‹ Documents relatifs aux rapports du clergé avec la royauté (volume 2)Chapitre 13 sur 77 · Raynaldus ad ann. 1337, num · texte numérisé non relu

Raynaldus ad ann. 1337, num

Mestiox. — Rapports du Clergé aicc la Royauté,

d'un Pape de pousser les choses à bout, ni qu'il l'allût toujours, dans les affaires Ecclésiastiques, s'arrêter si scrupuleusement aux moindres minuties, si bien que la Philippine a subsisté sans atteinte jusques à notre temps.

Il V a encore l'exemple de Boniface VIII, et ce sera le dernier que nous alléguerons, pour ne pas nous rendre importuns à votre Sainteté. Nous ne prétendons pas renouveller la mémoire de ces funestes divisions qu'on ne peut lire sans larmes, et qu'un silence éternel doit ensevelir dans les ténèbres de l'oubli. Nous ne voulons relever de cette affaire que ce qui peut contribuer h la paix, et que ce qui fait également honneur à la dignité et à la clémence du Saint- Siège. Boniface avoit beaucoup de peine à supporter que Philippe-le-Bel conférât les Prébendes de plein droit en vertu de la Régale, ou à quelque autre titre que ce fût. Cependant il ne nioit pas que ce Prince ne pût le faire, avec un consentement de l Eglise ejcprès ou tacite K Philippe, qui se défendoit par la possession, disoit qu'il donnoit les Prébendes comme ses Ancêtres, et S, Louis son aïeul, entre autres, les avoit données. Il disoit vrai, et cela étoit dans l'ordre; car il est constant que ses Ancêtres ayant joui de ce Droit, sans que personne s'y fut opposé, c'étoit de bonne foi que ces Princes soutenoient que c'étoit un droit de leur Couronne, puisqu'on donne ce nom à tout ce qui est depuis longtemps uni et comme incorporé à la Couronne : et pour nous servir de la comparaison d'une chose toute semblable à celle dont il s'agit, les Patronages Laïques ~ ne sont-ils pas attachés à certains fonds et à certains domaines ? Ne sont-ils pas, à cause de cela, regardés comme un droit presque temporel? Y a-t-il pourtant quelqu'un qui puisse dire que ce droit ait une autre origine que celle de la puissance Ecclésiastique? Et si elle a pu accorder un si grand Privilège à des particuliers, n'a-t-elle pas dû en accorder de

1. Histoire du différend de Boniface VIII et de Philippe-le-Bol, pag. 90 et 93.

2. On désigne ainsi les droits de ceu.xqui donnaient le fonds sur lequel on bâtissait une église, une chapelle, un monastère, ou qui dotaient ces divers établissements pour l'entretien du culte ou la subsistance des prêtres charge de les desservir.

plus grands à des Rois dont elle a reçu des biens si considérables? C'est ce que Boniface, habile Canoniste comme il étoit, n'ignoroit pas ; mais comme il doutait que l'Eglise eut eiï'ectivement accordé aux Rois de France le droit de conférer les Prébendes, et qu'il tenoit ce droit illicite, il voulut; par la plénitude de sa puissance, le rendre légitime en l'accordant au Roi : Pourquoi contester'^ disoit-il, nous voulons que le Roi fasse justement ce que nous ci'oyons qu il fait injustement j et pour cela nous voulons lui faire la grâce entière., comme nous le pouvons : et il tranchoit ainsi par le glaive de la Puissance Apostolique, un nœud que, selon sa pensée, tout ce qu'on lui alléguoit de Coutumes ou de Droits anciens ne pouvoit dénouer. Si Bonitace YIII, malgré les différends qu'il eût avec Philippe-le-Bel, voulut lui accorder cela de son bon gré, que ne doit pas accorder Innocent XI à Louis-le-Grand, pour qui ce grand Pape a tant d'inclination et de tendresse? Il n'est pas difficile de juger ce qu'en attend tout le monde Chrétien, si l'on compare Innocent à Boniface, et Louis à Philippe.

Il ne nous reste qu'à prier Votre Sainteté de ne j^as trop écouter ces esprits brouillons, qui veulent faire une nouvelle espèce d'hérésie d'un ancien Droit de la Couronne. Certainement on peut dire que pour vouloir trop entendre, ils n'entendent rien, et qu'ils se remplissent les yeux, comme dit saint Augustin, de la poudre qu'ils soufflent pour aveugler les autres. Que votre Sainteté, qui est si fort au dessus de tout cela, et toujours si attentive au bien de la Chrétienté, appaise, par son autorité Apostolique, des différends excités, à la vérité, pour un foible sujet, mais capables, si Dieu n y met la main, de causer un jour les plus grands maux que l'Eglise ait à craindre. Nous demandons la paix, nous la souhaitons avec ardeur, cette paix qui consacrera à l'immortalité votre auguste nom, pour qui les ennemis mêmes de l'Eglise ont tant de vénération et de respect. Il n'y a que trop longtemps qu'un si bon Père et un Fils si respectueux sont dans une altercation qui déplaît à l'un et à l'autre. Quant à nous. Très Saint Père, nous vous rendons

grâces, autant que nous en sommes capables, de ce que vous avez fait pour conserver en leur entier les droits de quelques Eglises' auxquelles nous sommes joints par les liens de la Fraternité; mais nous ne souhaitons pas que nos intérêts divisent le monde Chrétien, et troublent la paix de l'Eglise. C'est pourquoi nous nous sommes volontiers départis de tout le droit qui pouvoit nous appartenir pour le céder à un Roi si bon, et de qui nous recevons tant de biens - : El (jiiajid même les Canons pris à la rigueur se sellaient opposés à celte cession, nous n'aurions pas laissé de la faire, parce (pie la paix de l'Eglise nous y obligeoil; car la Charité étant la plénitude de la Loi, on satisfait à la Loi quand on fait ce (pie la Charité commande.

Si votre Sainteté daigne jetter les yeux sur l'Acte que nous avons fait, nous la croyons trop équitable pour n'y pas donner son approbation ; du moins, nous pouvons l'assurer que nous avons fait cet Acte d'un consentement unanime, en quoi nous sommes d'autant mieux fondés, que tous ceux qui sauront le véritable état de nos afïaires, et qui pèseront bien tout ce qui est porté dans la Déclaration que le Roi vient de faire à notre prière, avoueront qu il nous a accordé de plus grandes choses et en plus grand nombre sans comparaison, que nous ne lui en avons cédé; et que l'Etat des affaires de l'Eglise est devenu bien meilleur par la justice et par la libéralité de ce grand Prince. Nous conjurons donc votre Sainteté d'approuver également, et ce que nous avons fait, non seulement pour le bien de la paix, mais pour l'unité de l'Eglise, et ce que la grande piété du Roi lui a fait faire à notre instante prière, malgré toute la résistance des principaux Magistrats de son Royaume. Par ce moyen, Très Saixt Père, vous afiermirez pour toujours l'union du Sacerdoce et de la Royauté.

C'est l'unique objet de nos vœux, car qu'y a-t-il de plus déplorable que de voir l'espérance de toute la terre trompée, et tous les biens que feroit à l'Eglise l'union d'un si

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