‹ Documents historiques, critiques, apologétiques, concernant la Compagnie de JésusChapitre 67 sur 69 · CHEZ H— CARIÉ DE LA CHARIE, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

CHEZ H— CARIÉ DE LA CHARIE, ÉDITEUR

V\|\i\l\IVVWVVVVVVVVVVV^MXIVV%<VV\K(VVVVVVV>l%MrVW%tV^

L'iévÉNEMENT extraordinaire que nous allons raconter, ne peut être bien compris du lecteur s'il n'est précédé du récit de quelques circonstances historiques auxquelles il se rattache, et san^ la connoissaoce desquelles il seroit à peu près inexplicable.

U Histoire d* Angleterre du D. John Lingard, qu'une traduction, si heureusement entreprise, vient de faire connoître à la France, est comme une sorte de révélation faite au dix^neuvième siècle de ce qui s'est passé dans le seizième et le dix-septième, au milieu d'une nation où la réforme p#eleslMifte a eu des caractères qu'elle n'a présentés chez aucune autre nation protestante. Ce n'est point ici le lieu d'examiner quels furent ces caractères, et par quelle syite d'événements sans exemple dette réforme, qui d'abord a voit réuni sur la tête d'un monarque orgueilleux , violent et impudique, tous les pouvoirs divins et humains, arriva, dans l'espace d'un siècle, et de conséquences en conséquences, à proclamer la souveraineté du peuple en politique comme en religion, souveraineté en vertu de laquelle un autre roi fut mis en jugement comme auroit pu l'être un employé subalterne de l'administration, et condamné à mort par de prétendus j uges exerçant.leurs terribles fonctions au no^l de ce prétendu souverain : ces chqses doivent être iue;^ dans l'historien

même qui les a racontées ; quelques pages cranalyse n'en pourroient donner qu'une idée imparfaite. D'ailleurs, parmi tant de faits frappants et sîngu^ liers^ un seul doit ici nous occuper, « la persécution exercée contre les catholiques ; » et il nous conviendra même de nous arrêter, en ce qui concerne ce fait, aux premières années du règne de Jacques I''^

i Cette pei*sécution commença dès Henri YIII, qui séyissoit à; la fois contre les catholiques et les pro^ testants, contre ceuxrci^ parce qu'ils rejetit>ient une partie des dogmes dei'Sglise romaine, contre ceuxf là,, parce qu'ils s'obstinoient à considérer le siège de. Borne comm^ le centre de la catholicité. Xa fotie prodigieuse de ce prince étoit d'être ^ à lar.fois « roi et pape; i» et c'4tpit avec la hache du bourreau qu'il excommuniait ceux qui s'avisoient de ne f>as croire à son étrange papauté. Cependant les réformés qui croissoient en silence sous ce règne, où il eut.été si dangereux pour eux. de publier leurs doctrines, se firent réformateurs pendant la minorité d'Edouard YI ; et la condition des catholiques, oiéme de ceux qui, pour pratiquer avec sécurité leur re*ligion, avoient lâchement consenti à reconnoître la suprématie du pouvoir temporeU devint plus décile encore et plus périlleuse. Sous la reine Marie, dont le règne a été si impudemment calomnié par les historiens protestants, la nation entière coïkimença à être ramenée sans effort et par une pente naturelle au catholicisme, dont la violence et la ruse l'avoient momentanément éloignée ; le parti catholique, qui étoit encore le plus nombreux, alloit devenir aussi le plus fort, et les destinées d^ l'Angleterre étoient sur le point de changer, lors^

que la Provideace , dont les décrets sont im^né<>» trabks , . Yôulttt que la mort prématurée de cette protectrice sfélée; de la religiça ki$9ât àop..Quymg€r imparfait t et la succession du trône à sa sœur ÉU*« sabetb. * :

Le D. Lingard nous sf^iable avoir trouvé le trait caractéristique de cette femme si malheureusement célèbre, lorsqu'il donne à entendre qu'ait fond elle étoitindifférente à l'iine et à l'autre forme d'adora^ tion^ par conséquent à toute religion. Sa con<r science religieuse éioit tout entière dans ses intér ïêts; et jamais peut-être il n'y eut d'hommes plus, profondément pervers que les ministres dont elle! fut aussitôt enbourée , hommes au reste d'une babin . leté vraiment infernale , qui surent; s'emparer d'elle * eii flattant . ses passions, en abusant de ses foiblesses dont ils avoient découvert le secret,, et qui la dirigèrent ^insi au gré de leurs propres intérêts , et sans qu'elle en eût même le soupçon, jusqu'à ses derniers moments. Selon la religion catholique, le mariage de son père avec sa mère Anne Bolejn étoit illégitime , et les droits de Marie Stuart au trône d'Angleterre Femportoient évidemment sur les siens. Celle-ci, reine d'Ecosse , et alors dau«* phine de France , les avoit déjà fait valoir : il devint donc incontestable, dans le cabinet d'Élibsabeth , que la religion qui là déclaroit bâtarde ne poilvoit être la bonne rdigion ; il n'y eut pas d'autre raison pour elle d'embrasser le protestantisme.

G'étoit se mettre en opposition avec la moitié

, au moins de la population du royaume; et cette

opposition sembla devenir dangereuse, lorsque

Marie, redevenue, par la mort de François II,

simple reine d'Ecosse , repassa la mer , sinon comme rivale d'Elisabeth dont elle avoit reconnu les droits , du moins comme son héritière , qualité que ses plus grands ennemis n\3Soient lui contester. Cette position nouvelle en fit, dès lofs, la plus chère espérance des catholiques et un objet de terreur pour ceux qui les opprimoient , de manière q^e tous les yeux se tournèrent vers elle, et que tous les ressorts de la politique angloisé furent mis en jeu pour l'entourer de pièges, de révoltes, de trahisons , ne lui laissant point de relâche , jusqu'à ce qu'elle fût venue elle-même se mettre entre les mains de son irréconciliable ennemie. Ainsi délivrés de la crainte qu'elle leur avoit inspirée, les ministres d'Elisabeth jugèrent que ce n'étoit plus assez faire que^ d'opprimer les catholiques , que le moment étoit venu de les exterminer. * *

Alors commença la plus violente persécution qui ait affligé l'Eglise depuis celle des empereurs païens. La prison, la torture, les échafauds, la confiscation, les amendes, en un mot, tout ce que la tyrannie a de plus cruels raffinements, fut employé contre les catholiques. Les prêtres étoient ordinairf'ement dévoués à Téchafaud où les attendoit l'affreux supplice des traîtres (i); les laïques périssoient le plus souvent dans les cachots où ils étoient encombrés ; les moins maltraités étoient ceux qu'on taissoit languir dans la misère après les avoir dé-

(i) Le condamne pour crime de trahison n'étoit attaché au gihet qae pour la forme, et comme note d'infamie : à peine y étoitrôl suspendu, que l'exécuteur coupoit la cordf, et., ouyrjmt ayec'son coutelas la poitrine àxK supplicié encore vivant, Tui arrachoit le cœur, et divisoit ensuite lo. corps en quatre quartiers. {Note de V Editeur.)

pouillés de leurs biens. Un grand nombre s^exiia volontairement d'une terre où il falloit choisir entre Fapostasie et le martyre ; quelques uns furent ébranlés et firent de fâcheuses concessions (i); d'autres, plus nombreux, eurent le courage de braver les dangers sans cesse renaissants dont ils étoient entouréSr Mais les prêtres qpi mouroient n'étoient point remplacés ; et Ton prévoyoit que , dans un très court espace de temps, l'exercice du culte ces* seroit et qu'avec lui s^'éteindroit la religion catholique en Angleterre. Un pieux ecclésiastique, nommé Guillaume Allen , voulant prévenir ce malheur^ conçut la pensée d'ouvrir à l'étranger des collèges destinés à remplacer ceux, qui avoient été supprimés dans l'intérieur du royaume. Le succès passa, ses espérances : dans ces collèges accoururent , de toutes parts, un grand nombre de jeunes catholiques, tous animés du zèle le plus ardent pour la, propagation de cette religion à laquelle ils avoient tout sacrifié : ils y étudioient, recevoieni les ordres,, retournoient en Angleterre , et bientôt , malgré les recherches plus .actives, les supplices plus fréquents , et tous les moyens de terreur que purent employer les persécuteurs , le royaume fut comme inondé de ces généreux missionnaires, qui s'y 3uc-

(i) tt Tout individu d'un certain âge. étx>it forcé de. se conformer au culte établi , sous peine d'amendes, ou. d'un emprisonnement laissé le plus aourent à l'arbitraire des juges* cbargés de punir les délinquants. Quelipies catholiques, poiir se soustraire ans pénalités,- se sonmettoient à suivre en apparence le. culte établi, et repoussoient l'accusation d'hypocrisie qu'éleyoient contre eux leurs frères , en soutenant que , d*aprës les paroles de la proclamation de la reine , cette condescendance s*étoit, de leur part, que l'accomplissement « d'un devoir civil ,^» l'expression de leur obéissance « à la lettre de la loi. »

to averussement

cèdoîentftàns rei&che^ ûecherekaiitpa^ lé i4raTf]f¥e^ mils préparés aie reoeroir. -

Par smte de cet esprit éPen^ahiPsemèfU: dotir¥l& étoient dès lors possédés, que tant dé brav^ geiris leur reprochent avec tant dé discernement^ et qui en efiet les a entraînés jusqu'aux extréifi^ités du monée poar y faire des conquêtes ^n p^pofit dès papes, doiËt il faut avouer qu'en cfè genre ÏM sootd^asaéz docitës instrcfmen ts, les îfésuites démodèrent àpaiHagerk» ti^ovatK «t les dangers de eé nouvel apbstolat. fl Ëhat qû'^in -eilifant dlgnacéj et c'est iSécèssitè dé faire êHatttké détaveu, ait été, dans tous les'temps ^^èl^ quie chose de bieA extraordinaire, de bien épou^ntable :^ ainsi que ces métnéâ braves gens* né cessent de nous l'assurer; Car deux Jésuites séalemèhi, P6l*son et Gampian ,• ayant été désignés pour cette sainte expédition , leur arrivée jeta plus de trouble daàs le. conseil d'Elisabeth, causa plus d'effroi ati ptfrti protestant, que lïo l'avort fait cette légion dé piissioniKÛTes dont ils avoîent'été précëdéSs. L'Angletei^e eut été menacée de s'abîmer 'dans les flots dont elle est entourée, que Témotibn Â'eût pas été' plus grande. Le parlemenft fut âsseï»^ blé : les ministres y dénoncèrent les horribles complots du- pape, qui venoit d'envoyer des Jésnîtes dans le royaume pour y prêcher une doctrine d& comiptiori, et sous le voilé de cette doctrine, y^semer les germes de l'anarchie et de la révoltç; ,et pour arrétei* dans sa source uw si grand tetsl^ Cette subversion totale de l'État , ils proposè^eipit cohtire les catholiques . (d^s mesures ûouyeUes , !w^ près desquelleift les masures 'jusqu'alws piûsM wm* tre eux, pouvoient être considérées côtriïhe i&s

DE L'MTtuA. il

iactes tf indulgence ( i ). Cependant tous les a^nts de léurpoltce secrète furent m^is à la poursuite dés deux ïésuites. Campian fut pris j après avoir échappé plus

w (i) On airéU i>o que tous ceux qiii possédoient 6vl prétendoient posséder et exercer le pouvoir d^absoudre, qui tentoient d'éloigner les autres de la religion établie, ou cédoient aux insinuations de ceux qui cherehoient à les en écarter, subiroient , ainsi que leurs «ntfieiqtrtteurs et eonseiUers , la pénalité de haute trahison \ ao que^ poqr avoir dit la messe, la peine scroit de deux cents marcs d'amende et ' d'une année d'emprisonnement ; pour l'avoir entendue, également d'une année de prison et de cent marcs d'amende ; 3^ que, pour n'avoir pas fréquenté Féglise, on seroit passible d'une amende de vingt livres (*) par mcds lunaire, et que, cettjB absenoe.se prolongeant une année entière, le réfractaire seroit obligé de fournir deux cautio&s d^ sa bonne conduite , de deux cents livres chaque; 4^ qne, pour empêcher les prêtées de 4ie cacher dans les maisons particulières, sous les dénominations de gouverneurs et d'instituteurs , toutes personnes remplissant de telles fonctions, sans l'approbation de «l'Ordinaire, v seroient passibles d'une année d'emprisonnement, et celles qui les emploieroient d'une amende dedix livres par mois.

• ^ peine ces dispositions eurent-elles été prises , que le9 ncms de tous les réfractaires de chaque paroisse, au nombre de plus de cinquante mille, furent envoyés au conseil, et que les prisons de tous les comtés se remplirent de pi'étres, receleurs de prêtres, ou délinquants j passillles, d'une façon ou d'une autre, des lois péna^« Il n'étoit pas un seul catholiq^e qui fût en sûreté , même dans l'intérieur de sa maison : ils y étoient exposés à toute heure , et particulièrement la nuit, à des visites de magistrats , à la^tête d'une populace armée. A un signal dofinéy lés portes étoient enfoncées ,' et les visiteurs , se précipitant dans les lippartements par bandes séparées, examinoient les lits, arrachoient Ips tapisseries et les boiseries qt^i couvroient les muts, for^oient les cabinets, les tiroirs, les coffres, et âûsoient toutes les recherches que Ifiur industrie leur suggéroift, pour découvrir ou un prêtre, ou des livres, ou des calices, ou des ornements appropriés, au culte catholique.- Résister, ou se permettre Quelques représentations , ne servoit qu'à provoquer des agrj^sions nouvelles. Tous les locataires étoient interrogés; on examinoit et l'on fôiiHloit niême leurs personnes , Sous le prétexte que des objets sur

/as be(oin de dira qu^il s^agit iei de ta ■ lÎTre Karliog;. ■

d'un an à' leurs recherches, et périt du supplice des traîtres; Person, cédant, quelques mois après ^ mix. solUcitations.pressantes de ses amis, consentit, plus encore pour leur sûreté que pour la sienne, à re-* passer sur le continent.

