MINUTE D£S LETTRES DE CRÉDIT
A MM. Hidalgo , Arrangoiz , Murphy , Aguilar , fferzfeld , £!d. Radonetz, général Chapelier Matias Leisser,
Monsieur le comte,
Par les présentes Nous autorisons M
Notre à recevoir de la commission des
Finances du Mexique à Paris, la somme de
— somme en lettres et en chiffres — pour subvenir aux dépenses
(1) Ici, il doit y avoir erreur car, dans la minute des lettres de créances, on lit : tous les six 7nois.
que nous laissons à sa charge, et dont il rendra compte à notre ministre des relations extérieures.
Notre minisire des relations extérieures renouvellera de six mois
<î7ï 5îa; moi5 la lettre de créance de Notre
Fait en notre palais de Miramar le H avril 1864.
Maximilien.
« A M. le comte de Germiny, président de la commission des finances du Mexique h Paris. »
Ici se placent les détails relatifs à l'intervention des Belges au Mexique.
La première des pièces qui ont trait à cette affaire est la minute d'une lettre adressée de Miramar par Tarchiduc à M. Vander Smissen.
Elle porte la date du 10 avril 1864 et est ainsi conçue :
Au baron Vander Smissen,
« Monsieur le baron,
» Sur la recommandation officieuse de M. le lieutenant-général baron Chazal, vous êtes, par le présent arrêté, nommé lieutenantcolonel et commandant du corps ù organiser en Belgique conformément aux instructions envoyées à M. le lieutenant-général pensionné Chapelié, aux ordres duquel vous aurez à vous mettre dans le plus bref délai possible.
» Si une batterie d'artillerie est ajoutée au contingent belge, elle pourra, si on le juge nécessaire, être placée sous votre commandement supérieur.
» Maximîlïen.
» Miramar, le 10 avril 1864. »
Cette lettre répondait, bien que d'une manière indirecte, à une autre lettre du général Chazal, datée du 21 mars 1864, et que l'archiduc, pour des motifs tout personnels, n'a pas cru devoir joindre au dossier. Mais elle ne disait pas comment, en vertu de quel droit, ce général, alors ministre de la guerre, foulant aux pieds les conditions sur lesquelles repose
la neutralité de son pays, avait autorisé, d'abord, rétablissement sur le territoire belge de bureaux destinés à recevoir l'engagement des volontaires; puis, après avoir désigné lui-même l'officier général qui devait être chargé de ce recrutement, avait autorisé M. de Bassompierre, intendant militaire; M. Guillaume, chef du personnel au ministère de la guerre; M. Guillaumot, directeur de l'arsenal de construction à Anvers; M. Mamet, sous-directeur du même arsenal, et MM. les majors Brialmont et Dupont appartenant, le premier, à Tétat-major, le second, à rartillerie, à unir leurs efforts à ceux de MM. Vander Smissen, Tydgadt et Huysmans pour assurer en commun le succès de cette belle opération.
M. J.-B. Bonnevie, avocat à la cour d'appel de Bruxelles, répondant à une pétition adressée le 17 janvier 4865 à la chambre des représentants par M. Vanden Kerkhove, pour lui demander de remettre en vigueur les dispositions nombreuses de lois qui prohibent, sur le territoire belge, toute espèce d'enrôlement et d'armement, sans l'autorisation du pouvoir légitime, de soldats, et à plus forte raison de corps de troupe pour le service militaire étranger, a dit que tout citoyen belge, en vertu de sa liberté individuelle , avait le droit d'aller à l'étranger, pour y mettre au service de n'importe quelle cause, son courage et son bras.
En cela nous sommes parfaitement d'accord. Mais de ce qu'un citoyen quelconque, en vertu de sa liberté individuelle, et sous la garantie de sa propre responsabilité, a le droit incontestable d'aller à l'étranger pour y mettre au service de n'importe quelle cause, son courage et son bras, se suit-il qu'un gouvernement neutre, qui n'existe même qu'à cette condition, ait également le droit, tout en prétendant ne pas s'éf*arter de la neutralité qui lui est imposée, d'autoriser chez lui le recrutement de gens destinés à aller au loin porter la guerre à un gouvernement étranger; de donner à cet effet des congés à des officiers appartenant à ses propres troupes, et de soutenir ensuite qu'en délivrant cette autorisation et ces congés, il agit en vertu de son droit imprescriptible comme gouvernement, et ne viole en rien les lois de neutralité sur lesquelles repose la constitution de son pays?
