‹ Documents officiels recueills dans la secret́airerie privée de Maximilien: Histoire de lChapitre 27 sur 54 · MM · texte numérisé non relu

MM

Joaquin Cervantes.

Juan C. Gutierrez.

Luis Cervantes.

Ramon M. Seoane.

Pedro Espinosa.

Eduardo Guevara.

En tout, quarante-neuf électeurs, sur une population de plus de 30,000 âmes, pour porter dix-neuf d'entre eux aux fonctions municipales; et encore, si nous devons en croire ce qu'on en racontait, il devait y avoir parmi eux quinze étrangers, sur lesquels six Français, MM. Adolphe Gambu, Joseph Bernard, Prosper Legrand, Adrien Bernard, Manuel Franc, Philippe Gilbert; et trois Anglais, MM. Thomas Grandisson, Ferdinand Holwet et Guillaume Schmit.

Si donc des 49 prétendus notables convoqués par M. Billiard, au nom du général Forey, on eût retranché les quinze étrangers qui ne devaient pas y figurer, il en serait resté trente-quatre, sur lesquels* rautorité française, en vertu du

pouvoir discrétionipaire dont elle s'était emparée, en présentait dix-neuf, un peu plus de la moitié, pour être promus aux foflctions municipales d'Orizaba. Ces trente-quatre électeurs se sont réunis pour choisir parmi eux les membres à élire, et après un changement de trois noms, risqué probablement pour rappeler à l'illustre général que son omnipotence était sujette à errer, ils ont pensé que le plus sûr moyen de mériter le pardon d'une telle hardiesse était de le satisfaire en lui accordant les cinq sixièmes des noms portés sur sa liste.

Le second fait se rapporte aux blessés français que M. Juarez avait donné l'ordre de mettre en liberté au fur et à mesure de leur guérison.

Voici ce dont il s'agit :

M. Gonzalez Ortéga nommé au commandement en chef de l'armée d'Orient après l|i mort du général Zarragoza, avait trouvé à son arrivée à Puebla, quatre prisonniers français, reste de ceux qui avaient été recueillis sur le champ de bataille après la déroute de M. de Lorencez, et les avait renvoyés au camp français avec une lettre pour le général Forey, et une médaille, la dernière également que l'on eût retrouvée.

M. Forey, au lieu de le remercier purement et simplement comme on devait s'y attendre dans la situation où il se trouvait, lui écrivit le 10 novembre pour lui dire : « qu'il regret" » terait d'avoir à répondre à une courtoisie du gouvernement » mexicain, mais qu'il n'éprouvait aucune répulsion à recon- » naître en termes polis l'attention délicate d'un général » qu'il estimait comme un brave soldat, sans le confondre » avec le gouvernement qu'il servait, et qu'il désirait seulea ment que sa vaillante épée fût employée dans la suite à la » défense d'une meilleure cause. »

M. Gonzalez Ortega, justement froissé dans son amitié pour M. Juarez et dans son honneur comme Mexicain, lui répondit par la lettre suivante, le i6 du même mois :

n Armée d'Orient.

» Général en chef.

» Monsieur le général,

» J*ai reçu, avec la lettre de V. E., datée d*Orizaba, le iO courant, la proclamation qae vous avez adressée aux Mexicains.

» Si la première de ces pièces ne contenait qae les témoignages de reconnaissance dont vons m^entretenez, pour avoir rendu la liberté à quatre Français, prisonniers du 5 mai ; si même elle se limitait k m*acGUser réception de la lettre que je vous ai écrite en vous renvoyant une médaille de zouave, quitte à y joindre quelques expressions bienveillantes pour moi, je croirais peut-être avoir contracté vis-à-vis de vons une dette personnelle, mais je n*aurals rien à vous répondre. Malheureusement, Monsieur le général, cette lettre renferme des attaques outrageantes pour le gouvernement de mon pays, par conséquent pour le sol où je suis né, puisque ce gouverne^ ment est ^expression de la volonté nationale, et c'est à ces attaques que je dois répondre.

»/e désire encore expliquera V. E. certaines choses, bien qu*à vrai dire cela ne soit pas nécessaire, surtout après ce qui a été publié officiellement dans les journaux américains, et même en Europe , dans les pays où règne encore la liberté de la presse. Si donc je me suis permis de les consigner brièvement dans cette lettre, c'est afin de ne rien laisser sans réponse de tout ce qui, dans la vôtre, tend h déshonorer le Mexique.

» Je commencerai par dire à V. E., abstraction faite de l'amitié personnelle qui me lie au président de la République, que je n^ap* partions pas à l'armée régulière, que je ne vis pas, que je n'ai jamais vécu du métier de soldat, et que je ne suis aucunement soumis dans ma conduite à la pression que pourrait, selon vous, exercer sur elfe le gouvernement de Mexico. Citoyen libre et indépendant comme tous ceux qui vivent dans les Républiques, j'ai fait plusieurs centaines de lieues pour offrir, dans une position subalterne, mon épée et ma personne au gouvernement mexicain, et je l'ai fait parce que ce gouvernement a été nommé par le peuple, unique source de l'autorite parmi nous ; parce qu'il est une émanation de la démocratie mexicaine, et que la défense de ce gouvernement est aussi sacrée à mes yeux que celle de Tautoiiomie et des droits de ma patrie, principes que je défendrai jusqu'au bout, quoi qu'il puisse m'en arriver.

