‹ Documents historiques inédits tirés des collections manuscrites de la Bibliothèque royale, et des archives ou des bibliothèques des départementsChapitre 15 sur 139 · DE LAFFEMAS · texte numérisé non relu

DE LAFFEMAS

A FoHtaiiÊ6bleàm, 13 avril 1601.

HENRY, par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre , à nos amez et féaux conseillers en nos conseils d'estat et privé , les sieurs ■de Rambouillet y chevalier de nos ordres^ de Verdun, président en Hostre cour de parlement de Paris, de Harqueville , président en nos- 4re grand conseil, de Cbarmeaux, président en nostre chambre des comptes, de Rebours, président en nostre cour des aydes, Rancher, cottseiller eo nostredit parlement et président en la troisiesme chambre des enquestes d'icelle , Dozembrai , aussi conseiller en nostredite cour et président aux requestes, maistre Nicolas, prévost et Raoul le JPéron nos conseillers et maistres ordinaires en nostre chambre des comptes , le prévost 4es marchands de nostre ville de Paris , et l'un des eschevins, Nicolas le Beauclerc, cy-devant thrésorier général de France à Paris , Cardin le Bret, sieur de Velly, nostre conseiller et advocat général en nostre cour des aydes, Charles du Lys nostre conr seiller et substitud de nostre procureur général en nostre parlement , Gallyot Mandat, nostre conseiller et secrétaire de nos finances, Robert des Prez, advocat en nostredite cour, et Charles Poussemotte, nostre conseiller et secrétaire de la maison et couronne de France, pour greffier, salut Sçavoir vous faisons que Nous, suffisamment informez et entièrement confians de vos loyaultez, intégritez, longue ei^périence et

\iv DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS.

singulière affection lant au bien de nostre service qu'à Tutilité de la chose publicque de cestuy nostre royaume, nous vous avons commis, ordonnez et députez, commettons, ordonnons et députons par ces présentes, pour exactement, diligemment et bien examiner les remonstrancês dressées en forme d'édict et autres mémoires à nous présentez par nostre cher et bien amé Barthélémy de Laffemas dit Beausemblant, Tun de nos valets de chambre, concernant tant le faict des manufactures et règlement des marchands, arts, et mestiers nécessaires en cestuy nostre royaume, que la police des vivres et denrées qui s*y débitent, et généralement tout ce que trouverez appartenir et pouvoir servir à la facilité du commerce, soit par mer ou par terre^ dedans ou dehors nostre royaume, et pais de nostre obéissance, et empescher les fraudes et malversations qui se commettent en la levée de nos droicts, iceux régler pour la conservation de nostre domaine et soulagement universel de nos subjects , en quelque sorte et manière que ce soit, et pour ce faire prendre telles instructions que verrez bon estre, des advis sur ce jà donnez et à nous présentez par ledict de Laffemas, des six corps de marchands de Paris et autres communaultez , et reprendre à ceste fin, si mestier est, autres nouvelles et phis amples instructions des plus experts de quelque qualité et condition qu'ils soient, tant de nostre ville de Paris qu'estrangers, et autres généralement qui y pourront apporter quelque lumière et facilité, pour Testablissement d'un bon ordre à l'avenir. Vous donnant à ces iîns pouvoir et permission de mander et faire venir devant vous iceux experts et les gardes et jurez tant desdits marchands que communauU tez, et autres personnes qu'estimerez avoir cogooissance et bonne intelligence desdits affaires , mesmes faire assembler lesdits corps, commuaultez et autres que besoing sera , et les advertir par affiches aux carfours, proclamations aux prosnes des esglises, cry public ou autrement ainsi que verrez estre à faire , pour les ouyr et entendre par leurs bouches sur tout ce que dessus, et sur les plainctes et doléances de ce qui les empesche en leur commerce, trafic et négoce, ouvrages et manufactures , pour sur le tout nous donner vos advis, et y estre après par nous pourveu au soulagement de nos subjects ainsi qu'il appartiendra. Et en cas que ne puissiez vacquer tous ensemble au

TEXTE DES DOCUMENTS. xv

Faict de cette nostre présente commissioD , ne sera par vous didfërée Texéculion d'icelle, estant au nombre de sept pour le moins, vou* lans que tout ce qui aura esté par vous faict et arresté audict nombre de sept 9 soit de pareil effect comme si faict et arresté avoit esté par vous tous ensemble. Et d'autant que pour Texécution desdites présentes, vous pourrez avoir affaire d'un huissier, nous vous donnons pouvoir d'en prendre et choisir tel que vous ad viserez : Auquel mandons faire toutes sommations , comroandemens et autres exploicts nécessaires. De ce faire vous avons donné et donnons plein pouvoir, puissance, auctorité, commission et mandement spécial, mandons et commandons à tous nos justiciers, officiers et subjects à vous, en ce faisant, obéyr, car tel est nostre plaisir. Donné à Fontainebleau, le i3^ jour d'avril, l'an de grâce mil six cens un , et de nostre règne le dou-

ziesme.

Signé: Heitrt. Par le roy : Potier.

Et scellées du grand seau de cire jaulue.

t. TBXTB DBS BXHOOITaAlICBS BU FOBHB d'ÉDIT.