M. Bonnevie dît oui; moi, je réponds non : examinons un peu.
L'adjectif neutre, au point de vue grammatical, s'applique à un individu qui ne prend parti ni pour, ni contre un fait ou un autre individu.
Au point de vue politique et du droit des gens, on entend par ce même mot l'action d'un gouvernement qui ne prend aucun parti dans les guerres que se font les autres peuples ; qui, par conséquent, ne favorise jamais les armes de Tun au préjudice de Tautre.
Enfin, la neutralité^ puisqu'aussi bien il s'agit de ce mot, consiste à ne fournir aux belligérants ni troupes, ni armes, ni munitions, ni rien, en un mot, de ce qui sert directement à la guerre.
Ce point établi, et je pense qu'il ne peut faire doute pour personne, je ne saurais, en vérité, si la princesse Charlotte ne s'était pas trouvée par hasard la fille du roi des Belges, à quoi il faudrait attribuer les distinctions qui se trouvent aux pages 10, 11 et 12 de la brochure qu'il a publiée en 1865 sur la matière.
En efifet, après avoir posé lui-même, page 10, la question de la manière suivante : « Les regnicoles ou les étrangers » ont-ils le droit de faire, en Belgique, appel aux Belges » libres de tout engagement pour les enrôler au service\ > militaire chez l'étranger? » — Au lieu de dire simplement, oui ou non, il répond par un ensemble de distinctions qui auraient fait honneur au R. P. Escobar en personne.
« Il faut, dit-il, distinguer au profit de qui renrôlement se fait.
» S'il s'agit de former un corps franc, sous la conduite d'un aventurier quelconque, il est évident que cette corporation militaire ne pouvant avoir d'autre but que de soutenir des menées révolutionnaires, ou d'être dirigée d'une manière quelconque contre Fautorilé d'un gouvernement établi et régulier, le fait de s'associer à une telle corporation est en lui-même un acte hostile au gouvernement qui aura à la combattre.
» Il est évident en outre que le gouvernement belge se rendrait complice de l'hostrtité, s'il tolérait que publiquement et sur son territoire, des enrôlements collectifs ou individuels se fissent dans ce but.
» Il appartiendrait donc au gouvernement belge en pareil cas, de
défendre les enrôlements, et il est à cet égard suffisamment armé par les dispositions des articles 84 et 85 du Code pénal.
» Ainsi, nul ne peut en Belgique, sans Tautorisation du gouvernement (et celui-ci ne peut la donner), faire appel à des Belges pour les enrôler au service de Garibaldi ou de Kossuth, parce que ce serait là une action hostile aux gouvernements de rAutriche, de Home ou de ritalie; contre lesquels pourraient être dirigées les corporations organisées par ces chefs.
» S'il s'agit d'enrôlements au profit de celle des factions qui, dans une guerre citdle, dispute le pouvoir à Vautorité établie, reconnue et en possession du siège du gouvernement, la réponse est la même, parce que d'après les principes du droit international généralement admis et pratiqué aujourd'hui par les peuples civilisés, le fait accompli domine le droit, et c'est l'autorité qui se trouve en possession incontestée et définitive, tout au moins en apparence, du siège et des instruments du pouvoir, qui doit être considérée par les nations étrangères comme la seule autorité nationale.
» La réponse est encore la même s'il s'agit d'enrôlements pour un pays en état de guerre internationale, quel que soit son adver* saire, parce que la Belgique ne peut évidemment venir en aide à l'un d'eux, soit directement, soit indirectement, en lui permettant d'enrôler des soldats sur son territoire, sans poser par là un acte d'hostilité envers l'autre pays.
