‹ Documents historiques inédits tirés des collections manuscrites de la Bibliothèque royale, et des archives ou des bibliothèques des départementsChapitre 115 sur 139 · LETTRE DE COLBERt A. M. DE TERRON · texte numérisé non relu

LETTRE DE COLBERt A. M. DE TERRON

Saint'GermaUi'^earLaic , 21 août 1670.

J'ai receu vostre lettre du i4- Le roy attend avec grande impatience la nouvelle du départ de M. le vice-admiral. U n'y a rien qu'il ne faille faire pour donner promptement cetle satisfaction à Sa Majesté. Je crois que vous aurés sceu que des vaisseaux corsaires. d'Alger ont pris quelques marins et un bastiment : M. le vice-admiral estant en mer pourra remédier à ces petits désordres.

Le premier article de toutes mes lettres sera toujours sur ce point qui est asseurément le plus important : aussytost qu'il sera parti il faudra travailler à fiiire partir nos vaisseaux des Indes, et en mesroe temps à disposer nostre grande escadre pour le mois d'avril prochain, suivant le mémoire que nous avoués fait ensemble. Vous sçavés combien il est important de s'y préparer de bonne heure^

J'ai receu le mémoire concerté avec M. le vice-admiral sur les isles de SaintrEustache et Çorasol. Dans toutes ces entreprises maritimes , il faut toujours poser pour fondement qu'il faut les faire avec nos seules forces maritimes, s^ns aucun secours de terre, d'autant que ce meslange feroit une confusion dans l'ordre et la direction , qui préjudiciejToit fort au service , et qui peut-estre empescheroit toute sorte de succès.

Vous recevrés dans peu la response à la dépesche de M. de Saint-Ro* main et les ordres du roy sur ce qui devra estre observé à l'arrivée des vaisseaux portugais.

Je trouve que ce seroit aller un peu viste que de confier une frégate

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au neveu de M. de Saiot-Ramain , après avoir fait seulement deux voyages. J'eo paderay au roy et vous feray sçavoir ce que Sa Majesté ordoonera sur son sujet.

Surtout je vous prie de bien prendre garde que les vivres ne se consomment point inutilement dans le port , et que M. le vke-admiral en ayt pour sept mois entiers lorsqu'il mettra à la voile.

Faites travailler mon fils au mémoire de tous les vaisseaux qui pourront estre destinés pour la grande escadre du mois d'avril prochain. Surtout pensés toujours qull faut mettre en mer tous les vaisseaux neufs.

Vous connoissés assés l'importance et l'utilité du règlement général pour la police des ports, pour estre bien persuadé que vous y travaillerés incessamment.

Je n'apprends aucunes nouvelles du sieur d'Estival. Je serois bien âyse de sçavoir ce qu'il est devenu.

Puisque V Hermine a souffert des vers , il faut travailler à chercher quelque bon remède à tous nos vaisseaux qui feront ces mesmes voyages.

Je feray eslargir le nommé Taugour : faites«n)oy sçavoir où vous voulés que je l'envoyé.

Je suis bien ayse du tesmoignage que vous me rendez de mon fils, j'espère qu'il deviendra tel que vous me le dites , pourvu que je puisse parvenir à luy donner du goust et du plaisir pour un aussj beau nestier que celuy de ma charge. Il a toutes les autres qualités qui luy sont nécessaires pour la bien faire; mais il faut une fois parvenir à ce point. Je ne luy demande pas une application aussy grande et aussy continuelle que la mienne : je sçais bien que ce seroit trop pour son âge. Aussy ne luy demandai*je pas qu'il se Hiette en estât de satisfaire promptement à toutes mes fonctions; mais seulement qu'il se mette en estât de pouvoir faire ma charge , à quoy il peut parvenir en peu de temps pourveu qu'il s'applique suffisamment. Vous connoissez bien que ce voyage n'est pas destiné pour son divertissement et qu'il feut qu'il serve pour luy donner une connoissance solide de la mariné. S'il pouvoit prendre cette connoissance sous vous, en- un moisou six se^ maines de temps , ce seroit un très-grand avantage et ma pensée se-

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roit de l'enifoyer pour autant de temps à Marseille et Toulon , et en* suite de le faire passer en Italie. Mais comme il faut avant toutes <^08es qu'il sorte sçavanl d'auprès de tous^ je tous prie de mettre en pratique tous les moyens que vous eroirés y pouvoir contribuer.

Faites-luy faire exactement le diésarmement des vaisseaux de M. le vice-admiral et Farmement des frégates légères qui le doivent suivre. Observés bien surtout comment il employé son temps, et quoyque je ne veuille pas luy retrancher toute sorte de divertissemens, il fsiut néantmoins luy (aire connoistre que , dans te temps des affaires pressées^ comme aux armemens et désarmemens, il faut que le plaisir et le divertissement cèdent aux affaires.

Dans le compte qu'il me rend de l'employ de son temps, il me dit qu'il se lève à six heures du matin, qu'il travaille le matin tout entier dans sa chambre , qu'il joue après le disner, qu'il se promène sur le port à voir les constructions le soir, et qu'il joue après le souper. Cela joint avec ce que vous avés escrit à ma femme, qu'il ne dormoit que quatre ou cinq heures , me fait craindre que le jeu du soir ne consomme une bonne partie de la nuict^ et il me semble que, dans cette description qu'il me fait, il employé trop de temps du jeu. C'est ce que je vous prie de bien examiner sans luy en rien dire, et peut être que si vous trouviés effectivement que cela fust, vous pourries trouver quelque prétexte plausible pour faire demeurer à la Rochelle mes cousines, vostre femme et vos filles, pour quinze jours ou trois sepmatnes, afin qu'en luy ostant ce divertissement continuel qu'il peut prendre avec. elles, il fust plus appliqué et se mist pins tost en estât de sortir de Rochefort , et s'en allei* ailleurs. Je sçais bien que cela ne se peut guères faire sans vous incommoder; mais je sçais bien aussy que vous soufl'rirés volontiers cette incooMnodité pour un aussy grand bien que celuy qui m'en peut arriver.

Je ne vous propose pas cela comme un moyen absolument néces sftire; mais je vous laisse à examiner st vous estimeriés à propos de le faire. Vous avouerés seulement que jouer toutes les après-disners et tous les soirs me semble bien contraire à ce que je désire; et il me semble que je vois dans ce peu de mots les causes du trop long séjour à la Rochelle , et du peu de satisfaction que j'ay eue des premiei^s

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mémoires. Il faut surtout que cecy soit entre nous deux , et qu'il n'en pénètre rien.

Outre l'armement et le désarmement dont je vous ay parlé, vous pourries encore luy faire foire un projet d'instruction pour le capitaine qui commandera le Breton et les deux ources qui doivent partir pour les Indes, et un autre projet de tous les ordres et instructions et mémoires de tout ce qui est à foire pour mettre en mer l'escadre du mois d'avril prochain.

Renvoyés-moy toutes ces lettres escrites de ma main , d'autant que je n'en garde point de minute.

Il fout aussy foire foire à mon fils un projet d'instruction pour le sieur de Turville qui commande l'escadre des Indes, avec subordination au commandement du sieur de la Gase.

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