HfNRT, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, à tous présens et advenir, salut. Comme de tous tenlps , pour la commodité des hommes, s'est trouvé le traffic et négoce des marchandises pour ie secours des ungs des autres : ce qui a esté observé durant les siècles plus rudes, et par succession de temps a esté trouvé l'usage de la monnoye, or et argent, qui a faict prendre le nom d'achapt et de vente, tellement commode ei> utile qu'on l'a jugé le nerf et ie maintien des royaumes et monarchies, c'est pourquoy les roys modérateurs des estâts de oe monde, ont pris un admirable soing de reigler iceluy traffic et négoce comme autheur des richesses : toutesfois, noz nogociateurs françois ne peuvent comprendre le bien inestimable receu de Dieu qui les a faict naistre en un pais si riche et abondant , estant le ciel si doux, et la terre si fertile et heureuse qu'elle peut porter et nourrir jusques aux mestaux , matières, fruicts, et choses semblables, de quoy ne sçavons prendre l'usage : ce qui fait épuiser les deniers de nostre

t. IV. — II' ^iJlTIB. g

royaume, nos monnoyes qui ne travaillent point en rendent tesmoîgnage, ainsi que nos marchandises de drapperie de laine, qui avoient acquis la réputation d'estre des mieux élaborées de la chrestienté,que voulons remettre en leur bonté : comme ceux qui veullent ignorer que ne facions des draps de soye beaux et bons, manquent de jugement. La facilité d'en faire est cogneuë en nos villes de Paris, Lyon et Tours, jusques aux tainctures, qui sont meilleures qu'elles ne le furent jamais en Italie. Pareillement l'abondance des toilles qui se font en nos provinces; les beaux et blancs fils de Picardie , Troye , Bayonne et d'ailleurs, monstrent qu'en devons façonner d'aussi belles qu'en Flandres , qui les travaillent de nos matières. En Languedoc et ailleurs les belles futaines, comme aussi les dantelles surnommées ouvrages de Flandres, qui se font en tant de parts plus fines que celles des Païs-Bas. Les marchandises comme burails, estamines de Reims, d'Amiens et autres parts , font honte aux estofes étrangères, de quoy sommes trompez : mesmes nos armes pour la guerre, offensives et défensives, sont meilleures que celles de Millan et de tout païs. L'expérience en Béarn et Poictiers leur a faict apprendre d'accoustrer les cuirs de beuf en façon de buflles : comme aussi les naturels buffles qui sont, viennent de Barbarie , avec les peaux de chèvres en poil qui viennent à présent à Rouen et à Paris, lesquelles s'acoustrent en maroquins aussi bons et meilleurs que ceux d'Espagne et Flandres, avec toutes autres sortes de cuirs. Les escarlattes de Paris ^ pastel et vermillon de Languedoc, nos laines, lins et chanvres monstrent que nous sommes heureux en matières que debvous manufacturer, non point les vendre escrues aux estrangers, qui après en font la revente à nos sujets, d'où vient la cause du grand nombre de pauvres en touDes parts , qui travaille^ roient et gagneroient leurs vies, faute que devons recognoistre par l'expérience d'iceux estrangers: car ils vivent de leur travail, sans qu'on recognoisse la pauvreté de leur pals, par la police qu'ils gardent religieusement; l'abondance des manufactures qu'ils nous apportent font mépriser à nosdits sujects de travailler en nosdites matières, qui les fait altérer de leur bonté et valeur. Pareillement est besoin réduire la diversité des pois , aulnes et mesures et aussi remettre l'apprest des gt*os cuirs en leur ancienne bonté et remédier aux plainctes des corn-

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munautez, allencontre des. frippiers et maistrises inutiles. Nos prédécesseurs rois, saÎDCt Loys et Philippes de Vallois, de leur reigne chassèrent les Lombards et ceux de Thurin banquiers et usuriers, qui faisoieut (ainsi que Ton voit à présent) des monopoles souz le nom de change et rechange , avec autres trompeurs qui se Cont séparer de biens d'avec leurs femmes: comme les banqueroutiers à dessein, qui ont pipé et trompé infinîz notables marchans et autres qui se sont reposez sur la foy de tels imposteurs, et pour le bien du commerce les experts décideront et arbitreront les différents avant que venir devant les juges, sans frais ny despens, et faire que les marchans et négociateurs puissent avoir crédit sur leurs biens et héritages sans donner caution : A quoy désirons remédier et oster le cours du mal, remetre le bien et establir un ordre et reiglement parfaict , à ce que doresnavant ly commerce vienne en sa perfection par tout ce royaume, abondant, grâce à Dieu, en vivres, esloffes et matières, et ordonner une police rigoureuse sur les abbuz et malversations , et en ce faisant appeller et retirer les ouvriers des pays estrangers , et leur donner des privilèges et commoditez de vivre , ce qui fera que toutes qualitez de personnes en recevront bien et proBct : Sçavoir faisons, qu'ayans eu sur ce l'advis d'aucuns princes de nostre sang, et gens de nostre conseil , et de piusieui*s notables personnages sur les mémoires à nous présentés à l'assemblée de Roiian, et depuis continués par Barthélémy de Laffemas, cy-devant marchant tenant nostre argenterie, et l'un de nos vallets de chambres : Avons par ce présent nostre édict perpétuel et irrévocable, dict, statué, voullu et ordonné, et de nostre certaine science, plaine puissance et authorité royale, disons, statuons, voulions, et ordonnons, ce qui s'ensuit:

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