‹ Documents inédits pour servir à l'histoire du christianisme en orient [XVIe-XIXe siècle];Chapitre 93 sur 113 · Lettre de Gabriel Desorgues, prêtre, cy-oevant Jésuite · texte numérisé non relu

Lettre de Gabriel Desorgues, prêtre, cy-oevant Jésuite

A Mgr de la Tour.

Aix, 7 mars 1775.

(Ajf. Etrang. Ajf. relig. et Missions du Ln'ant, carton y)

Sommaire : A. — L'ex-Père D. expose ses longs services de missionnaire. N'ayant plus les pouvoirs d'administrer les Sacrements, il est revenu en France. B. — Sa demande d'une pension a paru juste, mais elle regarde le Département de la marine, non la commission des collèges ; rappel de ses travaux et de son extrême pénurie.

Mgr.

Gabriel Desorgues, cy-devant Jésuite, profès de la Province de L} on, originaire du lieu de Voix eu Provence, diocèse de Sisterou, âgé de soixante ans, a l'honneur de représenter à Votre Grandeur qu*il fut envoyé par ses supérieurs dans les Missions de Sirie, sur la fin de Tannée 1747 ; où il a resté pendant 27 ans, sous la protection de la France, deux à Tripoli et 25 à Alep, savoir pendant douze ans en qualité de simple missionnaire, neuf comme supérieur de l'hospice que la C^^ y possédait et quatre en qualité de supérieur général des Missions de Sirie et d'Egypte ; et que c'est en cet état que le Bref de Notre S^ Père le Pape du mois de Juillet 1773, qui dissout la Société des cy-devant Jésuites, lui fut publié ainsi qu'à ses compagnons, dans le mois de mars 1774, avec déclaration de la part du commissaire qui procéda à la susdite publication, qu'ils eussent désormais à s'abstenir de leurs fonctions ; ce qui engagea l'exposant sur le refus réitéré qui lui fut fait de leur continuer leurs pouvoirs, et pour donner des marques de sa plus profonde soumission au S^ Siège, de quitter la ville d'Alep le 16 juin dernier, après avoir rapporté du sieur Pedro de Perdrîau, consul de France, une attestation en date du 14 juin 1774, contresignée par le Consulat, qui constate sa résidence dans les Missions de Sirie et de la dite ville d'Alep pendant vingt-sept ans consécutifs, et jusques au dit jour 10 juin dernier que l'exposant se rendit à Alexandrette pour s'embarquer sur le premier bâtiment qui en partirait, il ferait

voile pour Marseille, où il arriva le 23 septembre, pour aller aux infirmeries de la dite ville y faire la quarantaine prescritte par les ordonnances et règlements d'où il ne partit que sur la fin d'octobre suivant.

B. — Le suppliant ne fut pas plus tôt sorti des infirmeries qu'il eut l'honneur de s'adresser à M. de Marville, Directeur général des Economats, pour en obtenir les secours nécessaires à sa situation, et le supplier Je le faire participer aux grâces de Sa Majesté et luy obtenir uîie pension proportionnée à ses besoins et à ses services, pour pourvoir à son entretien et à sa subsistance. Il lui fit passer en même temps toutes les pièces et éclaircissements nécessaires ; mais ce magistrat vient de l'informer, par sa lettre du 23 janvier dernier, qu'ayant remis toutes les pièces à M. de Reverseaux maître des Requettes, Rapporteur de la Commission des Collèges, il avait en conséquence rendu compte à cette Commission de sa demande, qu'on y avait unanimement pensé qu'elle était juste, qu'il était dans le cas de jouir des grâces que le Roy avait bien voulu faire à ses confrères profès de quatre vœux ou qui avaient acquis dans la Société, avant sa destruction, l'âge de trente trois ans ; mais qu'ayant été employé dans les Eohelles du Levant, ce n'était point à la Commission des Collèges qu'il devait avoir recours ; mais à vous, Monseigneur, qui le feriez comprendre, ainsi que ceux qui avaient servi dans les colonies, dans les Etats que vous faisiez arretter sur les fonds de votre département.

Dans ces circonstances, n'ayant aucune sorte de revenu et privé de tous secours, je m'empresse, Monseigneur, de réclamer les bontés de Votre Grandeur, et delà supplier de vouloir bien me faire comprendre dans les Etats que vous faites arretter sur les fonds de votre département pour une somme annuelle proportionnée à mes besoins qui ne sauraient être plus instants, et telle que votre équité ne manquera pas de vous suggérer (1).

(i) Malgré les pressantes recommandations des ambassadeurs et les instances de quelques consuls, tous les ex-Jésuites n'obtinrent pas les secours nécessaires. Les secours n'étaient accordés qu'aux ex-Jésuites qui avaient 33 ans au moment de la suppression de leur Ordre, et qui étaient dépourvus de tout autre moyen d'existence (Réponse de Marville à de Ver-

J*ose espérer. Monseigneur, que vous voudrez bien, dans la fixation que vous en ferez avoir égard à mes infirmités, à ce qu'ayant passé 27 ans dans les Missions de Syrie parmi les infidèles et les Arabes, je ne me vois plus propre à rien entreprendre qui puisse me procurer le moindre revenu, comme aussy aux services que j*ay pu rendre pendant vingt-cinq ans que j'ay desservi la Chapelle Royale du Consulat d'Alep, pendant lesquels je n*ay rien négligé pour me rendre utile à la nation française, qui se trouve sur cette ville.