» V. E. me dit qu'il lui répugnerait, pour cause d'humanité, d'en* trer en relation avec le gouvernement du Mexique.

» En vérilé, je ne comprends pas les moliis de celle répugnance. Je crois qu'elle provienl des calomnies de quelques transfuges mexicains qui, pour satisfaire leurs haines personnelles, se sont étudiés à défigurer les actes du président actuel de la République; et, sll en est ainsi, Y. E. se trompe grandement. Pour lui donner une preuve démonstrative de cette vérité, je lui dirai que tous les prisonniers français, mis en liberté par le général Zarragoza et par moi. Vont été en vertu des ordres du président de la République, le C, Benito Juarez, c'est à-dire, de Vhomtne qui ne respecte pas même, dit-on, les éléments les plus clairs et les plus simples du droit naturel (1).

» Quel que soit donc le terrain sur lequel se place en ce moment la diplomatie à l'égard de ce qui peut résulter de la guerre actuelle, la personne qui représentera la France au Mexique devra tôt ou tard entrer en arrangement avec ce gouvernement , parce qu'il n'y a que lui qui ait reçu de la nation le pouvoir de traiter en son nom.

» Que dirait le général Forey si, en lui adressant une lettre, pleine d'estime et de respect pour sa personne, je profitais de la circonstance pour insulter Napoléon III? •— Lirait-il mes phrases avec une indifférence impassible? — Et cependant, j'en aurais en quelque sorte le droit en présence de l'invasion par les troupes françaises du sol où je suis né, du sol que mes pères m'ont transmis par héritage. — J'adjure V. E. de répondre à cette question; je Vadjure d'y répondre comme komme dlionneur, comtne soldat et comme français,

» Je lui renvoie sa lettre et la proclamation qu'elle m'a adressée (â), car je ne veux pas conserver des documents de cette espèce dans mes archives officielles. Toutefois, et sans me préoccuper en rien de la conduite que l'on a tenue jusqu'à ce jour envoies le Mexique, conduite qui est du ressort de l'opinion et de l'histoire, V. £. me trouvera toujours prêt à répondre aux communications qu'elle jugera convenable de m'adresser dans l'intérêt des règles établies par le droit des gens chez les nations civilisées, comme aussi à combattre par tous les moyens qui sont en mon pouvoir la guerre iAjuste qu on nous fait en ce moment.

» Je lui retourne également les expressions flatteuses dont elle a daigné se servir à mon intention, et, pour en terminer, je me permettrai de lui dire combien je souhaiterais que le vaillant soldat, que le général illustre qui a conquis en Afrique tant de lauriers si justement mérités, comprît mieux les intérêts véritables de son

(1) Voir à ce sujet la dépêche du général Blanco au général Zarragoza.

(2) Celle du 3 novembre, pleine d'injures à l'adresse du gouvernement mexicain.

pays dans la question qui se débat en ce moment; et qu'abandonnant à leur sort les quelques mécontents qui Texcitent journellement contre une nation dont les sympathies ont toujours été acquises à la France libérale et progressive, il reconnût les droits inaliénables du Mexique, droits qui ont été sanctionnés de la manière la plus solennelle par le congrès de 1857, et qui sont soutenus maintenant par les efforts presqu'unanimes de toutes les populations de la République.

» Je prie V. E., etc..

» Liberté, indépendance et Réforme.

» Signé J. G. Ortega, » commandant en chef de Varmée d'Orient,

« Puebla, 16 novembre 1862.

» Au général de division, sénateur, commandant en chef le corps expéditionnaire français. »

11 est inutile de dire que le général Forey ne répondit pas à cette adjuration.

xxu

Siège et prise de Puebla.

Ce siège dura 56 jours, du 2S mars au 17 mai, et pour rester daus le plan que je me suis tracé, je n'aurais rien à en dire, si je ne trouvais dans mes notes de cette époque les pièces suivantes qui appartiennent à l'histoire de Tintervention et peuvent, mieux que tous les raisonnements, donner aux lecteurs les moyens de se faire à eux-mêmes une idée du véritable caractère des Mexicains.

Ce sont trois lettres écrites le 28 avril 1863, 19 jours avant la reddition de la place, par des officiers français, prisonniers de guerre, et qui ont été publiées à cette époque par ordre du Président de la République.

La première a été écrite par M. Bloldt , capitaine de zouaves, et a été adressée au général Gonzalez Ortega pour le remercier de ses bontés envers les prisonniers.

En voici la traduction :

Section d'opérations. Puebla, 28 avril 1863.

ce A Monsieur le général en chef de V armée mexicaine.

