Il avait été question, à une époque, d'établir ici des
(1) Le Consul eat seul de son avis, — si nous exceptons Emin Pacha et les siens, — et le chiffre, qu'il i'ejette> est raisonnable, comme il ressort des autres documents et attestations.
(2) Les choses semblent en être restées là. Nous doutons fort que les gens de Maloula aient eu des indemnités sérieuses. Les dispositions du commandant en chef des troupes Ottomanes ne le font pas espérer.
Sœurs de Charité. Les événements d'Àlep ont seuls, autant que j*en puis juger par des -renseignements particuliers^ fait renoncer à cette idée. Il est cependant certain que ces événements ont eu pour résultat de faire gagner un immense terrain aux chrétiens, qui n'ont jamais peut-être été plus respectés que depuis lors.
Je ne saurais assez vous dire à quel point la présence des Sœurs serait utile à Damas. L'œuvre des Lazaristes restera incomplète tant qu'à l'instruction des hommes ne viendra pas s'ajouter l'instruction des femmes, et tant que par l'instruction de ces dernières, l'influence Française ne se répandra pas mieux dans les familles qu'elle n'a pu le faire jusqu'ici.
Nous sommes évidemment à une époque de transition, dont il nous importe beaucoup de savoir tirer parti.
La présence d'un certain nombre d'Européens que les événements ont jetés à Damas, façonne en quelque sorte les habitants du pays à des mœurs nouvelles, et celle des grandes nations d'Europe qui saura exploiter à son profit cette modification des esprits en retirera une influence incontestable, et les Sœurs de Charité, établies au milieu des populations chrétiennes de Damas, compléteraient et assureraient l'œuvre déjà, depuis longtemps, entreprise par les Lazaristes.
Je dis assureraient, car il ne faut pas croire que l'œuvre tout à la fois pieuse et civilisatrice des Lazaristes ne soit pas gênée dans son action, et même combattue dans ses résultats par les autres clergés catholiques.
Les catholiques de Damas se divisent
en Latins : leur nombre est très petit ; leur église est l'église du couvent de Terre-Sainte; ils vont aussi à l'église des Lazaristes.
en Maronites : c'est une population flottante, que ses affaires appellent du Liban à Damas et qui se renouvelle sans cesse.
en GrecS'Unis : ceux-ci sont au nombre de près de 6000 et possèdent une belle église.
en Syriens : ils sont au nombre de 550 à 600 seulement, et grâce aux dons des âmes pieuses en France, leur évêque a fait construire une église, qui est sans contredit la plus grande église de Damas.
A chacune de ces églises est attachée une école. Dans toutes les écoles, on enseigne l'arabe. Chez les Lazaristes seuls, avec l'arabe on enseigne le Français. C'est de chez eux que sont sortis tous
les drogmans actuels des Consulats, les drogmans des autorités Turques^ des officiers et des médecins Italiens et Hongrois réfugiés. Les évêques et les prêtres Syriens et Grecs-unis, quoique en communion avec Rome, ne voient qu'avec un profond sentiment de jalousie les services que les Latins, et surtout les Lazaristes, rendent aux jeunes Grecs et Syriens catholiques; qui composent le fond des élèves des Lazaristes principalement. Aussi n'est-il pas de moyens que ces évêques et ces prêtres n'emploient pour atténuer l'influence que nos prêtres peuvent prendre sur la population chrétienne orthodoxe.
Dernièrement le patriarche Grec-uni, à l'instigation plus particulière de l'évêque Syrien Yacoub, (celui qu'on a vu en France, il y a quelques années, quêter pour son église), le patriarche Grecuni, dis-je, a interdit aux prêtres Latins d'aller confesser les dits catholiques Grecs et Syriens à domicile. Les Pères de Terre-Sainte et les Lazaristes, qui relèvent du Délégué du S^ Siège, n'ont tenu aucun compte de la défense et les pénitents ne leur ont pas fait défaut.
Voilà donc une infiuence établie ; mais au point de vue politique, (1) ce n'est pas tout pour nous qu'elle soit établie ; il faut qu'elle s'étende le plus possible, et c'est pour aider à compléter l'œuvre, que j'exprime ici le sentiment que le gouvernement Français doit, autant qu'il peut dépendre de lui, intervenir pour que des Sœurs de Charité soient envoyées à Damas. Damas est la troisième ville de l'Empire, en y comprenant le Caire.