» Mais s'il s'agit, au contraire, d'enrôlements au profit d'un gouvernement établi et reconnu, qui n'est en état de guerre avec aucune autre nation, peu importe que ce gouvernement ait à lutter contre une révolte intérieure, ou à vaincre chez lui une résistance quelconque, ou qu'il veuille simplement organiser ou augmenter sa force armée dans la prévision d'éventualités ultérieures, la solution est nécessairement dififérente.
» C'est un attribut incontestable de la souveraineté nationale de tout pays indépendant , de lever, organiser, composer et développer, à quelque degré que ce soit, une force armée momentanée ou permanente, sans avoir ù en rendre compte à qui que ce puisse être.
» C'est un droit absolu et sans limites, dont l'exercice ne peut . être contrarié par aucune autre souveraineté, parce que charbonnier est maître chez lui, et que celui qui use de son droit ne fait tort à personne, et par conséquent ne fournit à personne prétexte de se plaindre.
» Ce proverbe et cet axiome de droit sont applicables aux nations comme aux individus.
» Or, si tout gouvernement a le droit d'organiser et de composer
son armée comme bon lui semble, sans que les autres gouvernements aient rien ù y voir^ il en résuite naturellement que ceux-ci ne peuvent davantage trouver matière h se plaindre dans le fait d*un pays venant en aide, par ses citoyens ou par ses fournitures d^armes, au gouvernement qui établit sa force publique.
» Les enrôlements en Belgique dans ces conditions, ne sauraient constituer aucun acte hostile envers aucun gouvernement étranger.
» Dès lors, ils sont parfaitement licites, aucune loi ne les défend, et le gouvernement n'a aucun droit de s'y opposer (i). »
MM. Ortz et Dumortîer, ce dernier quoique catholique, et M. Rojs^er, alors ministre de l'intérieur, avaient répondu par anticipation à ces pauvres arguments (2). Je pourrais donc me dispenser de les relever. Mais il y a dans ces trois pages un si grand nombre d'hérésies matérielles et morales que je me reprocherais de les passer sous silence.
D*abord il n'est pas vrai, ainsi que Taffirme M. Bonnevie, que chez les peuples civilisés de notre époque, le fait do* mine le droit. Je Tengage à consulter à cet égard les nombreux auteurs qui ont écrit sur la matière, notamment
(i) N^instiUez pas les gens de cœur, brochure de 30 pages, par M. J. B. Bonnevie, avocat à la Cour d'appel de Bruxelles, pages iO, M et 12. — Bruxelles, 1865.
— Le 12 décembre 1864, M. Bonnevie, en compagnie de MM. Maris et Clepkens, avait adressé à Tarchiduc une demande tendant à obtenir une ou plusieurs concessions de terres fertiks, d*une étendue de iO à i^ lieues carrées chacufie, situées dans un climat salubre, à proximité autant que possible d'une grande voie de communication sur le golfe du Mexique, et dont le siège principal se serait nommé Char-
LOTTENBOURG.
Il demandait que les employés de la Compagnie, au Mexique et en Europe, fussent chargés des fonctions consulaires, et voulait que le gouvernement de l'archiduc garantît pendant 15 années aux actionnaires de la Compagnie un minimum d'intérêt de 5 p. c, par an, sur une ^ommeefe 1,500,000 /r. qu'il estimait nécessaire pour faire réussir son opération.
Serait-ce par hasard là le motif qui lui a fait prendre la plume, et défendre avec de si piètres arguments ceux qu'il appelait des gens de cœur ?
(2) Séance de la Chambre des représentants du l'Vfévrier 1861.
M. H. Wheaton et ses considérations savantes sur les éléments du droit international ; quant à moi, pour faire crouler tout son échafaudage, il me suffira de lui citer un seul fait.
Que dirait-il, par exemple, si, par suite d'une guerre entre la France et la Prusse, une des parties belligérantes s'emparait de Bruxelles et de toute la Belgique, à rexception d'Anvers, obligeant ainsi le roi Léopold II à se retirer dans cette dernière ville?
