CCCXXXVI
1344, septembre. Retz-lez-Sainte-Gemme.
Philippe de Valois, à la requête des Carmes de Paris, amortit en leur faveur deux maisons valant 3o 1. p. de rente annuelle, qu'ils ont acquises au fief de Sainte-Geneviève pour accroître leur dortoir et leur maison.
(JJ. 75, n* 59.)
Philippe, etc., nous faisons savoir à touz presenz et avenir, que comme les religieux, prieur et convent de Tordre de Nostre Dame du Carme à Paris 1 , aient acquis ou fié de Sainte Geneviève où Mont, de Paris, pour accroistre leur dortouer et lieu où il demeurent à présent à Paris, ouquel il sont molt estroitement selon leur convent et escoliers qui y sont, deus maisons vallanz trente livres parisis de rente annuelle ou environ; c'est assavoir : une maison, jadis appellée du Cerf, qui fust à Gautier de Gen ville, autrement de Vaicoleur*, assise en la grant rue Sainte Geneviève, ou fié de l'abbé dudit lieu, tenent à ladite rue à la maison Gillebert du Chastel, d'une part, et à la maison du Corbeillon d'autre, et tenent d'autre part, par darriere, aus escoles des frères de Nostre Dame du Carme, et d'autre à la maison qui fu maistre Nicole de Tornay. Item, l'autre maison achetée de maistre Guillaume Paumier, assise en ladite rue Sainte Geneviève, aboutissant par darriere en la rue Saint Hylaire, tenant d'une part, devers ladite rue Sainte Geneviève, à la maison Gillebert du Chastel, et d'autre part, à la maison dame Jehanne du Pont, et par darriere, tenant d'une part à une maison qui estoit ausdiz religieux du Carme, en la censive et seignorie de Sainte Geneviève. Et lesdiz religieux qui nous ont accompaignié en leurs prières et oroisons, en nous ottroiant jusques à un an à compter de la date de ces présentes, chascun lundi en la sepmaine, à célébrer une messe de Nostre Dame pour le salut de nostre âme, nous aient fait humblement supplier que lesdites maisons et rente, nous leur vousissions amortir. Nous, qui desirons à nostre povoir l'accroissement des églises, pour ce que Dieux y soit mieux et plus grandement et hono-
1. Le couvent des Carmes, établi d'abord sur la paroisse de Saint-Paul, à l'endroit où étaient les Célestins, puis transporté, en i3i8, près de la place Maubert, fut démoli en 181 1, et sur son emplacement fut établi le marché de la place Maubert. (Lebeuf, op. cit., éd. Cocheris, t. II, p. 60a et 718.)
2. D'après l'ouvrage de M. Fr. Delaborde {Jean de Joinville et les seigneurs de Joinville, p. 228), il n'y aurait eu de Gautier de Joinville, sire de Vaucouleurs, que le fils de Geoffroy de Vaucouleurs. Marié à Isabeau de Cirey, il fut tué, en i3o4, à l'affaire de la Bassée.
rablement serviz, eu reguart as choses dessusdites, avons ottroié et ottroions, de grâce especial et auttorité royal par ces présentes, ausdiz religieux, que lesdites maisons et rente, il aient, possident et tiegnent perpetuelment, liberalment, etc..
Donné à Rays lez Sainte Jame, Tan de grâce mil CGC quarante et quatre, ou mois de septembre.
Par le roy, à la relation du souz aumosnier.
Chapelle.
Sine financia.
Justice.
CGCXXXVII.
1344, septembre. Saint-Germain-en-Laye.
Lettres d'amortissement pour 8 1. p. de rente, accordées par Philippe VI en faveur de la communauté des béguines de Paris 1 .
(JJ.75, n« 168.)
Philippe, etc., savoir faisons à touz presens et avenir, que pour l'affection et dévotion que nous avons aus prières de noz amées la matresse et la communauté des Béguines du Beguinaige de Paris, lequel monseigneur saint Loys fonda; et pour ce que nous, nostre très chère compaigne la royne et touz noz enfans soions participans à leursdites prières et bienfaiz, pour Dieu et en aumosne, de grâce especial et de certainne science, leur avons donné et ottroié, et par ces lettres donnons et ottroions, de nostre auttorité royal, que lesdites mastresse et béguines dudit beguinaige qui à présent sont et qui pour le temps avenir seront, puissent avoir, acquerre et retenir sanz fié et justice, huit livres parisis de rente perpétuelle acquises ou à acquerre, et que ycelles huit livres parisis de rente puissent tenir perpetuelment et paisiblement et sanz ce que elles soient contraintes ores ou autresfoiz, ou temps avenir, à le mettre hors de leurs mains ne à, pour ce qu'elles ont acquis ou acquerront jusques à ladite somme, baillier ou paier aucune finance à nous ou à noz successeurs, laquelle finance, quelle que elle soit, qui deue nous en est à présent ou seroit pour le temps avenir, nous, de nostredite grâce, leur avons donnée, remis et quittiée par la teneur de ces présentes. Si donnons en mandement aus députez ou à députer ou temps présent et avenir, à lever les finances des fiez, arrefiez et mainmortes, que dores en avant, pour
1. Cette pièce a été signalée par M. Léon Le Grand dans son travail sur les Béguines de Paris. (Voy. Mémoires de la Société de V Histoire de Paris et de VIle-de*France t t. XX, p. 3 06.)
