LE COLONEL AI.6IZZI A MANIN
Ce 12 Juin, 2 h. aprèft-midi.
Cbbr Manin,
Je vous ai écrit deux lignes il y a deux heures; mais, pour |>lus de sûreté, je les répète. Par miracle, j ai pu réussir à faire qu*au lieu d'être emmenés prisonniei^ en Autriche, nous nous trouTions ici à Ferrare avec les troupes. Mon ancien soupçon est devenu une certitude : on renouvelle le traité de Campo^ Formio; cette armée qui vient prendre possession de la Vénétie n'est autre que celle de Radetzky^ qui la commande en personne^ et qui a 40,000 hommes et 100 canons 1
Vous seul pouvez sauver la Vénétie, peut-être l'Italie, en invoquant l'intervention de la France; c'est un dur moyen, mais le seul qui puisse nous sauver. Charles-Albert avait appelé Durando près de lui dès le 31 mai; Bonollo obtint qu'il restât. Le roi avait fait savoir par un courrier arrivé le 7 qu'il restait toujours à Valeggio, mais hors d'état de bouger. Malheureusement j'ignorais tous ces faits, surtout ledernierl j'aurais certainement pu réussir à faire évacuer Viccnce à temps, a6n de mieux pourvoir à Tinlérèt de l'armée, et à la défense de Venise ; j'espère pourtant que Venise pourra tenir tant qu'il le faudra !
Je suis sur les dents, le courrier part. Adieu ^.
Albizzi.
I \jt rappel projeté de Durando est mentionné aussi dans la leUre adressée le 3 juin, par l'envoyé sarde au ministre Pareto, dont nous avons cité le commenrenient (V. p. 255) Après avoir parle du décret de convocation de rassemblée, M. Rebizxo ajoutait :
« Je crois vraiment que tout unira bien, si — mais, mais!!!
« Le fait est que je ne sais que penser, ni que dire ! Quoi ! quand Peschiere est h nous, et que nous chantons des Te Jkutn, lorsque Durando vient de se réhabiliter à Vicence, et qu on lui fait une apothéose, voici Franzinl qui écrit à La Marmora « qu'il tAche de calmer la mauvaise humeur fief Vénitiens, parce que Durando ta être rappelé auprès du ty)i ! • Gomment ? Vicence sera abandonné après les sacrifices et les faits d'armes les plus glorieux ? et cela, au moment que toute l'armée napolitaine nous abandonne, et que les Croates sur- Closent de tous côtés, même tout pros de Venist* ? Mais, on dirait vraiment que le pillage, l'incendie, le viol, le meurtre et la dévastation ne sont que plaiianlerie 1 Et 10US vous Imagine! que tous ces gens au désespoir ne vont pas crier avec les autres : « Eh bien, vous voyes ? Durando n'avait jamala bougé jusqu'à ce que les denxminiftrea et Antonini ne l'y aient poussé par les épaules, et dès qu'il a bougé, a valDca et a été béol, ila été rappelé ! > Quelle source de prévenUons, quaUe prime
LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON
VnosB, 12 Juin 184S.
J*ai l'honneur d'ajouter à ma dépêche un bulletin publié celte après-midi, annonçant que Vicence a capitulé entre les mains des Autrichiens.
U paraît que le maréchal Radetzky, en personne, aTait quitté Vérone depuis quelques jours, dans le but apparent de livrer bataille aux Piémontais, qu'il s'est soudainement retiré à traYers Mantoue et Legnano, traversant le Mincio et l'Adige, il s'est avancé par une marche forcée de L^nano à Padoue.
Après avoir fait reposer ses troupes, qui se montent, dit-on, à quinze mille hommes, y compris une artillerie considérable, le maréchal Radetzky a marché sur Vicence et a forcé le général Durando, qui défendait cette ville avec un corps de quatre à cinq mille Suisses et quelques troupes papales régulières d'iniianterie et de cavalerie, à capituler.
Les Autrichiens sont maintenant maîtres de la tête des chemins de fer de Vicence, et il semble que rien ne les empêche d'arriver au bord des lagunes. On ne croit pas que Padoue résiste; ni cette ville ni Trévise ne possèdent des troupes régulières; ii n'y a en garnison que des corps francs et de la garde civique.
On dit que les Autrichiens ont reçu des renforts oonsidéraUes du Tyrol et du Frioul. J'ai l'honneur, etc.
CuNTON Dayvkins.
payée à la calomnie! Je m'y perds! sans doute, si le roi ne peut pas absolomcDl se passer de Durando, il n'y a qu*à courber la tête ! tout, tout doit y être sacrifié; mais certainement, s'il en était autrement, S. M. aviserait et tu vas t y employer activement. > Ton Rebozo.
Le rappel de Durando fut contre-mandé, ainsi qu'on Ta vu.
Le fait menUonné par Albizzi était donc exact, mais non les soupçons qu'il y rattachait. Le reproche réel à faire à Charles- Albert, n'était point de n*étrc pas venu au secoure des Vénitiens, l'insufAsance des forces piémontaises n'était que trop évidente ; mais bien de s'être fait et d'avoir inspiré a cet égard des illu* sions fatales, et surtout de tolérer que certains de ses partisans s'appliquassent encore en ce moment à les prolonger dans l'intérêt de la fusion. En songeant à leurs efforts insensés pour faire attribuer l'inaction forcée du roi, à un hooteu calcul politique, et en y i^outant le bruit perfide d'une transaction secrète avec l'Autriche^ semé contre Qiarles^Albert dès le mois eTavrii, on ne peuts'élonner des préventions cruelles et mal fondées qui poursuivirent ce malheureux prince Jusque dans sa tombe.