LETTRE IL
« Monsieur, ie vous fai cet escrip veu laage aultremâ « que besoing le comande , vous asseurant ie scay « recognoistre honestes de vostre dire mieulx que ie « uous le fest presentemât Or, en lestât incertain de « nostre espargne, jai print attention de ne faillir à « lencontre de ce quave montres de soing& d'attache « que ie scais uous debuoir de longues années pour « bons & loyaux seruices mesme ie vous le ueus si « bien prouuer que voicy le tiltre dont Monsieur « Estienne pouruoiera à lacqjittement toutefois que « se presenteres a luy. Voila ce que ie supplie m'estre « accordé côme tesmoignage de vostre bonne amitié
<( & chose fort de mon goust dont je tiens le caut? « pour recours?
« Sur ce ie prie Dieu uous donner longue et heu- « reuse vie.
« X de ma.... 1590. »
MôTAIGNE.
(1) Cette lettre semble écrite dans un moment de trouble ou de souffrance. Une foule de mots sont oubliés. Ainsi, 3e ligne : vous assurant que je scais reconnaître, que est oublié; même ligne : les honestes pour honétetés ; 5e ligne : un mot douteux que M. Laverdet a traduit par incertain, qui peut aussi bien être instant, pressant. A la fin un mot obscur se rencontre encore : le caut est ce qu'on lit d'abord, mais on pourrait aussi voir, le coût ce qui aurait plus de sens et je tiens le coût ou le cœur pour recours, sans qu'on puisse comprendre si Montaigne donne son cœur pour garant de ses sentiments ou s'il se porte garant du coût d'une pièce qui comporte des frais. Enfin le mois est incomplet, et on ne voit que les lettres ma.
Cette lettre est sur une feuille simple, d'une remarquable intégrité ; elle ne porte rien au dos.