Les terreurs d'Elisabeth, sans cesse entretenues par. les manœuvres astucieuses de ses odieux mi* nistres, prolongèrent jusqu'à la fin de son règne la violence delà persécution. Us l'avoient déterminée à signer Tarrét de mort de Marie , lui persuadant qu'il n'y avoit point de sécurité pour elle, tant que l'existence de cette reine infortunée serviroit de prétexte aux conspirations sans cesse renaissantes des catholiques. Ce prétexte n'existant plus^ ils lui firent peur de l'Espagne : les agents secrets qu'ils n'avoient cessé d'entretenir sur le continent, et dont la mission , du vivant de la reine d'Ecosse, étoit de créer, parmi les réfugiés, des conspirations pour sa délivrance, et ensuite de les dénoncer, re* curent l'ordre d'en provoquer de nouvelleset de les diriger contre les jours de la reine. Tous leurs efforts , pour faire réussir ces détestables manœuvres, vinrent échouer contre la vigilance des Jésuites auxquels ils s'adressèrent particulièrement , et dont ils furent constamment repoussés (i); mais les personnages machiavéliques qui les mettoient en œuvre , eurent l'art de persuader à Élisabetli^ que ces complots imaginaires étoient réellement

perstitienx pouvoient être cachés sous leurs vétemeiits , et il y eut des cas où la brutalité des officiers mit en danger la vie et la raison de femmes d'une haute distinction. (Lingard,t. WIH, p. ig'J-jfg") (i) Vojrtz dans Lingard Fhistoire curieuse de Parrjr, t. vBf p. îiSa.

conçus dans le parti catholique, et qu'elle devoît à leur activité et à leur habileté d'échapper sans cesse au poignard des assassins. Sa haine s'en accrut contre les, catholiques , et elle la leur manifesta par ^in redoublement de cruautés (i).

(i) Pendant les quatorze dernières années de sa Tie , soixante et nn ecclésiastiques , quarantli^sept laïquet et deux femméiB nobles subirent la peine capitale , pour différents délits de religion ou de trahison , récemment inyentés. Par des questions adroites et captieuses, on faisoit ayouer au prisonnier, ou quUl s'étoit réconcilié y ou quUl ayoit donné l'hospitalité à un prltrèy ou qu'il ayoit reçu les ordres au delà àe$ mers, ou qu'il ayoit reconnu la suprématie spirituelle du pape« Un seul de ces crimes suffisoit pour le conduire à l'échafaud. Il est "^ai qu'on offroit toujours la jkie sous la condition d'embrasser la religion établie } mais cette proposition étoit' généralement refusée. La mort suiyoit le refus; et la yictime, à peu d'exceptions près , étoit égorgée avant d'a\^ir perdu Pusage de ses sens.

Ces exécutions ne frappoient cependant qu'un petit nombre d'indiyidus; les autres pénalités les atteignoient tous. Si l'on considère la Valeur relatiye de l'argent, on yerra qu'il falloit une fortune très considérable pour payer l'a^nende perpétuelle de yingt liyres par mois lunaire. Un grand nombre de gentilshommes furAit forcés, pour y satisfaire , de yendre une portion considérable de leurs biens ; et quand leurs paiements étoient arriérés, la loi donnoit à la reine le ponyoir de saisir toutes leurs propriétés mobilières, et les deux tiers de leurs reyenus tous les six mois. Le meilleur expédient pour eux étoit d'obtenir, par l'entremise de ses • fayoris , qu'elle acceptât une somme annuelle; et même après l'ayoir obtenu, ils- n'étoient pas sûrs encore de pouyoir yiyre en paix : ils n'en étoient pas moins exposés , chaque fois qu'ils entendoient la messe , à subir une année d'emprisonnement et à payer l'amende de cetit marcs ; à chaque noùyelle inyasion , on' les enfermoit , à leurs dépens , dans les prisons du comté , et alors ils étoient imposés, aussi souyent que le conseil le jugeoit conyenable, à payer une certaine somme, destinée à leyer des soldats pour le seryice de la reine ; en sortant de prison , on les forçoit de demeurer dans la maison d'un protestant, ou, s'il leur étoit permis de retourner ches eux, Ils étoient passibles de la confiscation de leurs biens, terres, pensions, etc., dans le cas où ils se ser oient éloignés de cinq milles de distance de leurs maisons. Tel étoit le traitement des riches ; quant aux catholiques pauyres, on leur laissoit la liberté, parce que la

' (Lai mort de cette '^mmè^atrbare/qfmPiatlMoit detenip- plus iiHprtoyâJble à mesure quVitle -a^iï- ^fÂt «en âge, étoit tiésoHiiàis la seule ëâpéi^nùé^^e satut de ses viâtime»; et cependant fùû chetchôit encore quel seroit son successeur. Sa politkjtte inquiète et jalouse^-rempéchoit de le aésîgner; et quoique le roi d'Ecosse fût le seul prince qui pût faire valoir des droits -véritables "if cette royale succession, cependant^ un caprice d'ÉIiss^etli pôûvoît iUt iui enlever, et les sentiments qu'elle ^prouvoit pour lui étoient loin d'être ceux de la bienveillance. t)ans les vives inquiétudes que lui causbit une position ai difficile , Jacques chercha donc à fortifier ses prétentions par des intrigues poKtiques , au sein ifnéme dé TAngleterre, où il s'efforçoit de rallier à lui tous les partis, auprès des cabinets de France et d'Espagne , auxquels il promettoit « tolér^oe jplleine et entière pour les catholiques des trois royaumes,» lisant même entrevoir qu'il n'étoit pas éloigné d'abjurer les doctrines protestantes dans ' îesquelles ri avoit été élevé, pour retotirrier à la re- Uigîpn qu'avoient professée ses ancêtres , et dont sa' mère étoit morte martyre. Ces intrigues , dans les^ quelles il se montra un fourbe très habile et très délié , eurent un plein succès. Le ministère auglois, auquel il faisoit secrètement des promesses d'ailé toute autre nature , étoit déjà gagné ; les catholiques, qui 4'abord avoient porté leurs yue^ sur

dépense de leur entretien' en prison e&t été . trop onéreuse , mais pla> sieurs eurent les. oreilles percées avec un fer rouge ^ d'autres fUrent fouettés publiquement , d'autres chassés d'Angleterre ; de temps en tem|s on leroit sur e.ux des sommes arbitraires, comme composition pour'Famende légale qu'iU étoient hors d'état de pajer, etc., etc.

DB L'ÉDIÏEDR. 15

tinpi^nce espagnol^ éaiîsfaîts cVétre exaucés dàiïs Ife Toeu modeste «f de tolérance poiir leur culte , » auquel'*iîs' îittrncfiéiit léut^S demairdes , le -servirent alors de toutde qu'ils* avoîent d'influence' âup?êà des puissa»ices' étrangères et dans Flhtérîeur du royaume ; et ce fut ainsi qu'il parvint, sans éprouve^ le moindre obstacle , à monter sur le trône d*Adigleterre.

Les espérances de ceux qui l'avoient si bien servi ne tardèrent point à être déçues : Jacques étoit pro-^ testant fanatique, et les conseillers d'Elisabeth l'entouroient. Il commeo^a par violer la parole qu'il leur avoit donnée, eu défendant l'exercice public de leur culte tout aussi sévèrement que l'avoit fait la feue reine, et crut s'acquitter suffisamment en** vers eux en accueillant leurs chefs avec une scgrte 4e bienveillance, et en suspendant, à leur égard, la rigueur des lois pénales portées contre les réfractaires. Mais le parti puritain, qui, sous Elisabeth, s'étoit déjà montré assez fort pour créer dans le parlement la seule opposition qui eût osé résister quelquefois au despotisme de cette redoutable souveraine, s'étoit accru au point de devenir menaçant, sous ce règne nouveau d'un roi foible de caractère et mal affermi. Pour ces légères marques d'indulgence accordées aux catholiques , il accusa hautement Jacques de favoriser le « papisme, » et comme il mon-

troit, en^émc temps, de l'éloignement pour le puritanisme, de se faire le persécuteur des disciples gc da pur Evangile ». Ce parti étoit alors dominant dans; la chambre des communes : ses clameurs et ses dis^ positions hostiles effrayèrent le prince écossois, fort peu disposé d'ailleurs à s'exposer au moindre périt

Ifi AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR,

pour protéger ces « papistes » j dont au fond il étoit le contempteur et l'ennemi. La persécution recommença donc contre les catholiques, après un intervalle d'un an, et malgré la foi jurée.

Nous croyons en avoir dit wsez pour qu'on puisse maintenant comprendre « la Conspiration des poudres : » il ne nous reste plus qu'à copier, presque mot à mot, le récit de l'historien anglois.

(1604-1605.) Lje parti étant pris défaire exécater de nôuyeau les lois pénales contrie les catholiques, Jacques, que sa prodigalité excessive et les dispositions malveillantes de son parlement faisoient déjà le prince le plus nécessiteux de l'Europe j imagina, par un lâche et odieux calcul, de tirer profit de sa tolérance passée à l'égard des infortunés qu'il immoloit aux puritains , et de se servir de cette tolérance même pour aggraver les mesures oppressives qu'il étoit résolu de preAdre contre eux. Il prétendit donc «que son intention n'avoit jamais été de remettre aux réfractaires les pénalités auxquelles ils étoient soumis; qu'il les avoit seuletnenl suspendues pendant un certain temps, dans Fespoir que cette indulgence les amèneroit k se conformer; que son attente ayant été trompée et l'obstination des catholiques s'étant accrue de la douceur du souverain, ils dévoient être maintenant abandonnés k toute la rigueur de la loi.» A leur grand étonnement, et par l'effet de ce subtil commentaire, lorsqu'il fut questiorn pour eux de payer de nouveau l'amende légale de 20 livres par mois lunaire, ils se virent sommés de l'acquitter, non seulement pour le temps k venir, mais encore « pour tout le teçips de la suspension,» mesure inique qui, en cumulant treize paiements dans un seul, réduisit plusieurs familles, dont les revenus étoient médiocres , à l'état de misère le plus ab-

aolu. Ce Be fulr>pft8 toatt Jacquie» ëtoit entouré <!*»& ^and nombre de ses compatriotes indigents ; leur entretien ëtoit coûteux, leurs besoins ëtoient considérables, et leurs plaintes étemelles. On eut recours à un nouyd expédient pour iajdsfEiire les plus importuns. Le roi leur transféra des privilèges sur quelques uns des plus riches réfractaireSy au moyen desquels ils eurent la faculté de procéder contre eux, en «on nom et en vertu de la loi, à moins que les victimes ne se soumissent à composer avec les porteurs de ces titres, par le don d'annuités viagères ou par le paiement immédiat de quelque somme conaiâérable. A cette époque où la jalousie des deo^i nafioiiâ éfeott portée à un tel point qu'il sefoit îAipossitile de $'ei» liiire aujourd'hui une juste idée , si l'argent eût été versé dans les coffires du roi , le» réflractaires atooient ]mLd4ià des. moli& suffisants de se* plaindre; nais que dea ku^ ffhM fossent mis. par leur roi à la merci deii élarangws , qu'ils fussent dépouillé» de. leurs propriétés .pour, jdén frayer lef extravagancea «des mignons écoasois» , e'étoîc «jouter l'indignité à l'injustice^ envenimer encore lesi blessures qu'on leur avoit faites, et porter les fins mo^ ■dérés au désespoir.

Parmi les victimes,, on comptoit Robert, Catsesby, jssui d'une famille ancienne et opulente , qui demeuro&t de^^ puis plusieurs générations à Ashby Sain^Lége,r» , dans le Northamptonshire, et qui possédait aussi dans le comté de Warwick une propriété considérable. $<Mà père, sir William Catesby, avoit été empri tonné plus d'une fois comme réfractaire : mais dès que le fil» fut devenu son .piiopre maître , il abandonna l'anpîen. culte^. »e livra à toute la, licence de la jeunesse, et perdit s» fortune par ses, folies et par son extravagaiice. En t598i^ il revint k la religion dans laquelle il avoit été^evé; et, dès ce moment , le sujet principal de ses pensées fut de se délivrer, lui et ses frères , du ' joug de fer. sous .lequid, ils gémissoient. Dans cette vue, et ponssé par Tèxaspé-

mion 4MM*on* ^vit^ ik ipéiimii pl^^ieor» sanfil^ oolic^r tai avec eux une attaque contre leeonl^ d'{)3M^,.et,< 4and o^t^ tengHlik^lKal exéGûtéi»^ il tat^bles^ » pris et jpi^ en pri^nv. IL enl^ à'^la vérité^ le bonheur d^écbapper à Ja peine capitale; lo^iàiin 1^ força^d'achètiâr sa li^irté au' prix.de 3,000 U^i^ea^ A.pinibât9a4léliyraneey Càieaby, toit-» jo«ks occupé du. n^ème de^^in^ 8'attacha aux cathcdi-^ q«QS' qm filemoièni' totparti ei^^agnol, et prit uÀepart considétakle .à leurs k^mi§mmifont' empêcher rayqneH manâ dtk aïon^rque ôoossab.i^iQtiràd il yit que ce pro-r jef n'avoil pul réiissir; il se/ rendit à Topinion générale de ses frères, et se livra, comnto êuct à Vagréable espoir de Vioadulgence eide latQléranc^^Maisson illusion ne tarda piis à s'éyanôuir s de toun cdités.se manifestott Foragequi se préparoil^ ^t qui ettsûite éclata sur leurs têtes ; «t^ Cartesl^, retournant à ses: premières idées, roula dan» son esprit tous le» moyens possiUes de les faire réussir. 11^ vit qu'on ne pouvoit espérer .de succès par Tinsurrection : les catholiques formoient alors le parti le phis Joible, et la désunion é toit au milieu d'eux; il étoi t également illusoire d'aUendre un secours suffisant de la part des prince» étrangers : le roi de France et le roi d'Espagne s-étoient déclarés les amis dé Jacques ; le pape même avoit cru devoir se mettre avec lui dans des rapports de bonne intelligence. Enfin, son esprit lui suggéra un plan qui n'exigeoit ni l'assistance des étrangers , ni la coopéra-^ tion de beaucoup d'associés, mais un plan si atroce en principe et si sanguinaire dans l'exécution, qu'il est difficile de cpncevoir comment ila pu entrer dans la pensée d'une créature humaine, et qu'on ne peut l'expli^uer qu'en considérant son auteur et ceux qui «e firent ses complices, comme des hoinmes dont le désespoir avoit aliéné la raison. Il avoit pour but de faire sauter les chambres du parlement, avec de la poudre à canon, et d'envelopper dans cette commune destruction, le roi , les lords,^ la chambre basse, tous ceux qui rédigeoient.

iO COIfSPIRATiON

et le chef de ceux qui exécutoient les lois pénale» contre les catholiques anglois ( i ), ' ^

La personne à laquelle Catesby s'ou'vrit dlâbord de son projet/ étoit son ami- intime, Thomas, le plus jeune frère de Robert Win ter, de Huddington, dans le Worcestershire. Il aVoit senri dans sa jeunesse , comme yolontaire , À l'armée des Etats ; ensuite il avoit été plusieurïi fois employé a la eour de Madrid , comme agent du parti espagnol d'Angleterre*^ Winter fut saisi d'hor- 'reur à cette communication, ei* n'hésita pas à déclarer que ce projet étoit le plus criminel et le plus inhumain qui se put imaginer. Mais Catesby essaya de se justifier:* il ne cherchoity obsenra^t-il, aucune Tengeance particulière ni aucun ayantage personnel. Son seul but étoit de ' faire cesser une persécution injuste et barbare, par le seul moyen qui offrit une apparence de succès. On ne pou- Toit douter que ce moyenne f&t légal, puisqueDieu avoit

(i) Les protestants ont fait de la conspiration des pondres on texte de déclamations contre les catholiques , comme si jamais rien de pareil'n'eût été imaginé que parmi oenx-ci, comme si o'étoit Tesprit particulier du catholicisme d'enfanter de semhlables atrocités. Sans jp'arréter à réfuter ce dernier paradoxe, trop absurde pour mériter le moindre examen , on peut leur répondre qu'il n'est aucun crime conçu par le fanatisme religieux, dont ils n'aient donné l'exemple et souyent même le précepte : on leur a déjà prouvé qu'ayant la Saint-Barth^emy, dans laquelle d'ailleurs personne n'ignore maintenant que la religion n'était absolument pour rien , ils avoient fait eux-mêmes « plusieurs Sainte Barthélémy, non moins sanglantes. »(^F'o/ez GaTejrac, notes.) Les oonspiratîoos de l'espèce de celle-ci ne manquèrent pas non pltfs parmi eux. « On raconte dans l'histoire , dit Person , ' plusieurs complots de la « même- espèce, et quelques uns, de nos jours même , de la part des « protestante ; comipe, par exemple, celui où l'on plaça à Anyers une a barique chargée de poudre, daçs la grande rue de cette rille, ^a/r la- « quelle deyoit passer le prince de Parme et sa noblesse ^ et celui de La a Haye, où l'on youloit faire sauter taut le conseil de Hollande pour « une vengeance particulière. » Lettre sur le nouveau serment de fidélitQ, sect. I. y., apud Butler, Mémoires historiques, i , a66 , i'** édition.

