‹ Documents historiques sur la comédie française pendant le règne de S.M. lChapitre 41 sur 46 · LITTÉRATURE DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE DRAMATIQUE

sous L'EMPIRE.

Il faut l'avouer une fois de plus, la littérature dramatique du commeacement de ce siècle ne fut nullamait empreinte d'un caract^ de supériorité. Les grands hommes fondent les grandes institutions , mais ils ne donnent pas le génie à qui ne le possède pas. Tout ce qu'ils peuvent faire, c'est d'en favoriser l'essor, d'encourager le talent et de ThoncH^r, et Napoléon n'y manqua pas. L'Empereur était d'une mufiificenos prodigue, et ce n'est pas sa faute si les poètes de son temps n'ont pas enfanté des chefsd'iBuvre. Avec toute une organisation à refaire d'une sodété bouleversée par les révolutions et notre lu^te homérique avec l'Europe, le théâtre devait pâlir et s'effacer. Les hommes de tôte et de hautei^ cQUceptiops étaient dans la ipagistrature, au conseil d'Éjtat ou aux anpées, et l'art dramatique n'avait gu^ pour soutien que des intelligences de second

ordre. Aujourd'hui que la poslérité est venue pour cette époque, on peut hardiment signaler le fait.

Mais TEmpereur Napoléon ne Fentendait pas ainsi. Il aurait voulu que rien ne manquât à F illustration de son règne, et pour féconder V imagina tien des auteurs^ il avait, dès 1804, fondé les grands prix de 10,000 francs et de 5,000 francs à décorner au meilleur ouvrage dramatique, soit comédie, soit tragédie, représenté sur le Théâtre-Français, La première distribution de ces prix ayant eu lieu en 1810, il nous semble que, pour donner une idée de la portée des ouvrages dramatiques représentés antérieurement, nous ne pouvons mieux faire que de rendre d'une manière succincte l'expression de la décision du jury, qui était composé d'un certain nombre de membres de l'Institut.

Voyons d'abord pour la tragédie.

Étéocle et Polynice de Legouvé , ayant eu dix représentations. On y trouve des situations dramatiques, un bon goût de style j mais le sujet est peu favorable, F intérêt faible, T effet triste.

Les Templiers de Raynonard, le plus grand succès obtenu ; trente-cinq représentations consécutives et toujours reprises avec honneur* Le sujet, qui est puisé dans rhistoire de France, le caractère du grand maître, si noble, si imposaat ; le rôle du jeune Marigny, d'une très-heureuse conception, un style pur et élégant, plaident en faveur de cet ouvrage. On y

vouchnait cependant plus d'abandon. et de variété, plus de mouvement dans le dialogue.

La Mort de Henri IF de Legouvé, quatorze représentations. L'intérêt y est plus naturel, plus doux, plus national que Taction des Templiers, Le style est pur, facile, harmonieux sans efforts; on y voudrait plus de force, de grandeur, et le dénoûment manque d'effet pathétique.

Omasis de Baour-Lormian, vingt et une représentations. C'est l'histoire de Joseph racontée avec des sentiments aimables et touchants, et quelques situations très-dramatiques. Mais, il y a peu d'invention dans le plan, le style manque d'énergie, et on croit plutôt entendre une idylle qu'une pièce de théâtre.

' Pyrrhus de Lehoc, sept représentations. L'action en est trop tissue, elle manque d'intérêt et de vraisemblance. V

Artaxerce de Delrieai, vingt^uatre représentations) succès brillant. L'idée fondamentale de la pièce est empruntée à Métastase, et Delrieu y a été plus heureux que Lemierrè. L'ouvrage se distingue par une situation forte et neuve, mais peu habilement préparée. Le dâioùment a rinoonvénient de rappeler celui de Ao^^/ie, et le style, assez noble, manque de couleur et de précision.

: Donc lea Templiers obtinrent le prix*

Nous allons voir maintenant que les poètes co-

iniques étaient moins bien inspirés que les tragiques. Écoutons le jury :

Mathilde, comédie en cinq actes, en prose; quinze représentations. C'est un genre qui n'a pas besoin d'être encouragé.

Les Deux Ft^res^ copie d'un ouvrage étranger.

Les Précepteurs j cinq actes en vers, de Fabre d'Églantiné; vingt-cinq représentations. Ily ade l'originalité dans l'intrigue, mais le tout manque de caractère et de style.

V Abbé de tÉpée^ cinq actes en prose, de Bouilly ; trente-six représentations. C'est plutôt un roman qu'une pièce.

Les Mœurs âujour^ cinq actes, en vers, de CoUin d'Harleville ; seize représentations. L'exécution est trop au-dessous du sujet et du talent de Tauteur.