» Monsieur le général en chef,

3> J*di riionneur de vous remercier, au nom de lous mes camarades prisonniers, de la délicatesse, de la bienveillance et de la bonlé, que vous n'avez cessé de nous témoigner jusqu'à ce jour. Notre reconnaissance en sera éternelle. Vous m'avez permis, mon général, d'établir une liste nominative, non-seulement des prisonniers^ mais encore des blessés, objets de tant de soins dans vos hôpitaux. Vous m'avez également autorisé à acheter les choses dont

ils pourraient avoir besoin et à les leur distribuer, ùe dont je vous remercie au nom de tous.

» J'ai rhonneur, aujourd'hui, de vous transmettre là liste nominative dont il s*agit avec le rapport détaillé sur notre situation que j'adresse à mon colonel, en vous priant de faire parvenir ces deux pièces à leur destination.

» Hier, j'ai visité nos blessés; j'ai appris de quelle manière l'armée mexicaine traite ses ennemis, et je suis heureux de pouvoir rendre hommage à son humanité.

» Du reste, j'ai l'honneur de soumettre à votre approbation une mesure d'ordre que j'ai rédigée dans le but de maintenir la discipline, en éloignant autant que possible des salles où se trouvent nos blessés la mauvaise humeur que peut quelquefois faire naître chez eux les souffrances qu'ils éprouvent, et je vous prie, pour le cas où vous le jugeriez convenable, de m'autoriser à la mettre en pratique dans les chambrées où se trouvent nos soldats.

» Ce n'est, je le répète, qu'une mesure d'ordre^ concernant nos intérêts particuliers.

» Veuillez agréer. Monsieur le général en chef, l'expressioti de toute ma reconnaissance personnelle et de celle de mes camarades.

» (Signé) Bloldt.

» Capitaine au premier régiment de zouaves, prisonnier de guerre. »

MESURE d'ordre.

« Le soussigné, capitaine au premier régiment de zouaves, prisonnier de guerre à Puebla, fait connaître à ses compagnons d'infortune la bonté avec laquelle il a été traité par le général en chef de l'armée mexicaine et la faveur qui lui a été faite en lui permettant de visiter les hôpitaux militaires où se trouvent déposés nos blessés, faveur dont il le remercie personnellement au nom de tous ses camarades.

» Il profite également de cette occasion pour rappeler à tous les sous-offlciers, caporaux et soldats prisonniers, qui se trouvent en ce moment dans les hôpitaux militaires, combien il importe qu'ils observent avec dignité la discipline si vantée de l'armée française.

»Chacun doit s'estimer heureux, au milieu des malheurs de la guerre, d'avoir pour ennemis des hommes doués de cette humanité. En vous visitant, prisonniers blessés^ j'ai vu par moi-même^ je vous ai entendu dire à vous, que vous étiez aussi bien que pouvaiefU k per* mettre les circonstances ^ c'est-à-dire, couchés dans des lits et traités avec bonté, voire même avec beaucoup de soin, ce dont nous devons

remercier tes chefs de ces établissemenis oinsi que les médecins, car c'est une preuve que, pour les uns comme pour les autres, rhumanité n*est pas un vain mot. A mon tour, puis-je compter sur vous? — Dans ce cas, observez la discipline; montrez-vous dignes de la France et de vous.

» Plusieurs de vous ont reçu des blessures graves ; rendez les plus honorables encore en acceptant votre position ; en prouvant, au milieu de vos souffrances, toute Ténergie, toute Tabnégation dont vous êtes capables. Soyez humbles sans abaissement, et soumettezvous à vos chefs partout où vous vous trouverez. N'êtes-vous pas assurés du bien qu'on vous a déjà fait? Les hôpitaux ne possèdent pas toujours les ressources suffisantes pour toutes les victimes de la guerre, et puisque votre ennemi prend soin de vous comme des sie^iSy montrez-vous, à votre tour, respectueux envers ses agents.

» Afin d'assurer Tordre dans les salles, il importe que les prisonniers blessés, et ceux qui, par ordre du général en chef, ont été désignés pour aider les infirmiers, soient soumis aux médecins et se fassent surtout remarquer par leur bonne conduite.

» En conséquence, le sergent Merlier passera chaque jour, le soir et le matin, dans les salles destinées aux prisonniers français. Il s'assurera qu'il n'y a point de plainte de la part de nos soldats ; qu'eux, à leur tour, se montrent reconnaissants envers les médecins, les infirmiers, tout le personnel en un mot des hôpitaux, et respectueux auprès des bonnes sœurs qui, comme les nôtres, se sacrifient pour l'humanité.

» Le sergent Labrunié sera spécialement chargé du bon ordre des chambres et en sera responsable.

» Puebla, 28 avril 1863.

» (Signé) Bloldt,

» Capitaine au premier régiment des zouaves, prisonnier de guerre. »

LETTRE IB Bf. BUCHESNE, SOUS-LIEUTENANT AU i^^ RÉGIMENT DES ZOUAVES

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