Documents inédits sur Montaigne
Depuis plusieurs mois je m'occupe avec ardeur d'une nouvelle publication sur Montaigne, à l'occasion de la connaissance qui m'a été donnée, il y a un an , d'un précieux volume qui contient sur cet auteur et de sa propre main des renseignements plus curieux, plus inattendus et plus importants qu'aucune des pièces nouvelles produites dans ces derniers temps.
Il s'agit d'un volume des Ephémérides de Beuther, possédé et surtout annoté par Michel Montaigne, pendant une grande partie de sa vie, et enrichi, après lui, par sa fille et ses descendants jusqu'au commencement du XVIIIe siècle.
Ce volume appartient à M. Octave de la Rose, qui, jeune encore, sut en apprécier la haute valeur et le choisit de préférence à tout autre objet précieux dans la succession de M. de Ségur, descendant, par les \ femmes, d'Eléonore de Montaigne.
M. le comte de Kercado, que j'ai l'honneur de connaître depuis bien des années, ayant eu connaissance de ce volume, eut la bonne pensée de l'emprunter, et, de l'aveu du propriétaire, de me le communiquer en m' autorisant à en prendre copie, et plus tard M. de la Rose consentait de la meilleure grâce du monde à ce que je publiasse ces annotations.
Ce bonheur inoui devait en entraîner un autre, et
M. Parison,qui possède une page entière, autographe et inédite de Montaigne, dont jusqu'à présent il avait désiré réserver la publication , a bien voulu s'en dessaisir en ma faveur et il m'autorise à la publier; enfin, depuis quelques années, j'ai vu plusieurs lettres inédites de Montaigne; la copie de quelques-unes m'a été donnée, et je puis aujourd'hui sur ce nombre en publier au moins deux.
Assurément, ces éléments suffisaient pour une publication sur Montaigne, mais on m'avait conseillé de grouper autour d'eux quelques-uns des documents que je possède sur la biographie, la généalogie, sur les registres du parlement de Bordeaux, etc., etc., et c'était là l'objet de mon travail actuel; mais les renseignements qu'on m'a fournis sont si divers et si nombreux, que leur coordination demande du temps et de l'étude, et puis d'autres communications me sont promises encore, de telle sorte que je vois incessamment s'éloigner le jour tant désiré de la publication.
Je craindrais en tardant davantage que les auteurs de ces communications, si libérales et si désintéressées, ne me supposassent ingrat ou indifférent, et ne me jugeassent indigne de la faveur qu'ils m'ont accordée ; je me suis donc décidé à publier aujourd'hui ces pièces isolément, me réservant de publier plus tard les documents de second ordre que j'ai à produire.
Montaigne n'a certainement rien à perdre à paraître seul, et ses admirateurs ne songeront pas même à s'apercevoir de l'absence de glose de son éditeur.
.T. F. Payen.
Mars 1855.
ÉPHEMÉR1DES DE BEUTHER.
Il existe plusieurs éditions des Éphémérides de Beuther; voici le titre de celle dont Montaigne a possédé un exemplaire.
MICHAELIS BEVTHER1 carolopolitaefranci,Ephemeris Historica, eiusdem, de annorum mundi concinna dispositione libellus. Parisiis, ex officina Mîchaelis Fezandat et Roberti Grandion in taberna Gryphiana : ad monte D. Hilarii, sub iuncis. 1551.
In-8° de 16-432 et 16 pages. La première feuille, soit 1 à 16, est occupée par les pièces préliminaires, la dédicace à D. Melchior, évêque de Wirczeburg, etc. , et les pièces apologétiques émanées, des savants amis de l'auteur. Les huit derniers feuillets sont consacrés à la table.
Le texte de l'ouvrage donne un article général pour chaque mois, puis un article spécial pour chaque jour du mois. En tête se trouvent la supputation correspondante du temps chez les Hébreux, les Grecs et les Latins, et par conséquent la concordance ; puis viennent des articles plus ou moins nombreux d'Éphémérides historiques , le tout disposé typographiquement , de telle manière que la moitié de la page reste libre et blanche, afin que le possesseur y inscrive ses propres éphémérides (1).
(1) Tous les exemplaires que j'ai vus sont ainsi utilisés : par exemple, celui de Franciscus Rassius, chirurgicus parisiensis, porte entre autres annotations, celle-ci qu'on pourrait dire confidentielle : « Anno D. 1551 , « vxorem duxi mariant Le Prestre, iister primam et 2amA média nocte. « Id sil fœlicibus auspiciis. »
Dans l'exemplaire de Montaigne, une note sur sa naissance pourrait bien être de la main de son père ; on trouve de plus une quarantaine de notes de lui, quelques-unes d'Éléonore de Montaigne; enfin des annotations relatives aux possesseurs successifs, descendants d'Éléonore, et, le plus souvent de leur propre main.
Quant à l'état matériel du volume, il est déplorable; il ne reste qu'un tiers du frontispice du côté de la souche; les pages suivantes sont aussi largement atteintes, puis elles s'élargissent peu à peu, et ce n'est que vers la page 65 qu'elles prennent une dimension présentable, sauf les désordres produits par les vers ou l'humidité ; mais de plus, un grand nombre de feuillets, un cahier entier manquent. Enfin, à quelques pages, il est évident que la portion manuscrite a été coupée avec des ciseaux. J'ai relevé exactement toutes ces regrettables mutilations , j'en conserve la note , mais il n'y aurait aucun intérêt à la reproduire ici.
Le volume est dans sa reliure primitive en vélin, laquelle a naturellement subi des dommages en rapport avec le délabrement du texte.
Les annotations faites par Montaigne sont de beaucoup les plus importantes; ce sont les seules que je publie ici au nombre de trente-neuf, j'y joins quelques notes autographes d'Éléonore sa fille et deux autres d'une main inconnue, relatives à la naissance et à la mort de l'auteur des Essais.
Une note de ce dernier est atteinte au point d'être illisible, c'est la quarantième.