(iVofe de F Editeur, d'après la note de Lingard.)

DES POUDRES. !fi

donné à totts les homnies le droit de. reponaser la force par là force; si son ami le trouvoit cruel , il n'avoit qu'a le comparer avec les rigueurs exercées contre les cathodiques depuis tant d'années ; il n'avoit qu'a compter les victimes égorgées par la main du bourreau , celles plus nombreuses encore, qui avoient expiré dans le ûlence des prisons, et les milliers de^ leurs frères qui, d'un état de richesse ou d'aisance > avoient été réduits aux dernières extrémités de la misère. Il pourroit alors juger si l'accusation de cruauté s^y appliquoit avec

justice (i).

C'étoit à cette époque, que Yelasco, connétable de Castille , étoit arrivé en Flandre pour conclure la paix entre T Angleterre et l'Espagne. Les deux amis , après une longue discussion , résolurent de différer l'exécution de leur épouvantable projet, jusqu'à. <ee qu'ils eussent sollicité la médiation de l'Espagne près de leur souverain. Dans cette vue ,. Wintcr se rendit à Bergen, près de Dunkerque, où une conférence particulière qu'il eut avec l'ambassadeur , le convainquit que, bien que celui-ci f&t dans l'intention de parler en faveur des catholiques anglois, il ne feroil aucun sacrifice pour leur obtenir les bienfaits de la tolérance. De Bergen^ Winter partit pour Ostende , où il rencontra Guy Fawkes, natif du Yorkshire et soldat de fortune. Fawkes avoit lông-teûips servi dans les Pays- Bas, avoit joui d'un commandement important sous sir Thomas Stanley, et avoit visité Madrid , accompagné de Winter, comme agent des exilés du parti espagnol. Son courage, sa fidélité, et son expérience militaire , le rendoient un auxiliaire utile. Il consentit à retourner en Angleterre avec Winter, mais on lui cacha quelque temps le rôle qu'il devoit jouçr dans l'aAion (a).

(i) MSS. de Grcenwaj, p. 3o.

(3) Voyez les Confessions de Winter, dans la Conspiration des

Avant leur arrivée, Catesby avoit oommùniqué «on plan a deut autres personnes , Percy et Wright. Thomas Perey étoit parent éloigné et intendant du comte de Morthumberland. 11 avoit embrassé la foi catholique ver$ le même temps que Catesby, et avoit partagé son sort dans Fentreprise aventureuse tentée contre dTssex* Mais ensuite, il entra dans le parti opposé à, la faction es* pagnole à laquelle Catesby étoit associé, alla visiter Jac* ques à Edimbourg, et, par suite de ses (Nromesses (i ), travailla a^eç succès à rattacher les principaux catholiques à la cause du monarque écossois. Les événements qui suivirent engagèrent Percy à se regarder comme dupe du peu de sincérité du roi : il s'en plaignit à Jacques lui* même , mais il ne reçut aucune réponse ; et tandis que son esprit étott excité, d'un côté par le ressentiment, .de Tau^re par la confusion, Catesby saisit le moment favorable pour rengager dans la conspiration. 11 demanda d'abord du temps pour délibérer; mais le désir de la

poadres, accompagnée d'un dîsconrs sur la manière dont elle fut d^u^^ ▼erte, 1679, P» 4^^°> MSS. de Greenway, 36.

(1) Il n'y a aucun doute que Percy n'ait présenté ainsi le résultat de sa mission auprès de Jacques, quoique dans la suite le roi ait nié qu'il y fùâ. autorisé. Lorsqu^on demanda au comte de Northumberland s'il ayoit jamais affirmé pouvoir disposer des catholiques d'Angleterre : Il nia qu'il eût jamais affirmé pareille chose ; maiâ il déclara que , « lorsque « Percy revint d'Ecosse , sa seigneurie ayant écrit au roi que son avis « étoit de donner de bonnes espérances aux cathoiliques, afin qu'il p&t f. arrlyer sans obstacle à la couronne, il dit que le bon plaisir du roi « étoit que sa seigneurie donnât aux catholiques l'espoir d'être bien « traités, ou quelques autres assurances dans ce sens. » Interrog. du ao novembre, dans le bureau, des archives. — La lettre à laquelle le comte fait allusion a été publiée par miss Aikin, dans son ouvrage sur la cour de Jacques I,'p. aSo. On y trouve le passage suivant: « Je « n'oserai pas en lire davantage; mais il seroit pitoyable de perdre «( un royaume pour ne pas tolérer la messe dans un coin de ce royaume, it si cela en dépendoit. » Quant à la dénégation de Jacques, elle n'est pas invraisemblable. Il y. a trop d'exemples, dans les documents historiques, « qu^il ait nié ses propres paroles. »

vengeance, et l'espoir de détourner les maux qu'il avoit contribué, contre son intention, à attirer sur ses frères, lui arrachèrent son consentement; et il proposa, comme associé utile, son beau-frère, Jean Wright, attaché d'abord à Ëssex, noté comme le meilleur homme d'épée de son temps, quis'étoit fait nouvellement catholique, et, depuis, avoit été emprisonné et fatigué de persécutions. Les conspirateurs étoient alors au nombre de quatre : après un court examen, on y adjoignit Fawkes; et tous les cinq , après s'être préalablement juré Fun a l'autre de garder le secret, reçurent, comme pour cimenter leur serment j le sacrement de la main du père Gérard , missionnaire jésuite (l.).

(i) Ce fait fut révélé pat les confessionâ de Winlcr et de Fawkes , qui des cinq étoient alors les deux seuls yiyants ^ mais tous deux déclarèrent que le père Gérard ne connoissoit pas leur secret, Winter dit « que tous les cinq se prêtèrent serment Fun à l'autre, dans une chambre (c dans laquelle *il n'y ayoit aucune autre personne, » et qu'ils allèrent ensuite dans une autre salle, pour recevoir le sacrement. « Gonfess. de Winter^ p. 5o. Fawkes dit « qu'ils s'assemblètent tous les cinq dans « une maison située au milieu des champs, au delà de l'auberge de a Saint-Clément, où ils conférèrent et conyinrent du complot ^ que là , «t ils firent yœu et serment solennel ,, de toute leur force et puissance^ de « l'exécuter et de ne découvrir le secret à aucun de leurs complices, si (( ce n'est aux personnes (Juc l'on jugeroit capables d'entrer dans <i l'ex£cution; que, dans la même maison, ils reçurent le sacrement du « Jésuite Gérard , en accomplisseni^nt de leur vœu et de leur secret «antérieur; mais que Gérard ignorait leur dessein, » Voyez le cinquième interrogatoire de Fawl.es, fait le 9 de novembre, et signé par lui, le 10 du même mois, dans le bureau des archives. Cette déclaration fut l4ie au jugement , à Xesxeption de la partie qui disculpait Gérard* Ayant cela, il y a, dans l'original, une ligne, avec les mots hue usqueécrits de la main de sir Edouard Coke, qui n'entendoit pas publier un passage où se trouf^erait la justificatian de celui quHL voulait 4tcoaser (*).

(*) Cfitte note est remar<{aable : celui qui re'crlt(Ie D. Linçard) a rxt, de ses propres yeux , la pièce originale. L^esprit dMniquile et de menaonge du protestantisme est tout entier dans ee mot, hue us^ue. (^Nole de V Editeur,)

24 CONSPIRAlTION

Mais, quoiqu'ils se fussent ainsi engagés à adopter le projet sanguinaire suggéré par Catcsby, son exécution étoit encore regardée comme éloignée et incertaine. Ils espéroient que Jacques écouteroit les prières de Yelasco, et que son empressement à conclure la paix avec le roi d'Espagne Tengageroit k accorder au moins ta liberté du culte privé à ses sujets catholiques. Les commissaires anglois et espagnols s'étoient déjà rassemblés ; et malgré le ton d'indifférence qu'ils prirent de part et d'autre, et quoiqu'ils missent en avant les prétentions les plus inconciliables, il étoit bien connu que les deux souverains étoient déterminés à mettre fin' à la guerre , quelque sacrifice qu'il dût leur en coûter. Après des conférences répétées durant l'espace de deux mois, le traité fut conclu (18 août). Il rétablissoi^les relations d'amitié entre les couronnes d'Espagne et d'Angleterre, renouveloit les transactions commerciales qui avoient jadis existé entre les deux nations, et laissoit à l'équité de Jacques la disposition des villes de Hollande, données com.me sûreté, si les États ne les rachetoient sous un temps raisonnable (i). Le connétable fit intervenir alors les sollicitations de son souverain en faveur des catholiques anglois : il assura Jacques que Philippe regarderoit comme une faveur faite à lui-même, l'indu^ence qui leur seroit accordée. Afin de seconder ses efforts^ les catholiques firent en même tçmps au roi Toffre voloiftaire d'une somme annuelle, au lieu des amendes stipulées par la loi, et tâchèrent d'émouvoir la pitié de Farchevéque et du conseil, en leur mettant sous les yeux le jtableau de la détresse où se trouvoient réduites nombre de familles respectables, pour leur attachement consciencieux à la foi de leurs ancêtres. Mais le roi, de l'avis de ses ministres, fut inexorable. Il assura Velasco que', lors même qu'il le voudroit, il n'oseroit faire une

(i) Rjrmcr, xyi, 585, 617.

concession qui blesseroit à ce point les scnliments religieux de ses sujets protestants (14 août). Les jugés et les magistrats reçurent de nouveau l'ordre de maintenir rigoureusement l'exécution des lois pénales ; on prit des mesures pour découvrir les réfractaires , et Ton nomma une nouvelle commission pour condamner au bannissement tous les missionnaires catholiques (i). Les procédures qui se succédèrent rapidement éteignirent le dernier rayon d'espérance dans Tame des conspirateurs : ils s'exhortèrent les uns les autres à hasarder leur vie, comme les Machabées, pour la délivrance de leurs frères; ils se hâtèrent d'exécuter le plan qui leur sembloit être leur dei*nière ressource , et décidèrent que c'étoit une juste représaille que d'ensevelir les auteurs des outrages qu'ils éprouvoienty sous les ruines de l'édifice, dans lequel ik ayoient proposé des lois si cruelles et si oppressives (a).

Dans leurs rechercha , ils trouvèrent, auprès du vieux palais de Westminster , une maison vacante , avec un jardin tout-à-fait propre à l'exécution de leur plan. Cette maison fut louée par Percy comme étant à sa convenance, parce que sa condition de pensionnaire l'obligeoit quelquefois à résider dans le voisinage de la cour. Il y amena secrètement ses complices (11 décembre), qui répétèrent de nouveau le serment d'être iîdèles l'un à l'autre , au péril de leur vie. Sur un des côtés du jardin èxistoit un vieux bâtiment contre le nuir de l'édifice où s'assembloit le parlement : ce fut là qu'ils commencèrent à ouvrir la mine , donnant sur les vingtquatre heures , seize heures au travail et huit au repos; et divisant la tâche entre eux, de telle manière que^ tandis que l'un jouissoit de sa portion de repos,

(i)Rymer, xvi, 5975 More, 8095 MSS. de Gérard, 365 MSS. de Greeaway, 35.

(2) Journaux des lords, 358.

IcB trois antres étoiehit occupés au travail, qui comis^ UÀtf pendant le jour , k creuser la mine, et , pendant la nuit, à cacher las décombres sous le sol du jardin^ Fawkes eut un emploi différent : comme sa personne étoit inconnue,, il prit le nom de Johnson, se donna pour un domestique de Percy, et fit constamment la garde autour de la maison. Après quinze jours d'un travail non interrompu , Fawkes informa ses complices que le parlement (24 décembre) étoit prorogé du 7 de février au '8 d'octobre. Ils se séparèrent immédiatement pour aller passer chez eux les fêtes de Noël, après être convenus que , dans Tintervalle , ils ne s'écriroient pas , et ne s'enverroient aucun message (i).