Admettrait-il que par le fait de l'occupation de la capitale le roi se trouverait déchu de son droit de souveraineté; et dans le cas où il l'admettrait pour rester tîdèle aux principes qu'il a si malheureusement posés, croit-il que ce prince, que les Belges eux-mêmes, feraient également comme lui ?
Cependant M. Juarez, après l'occupation de Mexico par le général Forey, s'est trouvé exactement dans la situation où serait le roi Léopold II dans l'exemple cité plus haut.
11 n'avait point abdiqué sa qualité de président ; il n'avait point été contraint de chercher un refuge sur la terre étrangère, mais il était à Chihuahua occupé, dans la mesure de ses forces, à organiser la défense de son pays; et les Français s'étant retirés, Maximilien ayant succombé, il a repris paisiblement possession de la capitale, de la même manière que le roi Léopold, pour nous maintenir dans l'exemple que nous avons cité, reprendrait possession de Bruxelles après la retraite, volontaire ou forcée, de celui qui l'aurait occupée momentanément.
Il n'est pas plus juste de dire que le gouvernement belge, dont l'existence tout entière repose sur la neutralité de son pays, a le droit de venir en aide à un autre gouvernement, soit en lui envoyant des troupes, soit en lui fournissant des armes.
Les citoyens belges, iudividuellement parlant, ont parfaitement le droit, quitte à perdre leur qualité de Belges, d'aller prendre du service chez une nation étrangère, et le roi lui-même, en accordant cette autorisation à ceux qui veulent se maintenir dans les termes de la loi, ne peut le faire qu'à l'égard des individus. Mais ils ne sauraient s'organiser chez eux pour s'y rendre en corps, et le chef de l'Etat, sans violer ipso facto le titre sur lequel repose ses
propres droits, ne peut, en aucun cas autoriser ces enrôlements : premièrement, parce qu'il est lié par l'acte constitutif de neutralité qui lui a donné sa raison d'être; deuxièmement, parce que son pouvoir, quelque grand qu'il soit sur le territoire où il domine, n'est après tout que l'expression des droits et des intérêts individuels de chaque citoyen belcçe.
En autorisant comme il Ta fait les enrôlements dont il s'agit, en donnant des congés aux oflSciers de l'armée belge destinés à en faire partie, en permettant aux employés du gouvernement d'y participer, chacun dans le centre où s'exerçait son action, le général Chazal a donc violé les lois de son pays; et cette violation a eu pour motif, je ne dis pas pour excuse, un acte de courtisanerie à l'adresse du roi Léopold 1er et une condescendance coupable à l'endroit de la fille de ce prince,
Courtisanerie et condescendance, je n'en dirai pas davantage. Mais, si le général avait pu lire comme moi les nombreuses lettres adressées à la princesse Charlotte par les mères éplorées qui lui redemandaient à mains jointes leurs enfants, il comprendrait peut-être qu'il est responsable du sang belge qu'il a fait verser inutilement sur cette terre lointaine, et, pour parler comme lady Macbeth, que ce ne serait point assez des eaux de tous les océans pour enlever de ses mains la trace de ce sang.
Voici la réponse de l'archiduc à la lettre du 21 mars i864, dont j'ai parlé plus haut.
Au lieiUenant-général baron Cfiazal, ministre de la guerre de Belgique, aide de camp du Roi, etc., etc.
« Miramar, iO avril 1864.
» Mon cher général,
» En réponse à votre lettre du 21 mars dernier, et conformément îi ses indications, je vous envoie ci-joint les pouvoirs que je confère au lieutenant-général pensionné Chapelié pour l'organisation du corps belge dont je donne le commandement au baron Vander Smissen que vous avez bien voulu me recommander.
» J'annexe ici un double de ces pouvoirs (i).
» Dans le cas où le lieutenant-général Chapeiié serait empêché par un motif quelconque de remplir ou de continuer cette mission, je vous prie de désigner en mon nom pour le remplacer, soit le baron Vander Smissen, soit toute autre personne à votre choix.
» La brillante réputation que s'est acquise Tartillerie belge, me fait vivement désirer une batterie du système que vous avez si heureusement introduit. Si vous pouviez, mon cher général, organiser une batterie de huit bouches à feu, pour être attachée au corps d*infanterie, je vous en serais très-reconnaissant.
