‹ Documents historiques inédits tirés des collections manuscrites de la Bibliothèque royale, et des archives ou des bibliothèques des départementsChapitre 96 sur 139 · N- XXX · texte numérisé non relu

N- XXX

iliP01l3E OU ROI CHARLES VIII AU ROJ OS& ROMAINS.

3i août 14S6.

Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, à b9Ut et puissant prince, nostr^,. très-cher et très-amé père et cousin, \ç duc Maximiiien d'Autriche, salut et dilection. Toison d'Or, vostre officier d'armes, nous a présenté de par vous certaines injurieuses letlresi, en plaoart, en forme d^shoneste et règle non accoustumée entre princes , dont avons esté et sommes fort esmerveillez, et n'eussions jamais creu lesdites lettres procéder de voltre sceu et vouloir si elles ne fussent signées de vostre main , du contenu desquelles lettres vous tenons assez mémoratifs. Et combien que , veu la forme d'escrire et les paroles contenues en vosdittes lettres, qui ne dévoient procéder d'un tel prince que vous, ne vous devions pas en escrire ni faire response, néantmoins, pour ce qu'il y a des choses que par honneur ne pouvons dissimuler, vous y voulons bien faire response, qui est telle que à vous ne à autres princes et seigneur vivant n'appartient de nous escrire ou proposer paroles sinistres à la charge de feu très-chrétien roy nostre très-cher seigneur et père, que Dieu absoillve, qui a été si grand, vertueux et catholique prince , qui tant a obéy le saint-siége apostolique, plein de si grand honneur, libéralité, vaillance et bonne conduitte,qui a laissé tout son royaume, pays, seigneuries et sujets en grand paix et tranquilité, sans ce que depuis son déceds ayent esté invadés ni assaillys que de vous, qui n'avez ne pouvez avoir quelque querelle contre nous, et tellement que la bonne et grand renommée de nostre feu seigneur et père, de sa débonaireté, libéralité, et faits chevaleureux dureront et seront en mémoire perpétuelle , sans ce que vous ni autres les puissiez calomnier et abaisser. Et pour ce que par vosdittes lettres, sous couleurs 'controuvées, et dont vous en pouvez

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sçavoir la vérité au contraire, si loyaumenl vous en vouiez enquérir^ tant du fait de Flandres que des autres choses contenues en vosdittes lettres, vous efforcez de doner charge inutilement à nos très<;hers et très-amés frère et sœur les comte et comtesse de Clermont et de la Marche, seigneur et dame de Beaujeu, qui ne sont pas choses dont vous deussiez entremettre , même veu la proximité de lignage dont vos enfants les attiennent, toutesvoyes nous vous voulons bien advertir que feu nostredit seigneur et père, cognoissant véritablement la grand loyauté de nostredit frère, et les grands, louables et vertueux services qu'il lui avoit faits au faict de ses guerres , et les chaires qu'il lui avoit données, lesquelles pour sa bonne conduitte et vaillance il avoit vertueusement exécutées et accomplies au grand danger de sa pei*sonne, fut justement meu de lui donner nostreditte sœur en mariage, et par succession de temps lui bailla et lui laissa tout le com* mandement de sa personne et de tous les grands officiers de son royaume, comme tout ce est notoire; à un an et plus par avant son trespas, estant lors en bonne santé corporelle, nous fit venir devant luy et de la présence de plusieurs princes et prélats, gens de conseil et autres grands personages, et entre les beaux et notables enseignements et commendements qu'il nous fit , nous commanda et chargea expressément que son bon plaisir estoit que nosdits frère et sœur eussent entièrement le soing, cure, sollicitude et conduitte de nostre personne, et que les tinssions toujours à l'entour de nous; aussy, que nostredit frère eust la charge et conduite de nostredit royaume, avec ce que entretinssions en nostre service tous les grands personages qu'il avoit entretenus et entretenoit pour le faict de la guerre, et entre autres le seigneur d'Esquerdes que avez à tort voulu chargier par vosdittes lettres. Et encore, pour plus le vous démonstrer, ledit seigneur estant malade de maladie dont il a plu à Dieu de l'appeller, envoya expressément devers nous nostredit frère, pareillement il envoya ses capitaines et chefs de guerre, auxquels il commanda et ordonna nous servir, et obéir à nostredit frère comme à nostre personne propre. Et en suivant les hauts et louables faits et les enseignements et commendements de nostredit feu seigneur et père, aussy, à la très-humble requeste que nous firent les gens des Estats de nostre royaume