Avant leur séparation, Catesby avoit découvert dans ses coitipagnons de travail de Tincertitude sur l'équilé de l'entreprise. Us admettoient qu'ils avoient droit de détruire ceux qui vouloient les détruire : mais com* ment, demand6ient«ils , pouvoiiron justifier la mort de leurs amis catholiques , qui alloient se trouver enveloppés dans la même catastrophe que leurs ennemis ? Le retour de cette question l'alarma et l'irrita : il parvint par sa véhémence à les réduire au silence , mais il ne put convaincre leur conscience. Il vit bien qu'une autorité plus élevée étoit nécessaire , et il la chercha avec la dis* crétion et l'adresse qui lui éloient propres. Le roi avoit donné à sir Charles Percy la permission de lever un ré* giment de cavalerie ; et Catesby, avoit obtenu , par le comte ^e Salisbury, le consentement du monarque pour accepter le commandement d'une compagnie. Cette circonstance lui servit de prétexte pour se procurer des armes et des chevaux pour son propre usage, et lui fournit aussi les moyens de trouver une solution à la difficulté élevée par ses amis, sans courir le danger de trahir son secret. Il fit observer à Garnet , pro- "• ■ ■ I , t

(i) Confession de Winter, 5i-53 5 Gérard, 36; Greenway, 36;

tjm P0UDRE8. tl

-▼hickl dfêft Jésultéfr^ en présence d'une coiApagnie nombreuse ^ qo'il ëtoilt afu moment de s'eilga^er ai» aerviee de Tarchidulc : «U'n'aToit ancnn doute, disbit* il> sur k jusiice de la guerre; mais il pouvoit étra commandé pour prendre part a des actions ou rin«* nocent périroît nécessairentent avec le coupable ^ et où des femmes désarmées et des enfants seroient confondus avec des soldats et des rebeller en armes. Pourroit^il en eonscience obéir? La mort de Tinnocent ne rendroit^elle pas sa conduite coupable aux yeux du Très-Haut r» Gar-> net répondit que> « d'après l'opinion des théologiens de U>utes le» communions ,. l'obéissance dans des cas sem-» blables étoit légitime; qu'autrement, il seroît toujours au pouvoir d^ un injuste agresseur d'empêcher la partie offensée de poursuivre ses justes droits. » C'en fut as-* sez : le nouveau théologien appliqua cette réponse au complot pi*éparé , et démontra à ses complices que leur objection n'étoit qu'un scrupule sans valeur et sans fon* dément (i).

Petidant les vacances, il avoit fait part de son secret à Christophe, frère de John Wright j et à Robert, frère de Thomas Winter, Le premier s'étoit depuis peu converti à la religion catholique , et tous deux slvoient été emprisonnés pour cause de religion (1605, IS janvier)» Avec ce nouveau renfort,» les conspirateurs reprirent leur travail ; mais leurs progrès furent relardés et leurs espérances ébranlées par des difficultés impré-

(i) D'après sir Edouard Coke, dont Tobjet étoit d'envelopper Garnet dans la conspiration, la question fut proposée dans les termes suivants : « Si , pour le bien et là propagation de la cause catholique contre les « hérétiques, il étoit légitime de détruire quelques innocents parmi les ff coupables? » Conspiration des poudres, page i65. Mais il n'a jamais essayé de donner aucune preuve de cette assertion 5 et non seulement Gaïnet, mais aussi Greenway, qui étoit présent, déclarèrent que la qucî^tion proposée étoit celle qui vient d'dire mentionnée. Greenway. 4o-4^« ■ * • '

28 GOUSPIRATION

▼ues : k filtralion des eaux rendpif impossibley à une certaine distance , la conduite de la mine sous les fondations ; et percer un mur de neuf pieds d'épaisseur, bâti de pierres massives y nV.toit pas un travail facile pour des hommes inaccoutumés aux travaux manuels. Ils persévérèrent cependant, et continuoient à percw cette fondation, lorsqu'ik furent alarmés, un jour, par un bruit considérable qui paroissoit venir d'une chambre placée presque sur leurs tètes. Fawkes , par ses recherches, apprit que c'étoit une cave voûtée, qui conduisoit sous la chambre des lords , et qui , sous ' peu de jours , ne seroit plus o.cçupée. Cette heureuse découverte les remplit dé joie ; la miqe fut àbandour née ( a5 mars). Fawkes loua la cave sous le nom de son prétendu maître, et Ton y conduisit, dans l'obscurité de la nuit, plusieurs barils de poudre que Ton avoit déposés dans une maison, àLambeth, Pour éyiter tout soupçon, on les c^cba spus des pierres, des bûches et difffirents obr jets d'approvisionnement. Les conspirateurs, ayant ainsi terminé leurs préparatifs , se séparèrent pour se réunir de no^vea^ en septembre, quelques jours avant l'ouveiv ture du parlement ( i ).

Cependant la persécution, qui avoit commencé Tanr née précédente, augmeiitoit de rigueur de jour en jour: les recherches nocturnes se multiplièrent pour découvrir les prêtres, avec toute cette suite de vexations, d'insultes et d'outrages qui les ayoient caractérisées sous le règne d'Elisabeth (2). Les geôles se remplirent

(i) Gonfçss. de Wioter, S$; G^ard, 4^> Greeowaj, 4?.

(3) c Caf alors, non seulement dans les comtés etdanf les ^rojinoes, « mais dans Londres niéq[ie et sons le^ yenz de la cour, la yiolenoe (c et Pipsolenoe 4es recherches e^ yisites continuelles s'aocmrent au point « de dei^enir intolérable^. Il ne se passoit[pas de nnit que les soldats «r et les sergenfs n'enfoqçass^^ les portes d^ habitants paisibles^ ff pendant lenr sommeil ; et non seulement ûa les menoient dans les

de prisonniers ; quelques missionnaires et laïques furent mis à n]^rty#et un plus grand nombre y fut condamné » pour cause de religion (i)r Le clergé officiant eut ordre ) sous les pénalités ecclésiastiques, de dénoncer tous les réfractaires qui vivoient dans leurs paroisses respectives (2] ; et des assises se tinre«nt 9 toutes les six semaines, pour recevoir des informations et juger les coupables. Les punitions ordinaires furent exécutées avec un redoublement de rigueur dont les persécutions

V. prisons sair^t leur capripe , s^ls ne se rachetoient à haut prix , « mais encore ils enleroiènt toiit ce qui leur conyenoit dans la maison ^ « et ces visites étoient faites avec tant de violence et d^insoience, que « des femmes respectables étoient forcées de se lever afin que l'on put fc voir s'il n'ezistoit pas quelque objet sacré ou appartenant a|i culte et catholique, soit sur elles ^ soit dans leurs lits, » Jugement d'un catholique anglois, par Person , octobre 1608.

(i) Le prêtre Sngar, Grissold, Baily, Wilbourne , Fulthering, et Brown, laïques, furent exécutés ; Hill, Green, Tichboum, Smith, et Briscow, prêtres, et un laïque nommé Stikel ,. furent condamnés à mort; mais ils eurent leur grâce, 4 1^ soUicita^on des ambassadeurs de France et d'Espagne , et furent ensuite bannis. XJn des derniers avoit été condamné par le légiste Philippe , uniquement pour avoir rpçu un Jés^ite daqs sa maison. La sentence parut illégale , et Pound, catholique, s'en plaignit au conseil. Au lieu de faire droit à sa plainte, on l'appela à la chambre étoilée devant les lords, quia déclarèrent que la ce condapinatiofi étoit légale, condamnèrent Pound à perdre une de ses « oreilles à Londres, et l'autre dans le lieu de sa résidence , à payer a une amende de mille livres, et à un emprisonnement perpétuel, s'il ue « faisoitconnoître ceux qui Favoient engagé à commencer la poursuite; « dans le cas où il Favoueroit, sa sentence devoitêtre révoquée , et leurs « seigneuries détermineroient ce qu'exigeoit la justice. » Pound étoit alors prisonnier au secret dans la Tour. 'VV^nwood , ii , p. 34. La reine intercéda pour ce prisonnier; mais Jacques lui défendit de jamais ouvrir la bouche en faveur des catholiques. Quelque temps après , les ambas- S^eiirs ^e France et de Venise firent des rernootrances sur la sévérité de las.e9tençe; et Pound, après être resté un jour au pilori à Londres, eut Sn perpaission de se retirer à sa maison de Belmont, dans le Hampsbire. Bartolt, 64 ; Eudœmon-Joanncs, 338.

(:») Wilk , Con. ly, 3oo. Con. cxiv, 4* 1 •.

SO GOHSPmATION

prëeëdentes ne foomissent ancmi nemple, et les wéùm^ taire» des dusses moyennes de la société furent écrasés par les confiscations répétées de tons leurs biens personnels y et des deux tiers de leurs terres et de leurs fermages (i). Pour réduire les classes élerées au nirean de leurs frères les plus indigents, les évéques reçurent Tordre, a Finstigalion du chancelier, d'excommunier les plus opulents ou les plus zélés catholiques de leurs diocèses, de certifier leurs noms à la chancellerie, ,et de solliciter des arrêts de excommuniaUc capiendo, par lesquels les coupables seroient déclarés passibles d'emprisonnement ou de proscription, incapables de recouYrer leurs prêts, leurs rentes, et les amendes prononcées pour les dommages qu'ils auroient soufferts, de vendre ou d'acheter, de transmettre leurs biens par donation ou testament (s). Pour ajouter à leur terreur, on répan-

(i) Ces peines ëtoietit appliquées arec une telle rigueur par les éréques de Hereford et de Landaff , que, dans le seul comté de Hei-eford , quatre cent neurfamilles se trouvèrent réduites à la mendicité. Il ne falloit qu'une légère provocation pour entraîner à des actes de violence des hommes poussés à cette extrémité. Un pasteur avo'it refusé de permettre Fenterrement d^une femme catholique dans le cimetière, sous le prétexte qu'elle étoit excommuniée : mm amis Finhumèrent de force; et chassèrent les officiers civils, à Taide des autres catholiques. Leur nombre s'accrut rapidement ; et les deux prélats persécuteurs prirent la fuite pour sauver leur vie. Le comte de Worcester, catUoliqae, arriva de la cour pour faire cesser le tumulte, et ses efforts furent secondés par des missionnaires et d'autres catholiques du comté voisin. Lodge, m , 3q3 ; Bartoli , 476. Voyez aussi Lettre de Gamet, note (B). Eudœmon Joannes, i35. «

(2) Wilk. Con. VI, l\\\> « Notre gracieux roi défend de verser le sang des catholiques (cela n'étoit pas exactement vrai), aucune tendance ^ des couspirations| ou trahisons ne ressortant de leurs doctrines ou de leurs actes. Mais toutes les fois qu'ij^s ne rempliront pas leur devoir, le roi entend (comme de raison) qu'ils soient poursuivis en justice ; qu^en même temps ils paient leurs contributions plus rbnden^ent qu'ils ne l'ont fait du temps de la feue reine , non que je pense qu'aucun d'eux fiit été oublié , ou qu'on l'oublie avant la Saint-Michel ; et qu'ils

dit le bruit qa'k la prochaine session du parlement, on ]»*endroit des mesures pour assurer l^extirpation entière de Tanctenne crpyance; et ce bruit sembioit'se confirmer par les épithètes injurieuses dont le roi, dans ses conversations journalières, accablôit les catholiques, par les personnalités menaçantes du chancelier (20 juin) dans la chambre étoilée , et (5 août) par le langage bos^ tiie de l'évéque de Londres dans son sermon à la Croix de Saint-Paul.

Cétoit avec une secrète satisfaction que Catesby Yoyoit ces mesures. Il considéroit ses victimes comme se précipitant aveuglément vers leur destruction, et il en concluoit que, plus les catholiques souffroient, plus ils se hâleroientde se réunir sous son étendard, après l'explosion. Comme le moment approchoit.^ il jugea nécessaire • de s'attacher quatre autres complices, savoir : Bâtes, son valet de confiance, qu'il chargea déporter des armes et des munitions dans le comté de Warwick ; Keys, son intime ami, outré de la confiscation de ses biens, et distingué par son courage et sa résolution ; Grant dont la maison à Norbrook étoit convenablement placée pour les opérations subséquentes des conspirateurs , et Ambroise Rookwood de Stanningfield, dans le comté de Suffolk , qui pouvoit fournir un haras de chevaux de prix. Fawkes, dont les services n'ctoient pas immédiatement nécessaires, repartit durant cet intervalle pour la Flandre. Il étoit chargé de procurer secrètement un * supplément dé munitions de guerre; et (ce qui étoit d'une plus haute importance) d'intriguer parmi les offi-

sachcDt CD outre qu'ils sont passibles des censures et de l'excommunication de FËglise, et de toutes les pénaliics qui s'y rapportent et qu'on n'appliquoit pas anciennement, y» (Lettre de Northampton, juillet i6o5^ dans Windwood, ii, gS.) On doit excuser la longueur de ces citations, parce qu'on a prétendu qu'à cette époque les catholiques n'étoient pas persécutés, mais/at^orisés.

ciers du régiment anglois, à la solde de Tarchiduc. Plusieurs de ceux-ci , aventuriers ^ pauvres , mais courageux 9 dévoient leurs commissions à l'influence de Catesby. U leur donna l'avis que si les catholiques anglois n'obtenoient aucun redressement par leurs pétitions, ils étoient résolus à le chercher Tépée k la main : et il les conjuroity ce cas arrivant, de venir le plus tôt possible au secours de leurs frères, avec autant de compagnons qu'ils pourroient s'en procurer. Les démarches de Fawkes, quoique faites avec précaution, furent cependant remarquées, et Cécil fut averti à plusieurs reprises, de France et de, Flandre, que les exilés machinoient quelque entreprise clandestine, quoiqu'on n'e&t pas découvert le but et les noms des conspirateurs (i).

Catesby, en Angleterre, poursuivoit sans relâche l'exécution de ses desseins. Mais quelque confiance que dût lui inspirer la fidélité de ses complices, il ne savoit comment éluder les regards scrutateurs de ses plus intimes amis. Ils remarquèrent le ton e;xalté de sa conver* sation, ses fréquentes et mystérieuses absences, et le délai inexplicable qu^il apportoit à rejoindre l'armée en Flandre, Le soupçon étoit éveillé, et Garnet, le supérieur des Jésuites, qui avoit reçu du pape et de son général, l'ordre de déconcerter tous les efforts que pourroient ' faire les catholiques pour troubler la tranquillité publique, saisit la première occasion pour rappeler, à la table de Catesby, l'obligation où ils étoient tous de se soumettre au fardeau des persécutions , et de laisser à la justice du ciel le redressement des griefs (août). Catesby ne put contenir ses sentiments : « C'est à vous , « s'écria-t*il, et à vos pareils que nous devons nos calau mités présentes. Cette doctrine de soumission fait de « nous des esclaves. Aucune autorité de prêtres ou de

(i) Aveux de Winter, 36; Green^ay, 53-565 Windwood, ir, 172J négociations deBircb, a33, 348, 35i, 355.

et pontife nç peut enlever à l'hommeson droit de repous- « 9«r rinjustice. » Le Jésuite répliqua; une conférence secrète s'ensuivit , et Catesby offrit de confier son secret à la foi de son ami. Mais « Garnet refusa de Técouter; » et après plusieurs altercations, ils arrétèrentquesir Edouard Baynham, qui ctoit sur le point de partir pour ritalie, seroit prié d'exposer au pape tous les malheurs des ca* tholiques, et de demander son avis. En conclusion, chacun des deux chercha à surprendre fautre. Le but de Catesby étoit d'imposer silence à Garnet, et d'avoir à Rome un agent qu'il emploieroit aussitôt que ^explosion auroit eu lieu. Garnet se persuada qu'il avoit assuré la tranquillité publique pour un certain temps, avant l'expiration duquel il pourroit recevoir du pape un bref prohibitif de toutes les mesures violentes (i).

