LETTRE DE COLBERT AD MÊME
Versailles, 4 août 1670.
J'ai vu le mémoire de mon fils, que j'ay trouvé assés bien , mais un peu superficiel, et sur lequel je suis persuadé qu'il n'a pas fait assez de réfiection. Son plus grand défaut , tant qu'il a esté auprès de moy, a esté d'attendre à l'extrémité à faire ce qu'il avoit à faire , se fiant à son esprit, travaillant viste à l'extrémité. Mais comme cette précipitation ne permet pas que l'on fasse réfiection sur ce que l'on fait, il est impossible qu'il devienne jamais habile homme , s'il ne change cette manière. C'est à quoy je vous prie de tenir la main : surtout ne le flattés point du tout, particulièrement sur la facilité qu'il a de comprendre, parce que je suis extraordinairement en garde et ne crains rien tant que cette facilité , parce qu'elle le porte à avoir bonne opinion de luy et à se contenter de celte première connoissance des choses que sou esprit luy donne, laquelle n'estant que superficielle ne fist jamais un habile homme. Je consens volont iers qu'il soit loué par ce qui le rend louable , mais il faut bieu luy faire connoistre qu'il n'y a que la grande application à la pénétration des choses, qui puisse le rendre habile. Je vous prie de voir tous les mémoires qu'il m'envoyera et de faire en sorte qu'il les fasse propres et réguliers , afin que je puisse les faire voir au roy. Voyés aussy tout ce que je luy escris, afin que vous puissiez prendre mon esprit et le suivre. Nous n'avons besoin que de luy donner de l'application et de faire en sorte qu'il prenne plaisir à ce qu'il fait ; mais je ne seray pas persuadé qu'il y prend plaisir, jusqu'à ce que je voye des mémoires bieu faits, et sur lesquels je verray qu'il aura fait réfiection.
Je n'ay rien à adjouter à tout ce que je vous ay escrit concernant l'escadre de M. le vice-adroiral. Il faut la mettre promptement en mer, et luy donner les trois petits bas ti ment s que vous avés à Rochefort , sçavoir : la Belle- lslet la Tartare et la Fontarabie.
Si Mi chaut est en estât, il faut sçavoir de luy les raisons qu'il a eues d'abandonner les vaisseaux qu'il avoit ordre d'escorter.
5i6 DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS.
A l'esgard de la compagnie du Nord , il faut sans difficulté que l'un
des directeurs ou payeur ou , aillent dans le Nord , et en
augmentent le fonds. Pressés-les du premier. A l'égard du second , il faut qu'ils augmentent leurs vaisseaux à proportion de leur fonds, et j'auray soin de l'augmenter.
J'ai veu l'inventaire des muuitions que vous avez envoyées en Portugal sur la Justice. J'attends vos advis sur les charges vacantes au port de la Rochelle et sur le prix qu'elles vallent. J'envoyeray au premier jour l'ordre pour mettre sur le vaisseau du commandant
de 11 faut m'envoyer une copie de l'inventaire de tout ce qui
appartient à pour l'envoyer à son père.