Le Tyran domestique, cinq actes, en vers, d'Alexandre Duval; quatorze représentations. Le caractère du principal personnage est fortement conçu ; il y a de la vérité dans la peinture des mœurs, de l'art dans la conduite de la pièce ; malheureusement l'intrigue s'affaiblit en se développant, le style est négligé et la versification peu soignée.

V Assemblée de famille j cinq actes, en vers, de Riboutté; trente-neuf représentations. Tableau de mœurs où il entre de la vérité et de l'intérêt, mais où on ne rencontre ni originalité d'idées, ni verve comique.

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Le jury ajoute que la comédie est la plus digue de fixer TaUention du gouvernement ; qu'elle a plus besoin que la tragédie d'être ramenée aux vrais principes de Tart, et que les poètes comiques sont plus loin de Molière que les tragiques de Racine et de Voltaire (le rapport ne parle pas de Corneille); enfin y qu'en général les auteurs comiques se signalent par l'absence du style et du travail patient.

En conséquence, la comédie n'eut pas de prix.

Pour nous résumer, voici le bilan dramatique de 1803 à 1815. Nous nous bornons aune simple nomenclaturè, la plupart des ouvrages dont nous donnons la liste étant aujourd'hui complètement oubliés. On pourra se convaincre de l'indépendance et de la sévérité du public d'alors, qui enregistrait plus de chutes que de succès.

s mars 1803. — Le Roman d'une heure^ comédie en un acte, en

prose, d'Hoffinann. — Représentation unique.

30 mars 1B03. — Le f^euf amoureux. — Succès.

17 mai 1803. — Les MUUaires^ fait historique, trois actes, en

prose, de Favières. — Succès.

23 juillet 1803. — Le Tasse^ de Cidle. — Chute. 10 novembre 1803. — La Boîte volée, de Longchamps. —

Chute très-prononcée.

39 novembre 1803. --La DécUngnfusey de Duret. — Chute complète; quatre représentations, l"' janvier 1804. — Shakgpeare amoureux j d'Alexandre Duval.

— Chute; douze représentations.

13 janvier 1804. — Polyxène, tragédie en trois actes, d'Aignan.

— Chute épouvantable; quatre représentations 8 février 1804. — Guillaume le Conquérant, drame en dnq actes,

en prose, d'Alexandre Duval. — R^résentation unique.

— im —

1 1 avril \S04.^La Favsse itontt, toiuêdieen eiiiq ailles, en vers^

de Longtîbamps. — Chute; trois rei*r6seutiitions. U) mai 1804, — Pi' rre le Grand, tragédie en cinq actes de Car-

rion de IV î ans. — Chute complète .

."> juillet 1804, — Mttlîère av^c sex amts^ tromédle en un acte, en

vers, d'Andrieux. ^^ Suceès.

j novembre 1804, — La Leçon conjugale^ comédie en trois actes,

en vers, de Chalet et Sewrin. — Succès.

8 décembre 1804. — Cyrua^ tragédie en cinq actes de Ghénier. ^- Chute.

16 février IftOâ. — Le Tyran domesliqut^^ d'Alexandre BuvaL

— Succès contesté à la i^^- représentation.

4 avril 1805. — Le Tartufe de mo'urs^ comédie de Chéron. —

Succès.

M mai 1805. — Les TemplUr^^ deRaynouard. — Grand suceès, G juin 1805. — Madame de Sêvigné^ comédie en trois actes, en

prose, de Bonilly — Chute complète; se relève à la deuxième

représentation.

9 août 1806. — Àstifanax^ tragédie en trois actes de M, Aima. — Chute complète.

10 septembre 180^. — Jmélîe Mamjiel<t^ drame en cinq actes, en prose, de Bellin. — Chute complète.

l'' février 1806. — Les Français: darta le Tyrol^ comédie de

Bouilly. — Demi-succès.

2fi février 180fi. — Ije Politique en dé/aat, comédie de Chazet—

Demi-succ^.

12 mars 1806. — L\4cùcai, comédie en trois actes, en vers, de Roger. — Succès mérité.

21 mars 1806. — Àntiochus Èpiphanpy tragédie en cinq actes,

de Chevalier. — Chute complète, 9juln 1800. — La J€une&&€ de Henri f", comédie en trois actes^

en prose, d'Alexandre Du val. — Reaucoup de succès. 25 juin 1806. — La Mort de ffenri ïf\ de Legouvé. ^Beaucoup

de succès.

30 juillet 1806. — La Capricieuse, comédie en un acte, en vers,

d'HoËEinann. — -Chut^e; se relève à la deuxième représentation.

13 septembre 1806. — Omask^ deBaour-Lormian. — Grand succès,

2ii novembre 180<>. — Les FauJ: Somnambules^ comédie en un acte, envers, de Révérony de Saiut-Cyr. — Chute très-complète.