Fawkes , ayant terminé ses arrangements en Flandre , revint en Angleterre au mois de septembre, et, immédiatement après, on annonça que le parlement seroit prorogé d'octobre au 5 de novembre. Ce contre-temps alarma les conjurés : leur projet pouvoit avoir été découvert; et, pour s'assurer du foit, Winter fut chargé de se rendre à la séance du parlement , et d'examiner la contenance et les actions des commissaires, pendant la cérémonie de la prorogation. Il observa qu'ils ne donnoient aucun signe de soupçon et d'inquiétude ; qu'ils marchoient et parloient avec sécurité, sur le volcan

(i) Au procès , sir Edouard Coke donna une tournure différente à cette affaire^ mais il ne s^occupa jamais de fournir la preuye de ce qu'il disoit. J'écris d'après la relation manuscrite de Greenway (p. 43)». qui était présent. Ëudœmon Joannes affirme tenir laméme chose de la bouclie des pei'sonnes intéressées. Apologie, 25 1. Garnet, à son jugement, l'explique de la même manière,' et son récit est confirmé en totalité par la lettre qu'il avoit écrite à son supérieur à Rome, le 37 juillet, immédiatement après sa dernière conférence avec Catesby. {f^ojret la noie A y ad Jin.) . .

même préparé pour leur destruction. On en conclut qu*ils en ignoroient entièrement rexistenee(i).

C/est, néanmoins , à ces retards successifs qu'on doit attribuer la non-réussite de ce complot. Aucun des conspirateurs, excepté Catesby, n'étoit riche. Plusieurs d'entre eux, depuis près d'un an, avoient compté sur sa bonté pour soutenir leurs familles; les équipements militaires avoient été achetés à ses dépens ; tous les préparatifs avoient été faits à ses frais. Mais ses res-* sources étoient épuisées, et la nécessité d'avoir à sa disposition une forte somme d'argent pour le jour de l'explosion, le força de confier son secret a deux catholiques d'une grande opulence. Le premier éioit un jeune homme de vingt-cinq ans, sir Ëverard Digby, de Drystoke, dans le comté de Rutland. Jeune encore, il perdit son père, qui lui laissa sa place de gardien de la couronne , et il fut en conséquence élevé dans la croyance protestante. En sortant de Funiversité, Digby parut à la cour, où il se fit remarquer d'Elisabeth ; mais , une année avant sa mort, il renonça au brillant avenir qui s'ouvroit devant lui , et , se retirant dans ses terres , il embrassa la religion de ses ancêtres. Ce fut avec difficulté qu'on parvint a l'engager dans la conspiration. Catesby eut recours à ses arguments ordinaires , et lui montra un passage d'un livre imprimé, d'où il inféroit que la tentative étoit légitime ; il l'assura que les pères de la société l' avoient approuvée en général , quoiqu'ils en ignorassent les détails (2). Par degrés enfin, il leva

(i) MSS. de Greenway, p. 60.

(2) Voyez les lettres de Digby, à la fin de la Conspiration des poudres, p. a49> ^^^* " ^® vois, dit-il, le principal point de Faffaire jugé « dans un ^Tre latin de M. D. » (G^rard)^ p. a49* Peut-être les initiales M. i). sont-elles celles sous lesquelles Person, supérieur de G^Vard, ayait publié plusieurs ouvrages. Garnet, dans une lettre interceptée, écrite furtivement à un de ses amis à la cour, dit : « Maître Catesby me « fait grand tort : il leur a dit (à ses complices) m'aypir fait une ques-

tous les doutes et toutes les craintes de œt infortuné jeune homme, qui se laissa persuader, promit de contribuer pour une somme de 1,500 livres , et s^engagea, vers l'époque de l'ouverture du parlement, k inviter la plupart des catholiques, ses amis, à venir chasser avec lui à Dunmoor, dans le comté de Warwick.

Le second étoit François Tresham, qui, k la mort de son p^e, au mois de septembre dernier, avoit hérité d'une immense propriété à Rush ton, en Northamptonshire. 11 avoit jadis été Tassocié de Catesby et de Percy dans la tentative contre le comte d'Essex, et, depuis cette époque , on l'avoit sans cesse persécuté pour cause de religion. Son caractère étoit bien connu : il n'avoit rien de cette audace, de cette fidélité k toute épreuve, qui seule auroit dû le faire choisir pour complice d'une telle entreprise. Il étoit naturellement froid et réservé , intéressé et changeant. (14 octobre) Mais ses ressources pécuniaires offroientk Catesby une tentative irrésistible, et les conspirateurs, après lui avoir fait prêter le serment accoutumé, lui confièrent leurs secrets et lui arrachèrent là promesse de leur donner une somme de 2,000 livres. Mais, de ce moment, Catesby commença k éprouver des inquiétudes auxquelles, jusque-lk, il avoit été étranger. Son esprit étoit sans cesse fatigué de doutes sur la fidélité de son nouveau collègue, et le repos de ses nuits étoit interrompu par des rêves effrayants et du plus mauvais augure ( i ).

«c tion, du temps de la reine Elisabeth, sur l'affaire de la poudre, et que ff j*ai dit qu'elle étoit légitime. Tout eela est complètement faux. Il l'a <i fait pour en entraîner d'autnes. » L'original est dans les archives de l'État.

(i) Aveux de Winter, 56, MSS, àe Greenway, 67, 58. Dighy et Tresham furent reçus vei*s le commencement d'octobre ; mais je ne sais si oe fut avant ou après la prorogation du 3. Outre Targent promis , Percy s'engagea à leur donner, sur les revenus du comte de Northumberland, environ 49O00 livre». Confessions de Winter, 56»

A cette époque , le plan d'opération étoit définitÎYement arrange: 1^ On fit une liste de tous les pairs et des membres de la chambre des communes ^ qii'il étoit désirable de sauver à cause de leur religion ou de leur opposition antérieure aux nouvelles lois pénales , ou dé la protection qu'ils avoient accordée aux catholiques. U fut arrêté que chacun de ceux-t;i , s'il étoit à Londres , recevroit le matin même un message pressant qui l'en-^ gageroit à s'éloigner de Westminster, ce qui se feroit si tard que l'artifice ne pourroit être découvert que lorsque le coup auroit été porté (i)^

2^^ Ce fut à Guy Fawkcs quefutconfié l'emploi désespéré de mettre le feu a la mine. On avoit eu soin de préparer un navire sur la rivière, aux frais de Tresham , pour le transporter immédiatement en Flandre, où il étoit chargé de publier un manifeste pour justifier cette action , et d'envoyer des lettres afin d'invoquer l'assistance de toutes les puissances catholiques. On espéra aussi que^ par suite de ses intrigues antérieures, il seroit en état de renvoyer par le même vaisseau un secours considérable en munitions et en volontaires.

3<> Percy, comme l'un des gentilshommes pensionnaires, avoit la facilité d'entrer au palais sans exciter de soupçoii. Il fut chargé dé s'emparer de la personne du jeune prince Charles , sous le prétexte de veiller complètement a sa sûreté , de le mettre dans une voiture préparée à cet effet, et de le. conduire au rendezvous général des conspirateurs.

4» Le rendez-vous étoit à Ihinchurch , d'où Digby, Tresham, Grant et leurs associés dévoient se rendre chez

(t) Greenwajr, Bg; Confessions de Win ter, 54* « Plusieurs étoient « destinés à être arrachés au danger, qui aujourd'hui youdroient que « cela eût été autrement. Vous, devez bien deyiner que j'avois quelques a amis dans le danger, et que je les ai prévenus. " Lettre de Digbj à sa femme, à la fin de la Conspiration des poudres, p. a5i[.

le lord Harrington , et Vemparer de la jeune princesse Elisabeth.

50 Catesby se chargea de proclamer Théritier présomptif à Charing-Cross , et, à son arrivée dans le comté de Warwick , de publier une déclaration pour abolir les trois impôts les plus onérefux à la nation : le monopole , la pourvoyance et les tutelles. *

6^ On convint qu'un protecteur (on n'a jamais laissé transpirer son nom) seroit nommé, pour exercer Tautorité royale pendant la minorité du nouveau souverain.

Mais, demandera le lecteur, que devoit-il résulter de Texécution de ce plan? comment douze particuliers» sans rang ni influence , et tout souillés, comme ils Feussent été , du sang de beaucoup de victimes illustres, pouvoient-ils raisonnablement s'attendre à comprimer les sentiments d'un peuple exaspéré, k établir une régence, à nommer un parlement dévoué à leurs intérêts , et à renverser un édifice religieux qui comptoit déjà plus d'un demi-siècle? Pour un homme de sens rassis, ce projet n'eût paru que chimérique et impossible; mais leurs passions étoient irritées, leurs imaginations en-* flammées : la vengeance, l'intérêt et l'enthousiasme les portoient à tout entreprendre.

Garnet , ignorant ce qui s'étoit passé, nourrissoit encore Tespérance d'avoir, par sa conférence avecCatesby, engagé ce conspirateur à suspendre, si ce n'étoità abandonner, sa criminelle entreprise (i). 11 fut bientôt détrompé. Catesby, quoi qu'il pût dire à ses associés, éprouvoit souvent des remords de conscience, et pour ce motif, il résolut de s'ouvrir sur toute l'affaire en confession

(1) Ainsi donc, vers le a8 d*aoî^t, il écriyoit à Person : « Autant que «nous pouvons en juger, les catholiques sont traaquilles. Ils conserveront <t sans doute leur ancienne patience, et compteront sur le roi et son Bis u pour porter remidç à tout en même temps. » Gérard, ^6. Il affirma toujours la même chose k son jugement.

à Greenway. Ce Jésuite j si nous en croyons sa déclaration solennelle, condamna ce dessein dans les termes les plus énergiques; mais Catesby ne fut pas convaincu. 11 avoit préparé une réponse à chaque objection; et, en définitive, il pria Greenvay de lui procurer l'avis de son provincial, également sous le secret de la confession. Dans cette vue, le Jésuite eut recours à Garnet, et reçut pour réponse une réprimande sévère, ail avoit eu tort de permettre que Ton fît aucune mention d'un projet aussi dangereux ; c*étoi t de sa part un tort plus grand de le communiquer à un tiers. Il ne restoit plus maintenant qu'à détourner le cohspirateur de son projet sanguinaire; il iâlloit employer tous les arguments , tous les expédients qui étoient en son pouvoir ; mais, en même temps , il devoit tenir secrète la conversation actuelle, et n'en parler à aucun être vivant, pas même à Catesby (i). »

Cette communication, néanmoins, plongea l'infortuné provincial dans la plus cruelle anxiété. Contre sa volonté, et en dépit des précautions qu'il a^oit prises, il étoit initié dans les détails du complot; et tout. ce que Tesprit peut entrevoir d'horrible dans l'avenir, il le décou vroit dans cette conspiration. L'explosion et toutes ses conséquences se présentoient perpétuellement à son imagination ; il étoit hors d'état de remplir ses fonctions journalières de missionnaire , et k nuit son sommeil étoit incessamment trouble. Accablé de tant d'inquiétudes, il se détermina à essayer sa propre influence, et se rendit de Harrowden, résidence de lord Vaux , à Coughton , dans le comté de Warwick , où il espéroit rencontrer encore Catesby. Mais il étoit trop

(i) Je prends ces particularités dans Greenway, qui répond de leur Vérité a sur son salut- » MSS. X09, et dans son^rapport yerbal à Joaases Etidoomon ; Apologie» 360, 390, àSg.

lard : Uii nouvel événement retenoit ce conspirateur dans le voisinage de la métropole (i).

Accompagné deFawkes, Cateaby s'étoit rendu à White-Webbs, maison située près d'Enfield-Chase : là, tandis <in'il étoit en consultation avec Winter, il reçut la visite inatte;pdue de Treshatow Ileiistoitun tel embarras dans les manières de ce nouvel associé, embarras qu'il s*efforçoit Vainement de dissimuler, que ses deux amis s'en alarmèrent. Il demanda vivement qUe Ton donnât avis du danger à lord Mounteâgle, qui avoit épousé sa sœur: il conseilla aussi de différer. «Une pouvoitpas, disoit-il, fournir de l'argent, si on ne lui laissoit le temps de terminer certaines ventes qui s*élevbicnt a seize mille livres. L'explosion auroit lieu avec autant de succès à là clôture qu'à l'ouverture du parlement, et les conspirateurs pourroient se servir, pour plus de sécurité, du vaisseau qu'il avoit sur la Tamise, et passer cet intervalle en Flandre. » Cette proposition confirma les soupçons dé Catesby , mais il crut prudent de dissimuler, et, après quelques objections, il parut se i^endre. On ne sialt sî Tresbam fut trompé ou non ; mais son but réel , si' liotis l'en croyons lui-même, étbit de rompre la conspira tibn, sans révéler le nom de ses associés (2).

(ï) Il est évident, d'après la lettre de Garnet, du 4 octobre (voyez note B , ad fin), qu'à cette époque il ne connoissoit pas l'existence du complot, même par Greenway. Avant la fin iju mois*, il se rendit à Cougtlion : je place donc la date de cette communication an si ou an 32. Le 3 1 , il arriva accompagné de deux dames, tantes de lord Vaux, au château de ce jeune seigneur. H y trouva sir Everard Digby , Catesby, Grreenway et Gérard. Voyez le MSS. de Gérard, 3i, et le MSS. de Greenway^ 55, 86.

