‹ Documents, discours, lettresChapitre 57 sur 268 · Au CITOYEN CARNOT · texte numérisé non relu

Au CITOYEN CARNOT

Quartier général, Vérone, 22 thermidor an IV (9 août 1796). Un de mes frères, commissaire des guerres à Marseille, s'est rendu à Paris sans permission. Ce jeune homme joint à quelque esprit une très mauvaise tête; il a eu toute sa vie la fureur de se mêler de politique. Dans un moment où il me paraît qu'un grand nombre de personnes désirent me faire du tort, et que l'on emploie toute l'intrigue pour accréditer des bruits aussi bêtes que profondément méchants, je vous prie de vouloir bien me rendre le service essentiel de lui faire ordonner de se rendre sous vingt-quatre heures à une armée. Je désirerais que ce fût l'armée du Nord. Je vous recommande celui qui est mon aide de camp, que je vous ai expédié la veille de la bataille de Lonato, Ce brave

jeune homme méritera les égards que vous voudrez bien avoir pour lui.

La chaleur est ici excessive, ma santé un peu affaiblie. S'il est en France un seul homme pur et de bonne foi qui puisse suspecter mes intentions politiques et mettre du doute sur ma marche, je renonce à cet instant même au bonheur de servir ma patrie. Trois ou quatre mois d'obscurité calmeront l'envie, rétabliront ma santé, et me mettront à même d occuper avec plus d'avantages les postes que la confiance du Gouvernement pourra vouloir me confier. Ce n'est que pour être sorti de Paris à temps que j'ai pu rendre de grands services à la République. Quand le moment sera venu, ce ne sera qu en sortant à temps de l'armée d'Italie que je pourrai consacrer le reste de ma vie à la défense de la République. Ne pas laisser vieillir les hommes doit être le grand art du gouvernement.

J'ai adopté, en entrant dans la carrière politique, pour principe : Tout à la patrie.

Je vous prie de croire aux sentiments d'estime et d'amitié que je vous ai voués.

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