» Les conditions faites aux officiers, sous-offlciers et soldats de cette batterie seraient les mêmes que celles indiquées dans les pouvoirs ci-annèxés.
» J'ouvre pour l'organisation du corps belge un crédit de dix-huit ce^it mille francs à la succursale de la maison Rothschild à Bruxelles, et fais adresser à cette banque les instructions nécessaires.
» Un million de francs sera à la disposition du général Chapelié et du conseil d'administration du corps le 25 avril courant , les huit cent mille francs restants seront disponibles le 25 juin suivant.
» Le baron Vander Smissen m*a demandé la faveur, que je lui ai accordée, de pouvoir proposer au général Chapelié, son frère, le baron Adolphe Vander Smissen, comme capitaine d'une des compagnies du corps.
« Enfin mon cher général, si vous vouliez surveiller Vorganisation du corps belge, ainsi que vous m'en faites gracieusement l'oifre, les résultats atteindront (sic) j'en aurais la garantie, tout ce que je puis espérer, et je vous exprime d'avance tous mes remerciements.
» M^XIMILIEN. »
Ce dernier paragraphe a été rayé dans la minute et remplacé par celui qui suit :
« Si, après lecture des instructions ci-jointes vous trouviez des modifications importantes à faire, veuillez, mon cher général, vouloir bien (sic) les indiquer aux organisateurs. Sous votre haute, savante et dévouée surveillance, j'ai la garantie que l'organisation du corps belge ne laissera rien à désirer et je vous en exprime d'avance tous mes plus sincères remerciements. »
(i) Il y a probablement erreur. L'archiduc a voulu parler des î«5trnctions placées ci-dessous.
Instructions.
« Miramar, 10 avril 1864.
» Instructions confiées au lieutenant général pensionne' Cfiapelié pour l'organisation du corps belge du Mexique^ et dans le cas où un motif quelconque V empêcherait de remplir ou de continuer cette mission, transmises à l'agent que le lieutenant général baron Cluizal désignera en notre nmn pour le remplacer.
» L'organisateur du corps aura tous les pouvoirs nécessaires à raccomplissement de sa mission.
» Le corps qui sera plus spécialement chargé de fane le service près de S. M. V Impératrice , prendra la dénomination de Garde de ^Impératrice,
» Le corps sera organisé sur les bases que voici.
» Son effectif sera de 2,000 plus ou moins, partagés en 2 bataillons, de 6 compagnies. Chaque bataillon commandé par un major, et TÊtat major du corps se composant d'un lieutenant-colonel commandant, d'un major faisant fonction de lieutenant-colonel, d'un capitaine adjudant-major, d'un lieutenant porte-drapeau, d'un capitaine quartier-maître, d'un médecin et d'un aumônier.
» Le l*^"* bataillon sera grenadiers.
» Le 2« id. voltigeurs.
w Les officiers auront le grade supérieur à celui qu'ils occupent en Belgique. Ils toucheront la solde belge jusqu'à leur embarquement.
» Au Mexique, les soldes seront augmentées pour être mises en rapport avec les besoins du pays, de façon à assurer aux officiers des positions dignes de leurs grades. Elles seront égales à la solde des corps les mieux rétribués par le décret qui réorganisera l'armée mexicaine.
» Les officiers qui auront accompli au Mexique six années de service et qui se décideront à y rester , compteront pour la retraite dont une loi fixera l'âge et les diverses conditions, leurs services belges.
» Les pensions seront supérieures à celles des grades correspondants en Belgique ; elles seront réglées en tenant compte des besoins du pays, de façon à assurer aux officiers une retraite digne de leurs sei^vices et du grade dans lequel ils seront pensionnés.
M Les officiers pourront, s'ils le désirent, échanger leur pension contre une concession de terres, proportionnée à celle promise aux soldats, et donnée dans la zone tempérée et fertile.
» Ceux qui voudront, pourront aussi prendre leur retraite, moitié en terres, moitié en argent.
» Les officiers toucheront pour indemnité de premier équipement.