cause de ce, il ne contraignent lesdites matresses et béguines dudit beguinaige de Paris, ne sueffrent estre contraintes en aucune manière contre la teneur de nostre présente grâce, mais les en leissent et facent joir a plain, sanz y mettre nul empeschement ; et se aucune chose estoit prise ou saisie du leur, que ycelle leur soit rendue et mise au délivre franchement, sanz delay et sanz attendre autre mandement de nous, etc..
Donné à Saint Germain en Laye, l'an de grâce mil CCC quarante et quatre, ou mois de septembre.
Par le roy.
Barrière.
Sine financia que quittatur superius.
R. de Baleham.
CCCXXXVIÏI.
1344, octobre. Retz.
Philippe VI amortit en faveur de Jeanne, femme de Jacques du Boulay, son conseiller, le tiers de 20 1. p. de rente, montant de sa part dans cette somme destinée par son père, Jean le Paumier, à la fondation d'une chapellerie.
(JJ. 75, n* 79.)
Philippe, etc., savoir faisons à tous presenz, que comme Jehanne, famé Jaques du Boulay 1 , nostre amé et féal conseiller, fille feu Jehan le Paumier 9 , jadis bourgois de Paris et maistre des monnoies de noz
1. Jacques du Boulay, clerc et secrétaire de Philippe de Valois, obtint au mois de mars i33o (n. st.), en récompense de ses services, une maison qui avait été confisquée sur Pierre d'Aragon, condamné pour cause d'hérésie; cette maison était située près de Carcassonne. (Arch. nat., JJ. 66, n* 233, JJ. 65b, n* 33g, JJ. 72, n* 208.) Il était fils d'Etienne du Boulay, probablement originaire du bailliage de Gisors qu'il quitta pour aller dans le Languedoc au service du roi. Il résulte d'une information que le roi fit faire par les baillis de Gisors et d'Orléans qu'Etienne du Boulay était noble. Par des lettres du mois de janvier 1 333 (n. st.), Philippe VI reconnut cette noblesse en faveur de Jacques du Boulay et de ses frères, Nicolas, Jean, Etienne, Pierre et Robert. (JJ. 66, n* 10 14.) Jacques du Boulay devint ensuite trésorier du roi et prêta serment en cette quaKté, avec Pierre Belagent, le 22 novembre 1339. (Bibl. de Rouen, coll. Leber, Extraits de Menant, t. VII, fol. 39.) On le trouve, remplissant encore ces fonctions, au mois de mai 1341. (Arch. nat., JJ. 72, n* 208.)
2. Jean le Paumier, que nous trouvons avec le titre de maître des monnaies dés le 20 avril i3o8 (De Saulcy, Recueil de documents relatifs à V histoire des monnaies frappées par les rois de France, t. I, p. 167), paraît encore en cette qualité, comme représentant du roi, dans une ordonnance du a5 septembre 1327. (Ibid. f p. 206.)
très chers Philippe, nostre oncle, et Loys, Philippe et Charles, noz cousins, jadis roys, disant que sondit père, duquel elle est hoir pour la tierce [partie], ordena en son vivant ou en son testament que du sien fust fondée une chapellenie de vint livres parisis de rente perpétuelle pour le salut de s'ftme, nous ait supplié que de l'amortissement de la tierce partie desdites vint livres de rente; li vousissions faire grâce. Nous, tant pour considération des bons services que sondit père fist à nozdiz seigneurs, comme pour ce que es biens, messes et oroisons qui seront diz et faiz par ceuls qui deserviront ladite chapellenie nous soions participans, avons ottroié à ladite Jehanne et ottroyons de grâce especial et de certaine science, par la teneur de ces lettres, que ladite tierce partie qui li appartiennent desdites vint livres de rente annuelle et perpétuelle, sauf ce toutevoie que il n'i ait fié ne justice, elle puisse bailler, asseoir, assigner et transporter ensamble ou par parties, en églises ou personnes d'église pour la fondation de ladite chapellenie; et que les églises ou personnes es quelles elle baillera ladite tierce partie comme dit est, la puissent tenir perpetuelment et paisible[ment] sanz estre contrains de la vendre ou mettre hors de leurs mains ou en paier à nous ou à noz successeurs finance quelle que elle soit, etc..
Donné à Rays, Fan de grâce mil CCC quarante et quatre, ou mois d'octobre.
Par le roy, presenz le confesseur et l'aumosnier.
Lorriz.
Sine financia.
R. de Baleham.