dernièrement assemblés en nostre ville de Tours, lesquels supplièrent très-humblement qu'il nous pleut entretenir nosdit frère et sœur à Tentour de nostre personne et au gouTernemeut de nos affaires, de nous et de nostredit royaume, avons toujours tenu nosdits frère et sœur près de nous, et à iceluy nostre frère baillé la conduite de nosdites affaires, où il s'est si bonnement employé et conduit, et fait à chaque jour que plus ne pouroit; et n'avez cause nulle de les chargier du fait de Flandres, car ce que fait en avons a esté par le bon conseil et advis desdits seigneurs de nostre sang et gens de nostre conseil , et pour garder et conserver nostre autorité et souveraineté , et obvier aux entreprises que vous y voulez faire et à la voye de fait que avez jà commencée, ce que faire ne deviez, car à vous ni à autres princes n'est loisible de prendre les armes en nostre royaume sans nostre exprès congié et octroy? et vous savez que le comté de Flandres est une des anciennes pairries de France, tenue de nous en foy et en hommage lige; à sûr avons voulu tenir le pays de Flandres en paix pour le bien des sujets d'iceluy pays et réduire les choses à la raison comme prince et seigneur souverain peut et doit faire. Nous avons fait ce que pouvions et devions licitement, et vous le contraire; et quand ledit comté vous appartiendroit, ce que non, vous l'auriez commis et confisqué envers nous par les déraisonnables termes que avez tenus. Et touchant ledit seigneur d'Esquerdes , que à tort vous chargiez par vosdittes lettres , nous l'avons trouvé et de plus trouvons si loyal envers nous et si prompt à nous loyalement servir, que nous l'avons entretenu et entretiendrons en tous les estats, charges et offices qu'il avoit de nostresdit.feu seigneur et père, et encore espérons lui faire mieux; et ne nous pouvons assez esmerveiller que vous, qui nous faictes actuellement la guerre, et sans quelque cause ou raison, vous estes déclaré notre ennemy mortel, contre le traitté de la paix que aviez juré et scellé, et contre vostre foy, serments, promesse et honneur, sous simulation et entreténement d'armes, et tenir journées en lieux certains et y envoyer notables ambassadeurs d'une part et d'autre; à quoi nous avons toujours fourni de nostre part, et non vous de la vostre, ainssy que nous aviez fait dire en présence de plusieurs des princes et seigneurs de nostre saog et gens de nostre conseil , par