(a) I^ia date dç cette entrevue est incertaine ; elle a dû se passer entre le 1 4 et le 36 d'octobre. J'ai trouvé des particularités dans les MSS. de Greenway, 67 ,qui faisoit valoir le témoignage de Catesby j dans le sixième interrogatoire de Fawkes, le 16^ et dans celui de Tresbam le i3 de novembre. Sa lettre dit qu'il avoit l'intention de mettre fin au complot. « C'étoit le seul mpyen que je pusse employer- pojir anéantir cette

Quelques jours après, lord Mounteagle fit préparer un souper , non pas dans sa résidence ordinaire à la ville , mais dans une maison quUl possédoit à quelque distance de Londres, circonstance si extraordinaire, qu'elle excita la surprise de sa famille. Tandis quUl étoit à table, un de ses pages lui remit une lettre delà part d'un homme de haute stature, dont il n'avoit pu reconnoitre les traits dans Tobscurité. Mounteagle ouvrit la lettre, et voyant qu'elle étoit sans date, sans signature, d'une écriture déguisée, il ordonna à une personne à son service de la lui lire; elle contenoit ce qui suit :

« Mylord , à raison de l'attachement que je porte à quelques uns de vos amis, je prends intérêt à votre conservation ; c'est pourquoi je vous avertis que vous jouez votre vie à chercher quelque raison pour justifier votre préswce à ce parlement, Dieu et les hommes se disposant à punir la perversité du siècle; et ne recevez pas cet avertissement avec dédain, mais retirez-vous dans vos terres, où vous pourrez attendre l'événement en toute sûreté : car, quoiqu'il n'y ait aucune apparence de tumulte I je sais cependant que ce parlement doit recevoir un coup terrible, et qu'il ne peut voir qui doit le frapper. Ce conseil n'est pas à mépriser, parco qu'il peut faire votre bien, et ne peut vous causer aucun dommage; car le danger sera passé dès que vous aurez brûlé cette lettre. J'espère que Dieu vous fera la grâce de faire bon usage de ceci , et je vous recommande à sa sainte protec: tion (i). n

m ■ I »■■« ' I I ■ .1 I ■ iMi I ■■ ■ I .1 ■>!

entreprise : sauver leur rie, et conscrTer ma fortune , mon existence et ma réputation. » Ces deux interrogatoires sont an bureau des archÏYea de TÉtat.

(i) Archéologie, xii, 300. On ponrroit dematfder qni avoit écrit cette lettre. Au lieu de rapporter les conjectures diverses des autres, je dirai ce qui , d'après le manuscrit de Greenway, paroît avoir été l'opinion deâ conspirateurs. Ils l'attribuèrent à Tresham , et soupçonnèrent qu'il s'étoit entendu en secret avec lord Mounteagle, ou au moins aveo l'individu qui avoit lu la lettre à table. Ils furent convaincus que

Le lendemain, Tindividu a qui Ton avôit ordonné de lire la lettre, se rendit chez Thomas Winler, Y un dés conspirateurs : il lui raconta (27 octobre) ce qui s'étoit passe la soirée précédente. Il ajouta que lord Mountéagle avoit porté la lettre mystérieuse au secrétaire d'Étkt; et finit par le conjurer, s'il faisoit partie du complot supposé, de pourvoir à sa sûreté par une fuite immédiate. Ce fut un moment d'épreuve pour Wiliier. Il parvint à se rendre maître de son émotion, prit un ton de légèreté, et tourna en ridicule cette affaire, comme un piège tendu à la crédulité de lord Mountéagle ; mais , aussitôt qu'il put sortir sans être observé, il se rendit en toute hâte à While-Weebs, et communiqua cette nouvelle alarmante à son collègue. Catesby, toutefois, ne s'abandonna point au désespoir : ils convinrent l'un et l'autre que Tresham étoit l'auteur de la lettre; mais avoit-il fait quelque chose de plus? Avoit-il révélé les particularités du complot, ou les noms des conspirateurs? Jusqu'à ce qu'ils en fussent assurés, ils dévoient conserver l'espérance, et continuer k défier la police et les conjectures du secrétaire.

Trois jours après, par suite du plus pressant message, Tresham se hasarda k venir trouver Catesby et Winter à

Tresham n^avoit pas plus tôt donné son consentement qu^il s'en étoit repenti, et qu^il ayoit songé à détruire la conspiration sans trahir ses nssociés. Son premier expédient fut de leur persuader de se retirer en Flandre, dans le vaisseau qu'il avoit frété sur la rivière. Il écrivit ensuite la lettre, et il eut soin de les informer, le matin suivant, qu'elle avoit été envoyée au Secrétaire , espérant que la crainte d'être découverts les engageroit à saisir cette occasion pour s'échapper. Il eût certainement réussi en cela, si son adresse n'eût été dépassée par Tadresse supérieure de Cécil , qui défendit de faire aucune recherche dans la cave. De ce moment, Tresham évita toute participation à leurs réunions ; et quand ils s'enfiiirent , il resta à Londres , et se montra publiquement. Il fut ensuite arrêté, sur l'aveu d'un prisonnier, et mourut à la Tour avant la fin du mois. « L'évéque Goodman , dans « sa réponse à la cc^ur de Weldon , tenue par le roi Jacques , dit qu« a ce fut Tresham qui envoya la lettre. » Traités de Somer, ii , 104.

Enfield-Chase. {^ur résolution étoit prise : s*il etkt hésité ou cliangé de contenance, ce moment eut été le dernier pour lui; mais il repoussa avec force Taccusation de perfidie ; il soutint son innocence par tant de serments et de protestations , qu'ils hésitèrent à lui arracher la vie, n'en ayant d'autre motif que leurs soupçons,

A leur retour, ils chargèrent Fawkes d'aller examiner le cellier. Il y trouva toutes les marques secrètes qu'il y avoit laissées. )1 étoit évident qu'aucune recherche n'avoit été faite ; ils en conclurent qu'on n'avqit donné aucune information sur cette mine. Ce fut alors que, pour la ' première fois, ils lui firent part du nouvel incident. Il se plaignit dp ce qu'ils avoient gardé jusque-lk le silence, comme s'ils se fussent défiés de son courage; et, pour prouver qu'il n'avoit aucune appréhension, il s'engagea à visiter le cellier, une fois tpus les jours, jusqu'au 5 de novembre (i).

Le roi , qui étoit allé chasser à Royston, revint enfin; il parcourut la lettre à diverses reprises, et passa deux heures en consultation avec ses ministres (2). Cette in-? formation, mais rien de plus, fut donpée à Win ter par

(1) Je dois toutes oes particularités à la narration de Greenway, p. 63, qui. les tenoit des conjurés eux-mêmes. Il les visita Iç 6 de novembre. Voyez aussi l'Aveu de Winter, S^-SS.

(3) Jacques, dans son discours au parlement, le 9 de novembre (Journaux d^ Lords, 11, 358), et dans ses propres ouvrages, publiés par révéque Montagne, s'attribua le mérite d'avoir le premier découvert le sens véritable de la lettre adressée à lord Mounteagle. {^ Voyez Howell, 11, 198.) Ses flatteurs y ^virent une certaine inspiration divine. (Coke, Conspiration des poudres, 118.) Mais la circulaire du éomte de Salisbury prouve le contraire. « Nous deux (les comtes de Salisburjr et de Suffolk) nous conçûmes que cette tentative ne se pouvoit effectuer qu'au moyen de la poudre à canon , tandis que le roi siégeroit dans l'assemblée ^ ce que le lord cbambellan conjectura d'autant plus facilement , qu'il y avoit une grande cave sous ladite cbambre. Nous fûmes tous d'avis de n'en point parler au roi , si ce n'est trois ou quatre jours avant la session. » Winwoodj, u, 171.

le même serviteur de lord Moumeagle. "Winter eut une autre entrevue avec Tresham , dans sa maison de L,incoln's-Inn, et revint auprès de Catesby avec la réponse suivante : « que l'existence de la mine avoil été commu* niquée aux ministres. Tresham avoit dit qu'il le savoit , mais qu'il ignoroit celui qui avoit fait cette découverte. » Les conspirateurs tinrent conseil. Quelques uns proposèrent de partir immédiatem^it pour la Flandre ; d'au* ttes refusèrent d'en croire Tresham. Ils balanc^ent entre toutes les opinions, et résolurent définitivement d'at-* tendre l'arrivée de Percy.

Percy fit tous ses efforts pour affermir la résolution de ses complices; il leur rappela les peines qu'ils avoient prises^lesdifficultésqu'ilsavoientsurmontées. Ils étoient sur le point de recueillir le fruit de leurs travaux : vouloient-ils le perdra sur de simples conjectures, sur les assertions d'un lâche collègue, qui, pour se tirer du danger, avoit probablement inventé ce qu'il ne faisoit que craindre? Ses arguments ou son autorité prévalurent ; mais il se fit un changement dans leurs anciens arrangements. Fawkes se chargea de surveiller le cellier; Percy et Winter se mirent à la tête des opérations de Londres ; Catesby et John Wright partirent pour le rendez-vous général , dans le comté de Warwick (i). * Sur le soir, le lord chambellan , dont le devoir étoit de s'assurer que les préparatifs nécessaires avoient été^ faits pour l'ouverture de la session, visita le .palai& du parlement, ôt, accompagné de lord Mounteagle, il entra dans le cellier. Promenant autour des regards , en apparence sans objet, il demanda par qui ce lieu étoit occupé ; et jetant les yeux sur Fawkes, qui étoit présent sous le titre de domestique de Percy, il observa que son. maître avoit fait une abondante provision de charbon. Celte remarque glissa sur l'esprit déterminé' du conspi-

( i) Greenway, 64 ; Aveux de Winter, 53.

rateur. QaoiqH*il vit et entendit tout ce qui se passoit, il étoit tellement pénétré de ^on barbare projet , qu'il résolut de rester jusqu'au dernier moment; et ayant averti Percy de cette circonstance, il revint à son poste avec la résolution , à la première apparence de danger, de mettre le feu à la mine, et de périr avec ses ennemis.

Vers deux heures du matin (le lecteur observera que c'étoit le 5 novembre, jour marqué pour le commencement de la session), Fawkes eut occasion d'ouvrir la porte de la cave , et au même instant , il fut saisi par sir Thomas Kiievett et une compa§paie de soldats. Il étoit habillé et botté comme popr un voyage. On trouva dans ses poches trois allumettes ; et dans un coin , derrière la porte, étoit cachée une lanterne sourde , contenant une lumière. Les recherches commencèrent immédiatement; et, en enlevant le charbon, on découvrit deux muids et trente-deux barils de poudre (i).

Vers quatre heures, le roi et son conseil s'assemblèrent pour interroger le prisonnier. Fawkes se présenta devant eux ferme et recueilli ; ses réponses, quoique faites dans un langage respectueux, ne laissèrent aucune ouverture à la découverte de ses complices. Son nom, disoit-il, étoit Jonhson, son maître Percy; qu'il eût ou non des complices, c'est ce que l'on ne sauroit jamais de lui. Son but étoit d'anéantir le parlement, comme le seul moyen de mettre fin aux persécutions religieuses. Il refusa d'en dire davantage, quoiqu'il fût, à plusieurs reprises , interrogé en présence du roi. Durant les intervalles, il soutint sans timidité les regards scrutateurs des courtisans; il répondit à toutes leurs questions sur le ton du sarcasme et do défi. Un noble écossois lui ayant demandé k quelle fin il avoit rassemblé une telle quantité de poudre à canon : « Pour faire voler , répondit-il , les mendiants d'Ecosse

(i) Wiuwood, II, 171-172J Conspiration des poudres, 3:3-37.

«vers les montagnes de leur patrie. » Jacques le surnomma le Scevola de l'Angleterre (i).

A la Tour, quoique Ton eût donné l'ordre de le torturer jusqu'à rèxtrémité , on ne put vaincre sa résolution; il ne voulut faire aucune révélation que ses associés ne se fussent déclarés eux-mêmes, en paroissant les armes à la main (2). Au moment où ils apprirent son arrestation, ils montèrent à cheval, et le soir même ils rejoignirent * le parti qui chassoit à Dunchurch. Il y avoit quelque chose de mystérieux dans leur arrivée subite, dans leur extérieur négligé, et dans leur longue et sérieuse consultation avec sir Everarj Digby. Avant le matin, le bruit circula que la conspiration avoit échoué. Les conviés se séparèrent peu à peu; trois seulement restèrent pour partager le sort désespéré de leurs amis. Ils ne songèrent plus à s'emparer de la princesse Elisabeth ; ils traversè*rent en hâte les comtés de Warwick et de Worcester, et se rendirent à Holbeach , où résidoit Etienne Littleton , Tun de leurs nouveaux associés. A leur grand étonnèment, tous les catholiques dont ils sollicitèrent un secours sur la route, leur fermèrent la porte, tandis que les shériffs de chaque comté les suivoient à une certaine dis- ' tance, avec la force-armée (3). Au château d'Holbeach , ils résolurent de faire face à ceux qui les poursuivoient. Quoiqu'ils ne comptassent que quatre-vingts hommes, leurs domestiques compris, mais bien montés et bien armés, ils se crurent en état de tenir tête aux troupes tu*

(i) OEuvres de Jacques, apud Howell, ii, aoi ; Négociations de Birch, p. a33.

(q) c( On lui appliquera d^abord la question la moins rude, et sic pet gradusad ima tendatur, » Instructions de Jacques, n. 6, au bureau des archives de TÉtat.

(3) Greenway, 70. Ils prirent celte route dans l'espoir d'être rejoints par M. Talbot, cas auquel ils nedoutoient pas de pouvoir battre leurs poursuivanU, ou les forcer d'en venir à des arrangements. Mais Talbot refusa de les voir et de recevoir aucun message de leur part. Lelti'es de Digby, 25o.

46 CONSPmATiOIf

multueuses de letrs adversaires. Une yictoire, en pareil cas, eût probablement ajouté à leur nombre, el leur eût donné le temps de pourvoir à leur sûreté. Mai^ le quatrième matin après la découverte du complot, tandis qu'ils se préparoient au combat, une étincelle tomba par hasard au milieu de la poudre. Catesby et quelques uns de ses complices furent grièvement blessés ; et la plupart de leurs compagnons profitèrent de la confusion pour s'échapper. Une heure après, le château fut en* touré. On ne répondit qu'avec une déduigpeuse hauteur aux sommations du shériff, non que ces malheureux, ainsi renfermés, conservassent Te^iérance de sauver leur vie ; mais ils vouloient éviter le couteau du bourreau , en provoquant leurs ennemis au combat. Dans cette io" tention, Catesby, Percy et les deux Wrights, armés seulement de leurs épées, s'exposèrent aux coups des assaiK lants, et furent tous mortellement blessés. Thomas Win* ter, qui les avoit accompagnés, reptra dans la maison ; là , il fut fait prisonnier après quelque résistance , ainsi que Rookvood, Grant et Keys, qui tous avoient été ble»* ses par l'explosion. Digby, Robert Winter et Littleton

( se firent un passage à travers les rangs de leurs ennemis; mais le premier fut entouré dans un bois ; les autres furent ensuite trahis par une servante de mistress Little* ton, veuve qui avoit une maison à Hagley, où ib avoient ét^ cachés, à son insu , par soi| cousin Humphrey Littleton.

