‹ Documents historiques inédits tirés des collections manuscrites de la Bibliothèque royale, et des archives ou des bibliothèques des départementsChapitre 11 sur 139 · AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR

Les biographes français ont été fort brefs sur la personne et sur les services éminents de Barthélémy de Laffemas , personnage peu connu en effet, mais qui mérite de l'être mieux pour la part considérable qu'il prit , avec la protection bien déclarée du roi et de Sully, par l'effet surtout d'un zèle ardent et patriotique, à l'introduction en France d'un grand nombre d'in-

Il DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS,

dustries manufacturières qui font encore aujourd'hui son honneur et sa richesse. On parle de Laffemaà, dans quelques livres, comme d'un bon citoyen, zélé pour le bien public, mais mal apprécié par ses contemporains : ce qu'il a été possible de savoir sur ce personnage, par ses propres écrits et par plusieurs documents authentiques, ne confirme point entièrement cette opinion d'un de nos savants distingué par ses travaux sur l'histoire littéraire nationale'; car Laffemàs, peu apprécié peutêtre par la foule ignorante et toujours envieuse, parvint cependant à de grandes charges auxquelles sa naissance ne l'avait pas appelé. Il fut fort en faveur durant les règnes de Henri IV et de Louis XIII , et en grand crédit auprès de Sully et de Richelieu; il fit très-bien ses affaires, vraisemblablement aussi celles de l'État; enfin , il fonda une famille qui est venue jusqu'à nous , et qui eut de grandes alliances : c'est là réellement tout ce qui peut illustrer un nom.

Les documents que nous avons réunis sont de diverses origines. Les généalogistes ont fourni leur contingent. Imperturbablement appostés, par l'effet d'un invincible instinct, à l'affût des noms qui surgissent au grand jour en s'écbappant de la foule , ils n'ont pas manqué celui de Laffemàs; mais les uns l'ont avili et d'autres glorifié : donnons le pas aux méchantes langues.

Un Laffemàs dit Beausemblant est employé en qualité de tailleur, à ao livres de gages, dans un état de la maison du roi de Navarre, pour Tannée i58a.

Le fils de ce tailleur dédia un livre au roi Henri IV, et le roi s'écria : « Fentre-saint-gris! si mon tailleur fait des livres , j'en- (c tends que mon chancelier refasse mes chausses. »

En 1629, Léon Bourgoin, Dénonciateur général de la chambre de justice, dans wnfactum imprimé et adressé au roi, porte plainte « contre Isaac de Laffemàs dit Beausemblant , comme

' Biographie unipersellc, article de M. Weiss. — Biographie portative : Laffeitias.

TEXTE DES DOCUMENTS. m

« s'étant rendu coupable , envers le plaignant , de toutes sortes <c d'artifices, fourbes, suppositions, faux, injustices, dénis de «justice, prévarications, contraventions aux ordonnances du <croi, désobéissance aux arrêts de ses juges, calomnies, impos- €c tures, oppressions, violences et attentats, qui font dudit Isaac <c Laffemas le plus grand fourbe , oppresseur et surpreneur <c de justice, non pas seulement du royaume, mais du monde, <c ayant été comédien, et étant parvenu, par ces misérables « moyens, à se glorifier des charges de conseiller aux conseils et « maistre d'hôtel du roi. »

Mais nous ne connaissons point \e factura d'Isaac Laffemas^ en réponse à celui de Bourgoin qui exhale sa bile ou sa juste colère dans 69 pages in-4% et pour qui son antagoniste n'est pas moins ce qu'un criminel de lèse-majesté divine, un athée et un « mahométiste, digne de plus de potences qu'il n'y a de bois au oc monde. >

De renseignements moins suspects d'intérêt personnel ou de haineuses passions, résultent les notions suivantes sur la famille Laffemas :

I. Leur plus ancien auteur connu est un Isaac, sans autre qualification que celle de sieur de Beausenvblant, prise du nom du lieu de sa naissance en Dauphiné. Il avait épousé Marguerite Bautor.

a. Isaac fut le père de Barthélémy de Laffemas, qui naquit en i558, à Beausemblant, en Dauphiné '. Il leva, en 1676, « la bou- <c tique d'argenterie du roy, et emprunta pour cela plus de « deux cents mille escus soit à Paris, Lyon, Tours, etc., et en « 1601, il ne devait plus que mille cinq cents escus, ayant tout <c payé, mesme les intérêts, et ayant fait ces emprunts parce « quil voulait satisfaire h son, superbe entendement quU pen- <c soit avoir ^. » Il fut en même temps fournisseur des étoffes de

' Mémoire présenté au roi le 17 avril * A la suite du traité numéroté 6, p. vii^

1 598. ci-après.

soie de cette argenterie '; et dès i598, il se qualifiait de varlet de chambre ordinaire du roy. Ayant remis plusieurs mémoires, sur le commerce et les manufactures de France, à l'assemblée de Rouen, il reçut du roi, le i5 novembre 1602, a Testât de control- « leur général du commerce du royaume, le roy désirant re- <c cognoistre les longs services faits par ledit Lafifemas depuis c( 4o ans \ »

Barthélémy est qualifié noble , sieur de Bauthor, dans le contrat de mariage de son fils, passé le 10 novembre 1608. Il avait épousé Marguerite Le Bret; il mourut le 4 mars 1623, âgé de soixante-cinq ans.

3. Ce fils fut un autre Isaac, noble homme, sieur de Hument, avocat en la cour de parlement de Pans, selon son contrat de mariage avec sa première femme , Jeanne-Marie Haultdesens, en date du 10 novembre 1608. Il fut successivement avocat au conseil et secrétaire du roi, le ai juin 161 3, en considération des services rendus au roi par Barthélémy son père ; ensuite secrétaire du roi , lecteur du duc de Sully et grand voyer de la généralité de Paris, en 1622 ; maître des requêtes le 17 octobre 1626; résigna cette charge le i3 novembre 1626; fut reçu au parlement de Bordeaux , non sans opposition , le 6 juillet 1627 ; nommé ensuite intendant de Champagne et du pays Messin , en 1634 ; lieutenant civil de la ville, prévôté et vicomte de Paris, de i635 à 1642 , et exilé la même année. Il vivait encore en i656, et avait reçu de grandes commissions pour affaires d'État; mais on ignore la date de sa mort. Isaac avait épousé en secondes noces Charlotte Becquet, fille de Robert, notaire au Châtelet, et de Valentine de Malleville. Il eut de ses deux femmes huit enfants.

C'est à cet Isaac que s'adressent les imputations énumérées , en variétés infinies, dans le/actum précité du sieur Bourgoin,

' Lettres et exemples de la feue royne ^ Ci-après , texte des lettres patentes

mère , n° ii , ci-après, page ix. p. 3o à 33.

TEXTE DES DOCUMENTS. t

Dénonoiateur général en la chambre de justice du roi (1629).

Une autre note ancienne dit qulsaac fut « Tâme damnée du cardinal de Richelieu, l'un des commissaires du maréchal de Marillac en i63a; s> et ce souvenir de ses services au cardinal a été fort à propos recueilli par M. Alexandre Dumas, dans son roman des Trois Mousquetaires.

D'après les documents connus et beaucoup de ses lettres autographes, on ne peut refuser à Isaac une grande activité d'esprit et d'action , peut-être du goût' et de l'aptitude pour l'intrigue de haut parage : àesfactums imprimés sur procès recomman-^ dent peu son caractère. Il composa plusieurs ouvrages :

1 . Histoire du commerce de France, enrichie des plus notables antiquités du traBc des pays estrangers. Paris, 1606, in -12.

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