Comme M. de Marville ne m'a point renvoyé les pièces que j'avais eu l'honneur de lui faire passer, et notamment mon extrait baptistaire qui est du 25 may 1715, que je lui avais adressé bien et dûment légalisé par le lieutenant du ressort de Forcalquier, je me borne en attendant que cet extrait baptismal puisse vous être remis, à joindre ici une copie de la lettre dont M. de Marville m'a honoré le 23 février dernier et du certificat qui me fut expédié par le consul de France à Alep, le 14 juin 1774, avant veille de mon départ, et à assurer Votre Grandeur que je ne cesserai d'adresser

gennes (min.) 15 mai 1776. (Turquie, corresp. diplom. t. 162, fol, 118).

Jusqu'à Tâge de éo ansj, les prélres recevaient une pension de 400 fr., les Frères de 300 fr.. A 60 ans, les prêtres avaient une pension de 450 fr. ; à 70 ans, de 500 fr. ; à 80 ans, de éoo fr. (fol. 119 ; année 1776, fol. 131, 134). Le Père Antoine Desprez,- de Metz, âgé de 75 ans, très chaudement recommandé par Peyssonnel, Consul de Smyme, « pour toutes les vertus de son Etat qu'il possède à un degré eminent», (lettre du 15 oct. ^77S) paraît avoir obtenu du Ministre la pension demandée. Il en est de même des ex- Jésuites Maurice Gaudinot et Jean Joseph le Marchand, dont de Vergennes louait « le zèle et la bonne conduite » (14 mai 1776, fol. 117), de lex-frère coadjuleur J. B. Delpech, de Toulouse (Lettre de Vergennes à Delpech, 21 mai 1777, t. 163, f. 154; lettre de Marville à de Vergennes 1 I nov. 1777, f. 317). L'ex-Père Robert Guérin, de Chatillon sur Loing, envoie au ministre de Vergennes ses remerciements pour son efficace intervention en sa faveur (21 mai 1778 ; t. 164, fol. 157). L'ex-frère coadjuteur, Joseph Gourgues, dispensé de ses vœux et établi à Alep comme « médecin réunissant à ses talents la conduite la plus exemplaire », obtint du ministre de Sartine la permission de se marier ; il épousa une Arménienne. Deperdriau au Ministre ; Lettres du 26 oct. 1774 et du 18 mars 1775.

des vœux au ciel pour sa conservation (1).

(i) En marge de cette lettre se trouve rindicationr S. R ; c'est-à-dire que la requête est restée sans réponse. Le 24 mars, l'ancien Jésuite renouvela sa demande sans plus de résultat. Enfin dans une lettre du lé juin 1775, après avoir rappelé les deux suppliqvies du 7 et du 24 mars, il ajoutait : « Je puis assurer V. Grandeur que, me voyant dans l'impossibilité de me procurer le moindre secours tant par mon âge que par les infirmités contractées dans une Mission pénible, je détrempe tous les jours de mes larmes le pain que j'ai attention de ne prendre qu'avec poids et mesure, par la raison que je me vois tout-à-fait hors d'état de me le procurer en plus grande abondance ».

Cette dernière lettre, comme les deux précédentes, porte en marge S. R. — sans réponse.

La justice et la reconnaissance nous font un devoir de rappeler que les ambassadeurs et les consuls de la France, en particulier celui d'Alep,avaient fait ce qui dépendait d'eux pour conserver les ex-Jésuites dans les Missions du Levant, et procurer aux invalides les ressources nécessaires à leur entretien.

• A la date du 30 novembre 1774, l'Archevêque de Paris, après la saisie des biens destinés aux Missions des anciens Jésuites, écrivait au ministre : a Permettez-moi de réclamer vos bontés en faveur des Jésuites de la Mission d'Alep. La lettre de M. Deperdriau qui y est consul vous fera connaître la triste position où ils se trouvent, le' besoin qu'ils ont de la protection du Roi pour pouvoir subsister el exercer comme ci-devant les fondions du ministère pour les avantages de cette mission, qui perdrait infiniment, si la misère et les contradictions qu'éprouvent ces missionnaires les obligeaient de repasser en France ». Voir tome 1, p. 137-140.

A la lettre du consul Deperdriau à l'archevêque de Paris était jointe une note de M. Arlot pour le même prélat. Alep, 12 sept. 1774 : « Malgré le fruit qu'a opéré ici le zèle des PP. Jésuites, ces anciens religieux sont dans la plus disgracieuse position j».

Des lettres postérieures de l'archevêque de Paris au ministre, août 1775, et 29 mars 1776, nous montrent que les secours jugés indispensables étaient encore différés. Enfin une nouvelle recommandation est adressée par de vergennes à de Marville, au quel il envoie le mémoire de Desorgues (23 janv. 1778 ; 1. 164, fol. 50). Le minisire répond que le sieur D. ayant été employé dans les Missions des Echelles du Levant, devait (comme ceux qui avaient été employés dans les colonies) être compris dans les états arrêtés par le ministère de la marine.

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