, après la prise de Mantoue, et que j'aurai chassé les Autrichiens de la Brenta, je puisse trouver plus de facilité pour la demande que vous avez l'intention que je leur fasse de quelques millions.
Nous commençons à avoir beaucoup de malades devant Mantoue, mais pas un n'est encore mort. Les chaleurs sont excessives, et l'air de Mantoue extrêmement pestilentiel.
60 MARMIROLO 1796
52. AJosÉPHINE Marmirol o, 1 7 juillet 1 796, neuf heures du soir.
Je reçois ta lettre, mon adorable amie; elle a rempli mon cœur de joie. Je te suis obligé de la peine que tu as prise de me donner de tes nouvelles, ta santé doit être meilleure aujourd'hui; je suis sûr que tu es guérie. Je t'engage fort à monter à cheval, cela ne peut manquer de te faire du bien. Depuis que je t'ai quittée, j'ai été toujours triste. Mon bonheur est d'être près de toi. Sans cesse je repasse dans ma mémoire tes baisers, tes larmes, ton aimable jalousie, et les charmes de l'incomparable Joséphine allumant sans cesse une flamme vive et brûlante dans mon cœur et dans mes sens. Quand, libre de toute inquiétude, de toute affaire, pourrai-je passer tous mes instants près de toi, n'avoir qu'à t'aimer, et ne penser qu'au bonheur de te le dire et de te le prouver? Je t'enverrai ton cheval, mais j'espère que tu pourras bientôt me rejoindre. Je croyais t'aimer, il y a quelques jours ; mais, depuis que je t'ai vue, je sens que je t aime mille fois plus encore. Depuis que je te connais, je t'adore tous les jours davantage; cela prouve combien la maxime de La Bruyère que l'amour vient tout d'un coup, est fausse. Tout, dans la nature a un cours et différents degrés d'accroissement. Âh! je t'en prie, laisse-moi voir quelques-uns de tes défauts! Sois moins belle, moins gracieuse, moins tendre, moins bonne surtout; ne sois jamais jalouse, ne pleure jamais ; tes larmes m'ôtent la raison, brûlent mon sang. Crois bien qu'il n'est plus en mon pouvoir d'avoir une pensée qui ne soit pas à toi et une idée qui ne te soit pas soumise. Repose-toi bien: rétablis vite ta santé. Viens me rejoindre, et qu'au moins, avant de mourir, nous puissions dire: «Nous fûmes tant de jours heureux!» Million de baisers, et même à Fortuné, en dépit de sa méchanceté.
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