‹ Documents officiels recueillis dans la secrétairerie privée de Maximilien: Historie de lChapitre 27 sur 71 · TROISIÈME COMPTE · texte numérisé non relu

TROISIÈME COMPTE

Le capital de l'emprunt de 8,000,000 sterling, contracté à Londres avec la maison Glyn, Mills et C« s'élevait à la somme de 201,600,000 00

Celui de la dette contractée pour payer au Trésor français la somme de 66,000,000 de francs était de 410,000,000 00

Enfin, celui de la dette stipulée dans la Convention de Miramar en faveur du gouvernement français, pour le couvrir des frais de l'expédition, déduction faite des 66,000,000 portés ci -dessus, était de. . . 204,000,000 00

Total. . . Tl5,~600,000 00

Soit 97,283,018 piastres 85 centaves ; et encore je n'ai compris dans ce chiffre, ni les charges résultant pour le Trésor mexicain de la consolidation des intérêts des bons émis en 1851 , au cours de 60 francs; ni l'augmentation subie par la convention espagnole à la suite de la reconnaissance des crédits frauduleux qui s'y étaient glissés sous le couvert du fameux traité Mon-Almonte; ni les indemnités qui ont été payées à M. Jecker et à quelques autres agioteurs, parce que je n'ai à cet égard que des données incomplètes, et pour ne pas m'égarer, je poursuis ma nar^* ration.

— S'il est un principe incontestable, je pourrais même dire incontesté, dont la vérité se démontre toute seule par l'application qui s'en fait chaque fois qu'on en trouve l'occasion, c'est que les mortels destinés dans les secrets de la Providence à sauver les sociétés en péril, ressemblent tous au barbier Figaro, et ne procèdent jamais à leur œuvre de salut que par des moyens purement humains. L'archîduc était

un de ces privilégiés. Les indiens, disait M. Corta, Tavaient reconnu tout d'abord à sa chevelure d'or et à ses yeux d'azur, mais il lui fallait de l'argent, beaucoup d'argent, et comme il ne pouvait en obtenir qu'en France, il ne faut pas s'étonner si le premier emprunt y fut peu de temps après suivi d'un second.

Celui-ci, connu dans l'histoire des tripotages financiers du second empire sous le nom d'emprunt à 'prime ou de la loterie, fut lancé sur la place le -14 avril 1865. Il en a été question plusieurs fois au corps législatif, mais le texte n'en a jamais été publié, que je sache, ni en France ni au Mexique. Je vais donc en reproduire ou en analyser toutes les pièces, et j'espère ainsi répondre de la manière la plus catégorique aux fantaisies de M. Corta et aux affirmations impudentes de M. Rouher.

Sur la fin de l'année 4864, un des principaux banquiers de Mexico, M. Eustaquio Barron, fut envoyé à Paris avec un M. Bourdillon, pour y négocier, en compagnie de M. de Germiny, l'établissement à Mexico d'une banque d'escompte, de circulation et de dépôt, dont le privilège fut accordé à MM. Hottinguer et C«; Finlay Hodgson et Ce ; Pillet Will et C^; Mollet et C«; J.-À. Seillière; Marcuard André et C^ ; Fould et C®; mais qui n'a jamais fonctionné, quoi qu'en ait pu dire M. Corta dans la séance du Corps législatif du n avril 1865.

Ces messieurs avaient en outre la mission de demander un prêt particulier de 4, 6 ou 8 millions de piastres, 20, 30 ou 40 millions de francs.

Ils arrivèrent à Paris sur la fin du mois de janvier 1865. Ils eurent leur première entrevue avec M. de Germiny le 6 février, et le 16 ils écrivirent au ministre d'État de Mexico pour lui faire savoir qu'un prêt de 20 millions de francs leur avait été refusé nettement par MM. Hottinguer père et fils.

Leur seconde lettre est du 15 mars. M.! Barron y parlait des mauvaises impressions produites par le paquebot qui avait apporté la nouvelle de la défaite de San Pedro, et ajoutait qu'en présence de la baisse qui en avait été la suite , M. Bourdillon et lui n'avaient pas cru devoir aborder de

nouveau la question des 20 millions dont il s'agit plus haut. La troisième est du 3i du même mois. Nous entrons cette foîs de plain pied dans la question de l'emprunt, et je vais pour ce motif la reproduire en entier.

« Paris, 31 mars 1865.

» Excellence,

» A la suite de Tarrivée toule récente du ministre d'État, M. Joaquin Velasquez de Léon, M. le comte de Germiny, président de la Commission des finances, nous a réuni plusieurs fois dans le but de nous démontrer Vurgence de contracter un nouvel emprunt, afin d'améliorer la situation de celui de Miramar qui, bien que placé en totalité par rapport aux actions, est cependant loin d'être couvert quant au numéraire car, ainsi que vous le verrez par la note que je vous adresse ci-joint, il manque une somme de fr. 23,847,293-40 pour compléter la valeur des bons émis.

» Le projet qu'on nous a remis pour la réalisation du nouvel emprunt, garantit au gouvernement une somme liquide de 20,000,000 de piastres — 100,000,000 de fr. ; — et embrasse à la fois la conversion de l'ancien qui a été si mal accueilli sur tous les marchés de l'Europe et les bases du nouveau dont y ai V honneur de vous adresser une copie,

» Ce projet a été établi par des banquiers qui jouissent de toute la confiance du gouvernement français, et compte en outre sur Vappui décidé de MM, Fould et Rouher, ministres de V Empereur, à qui il a été soumis, M. le comte de Germiny et M. Gorta se prononcent également en faveur de son adoption ; et M. Bourdillon et moi, quelque grands que soient les inconvénients que nous lui trouvons, nous sommes obligés cependant de reconnaître qu'on présence des difficultés de la situation actuelle, c'est encore le moyen le plus sûr et peut-être l'unique, de recueillir en France l'argent dont il s'agit.

