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DU GOUVERNEMENT DE VENISE A CELUI DE MILAN

Venise, 12 mai 1848.

Nous sommes en possession de votre affectueuse lettre du 5 courant. L'union des provinces lombardo-vénitiennes a toujours été pour nous un désir très-sincère et nous croyons l'avoir montré en toute circonstance. Â l'occasion du vœu qui vous a été

DÉFECTIONS OUVERTES OU CACHÉES. 2îl

exprimé parles provinces Yénètes d'une assemblée unique comme moyen d'arriver plus facilement à ce but« vous ajoutez « que tel est aussi votre propre désir et celui de toute la Lombardie. »

Il résulte de ces paroles, que dans votre conviction, en présence de rassenliment donné par les deux membres de la future famille, les deux gouvernements provisoires ont qualité pour établir ce principe. En présence d'une conviction si formellement expri* mée par vous, chers et honorés frères, que nous aimons et respectons, une plus longue hésitation ne nous semble pas permise ; nous vous déclarons donc notre sincère et complète adhésion à Tunification des destinées lombardo-vénitiennes telles qu^ elles pourront itre fixées par tme assemblée unique ^.

Le président f Manin.

Palbogapa.

M. ZANARDINI A MANIN.

Paris, 1) mal.

Vous connaissez maintenant l'échec de Lamartine dans le vote

de la Commission executive Dans tous les cas son influence

est perdue ou à peu près ; et c*est bien fait ! Car soit faiblesse, fantaisie ou toute autre cause, ce qu'il y a de sûr, c'est que la politique, inaugurée par le système de Vattraction rayonnante, ne pouvait faire que beaucoup de mal à litalie, et en général aux libertés de l'Europe, dont nous avons tant besoin ! Ce dont tous les hommes bien intentionnés se réjouissent, c'est de la nomination de Jules Bastide. Les paroles me manquent pour louer dignement Tftme candide de cet honnête homme; ses plus grands ennemis expriment leur haine par ces mots : « Quel dommage

* Le goayeraement de Venise avait refusé Jusque -là d'adhérer à une proposi- UoD qui, au point de vue strictement légal, aurait dû être soumise d'abord aux denu assemblées convoquées séparément. Du reste, la concession faite parManln, •ur llnslstanee da gouvernement de Milan, n'eut pas de suite ; car le Jour même (12 mai) le gouvernement de Milan abandonnait sa proposition en décrétant la formation de iistes pour l'annexion an Piémont sans intervention d'une assembiée ^tieiemque; le gouvernement de Venise refusa péremptoirement de suivre cet etemple.

qu'un tel homme ait de telles opinions ! » enfin c'est un type de l'antique et sincère vertu républicaine ! Dans une longue conyersation que nous eûmes avec lui, Frappoli et moi, il y a de cda cinq jours à peu près, il nous dit entre autres choses : « Si Ton a refuse de prendre en main la politique européenne franchea ment^ énergiquement^ telle enfin que je la comprends, je ne a reste au pouvoir ni comme premier ministre ni comme subal- € terne, i» Aussi, une fois qu'il aura nettement exposé sa pensée pour ce qui nous concerne, nous pourrons compter qu*il ne s*en écartera pas...

14 mai.

Je dois vous dire qu'en parlant, il y a six jours, à Bastide du marché secret qui proposait de livrer Venise à l'Autriche et de donner Milan au Piémont en échange de la Savoie, il s'était horné à assurer que, quant à lui, il ignorait complètement ce qui en était, tandis qu'hier, il affirma d'une manière positive l'innocence et la non-complicité de la France, et il ajouta : a Tant que je serai au pouvoir^ on me donnerait^ non pas la Savoie^ mais Nice et la rive gauche du Rhm, que je n accepterais pas^ au prix dabandonner Venise aux Autrichiens ^'. »

Mais il nous a répété aussi que, selon lui, l'établissement d'un royaume de la haute Italie serait une chose funeste à l'Italie, au point de vue de son unité et de sa fédération futures, et en même temps à la France, et qu'autant il aurait protégé une fé~ dération, autant il s'opposerait à cette fusion, etc.

En attendant, le complot de l'autre jour est toujours éventé, et

* Qaels qu'aient été les événements ultérieurs, nous éprouvons le besoin de dire, qu*à notre avis, ces paroles, au moment où elles furent prononcées, étaient sincères; que, livré à ses seules inspirations, M. Bastide aurait compris que pour le gouvernement de la République française, il n'y avait qu'un seul moyen honorable d'empêcher la fusion qu'il redoutait : reamnaitre la république de Yeniie,

Nous terminerons ici, d*après les dépêches qid sont sous nos yenx, l'histoire souvent débattue des 20,000 fusils. Le gouvernement de Venise, en apprenant le revirement survenu, voulut d'abord rompre son marché; il trouvait dur de payer, lui si pauvre, 7S0,000 francs pour des armes qui n'arriveraient peut-être jamais ; mais l'agent vénitien leur ayant mandé que le nouveau ministre, M. Bastide, semblait se formaliser de cette décision, la crainte de l'Indisposer l'emporta ; l'argent fut envoyé; les 20,000 fusils, sur Tordre de M. Bastide, furent expédiés par voie de commerce sur Gênes; dix mille arrivèrent i Venise au mois d'octobre suivant

nos deux perfides n'iront ni à Rome ni à Florence, quoique choisis par Lamartine ; Bastide dit à ce sujet : qu'il peut bien par amitié consentir à sacrifier son portefeuille, mais non la liberté des peuples. Bref, s'il dure, nous sommes sauvés !

J'ai eu aussi une conversation avec M. Milnes, membre du parlement anglais, très-libéral et très-favorable à l'Italie. Celui-ci me dit : « qu'à la vérité lord Palmerston pouvait désirer que TAutriche conservât la Lombardie ou tout au moins Venise, mais que l'opinion publique en Angleterre lui serait en cela tout à fait contraire ; que du reste lord Normanby lui-même lui avait assuré que l'Angleterre n'interviendrait pas directement contre nous; mais qu'il existait positivement à Venise un parti autrichien qui travaillait pour l'Autriche et qui avait des intelligences en Angleterre ! * y>

Une autre personne digne de foi, qui avant-hier a vu à Londres M. de Metternich, lui a aussi entendu dire : « qu'on a pour lui, à Venise, les plus vives sympathies ! et que l'Autriche reooncera à Milan, mais qu'avant de renoncer à Venise, elle sacrifiera son dernier écu et son dernier soldat ! etc. » Vous voyez combien nous avons besoin de ne pas heurter le gouvernement

français!... »

Zanardini.

M. MAN1N, PRÉSIDENT DE LA RÊPFBLIQrE VÉNÈTE , A M. IJMPERAM ,

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