Plus de deux mois s'écoulèrent entre Farrestation et le jugement des conspirateurs. Les ministres s'étoient

. persuadés , ou vouloicnt persuader aux autres , que les missionnaires jésuites étoient fortement impliqués dans ce complot; ce qui fut cause que l'on soumit les prison^ niersà des interrogatoires répétés. Tous les artifices que la ruse peut inventer, les promesses et les menaces, l'aspect des tortures et l'infliction de la question , tout fut employé pour leur arracher quelque aveu qui pût servir

de base à raccusation(t5 janvier 1606); et^ dans une

prodamatiôn faite pour parvenir à l'arrestation de Gé^

rard, de Garnet et de Greenimy, il fist ditque, «d'après

A les interrogatoires, il étbit évident et positif que tous

a trois avoient été les fauteurs particuliers du complot,

u et que, par conséquent, ils n'étoiçnt pas moins cou-

M pables que les auteurs et les conseillers de la trahi-

a son(i).»

Enfin comparurent les huit prisonniers (27 janvier). Ils plaidèrent tous de leur innocence ; non qu'ils niassent avoir trempé dans la conspiration, ce qu'ils firent bien observer, mais parce que Taccusation contenoit beaucoup de choses auxquelles jusqu'à ce jour ils avoient été étrangers. Il éloit faux que les trois Jésuites eussent jamais tenu de consultations avec eux à ce sujet ; ainsi donc, autant que la chose' étoit à leur connoissance , lous trois se trouvoieni innocents. Quant à eux-mêmes, ils avoient à coup sûr médité le projet dont ils étoient accusés; mais, quoique Ton pût penser des faits, ils maintenoient que leur intention étoit innocente devant Dieu. La plupart d'entre eux avoient déjà perdu leurs propriétés; tous avoient été cruellement persécutés à cause de leur religion ; le roi avoit manqué à sa promesse de les tolérer, et la malice de leuçs ennemis aggra* voit journellement leur fardeau. 11 ne leur restoit d'autre moyen de se délivrer que celui qu'ils avoient adopté. Leur seul objet étoit de se soustraire, eux et leurs frères, à la cruauté de leurs persécuteurs , et de rétablir un culte qu'ils croyoient, dans leur conscience, être la véritable religion du Christ; et, pour cela, ils avoient risqué leur fortune et leur vie , comme ils étoient encore? prêts à les sacrifier. £n réplique, les comtes de Salisbury et de Northampton soutinrent vivement «que le roi n'avoît pas manqué à sa parole , et que les promesses sur

(i) Rymer, xvi, 639.

48 COHSi^IRATION

lesquelles oomptoient les catholiques n^étaient; que des iiclions inventées par des gens de leur propre société qui cherchoient à les égarer, a Les prisonniers. reçurent leur sentence et subirent le châtiment des traîtres ; ils reproduisirent sur Téchafaiid les mêmes sentiments quUk avoient montrés a leur jugement (i).

Des trois Jésuites mentionnés dans la proclamation, Gérard et Greenway parvinrent, après plusieurs aventures, à fuir sur le continent. Garnet, après avoir eu la précaution d'envoyer au conseil la protestation de son innocence, se cacha à Henlip, près de Worcester, dans la maison de Thomas Abington , qui avoit épousé la sœur de Mounteagle. Le lieu de sa retraite fut connu de Huniphrey Littleton , qui n*avoit pas encore été mis en jugement ; ce fut Tespoir de sauver sa propre vie qui rengagea à donner cet avis au conseil. Sir Henry Brumley, magistrat du voisinage, reçut l'ordre de se rendre à Henlip avec la force armée (20 janvier). Mistriss Abington, en l'absence de son mari, lui remit les clefs avec un air ouvert; on visita rigoureusement et à plusieurs reprises tous les appartements. On plaça des sentinelles nuit et jour, dans chaque passage et à toutes les issues; trois jours s'écoulèrent ainsi, et aucune découverte ne fut faite. Mais le quatrième, deux étrangers paruï*ent soudain dans les galeries , et furent à Tinstant arrêtés; Tun étoit Owen , domestique de Garnet , et l'autre, Chambers, domestique d'Oldcome autre jésuite, que la faim avoit forcés de quitter leur retraite. Ce succès stimula les efforts des envoyés, La recherche continua : on découvrit neuf autres chambres secrètes; et, le huitième jour, on trouva une ouverture donnant dans celle

(i) Voyez la Relation vraie et parfaite de tous lei actes, 1606, atosi que les Mélanges harléyeas, m ,1^27. Gérard , dans son MSS (107-13O) contredit fréquemment cet écriyain. Voyez aussi la Chronique àe Stowe, 881.

où les deux prêtres se tetioient cachés. Tous quatre , ainsi que le maître de la maison^ qui ëtoit revenu pendant cet intervalle, furent conduits à Londres et renfermées a la Tour (i).

On porta à la chambre des lords un bill dont Tobjet étoit de flétrir la mémoire des conspirateurs qui avoient péri à Holbeach ^ ou qui étoient déjà convaincus; mais en imitation d'une coutume odieuse en usage sous le règne de Henri VUI, on y introduisit les noms de plusieurs individus , dont quelques uns n'avoient pas encore été pris, et dont aucun n'avoit comparu. Les lords hésitèrent : ils demandèrent a voir les preuves qui condamnoient ces derniers ; et, après avoir entendu le procureur général, ils résolurent de surseoir k Texamen du bill jusq^^k ce qu'ils eussent reçu des informations plus satifaisautes (â). A ce sujet, Garnet fut interrogé envi-

(i) Gérard, 87-89; Gwenway, 95-97. ((Véritable détail de ce qui « s'est passé à Heolip, » dans Fapp. des mémoires du P. JButler sur les catholiques bretons, 3<' édition, p. 44^* L'ouverture donnoit dans une chambre haute, par le foyer d'une cheminée. La bordure en bois de râtre se levoit et se fermoit comme une trape, et l'on ôtoit et replaçoit les briques toutes les fois qu'on faisoit usage de cette coinmunication. Fowlis, 608.

(a) Ces détails sont donnés par Gérard et par Greenway, et sont confirmés par les journaux. Le bill fut lu pour la première fois le i«r février. L'avocat général fut mandé pour le 3, avec les pièces à l'appui. Il obéit, et le 8 le comte de Northampton , au nom du comité, proposa <r de suspendre la discussion du bill jusqu'après le nouvel examen que A nécessiteroient les déclarations des Jésuites etdes séminaristes nommés a dans le bill , parce que ce nouvel examen procureroit peut-être quel- « ques nouvelles preuves de la trahison. » Journaux 366, 367, 370. Dans le procès de Garnet , Coke mentionna cette circonstance et en réponse à la conséquence qu'on en tiroit, observa que le bill avoit été présenté avant l'arrestation du jésuite , et que S. M. vouloit suspendre le bill jusqu'à ce que le procès eût suivi le cours régulier de la justice. (Complot des poudres, i48, i49*) Cependant l'une et l'autre de 6es répliques sont contredites par les journaux; car le bill fut présenté le !<:' février, trois jours après l'arrestation de Garnet, et la cciuse du délai fot celle que nous avons donnée.

SO CONSPIRàtïON

ron vingt fois par difTérents commissaires ; son domtôtique, Owen, fut torturé jusqu*à la mort; et son compagnon, Oldcorne, fut appliqué à la question cinq heures durant, pendant cinq jours consécutifs. Cependant on ne put obtenir aucune espèce de preuve , et de k Tiolence on passa à la ruse. Le gardien de Garnet, par ordre du lieutenant, se donna pour Tami du prisonnier : il le plaignit d'être ainsi renferme; il affecta de le révérer comme un martyr de la religion ; il lui offrit de lui accorder toutes les douceurs qui seroient compatibles a?ec 8a4)ropre sûreté. Le Jésuite se laissa tromper ^ et par Tentremise de /cet ami inattendu, il commença une correspondance avec plusieurs catholiques; mais quoique les lettres des deux côtés fussent portées au lieutenant, et soumises par lui à Tinspection des commissaires, elles ne donnèrent aucune nouvelle preuve contre le prisonnier ou ses amis (i). L'adresse du lieutenant nétoit pas épuisée; il plaça Oldcome dans une cellule contiguë à celle de Garnet , et leur fit donner avis qu'ils pouvoieut communiquer entre eux par une petite ouverture dans la porte. Le fait étoit qu'il existoit deux portes opposées à chacune des autres , et qu'entre elles on atoit placé deux personnes pour surprendre leur conversation. Oldcorne, entre autres choses, demanda à son compagnon de malheur ce qu'on avoit avancé contre lui relativement au complot. Garnet répondit sans hésiter <|u'il devoit être assuré <» qu'il n'y avoitsur la terrjT qu'un seul être vivant qui péê lui nnire dans cette matière , ni aucune chose qui pût le faire soupçonner, si ce n'est qu'il avoit désiré que sa congrégation priât pour la réus*

(i) Les lettres étoient écrites avec de l'encfe commune, et sur ocJ sujets ordinaires ; mais on y inséroit des notes avec da jas d^orangeoade limon, qui , par l'effet de la chaleur, dcyenoient lisibles. D'après cela, le lieutenant jugea nécessaire de retenir les originaux , et de njcnvoj* que des copies exactes. MSS. de Greenway, io5. Quelques vâiei àe ces lettres sont encore aux archives.

! site de la cause catholique , et qu'il avoit récité un

I hymne qui contenoit des expres^ons où ses ennemis

I pouvoient trouver des allusions k la conspiration. « Ces

discours imprudents furent avidement saisis par les deux ! espions, et sur-le-champ on en donna Tavis au conseil.

I Garnet, à son grand étonnement, reçut l'ordre de

répondre à cette question : N'y avoît-il pas un homme 1 vivant qui pouvoit Faccuser d'avoir trempé dans le eom-

I plot? il répondit négativeçient ; on le mit à la torture ,

et on lut devant lui toute sa conversation avec Oldcome. Il étoit actuellement inutile de nier ce, qu'il avoit dit {i); mais il en donna sur-le-champ l'explication. Il avoit été consulté en confession par le père Greenwây ; le SECRET auquel obligeoit la sainteté du sacrement Favoit jusqu'alors forcé de garder le silence;, actuellement qu'il étoit appliqué à la torture, il profileroit de la permission que lui en avoit antérieurement donnée Greenwây, et il étoit prêt à reconnottrè le fait.

Ce fut ainsi qu'après un intervalle de deux mois, fut trouvée la base nécessaire au procès du prisonnier. L'intérêt qu'il exci toit se manifesta par la foule immense des spectateurs réunis au tribunal ; le roi lui-même y assistoit, ainsi que les ambassadeurs étrangers, et la plupart des membres du parlement. Sir Edouard Coke, procureur général, parla pendant plusieurs heures: il détailla tous les complots, réels ou imaginaires, imputés aux catholiques depuis Tavénement d'Elisabeth; il déclama contre la doctrine jésuitique sur V équivoque^ et contre les prétentions temporelles des pontifes; il peignit les missionnaires en général, et les Jésuites en particulier,

(i) Ainsi s^exprime le D. Lingard 5 majs il y a ici , de sa part, une grande inadvertance. Garnet n'a voit point dit qu'il élis toit un homme vivant, qui pouvoit V accuser d^at^oir trempé dans le complot, mais seulement , qui pouvoit lui nuire dans cette matière. Ainsi , en répondaiit négativement à la question qui lui étoit faite, il ne disoit rien qui fût contraire à la vérité. '

52 COIfSPIRàTIOn

comme des hommes ligués dans une conspiration impie ^ poar faire pëfir le r^^ppi les chefs de FËglise protestante. Mais quand il en vint aux bases réelles de Taccusation , il trahit bientôt hi pauvreté de sa cause. Il ne dit pas un mot des aveux ^ des témoignages^ des déclaralions des décédés 9 par lesquels il avoit promis de prouver que Gamet éteit le premier auteur du complet , et le ccn-seiUer intime des conjurés. On vit que cette partie de l'accusation n'avoit d'autre fondement que sa simple assertion > appuyée seulement d'un petit nombre défaits sans importance, et susceptibles d'une interprétation différente. Gamet répondit avec douceur et fermeté ; mais il fut si souvent interrompu par les questions et les remarques du procureur général et des commissaires siégeants, que le roi lui-même déclara qu'ils ne lui donnoient pas « beau jeu (i). » Il avoua qu'il ayoit appris le

(i) Les amis de Gamet se plaignirent amèrement des artifU^es qu on aToit employés pour détruire Teffet des déclarations en sa faveur, qoe les conjurés avoient faites et k la barre et à Téchafaud. Tresham avoit été interrogé à la Tour : on lui avoit demandé si Gamet avoit en quelque part à ce qu^on appeloit la trahison d^Ëspagne en i6oa , et il avoit répondu que le père Gamet et le père Greenwa/ Tavoieut détourné de prendre part à ce que faisoitWinier en Espagne. {IJoTigmal est dans les archives.) Il douta ensuite de l'exactitude de sa. déposition, et à sa mort il dicta une lettre au comte de Salisbury, dans laquelle il rétracta ce qu^il avoit dit, v que Gamet connoissoit le projet de Winter, «parcequ'il nePavoitpas vu de quatorze ans auparavant.»!! est évident, de toutes ces circonstances , que ces quatorze ans se rapportoient au temps qui avoit précédé la trahison espagnole en 1603. Coke, toutefois, au jugement, informa la cour que Tresham, dans sa lettre, affirmoit n'avoir pas vu Gamet depuis seize ans, tandis que Gamet luimême avouoit quMls s'étoient vus plusieurs fois depuis ^ et le comte de Salisburjr, revenant au prisonnier, lui demanda comment il expliqueroit l'assertion de Tresham. Le Jésuite, sans songera l'artifice, et supposant que Tresham avoit parlé de la dernière année , répondit « que peut-être il se trompoit. » Cela fut suffisant : on en inféra immédiatement qu'on ne devoit ajouter aucune croyance aux déclarations des mourants, qui pouvoient se tromper à cette heure suprême. Procès d'État, II, 507 5 MSS. de Géard, p. i35 Bartoli , 563.

