‹ Documents nouveaux sur André Chénier et examen critique de la nouvelle édition de ses œuvresChapitre 16 sur 101 · DU 17 VENTOSE AU 7 THERMIDOR AN II · texte numérisé non relu

DU 17 VENTOSE AU 7 THERMIDOR AN II

Malgré les erreurs considérables que nous avons déjà relevées dans la notice de la nouvelle édition, nous devons dire que toute la partie qui suit est encore au-dessous du commencement. A partir de l'arrestation d'André Ghénier, cette notice n'est plus qu'un roman de fantaisie, où la vérité historique et biographique est constamment sacrifiée à des idées préconçues. Nous ferons à M. de Ghénier le reproche grave de ne pas avoir cherché à s'éclairer et d'avoir systématiquement évité de faire usage des pièces retrouvées aux archives et publiées, en 1872, dans l'édition des Œuvres eii prose. Mais ces pièces, qui sont des témoins palpables et irrécusables, contrariaient sans doute les idées de M. de Ghénier, dont le siège était fait d'avance. Cependant pour un biographe, aussi bien que pour un historien, la connaissance et l'usage des documents publiés est d'obligation stricte. Mais ce qui doit étonner surtout, c'est le peu de

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BIOGRAPfflE. 39

sième édition des Causeries du lundi. M. de Chénier ne nous apporte donc que trois pièces nouvelles, les numéros 2, 4 et 5. Ce fut le hasard seul qui lui livra les deux premières, puisqu'il les rencontra sur le Catalogue de la vente d'autographes de M. Lucas de Montigny (Paris, 1860), où elles . flgurent sous le numéro 646. Quant à la pièce numéro 5, elle dut lui être signalée par une annotation placée en marge de Técrou du 19 ventôse, indiquant qu'André était écroué de nouveau sous len» 1095; il n'eut qu'à ouvrir le second registre d'écrou (faisant suite au premier) qui est aujourd'hui brûlé. Dans l'édition des Œuvres en prose parue en 1872, nous publiâmes douze à treize pièces inédites, tirées des archives, pièces d'une importance capitale dont il ne souffle pas mot et des quelles se déduisaient d'une façon évidente les causes fortuites qui amenèrent André Chénier devant le tribunal révolutionnaire. Ces pièces auraient dû lui indiquer la voie où il devait s'engager et au cours de laquelle il pouvait espérer rencontrer de nouvelles pièces. Mais il aurait fallu auparavant abandonner le point de vue absolument faux et tout à fait imaginaire, où il s'était placé dès 1844, et des illusions qui cependant s'évanouissent au moindre examen.

J'aborde donc l'historique de l'arrestation d'André, où je me trouve en mesure aujourd'hui de rétablir la vérité. On pensait jusqu'à présent que, le 17 ventôse, le nommé Gennot, agent du comité de sûreté générale, s'était présenté chez Mme Pastoret, porteur d'un mandat d'arrêt concernant

cette citoyenne * ; que, ne la trouvant pas, ce 6ennot, après avoir interrogé M. Pastoret et M. Piscatory, avait interrogé et arrêté illégalement (c'est le terme qu'emploie M. de Chénier), André Chénier rencontré par lui dans la maison. On s'appuyait, en raisonnant ainsi, sur le mémoire présenté par M. de Chénier père à la commission chargée de Texamen des détentions. En effet, ce mémoire débute ainsi :

« André Chénier, domicilié chez son père, rue de Cléry, n* 97, se trouvant à Passy le 17 ventôse chez la citoyenne Pastoret, où il faisait visite, le citoyen Guenot, porteur d'ordre du comité de sûreté générale, y arriva avec un mandat concernant cette citoyenne. Comme il avait le pouvoir, à ce qu'il dit, d'arrêter toutes les personnes qui lui paraîtraient suspectes dans ladite maison, il arrêta entre autres André Chénier, qui se réclama inutilement de la section de Brutus dont il est membre et dont il avait une carte et plusieurs attestations de différents genres.... »

Eh bien, M. de Chénier père, qu'on pouvait croire bien informé, ne l'était pas : d'une part le mandat dont Gennot était porteur ne concernait pas madame Pastoret, mais monsieur Pastoret, ce qui exigera une correction nécessaire au procèsverbal d'arrestation; d'autre part Gennot avait en effet le pouvoir d'arrêter les personnes qu'il trouverait dans la maison et qui lui paraîtraient

1. M. G. de Chénier suppose (p. cix) que Tobjet de la visite de Gennot était l'arrestation de Mme Piscatory, la belle-mëre de M. Pastoret.

suspectes. En effet jusqu'à présent on n'avait pas retrouvé le mandat du 14 ventôse, en vertu duquel avait eu lieu cette perquisition chez M. Pastoret et par suite l'arrestation d'André Chénier. Mais aujourd'hui nous sommes en mesure de produire et de publier cette pièce *, qui eut de si fatales conséquences.

« Du 14 ventôse, 2^^ année R.

<( Le comité arrête que le nommé Pastoret, ex-législateur et administrateur du département de Paris, sera saisi par le citoyen , porteur du présent, auto-

risé pour cet efTet à faire toutes réquisitions civiles et militaires ; examen sera fait de ses papiers et extraction de ceux trouvés suspects, qui seront apportés au comité. Perquisitions seront faites, les scellés apposés, procès-verbal dressé, et le susnommé et tous autres trouvés chez lui suspects, conduits dans des maisons dVrrêt, pour y rester détenus par mesure de sûreté générale.

« Signé : Élie Lacoste, Louis du Bas-Rhin, Jagot,

DUBARRAN, LaVICOMTERIE , VoULLAND. »

En conséquence de cet ordre, les agents du comité de sûreté générale durent se présenter au domicile de M. Pastoret, à Paris. Il ne l'y trouvèrent pas, et cette circonstance suffit à expliquer l'intervalle de temps qui s'écoula entre le jour où fut signé le mandat d'arrêt et celui où Gennot se présenta au domicile de M. Pastoret, à Passy. Était-ce Gennot qui avait été chargé le 14 de l'exécution du mandat? Nous n'en savons rien, puisque le nom de l'agent a été laissé en blanc. Quoi

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