» Les officiers montés 1,000 fr.
» Les officiers non montés 500 fr.
» Les officiers qui, après six années de service, voudront rentrer en Belgique, recevront la môme indemnité que ci-dessus, et le passage gratuit jusqu'à Anvers.
» Les officiers montés recevront gratuitement un chevalren arrivant au Mexique.
» En marche, chaque officier aura droit à un mulet de bât, les officiers supérieurs à deux mulets, les comptables à un mulet pour leur administration.
» Pendant le séjour en Belgique, les frais de route seront payés conformément aux tarifs belges.
» Les officiers organisateurs toucheront une indemnité spéciale fixée ainsi qu'il suit :
» Sous-lieutenant fr. 5 » par jour.
» Lieutenant 7 50 —
» Capitaine 10 » —
» Major et lieutenant-colonel 12 50 —
» En mer, les officiers seront traités comme les officiers de la marine. Les sous-officiers et soldats, comme les sous-officiers et matelots de la marine.
» Les sous-officiers et soldats pourront être engagés avec une prime de 60 à 100 francs.
» Les sous-officiers et soldats, quel que soit le mode d'administration qui sera adopté au Mexique, auront , étant habillés, équipés et nourris, un prêt pour argent de poche, qui sera par jour :
» Pour les soldats .... 15 kreutzers d'Autriche (1).
— caporaux .... 20 — —
— sergents .... 25 — —
— sergents-majors. .30 — —
— adjud.-s. -officiers .40 — —
» A l'expiration des six années de service, les hommes auront le passage gratuit jusqu'à Anvers, et toucheront au débarquement la même prime que lors de leur embarquement. S'ils ont eu de l'avancement, ils toucheront la prime de leur nouveau grade.
» Les sous-officiers et soldats qui contracteront un nouvel engage-
(1) Environ 38 centimes.
meot de 6 ans, toucheront la prime double, et par jour une augmentation d'argent de poche de 5 kreutzers.
» Les sous-officiers et soldats qui, à Fexpiration de leur terme d'engagement, voudront rester au Mexique comme colons, recevront de bonnes terres dans la zone tempérée et fertile.
» Les soldats auront. ... 12 joch, mesure du pays.
» Les caporaux 16 — —
» Les sergents 20 — —
» Les sergents-majors ... 24 — —
» Les adjud.-sous-officiers . . 30 — --
avec tous les avantages accordés aux immigrants; ces avantages consistant en facilité pour se construire une habitation provisoire, en instruments aratoires, semences, etc., le tout constituant une avance qui sera taxée et que les colons rembourseront au bout d'un certain nombre d'années, calculé de façon à leur donner le temps de faire prospérer leur bien.
» Les Belges formeront autant que possible des villages entre eux.
» Les colons resteront armés aux frais de l'État, pour la défense de leurs villages seulement.
» Les sous-officiers et soldats qui auront accompli un terme do service double auront une concession double de terrain.
» Si, pour un motif grave et imprévu, le commandant du corps jugeait devoir proposer le rapatriement d'un officier, sous-officier ou soldat, avant l'expiration des six années, le passage gratuit jusqu'à Anvers sera accordé.
» Pendant le séjour du corps en Belgique, les sous-offîciei*s, caporaux et soldats toucheront la solde belge (1).
» Maximilien. »
M. Matias Laisser, de Vienne, reçut des instructions analogues pour Téquipement, en Autriche, de 2,500 hommes; et comme il faut donner aux lecteurs une idée de la manière dont on s'y prenait en Belgique, à cette bienheureuse date de 1864, pour ouvrir les yevx de ceux qui refusaient obf stinément la lumière^ je termine ce chapitre par la lettre sui-
(1) On pourrait ajouter le paragraphe suivant :
c( Toutes les pièces de dépenses seront établies régulièrement, de façott à pouvoir être examinées, lors de l'arrivée des troupes au Mexique, par les ministres de la guerre et des finances. »
vante adressée par le lieuteuanteolouel Vander Sniisseii à
m. Félix Éloin :
u Bruxelles, 3i août 1864.