9 décembre 1806. — Ociavie^ tragédie en cinq actes, de Souri-

guère. — Chute très-complète.

3}anviar 1807. — Le Parleur contrarié^ comédie de Delaunay.

— Succès.

i7 février 1807. — Pyrrhus^ tragédie en dnq actes de Lehoc. —

Chute.

13 juin 1807. — Leâ Protêts denlécement^ comédie en un acte,

en vers, de Th. Pein. — Représentation unique.

27 juin 1807. — La Mort de DuguescUn^ drame en trois actes, en vers, de Dorvo. — Tombé.

28 novembre. — Brueis et Palaprat^ comédie en un acte, en vers, d'Etienne. — Succès.

13 décembre 1807. — Le Paravent^ comédie en un acte de Planard. — Demi-succès.

20 janvier 1808. — Pfnuie ou la Comédie latine^ trois actes en vers, de Lemerder. — Mal accueillie.

26 février 1808.-* V Assemblée de famille^ de Riboutté — Grand succès.

13 avril 1808. — C Homme ait^ convenances^ un acte, en vers, de Jouy. — Deux représentations.

30 avril 1808. — Artaxerce, de Delrieu. — Grand succès. (L'Empereur accorde à Fauteur une pension de 2,000 francs.)

29 octobre 1808. — Im. Suite du Menteur^ arrangée par Andrieux. — Mauvais travail.

14 décembre 1808. — Louise ou la Récimcilialiofiy drame en cinq actes, en prose, de M""*" Simon Candeille. — Chute.

1^^ février 1809. — Hector, tragédie en cinq actes, de Luce de Landval. — Grand succès.

(L'Empereur accorde à l'auteur une pension de 6,000 francs.)

21 février 1809. — La Fontaine chez Fouquet, un acte, en prose, de Dumolard. — Chute.

13 avril 1809. — Le Chevalier d'industrie y comédie en cinq actes, en vers, d'Alexandre Duval. — Demi-succès.

25 mai 1809. — Le Secret du ménage, comédie en trois actes ^ en vers, de Creuzé de Lesser. — Succès.

7 juin 1809. — Les Capitulations de conscience, cinq actes, en vers, de Picard. — La pièce n'est pas achevée.

15 juillet 1809. — La Revanche, trois aete§, en prose, de Roget et Creuzé . — Succès .

la novembre 1809. — liieUit^ tragédie en tinq act^ de SeLve.

— Chute.

6 décembre 1809. — V Enthousiaste^ cinq actes, en vers, de

Vàlmalette. — Pas de suct^ès, 29 janvier J810, — Le Prisonnier en voyage^ trois actes, en vers,,

de Delaunay. — Pas de succès.

24 février ISIO. — ^rane^ ai//, tragédie en dnq actes d'Aignan.

— Hemi-suceès.

6 JUTD tSlO. — Le lieux Fat^ comédie en cinq actes, en vers,

d'Andrieux. — Succès contesté.

11 août 1810, — Le^ Deux Gendres, comédie en cinq actes, en

vers, d'Etienne, — Très- grand succès (1).

16 janvier 181 1. — Ua Lendemain de fortune^ un acte, en pro»e,

de Picard, — Succès contesté.

20 février 181 L - — Les Jeunes .4mîs^ comédie en trois actes, eu

prose, de Souque, — N'est pas achevée.

9 mars 1811* — MaJwmet 11^ tragédie eu dnq actes, de Baour*

Lormian, ^ Retirée à la septième représentation,

(i) Où sait la polémique ardenle que souleva rapparilii>n dei Dtua^ Gtndres. M» Ëtienue Fui accusé de s'être servi d'un mtuiuacrit de Conaxa^ ou plulM de ne pas être T auteur réel de sa comédie. La lutte fut très-vive, au Théàlre., dans la presse et daus les salons, et nous connai?âûtïiî uue très-curieuse collection do plus de trente brochures^ plus ou moins spirituelles, publiées pour ou contre Fauteur des Beua^ Gendres. A cette époque, les nouveautés liltérnlres qui avîiient quelque importance étaient de vi^rilables événementâ. Pour la cunoEÏïé de nos Lecteurs , nous leur donnons ici une li^te de quelques-unes de ces brochures les plus remarquées :

1 . Ëpitre à Tauteur des Deux Gendres sur la préface de la 4» édi ■ tiûu de sa comédie.

^. Critique raison née de la comédie des Deux Gendres ^ précédée d'un eiamen de la préface supprimée de cette pièce et de réfleiion*i sur Tavis des frères lili chaud, éditeurs de Tono^û, ?uirie de iVrrata de la préface de M. Etienne^ à Fusage des pei^onues qui en ont des exemplaires.

5, Appel à rimpartialUé dans le procès intenté à Tauleur des Deux Gendres.

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