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PliîKppe d'YolleSy vostre échanson, que pour ce envojrastes derriène^ ment devers dous, en nostre ville de Melun, que vostre inéentioD estoit d'eutrelenir fenneiaent ledit traité de paix, l'avez ainsi roonpu et violé de sur nous, surpris et violé nos cités et villes de Thérouenne et de Mortaigne , de cuider surprendre par emblé n.otre ville de Saist- Quentin , esquelles places n'avions laissé aucuns de nos gens de guerre, pour la confiance que nous avions de vous, voulez laaintenaiit vous entremettre de nostre conduitte de gouvernement', et que à vostre vouloir esloignions de nous nosdits frère et sœur qui sont ceux qui plus parfaitement et plus loyalement nous aiment, servent et obéissent, pour y en mettre d'autres qui peut-estre pourvoient pourchasser et consentir légèrement le danger de nostre personne et le mal de nos bons et loyaux sujets! Car au regard des injures et villaines parolles escritles en vosdittes lettres, nous vous y respondrons en temps et lieux par manière que tous princes pourront cognoistre qu'il ne vous estoit ni est loisible de les dire , proférer ou faire escrire. Et touchant les princes de nostre royaume que dittes mal estre entretenus, à vous n'appartient d'en escrire ou vous entremettre avec les termes que vous tenez, car ils ne vous appartiennent à rien de lignage ou autrement, et les avons toujours enti^tenus et sommes délibérés de en ce faire, et ont plus de bien de nous que eux ni leurs prédécesseurs n'eurent jamais de nos feu seigneur et père et ayeul et autres nos prédécesseurs roys. Mais nous entendons bien que vous trouveviez volontiers moyens, par faiutes parolles et couvertures illidtes, de mettre trouble et division entre nous et lesdits princes de nostre royaume et autres nos bons et loyaux sujets, pour plus facilement nous invader et foire la guerre et surprendre nos places comme avez commencé, et n'y sommes pas délibérez, pour choses que vous ayez escrites ni que vous puissiez cy-après escrire, d'esloigner nosdits frère et sœur ni autres d'autour nostre personne ni du gouvernement de nosiredit royaume et de nos grands et principaux officiers, mais sommis» absolument résolus de les tenir plus près de nous et de leur donner plus d'autorité et de crédit que jamais. Vous advertissant que nous n'avons fait cydevant , faisons , ni espérons faire aucunes délibérations ou conclusions que ce n'ait esté ou soit par l'advis et délibération des gens de

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nostre conseil, où il. y a contimiellement des seigneurs de «Dotressag, notables prélats et autres grands et vertueux personnages tant d'église et antres^ en bon et suffisant nombre, lesquels let chacun d'eux en pleine liberté a accès à nostre personne, toutesfois qu'ils veuillent, pour nous advertir des choses qui sont à nostre honneur et à Futilité de nostredit royaume et de nosdits sujets : et si eussiez eu autant de notables hommes autour de vous«t ils vous eussent voulu loyallement conseiller, aussi que vous les eussiez voulu croire, vous n'eussiez pas violé ni enfraint la paix que vous avez jurée, en nous faisant la guerre comme fait l'avez, dont fort nous desplait. Toutesfois, pour ce que demandez que fassions assembler nos estats et qne-envoiez vos députés devers nous, toutes les fois que faire le voudrez et en le nous faisant savoir, nous commetterons de bons et grands personages pour les ouïr et faire response telles que par raison et honneur vous en deviez contenter, et que «chacun cognoistra que nous avons mis Dieu et raison de nostre part et que à nous n'a tenu, tiens, ni tiendra que ledit traité de paix ne soit bien et loyalement entretenu en tous ses points et articles, comme l'avons (ait de nostre part et voulons toujours faire. Et sur ce que nous advertissez que néantmoins pendant le temps de ladite assemblée vous estes requis pourvoir à vostre indemnité par tous moyens à vous possibles, afin de baillet* occasion à nous et à ceux de nostre royaume de faire autre amitié et assurance av^c vons, nous^ptendons bien que c'est à dire, et que sans cause de raison voulez contre nous faire et continuer la guerre par vons injustement encomniencées ; et espérons à Fayde de Dieu nostre créateur y résister tellement que vous, et tous ceux qui vous y serviront, favoriseront, et supposeront, n'y aurez ni auront en la (in honneur et profBt on advantage; et est bien difficile à croire que vous, qui n*avez voulu entretenir un tel et si notable traitté de paix, si solennellement fait, juré et promis tenir, mais Tavez enfraint sans cause nnlle et sans nous en advertir, en voulussiez tenir une nouveau si fait estoit , et ne sommes pas en si bas âge ni avons si petite expérience que ne cognoissions véritablement qui nous fait bien ou mal, et que ne soyons bien délibérés de les rémunérer ou rendi*e quand l'opportunité se pourra trouver, ainsi que bon prince le peut et le doit faire de sa juste querelle.

Donne à fieauvais, le dernier jour d'aoust l'an de grâce m cggc lxxxvi et de Dostre règne le quart.

Signé : Cha.rl£S. Et du secrétaire : J. Damokt.

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