» Mon cher conseiller,
» Depuis deux jours j'ai quitté Audenarde, oii mon organisation marche, et vous en jugerez, lorsque ces résultats défileront sous vos yeux, de façon ù satisfais la part que vous y avez prise, pour m*occuper ici de quelques détails d*administration et tâcher (sic) m même temps de faire cliaTiger Vinconcevable attitude de la presse, qui se trouve divisée en deux camps, Fun imprimant tout le mal possible du Mexique, de son gouvernement, de son avenir et de ses espérances; Tautre ne disant rien, ni bien ni mai.
» A mes yeux, les journaux n'ont pas grande valeur, et je fais peu de cas de ceux qui entreprenaient ce genre d'industrie, mais il n'en est pas moins vrai que l'opinion publique se laisse guider par eux et que ce serait chose fort imprudente que de mépriser leur action.
» J'ai donc fait venir ctiez moi les rédacteurs de trois de nos feuilles influentes choisis parmi ceux dont j'avais observé le silence, le Journal de Bruxelles, la Belgique et le Nouvelliste.
» Je leur ai reproché de fermer ainsi obstinément les yeux et de refuser la lumière quand tous les rapports , toutes Iles nouvelles du Mexique constatent l'enthousiasme et la régénération d'un peuple qui évidemment réclame une ère de concorde et de bonheur.
» Mon temps n'a pas été inutilement dépensé, fai décidé une campagne en règle, et plusieurs articles chaudement écrits ont déjà paru.
» Le 16 octobre, je m*emharque à Saint-Nazaire avec 600 hommes dont la tenue, l'équipement et surtout les bonnes figures vous plairont, et ne serai donc plus longtemps avant de vous serrer la main.
» Je vous prie de déposer aux pieds de LL. MM. II. les expressions de mon plus respectueux dévouement.
» Votre très-sincère
» Baron Vander Smissen. »
Ces dispositions prises, Tarchiduc se rendit d'abord à Rome, sur la Novara, pour y recevoir, en compagnie de l'archiduchesse, labénédiction du successeur de saint Pierre, et cingla ensuite sur Veracruz, où il débarqua le 29 mai 1864, à cinq heures et demie du soir, au bruit des salves de tous les bâtiments français ancrés dans le port qui mêlaient leurs tonnerres à la voix claire et argentée des cloches.
Arrivée de Maximilien à Veracruz.
La ville était en liesse par ordre suprême de Tauto-
rité.
On avait dépensé pour la circonstance la somme modeste de 23,354 piastres, je ne dirai pas à réparer, — des travaux, fussent-ils mal faits, peuvent toujours servir à quelque chose, — mais à recrépir, à badigeonner le palais municipal, vieille masure du xvic siècle, construite sans art, sans goût, sans idée architecturale aucune, par un apprenti maçon ; et le peuple toujours enfant, garnissait la petite place située devant la porte du mole pour assister en amateur au spectacle du débarquement.
116,770 francs dépensés aussi légèrement dans un temps de misère publique, pour jeter de la poudre aux yeux des archiducs en élevant à leur intention des galeries postiches dont il ne devait plus rester la moindi'e trace le lendemain de leur départ pour la capitale, c'était beaucoup sans doute, c'était même peut-être trop ; mais après tout, ce n'était pas tout à fait la moitié de la somme votée po»ir cette réception par une commission composée de MM. L. Ferrer, — aS'. CarraUy — /. Marcial Villamil, — F, -P. César y — /. CruzculOy — Miguel L. Valenzuela, — ManuelJosé Permis^
— J.'-M. César, — , et comme je Taî dit plus haut, Ui
ville était en liesse.
Puis ces bons municipaux, à force de zèle d'un côté, de crier misère d'un autre, avaient trouvé moyen de faire accepter les deux devis ci-dessous par le conseil un peu rétif de la Régence, et comme il n'en coûtait rien à la corporation municipale, je le répète pour la troisième fois, la ville était en liesse.
Voici les devis de la réception :
No 1.
Projet et calcul approximatif des dépenses à faire pour Uornement du palais municipal à l'occasion de V arrivée de leurs Augustes Majestés Impériales.