Si les Sœurs de Charité s'établissent à Damas, elles s'empareront assurément de l'esprit des femmes Grecques et Syriennes catholiques. Or, ces femmes parviendront à développer dans leurs familles les principes qui leur seront enseignés dans les écoles des Sœurs, et elles y propageront l'usage de la langue française qu'on leur aura enseignée. [Alors nos prêtres Latins, les Lazaristes surtout, pourront, aidés des Sœurs, acquérir une prépondérance qui tournera à notre profit.
On ne peut se faire une idée de l'utilité qu'il y a pour nous à étendre les moyens d'action des Lazaristes, que lorsqu'on est à même de voir ce qui se passe sur les lieux. Le patriarche Grec
(l)Le Consul considère le point de vue politique: c'est son droit. Les inia^ionDaires ne voient que des înneA à sauver.
catholique menaçant presque de se fi ire schismatique et d'entraîner tous ses coreligionnaires avec lui : ce qui les jetterait dans les bras de la Russie. Déjà du reste, sans être allé jusque-là sous le rapport religieux, il a dédaigné la protection Française, et depuis plusieurs années, pour ses affaires d'églises et de couvents, il s'adresse exclusivement au Consulat d'Angleterre. A Rome, on connaît les dispositions du dit patriarche Mgr Mazloum, et l'on s'en préoccuppe vivement.
Nous ne pouvons combattre l'influence de cet homme auprès de ses coreligionnaires qu'en propageant l'instruction et en faisant qu'on nous la doive..
P. S. Un fait qu'on m'annonce à l'instant même peut servir à confirmer ce que j'ai dit des tendances Anglaises du patriarche Mazloum. Une jeune fille Grecque catholique, ayant, il y a quelque temps, embratsé l'islamisme et ayant fait connaître, ces jours derniers, aux prêtres Grecs-unis qu'elle désirait rentrer dans le sein de l'église, ceux-ci l'ont aussitôt conduite au Consulat d'Angleterre pour la mettre sous sa protection (1).
L'Ambassadeur a de Ségur-Dupeyron, Consul a Damas
Constantinople, le 19 août 185 1
32. — J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 30 du mois dernier. Ce que vous me mandez relativement à l'église des Syriens catholiques à Damas a particulièrement fixé mon attention, et j'ai envoyé M. Cor auprès du patriarche pour s'eutendre avec lui sur les démarches qu'il eut été nécessaire de faire à la Porte. Mais cet ecclésiastique n'ayant reçu aucune communication de Damas, il devient impossible de donner suite en ce moment à cette affaire.
Vous n'ignorez pas que les divers rites catholiques, dont nous
(l)Voir le jugement plus juste de l'Ambassadeur sur le patriarche Mazloum. Si les Grecs catholiques se sont adressés à d'auti"es qu'au Consul Français, ne serait-ce pas à cause des hésitations continuelles du Consul d'alors et de son manque d'énergie? L'affaire de Ma'loula en est une preuve. Cf. aussi les articles du R. P. Cyrille Charon dans les Echos (VOrïent, T. IX, pasiim.
ne sommes que les protecteurs officieux, sont représentés ici par des agents, qui interviennent officiellement auprès de la Porte, toutes les fois qu'ils ont une réclamation à produire. Les Syriens catholiques, en vertu du bérat d'institution du patriarcat catholique, et d'un arrangement postérieur conclu en 1844, ont ici pour agent le patriarche lui-même, et c'est à ce dernier qu'il appartient d'introduire auprès de la Porte l'aflfaire dont vous m'entretenez. Il est donc nécessaire que Mgr Yacoub adresse au patriarcat la réclamation, les titres sur lesquels elle peut s'appuyer, et particulièrement copie du firman qui a autorisé la construction de l'église, dont vous pourriez envoyer une seconde copie à la Légation. Dans tous les cas, on pourrait établir les droits de nos coreligionnaires par une pièce authentique, constatant que l'église a été bâtie par eux, avec les aumônes recueillies en Europe, et qu'elle ne peut être réclamée par les Jacobites.
Du moment que le représentant légal des Syriens catholiques sera en possession de ces divers documents, il s'empressera de réclamer contre la décision qui aurait pour résultat de leur enlever l'église qu'ils ont bâtie, et vous pouvez assurer Mgr Yacoub que la Légation lui prêtera le concours le plus actif. (1)
( 1 ) De nombreux historiens et voyageurs parlent de l'état de la Syrie dans la première moitié du XIX" siècle. Le R. P. C. Gharon en a donné nn résumé fort intéressant dans les tomes Vil et YIII des Echof d'Orient. Nos textes (p. 113-185) complètent les récits ou les éclaircissent. Le sac de Ma4oala a laissé peu de traces dans l'Histoire. Nous croyons être les prem'ers à en raconter les détails.