DES POUDRES. Bi

coipplot en confession , mais que chez les eatfapliques le ^ seeret de la confession étoit inviolable. S'il en éioit au-

^ trement, personne ne découvriroit ses crimes projetés à

A celui même de tous les hommes qui, par son autorité e|;

t ses avis 9 seroit le plus capable de d^étoumeF le péph«ur

f du délit médité. Quant à lui , il abhorroit le complot

* «ru tant et plus que le plus loyal de ses persécalfiirs;.il

(^ QToit/ait pour le prévenir tout ce que sa consciehovlùi

f avoit persuadé qu'il pouvoit faire lé^fitimement. Le pripi-

^ oureur général avoit, à la vérité^ cherché à découvrirea

li lui quelque intention de trahison, en plusieurs circoBSi-

t; tances; mais il prouveroit que se6 motifs étaient tirés

I différents, et conduiroiept à une conclusion 'opposée:

1^ jury ne pouvoit juger d'après des coi^ctujres et des jM^ésomptions; tout ce qu'il avoit affirmé étoit la vériéé tout entière : £iussi son accusateur n'â^ayoit pas de donner la preuve du contrs^ire. « Quoiqu^un verdict le déclarât coupable , ses aipis se déclarèrent .satisfaite des procédures. Tout ce qu'on avoit prouvé contre lui étoit de « n'avoir pas révélé le secret de la con» fession; » Coke s'étoli vanté de lui démontrer qu'il awùit été Fautevir et le conseiller de cette conspiration ^ et n'avoit pas réussi, et Cécil lui-même étoit convenu qu'ils ne pouvoient produire rien de plus contre lui, que ce qui avoit été dévoilé par sa conversation avec Oldcorne. D'après toutes ces circonst;inces, iU affirmèrent que s'il devoit périr, il périront, non pour cause de trahison, mais pour avoir rempli consciencieusement son devoir (i).

'(i) Il existe plusieurs rapports sur ce célèbre procès : celui que publia l'autorité, sous le titre de Relation parfaitç et entière de tou<e la procédure, a été réimprimé dans les Procës 4'État, n, 217. Mai^ Jia partialité a-vec laquelle les réponses et la .défense de Garnet jr sont évidemment mutilées, rend nécessaire de la comparer ayec les relations publiées par ses amis. On le peut faire dans Bartoli , 546 j More , 3?6, et dans les mémoires de M. Butler, ii , 124. Gérard , dans sa Narration ,

Il est probable que la défeiue de Gàmet fit une im* presHon fayorable sur Tesprit du rot. Au lien de le conduire à l'écha&ud, on l'iaiterrogea encore trois fois, pour s'assurer si c'étoit en amfesswn ou hors de confessicm qu'il a^oit eu connoissanoe du complot; «t quoiqu'on lui dit que Greenway éloit en prison, et avoic fait un rapport différent, il persista toujours à affirmer qu'il n'aiK>it entendu le séoret qu'on lui avoit communiqué que sôus le sceau de Im ccnfessien (i). Il fut ensuite interro^ sur la doctrine de V équivoque : il répondit vive- «mt «que la coutume de forcer les hommes à s'accuser eux-mêmes étoit baiitore et injuste, et que, dans de pareils eas, il étoit légitime d'employer l'équivoque, et, s^il étoit néces^iip, de confirma cette équivoque par un serment; et cpie si Tresham, comme on Tavdit prétendo, avoit pris ee parti sur son lit de mort, il pouToit en avdir d«s raisons qui le justifieroietit aux yeux de Dieu (2). » C'est à cet aveu que j'attribue son exécution. «L'bonnne qui scnterwà de telles opinions ne pouvoit « raisonnaUenieni se plaindrej si le roi refusoit de croire «i§ ses protestations d'innocence , 4k s'il laissoit agir les <c lois (8). » Six semaines après son jugement , l'ordre fatal

p. 157, remarque que le jury, en rendant son yerdict, se borna à le déclarer coupable d'avoir caché la connoissance qu'il avoit eue de la tonjoration. Voyez note (G).

{\) Tortura torti^ /^mS^ Gassuboa, i^ud Frontonem , Dact iSa-i33.

(a) <c JTaTaue que ceci est conforme à mon opinion et à celle Ses « théologiens j et notre raison en est que dans le cas où l'équivoque est <c légitime, le discours que l'on tiendroit ainsi ne renferme pas de mente so^ge. Donc ce discours peut être, sans parjure, confirmé par serment, n ou par tout antre moyen, fût-ce même en recevant le sacrement, « si une juste nécessité l'exige. » Henri Gamet. — L'original se trouve aut Archives , de la main même de Garnet.

(5) Cette réflexion , qui est du D. Lîngard , prouve qu'on peut être à la fois nù grand historien , un savant jurisconsulte et un très foible théologien. L'homme « qui soutenoit de telles opinions » étoit un homme qui soutenoit une doctrine approuvée de toute l* Eglise.

BBS POUDRES. 5&

fut sigpé. Sur réchafend^ seloa le langage ambigu du rapport ofEciel , il aTOva sa cidpabiUlé ; maia sL nous en croyons les lettres de témoins oculaires, il nia qu'il eût

L'éqairoque proprement dite est une proposiUjoii à plusieurs sens , parmi lesqupU il en ejit um vrai, et qui -peut être reconnu par oenx qui entendent^ cette proposition y s'ils on^ ass<^ de dis^jemenient.povr suppléer à ce qui n'est pas expliqué.

N. S. en a donné un exemple , lorsqu'il a dit : « Non ascendo addiem, festum hune (je n'irai point à cette féte(i)... , et cependant il y alla en secret (q) ; toutes les circoastanees de ce passage prouyent qu'il ik>uloit dire : Non ascendo {manifesté). Je n'irai point fntbliquement. »

tf^On connolt l'équiToque de saip^ Athan;as, que ses.emieipis pour-, suivoient sur le Niî^ à leur Tue, il aToit rebron^sé chemin, et yenoit de leur dire : Athanase r^est pas loin^ si vous êtes 4iligç(U, vous pouvez V atteindre. Or ce qu'il disoitétoit yrai, et il^uroit pu en faire le senneut.».

« Noiis ne prétendons point , est-il dit dans les Conférences d^AagfBts^ tt soi^esiir que ce soijL un parjure , quand celui qui est intei;^ogé:paj: vu. «juge ne jure pas conformén^ent à rintenlion du juge qui l'interroge. a Plusieurs auteurs dont la morale ne paroit pas relâchée, comme saint f< Raymond , saint Antonin , Angeliu, Major, Silyestre , Adrien YI , (( Cajeun , Soio , Victoria , Médina , Bannes , Nayarre, Tolet , estiment- « que quand un homnie est interrogé par un juge contre l'ordre de la «justice, par exemple, lorsqu'un 'juge interroge quelqu'un sur des « cnoses sur lesquelles il ne peut répondre suiyant l'intention de ce « juge , sans réyéler des yérités dont la déclajratioii est nuisible au pu- « blic ou au prochain , ou à lui-même, qjiç la religion, , la jijistioe ou la « charité Refendent de publier, et que par conséquent .^l ne peut déoou- « xrir sans blesser ces yertus , il n'e^t pas possible dei se conformejcà a l'intention des juges ^ car pour qu'oi\ soi t^ obligé 4ç répondre suiyant « l'intention de celui qui nous interroge , il, fai\t qu'elle soit juste et « légitime., et qu'il ait droit de nous interroger suç les choses dont il^ « s'agit , si bien qu'on puisse se conformer à son intention sans inté- « resser la religion , la justice ou^la phari^» Si cela n'éto^t .paç. ainsi, « par exemple , si un juge interrpgeoit un homme public sur une chose ^ « qu'il doit tenir secrète , ces auteurs croient que celui qui est inter- « rogé peut , en répondant, se seryir de paroles ambiguës qui aient plu- « sieurs sens , et qu'il entende dans un sens auquel il préyoit que celui « à qui il parle ne les prendra pas , et qu'en cela il ne fait point injurç .

(i) Joami., vii^ 8, (a) Ibid., 10.

S« OOIfSPiaATIOlt

aocvne connoisiuice do complot, si ce n'en par lâ confcMÎon; et quoiqu'il demandât pardon au roi, il ^it soin d'ajouter que ce n'étoit pas pour avoir trempé dans le complot, mais seulement pour le délit légal d'ayoir cachéy dans rorij^ine, les soupçons qu'il ayoit conçus en lui-même. Sa conduite pieuse et résig;née excita la pitié des spectateurs ; leurs cris retardèrent l'impatience du bourreau, et l'atroce opération de récartellement n'eut lieu que lorsqu'il fut réellement mort (3 mai (i).

Quoique Jacques fût satisfait de ee que le grand corps des catholiques angloia n'avoit point trempé dans le complot, il crut néanmoins qu'on n'en aroit pas encore découvert toutes les ramifications. On ne faisoit aucun doute que Fawkes ne se fiit donné des associés en Flandre ; et les soupçons tombèrent sur Owen, catholique gallois, et sur Ekiudouin, Jésuite, qui tons deux échappèrent aux poursuites, par le refus opiniâtre de Farchiduc et du roi d'Espagne de le^ lii^rer à rambassadeur anglois (a).

Ommi

« au juge, parce qu^un juge n'a droit d^interroger son jasticîable que « d'nne manière juste et juridique , et seulement sur les choses qni u sont de sa compétence; enfin qu*il ne commet pas un parjure, puisqu'il « ne fait pût un mensonge ; car le mensonge ne consiste que dans Top- « position de la pensée et de la parole , et cet homme ne parleroit pas « contre ha pens^. Il ^aut cependant prendre garde d'abuser de ce prina cipe , et de l'étendre à des^cas où la religion , la justice , la charité, (( l'intérêt public ou particulier, non seulement ne défendroient pas «c d'aller à révélation et de répondre conformément â l'int^tion du juge, <y mais exigeroient souyentl^contrair*. » (Page 387, édition de Paris.)

(JVoU de PÉditeur.)

(i) On fit courir le bruit qu'il aTûit aroué son crime (Gïnspiratioii âès poudres, Boderie, i , 49) 9 m^is <^t aVeu se borna au secret qn'il aVoit gardé sur àetf soupçons. More, 3a7; Mémoites de Butler, iii, 34^» 3* édition ; Ghaloner, n, 4^3 j Jean Eùdœmoti , 349*

(3) Owen étoit attaché au service du roi d'Espagne , qui demanda qu'on envoyât à Bruxelles les preuves de son crime , et promit de le punir lui-même , s'il étoit coupable. On le lui refusa. Baudonia fs^ arrêté en 1610, par l'électeur palatin, comme il passoit d<iBS ses

En Angleterre, la parenté qui existoit entre le eomie de Northumberland et Percy parut une raison suffisante pour le mettre aux arrêts , dans la maison de T archevêque de Canterbùry ; et l'aveu des conspirateurs , que Catesby avoit voulu sauver le vicomte Montague, et qu'il savoit que les lords Mordaunt et Stqurton dévoient être absents du parlement, suffit pour faire arrêter ces trois seigneurs (i). Ils protestèrent en vain qu'ils étoient totalement étrangers a la conspiration : la chambre étoilée les condamna (1*^ juin) à tenir prison au bon plaisir du roi f et à lui payer des amendes { lord S tour ton, six mille livres; lord Mordaunt, dix mille, et le vicomte Mop* . tague, une somme encore plus considérable (2)* Ce dernier fut envoyé à la Tour, et interrogé à plusieurs reprises ; mais*il répondit dès le commencement avec un air de dédain et de confiance, indiquant comment il falloit s'y prendre pour' découvrir sa culpabilité, s'il étoit coupable (3) « bravant sed accusateurs , et les

domaines, et envoyé en Angleterre. Il subit plusieurs^interrogatoires à la Tour : le toi assista au dernier, mais on ne découvrit rien contré lui. Winwood, 11, i83, 187-189, 337, aSa; 111,211,407; Bartoli,5i9.

(i) Eawkes confessa que « Catesby lui avoit dit que lord Mordaunt ne c( seroit pas là le premier jour, parce qu'il ne vouloit pas assister « au sermon , car le roi ne savoit pas encore qu'il étoit catholique , « et que le lord Stoutton àyoit de telles affaires qu'il ne pourrott^enir (K en ville .avant vendredi. » MSS. originaux dans les archives de TEtat. Dans la même collection , il y a deux lettres de lord Mordaunt au lord trésorier, déclarant son innocence, et niant qu'il eût aucune çonnoissance du complot. Cécil, dan^ une lettre à sir Thomas Ëdmonds, dit que Percy désiroit sauver Northumberland et Mounteagle, et que Catesby savoit que StourtoQ , Mordaunt et Montagne seroient absents , BircL , 344*

(3) Il étoit ordinaire de composer pour les amendes, dans la ehambre étoilée. Northumberland composa pour 11 ^000 1., Montague poi» 4,000 1., Stourton pour 1,000 1. Je crois qu'on remit son amend0 à Mordaunt. F'ojrez l'Extrait du revenu de sa majesté, p. 1 1.

(^) n leur demanda de prendre la déposition de Percy, avant qu'il ntourutde ses blessures. « Il peut me faire blanc comme la lumière du

58 CONSHRATION

sommant de le juger publiquement, ou conformément aux lois. Ils préférèrent l'appeler, après un délai de sept mois, à la chambre étoilée (6 juin). Cette accusation extraordinaire portoit sur les chefs suivants : l** qu'il avoit voulu être le chef des papistes, et'obtenir la tolérance; 2« qu'il avoît fait recevoir Percy comme gentilhomme pensionnaire, sans lui faire prêter le serment de suprématie; 3<> qu'après son arrestation il avoit écrit deux lettres k ses agents, dans le Nord, pour les prier de veiller à ce que Percy n'emportât son argent ni ses rentes : et en cela il avoit commis un triple délit, i^ en prenant sur lui d'écrire des lettres sans permission; 2^ en préférant la sûreté de son argent k celle du roi; 3<* en donnant avis a Percy de prendre garde à lui-même. Il fut condamné à 30,000 liv. d'amende, à être destitué de toutes ses charges; on le déclara incapable d'en occuper aucune à l'avenir, et il dut être enfernaé pour là vie dans la Tour. Un châtiment si sévère excita un grand étonneinent; mais la cause réelle en étoit qu'il passoit depuis long-temps pour antagoniste politique de Cécil ; qu'à la Tour il avoit déployé une fermeté qui alarmoit la foiblesse de Jacques, et que l'on supposoit qu'il étoit l'individu auquel les conjurés ajiroient offert la dignité de protecteur pendant la minorité du nouveau souverain, si le complot eût réussi. Lord Mounteagle reçut, en récompense de sa loyauté, des terres en valeur annuelle de 200 liv. et une pension viagère de 500 liv. (i). ^ '■'"■''■' ' " ' I ■ ■ I I II I. ii-ii . ■

« jour, ou noir GomnM la nuit. Il dira la vérité, puisqu'il Ta rendre a compte à Dieu. Lettre dans les archiyes de FEtai. F'ojrez aussi les Ambassades de Boderie, i, iia, iSo, 299. Pairie de Gollins, 11, 4^t ses interrogatoires soat dans les archives , mais ne contiennent rien d'important.

(i)Bo4«rie, 1, laa, 180, 299.

' DES POUIMRES. 69

Page 1