» Le système de contracter des emprunts considérables au moyen d'obligations émises à un prix plus ou moins élevé, remboursables à raison de 500 fr. dans un certain nombre d'années avec des primes nombreuses au moyen de loteries, s'est tellement généralisé, je ne dirai pas seulement en ce pays mais' sur les marchés européens, et ses résultats dans la pratique ont été si brillants, qu'en dépit de la répugnance que doivent inspirer ces opérations, surtout quand elles se font au nom d'un gouvernement, nous pensons qu'il ne nous reste pas d'autre moyen de sortir de la situation où nous nous trouvons qu'en l'adoptant également.

» A cet égard, je laisse à M. de Germiny le soin de donner au gou-

vernement les explications nécessaires. Je me contenterai de dire qu* aujourd'hui même ce monsieur nous a déclaré que si Cou n'avait pas immédiatement recours à un emprunt, il se verrait obligé sous peu, chose qu'il faut éviter à tout prix, rfg suspendre les paiements qui se font pour le compte du gouvernement mexicain.

» Si nous en croyons certaines confidences qui nous ont été faites, nous serions tentés de croire que la maison Rothschild désirerait se charger de cet emprunt. Il est de la plus haute importance de le placer en des mains aussi puissantes que celles de la maison dont il s'agit. Nous sommes donc décidés à le lui proposer avec les pré-^ cautions nécessaires, et dans le cas où elle le refuserait, nous ferons immédiatement des démarches pour le placer auprès d'autres maisons.

» Daigncss, etc.

» EUSTAQUIO BaRRON.

» A. S. E. M. le minisire d'État Mexico. »

Ainsi MM.Barron et Bourdillon n'étaient venus en Europe que pour y traiter de la question de la banque à établir à Mexico et y demander un prêt particulier de 20, 30 ou 40,000,000 de francs : ils avaient été refusés de la façon la plus cavalière sous prétexte que l'empire était à la veille d'être déclaré en banqueroute ; on s'était servi de ce mot hideux pour leur imposer un emprunt nouveau de 250,000,000 de francs qu'ils n'avaient pas le droit d'accepter, puisqu'ils n'avaient point de pouvoirs à cet effet, mais qui devait produire aux habiles un bénéfice net de JO p. c. sur le prix d'émission, soit 17,000,000 de francs, et c'était en présence de ce refus brutal d'une part, de cette menace de banqueroute d'une autre, de cette extorsion, enfin, des 17,000,000 qui allaient être le résultat d'une manœuvre aussi savamment ourdie, que M. Corta, membre de la commission des finances du Mexique, montait à la tribune du Corps législatif, le 12 avril 1865, pour y débiter des lieux communs sur un pays qu'il n'avait vu qu'à travers les lunettes de Tlntervention, et que M. Rouher, prenant sa voix la plus rogue, son ton le plus arrogant, s'adressait en ces termes aux députés de l'opposition :

« Vous vous préoccupez de l'emprunt à faire, et certainement si les préteurs qui, demain, liront vos discours, ont confiance en vos

allégations, ils ne se hâteront pas d'apporter leur argent; et s'ils devaient vous prendre pour avocats consultants, votre consultation serait négative.

» Èh bien ! je veux vous rassurer, vous inspirer confiance ; n'ayez aucune inquiétude, Temprunt est fait. Au moment où je parle, il est signé par les principales maisons de France et d'Angleterre. J'en ai reçu la nouvelle à Vinstanl où j'entrais dans cette enceinte. Ces défiances, ces critiques accumulées à plaisir par une parole sans responsabilité, qui excite sur les intérêts vivaces du pays l'inquiétude et les alarmes, seront impuissantes et vaines; on ne les écoutera pas et on aura parfaitement raison. »

En parlant ainsi , M. Rouher ne disait pas la vérité : tranchons le mot, il mentait, car Taete constitutif de Temprunt n'a été signé que le 14, c'est-à-dire deux jours après. — Il mentait sciemment, en connaissance de cause, et pour s'éviter l'humiliation d'un pareil aveu il a été obligé, le 24 juillet dernier, d'abriter piteusement son mensonge derrière je ne sais quelle déclaration de M. de Germiny qui serait venu lui dire, au moment où il allait monter à la tribune, que différentes maisons de Belgique et de Hollande intéressées dans cette spéculation véreuse lui avaient fait savoir que l'emprunt était couvert.

Certes, il fallait avoir perdu toute pudeur pour oser ainsi faire intervenir des maisons de Belgique et de Hollande dont on n'accusait ni les noms ni les créances, dans une question où il s'agissait d'imposer à la France un sacrifice de 4,000,000 de rentes pour venir en aide, sous forme d'indemnité, aux porteurs des obligations mexicaines. Mais il parlait devant une majorité trop compromise elle-même dans cette triste affaire pour ne pas lui donner raison. Les millions furent votés (^t les habiles qui, le 12 juillet 1865, attendaient dans les couloirs du Corps législatif l'effet de l'intervention de M. Corta et de la parole de M. Rouher pour se faire une idée du sort à venir de l'emprunt, purent se féliciter une fois de plus de la faconde omnipotente de leur défenseur officiel.

Je reviens à la lettre de M. Barron.

" Cette lettre était accompagnée d'un document relatif à l'emprunt de 1864 et d'une note ayant pour but d'établir à

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ravance les conditions sous lesquelles se ferait le nouvel emprunt.

Voici ces deux pièces :

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