‹ Documents réunis par le Comité du bicentenaire de La Bourdonnais, 11 février 1899Chapitre 10 sur 19 · L'ILE MAURICE RECONNAISSANTE · texte numérisé non relu

L'ILE MAURICE RECONNAISSANTE

li'Ile Maurice reconnaissante

Pension faite a la Fille de Mahé de La Bourdonnais PAE l'Assemblée Coloniale de l'Ile de France .

Mahé de La Bourdonnais eut plusieurs enfants à l'Ile de France, entre autres une fille nommée Françoise Charlotte, née à Port Louis, à FHôtel du Gouvernement, le 3 Décembre 1741. Elle épousa en France Louis Hercule, Marquis de Montlezun.

Devenue veuve et ayant perdu sa fortune, elle s'adressa à l'île de France pour obtenir une pension. Sa demande fut remise à l'Assemblée Coloniale qui s'empressa de venir à son aide. Voici l'arrêté par lequel l'Assemblée Coloniale vota cette pension :

Assemblée Coloniale

Séance du six Fructidor au matin, an septième de la République Française une et indivisible,

L'Assemblée étant réunie au lieu ordinaire de ses séances, l'appel nominal a constaté la présence de seize membres savoir ;

108 MÀHE DE LA BOUÎIDONNAIS

Lefèvre, président, Caillou, secrétaire, 'pro tempore, Arnaud, Chastang, Bestel, Gondreville, Jubin, Roch, Beauvais, Cliazal, Epinay, Durup, Descombes, La Mar« tellière, Dumé et Leclerc.

La séance a été ouverte à onze heures du matin.

Le citoyen Caillou fait son rapport sur la pétition de la citoyenne veuve Montlezun fille de Mahé La Bourdonnaye tendante à obtenir des secours de la colonie. L'Assemblée prend l'arrêté suivant :

Délibérant sur la pétition de la citoyenne veuve Montlezun, fille de Mahé La Bourdonnaye, la dite pétition en date du 12 Prairial au VI, et remise à l'Assemblée le 2 Fructidor de l'an VII ;

Considérant les services rendus à la patrie par feu Mahé La Bourdonnaye et particulièrement à cette colonie dont il est regardé comme le fondateur et le père ;

Considérant que les colons de l'île de France ne font qu'acquitter une dette en donnant à la fille de Mahé La Bourdonnais un témoignage public de leur reconnaissance et de la vénération qu'ils ont pour son nom ;

A l'unanimité a arrêté et arrête ce qui suit :

A compter du 12 Prairial an VI la citoyenne veuve Montlezun, née fille Mahé de La Bourdonnaye, jouira d'une pension annuelle et viagère de 3,000 livres argent

mahI de la bourdonnais 109

de France que la colonie lai fera passer par les voyes les

plus sûres.

Lefevrb,

Président.

J. Saulniee, Secrétaire.

En faisant parvenir à Mme de Montlezun cet arrêté, M. Lefèvre^ président de l'assemblée, lui écrivit la lettre suivante : *

Madame,

Le nom de La Bourdonnais, empreint sur tous les monuments de l'île de France, est encore plus profondément gravé dans le cœur de ses habitants. Tout ce qui nous rappelle sa mémoire a droit à notre reconnaissance.

Veuillez agréer, avec les hommages de la colonie, la résolution qu'elle a prise aussitôt que votre position lui a été connue ; le seul malheur des temps la force à vous exprimer aussi faiblement l'intérêt et la sensibilité que nous inspire la position de la fille du bienfaiteur de notre colonie.

Le Président de l'Assemblée Coloniale,

Lefèvre.

Pension faitb a la fille de Mahb de La Bourdonnais PAR LE Gouvernement Britannique.

La pension votée par l'Assemblée ColoDiale dont il est question plus haut fut discontinuée quelques années après, lors de la dissolution de cette Assemblée.

Abandonnée de la métropole depuis la Révolution, l'île de France était alors dans un grarid embarras.

Elle avait à subvenir à ses besoins et à se défendre contre les attaques continuelles de Fennemi. Le général Decaen qui gouvernait Fïle dans ces moments difficiles, se vit forcé de cesser la pension que la colonie faisait à Madame de Montlezun.

Plus tard, après la prise de l'île, Madame de Montlezun demanda au Gouvernement Britannique de lui continuer la pension que l'Assemblée Coloniale lui avait si généreusement allouée. Le comte de Liverpool, Secrétaire d'Etat pour les Colonies, auquel elle s'adressa lui fît obtenir cette faveur.

Les documents qui suivent ont trait à cette pension.

MÂh£ DB U. COUBDOl^ÀIâ 111

Lettre du Comte de Liverpool au Gouvbbneu'r

Faequïïar. , o^^ùimwl

Downing Streiet,

.a.Gj; May 16, 1811.

Sîr,

t Hâve the honour to enclose thé copy o£ a letter which I hâve received from tbe daughter o£ the late Mr. Mahé de La Bourdonnais, soliciting that the pension allowed to her for the services of her late father in the Colony under your Government may not be discontinued.

Under the circumsbances stated in this letter and

from the recoramendation which accompanies ifc, you are

authorized to secure the payment of the pension she has

hitherfco received during tho remainder of her life and to

give directions that the amount may be remitted to her

as usual.

I hâve the honour, &c.

Liverpool.

[Traduction]

Downing Street,

16 Mai 1811.

Monsieurj

J'ai l'honneur de mettre ci-inclus copie d'une lettre que j'ai reçue de la fille de feu M. Mahé de La Bourdonnai%<I demandant que la pension qui lui a été accordée en raison des services rendus par son père à la colonie placée sous votre gouvernement ne soit pas discontinuée.

Yu Iqs circonstances mentionnées dans cette lettre et la

112 MAHB DE LA BOUEDOl^AlS

recommandation qui raccompagne, vous êtes autorisé à lui assurer pour le reste de sa vie le paiement de la pension qu'elle a reçue jusqu'ici, et à donner des ordres pour que la somme lui soit versée comme à l'ordinaire.

J'ai rhonneur, &o.

LlYEEFOOL.

Recommandation du Major-Génbeal Scott.

Versailles, 2nd April 1811.

Major General Scott présents Lis mosfc respectfui compliments to the Earl of Liverpool.

This Lady who has taken the liberty to apply to His Lordship is very old and very poor from différent misfortunes ; slie prays the pension allowed her by the Colonists of the Isles of France and Bourbon may be continued to her. General Scott certifies she is worthy of the human protection of His Lordship.

[Traduction]

Le Major- Général Scott présente ses compliments très respectueux au Comte de Liverpool.

Cette Dame qui a pris la liberté de s'adresser à Sa Seigneurie est très âgée, et très pauvre par suite de différents malheurs. Elle demande que la pension qui lui a été accordée par les colons des Isles de France et de Bourbon lui soit continuée.

Le général Scott certifie qu'elle est digne de la bienveillante protection de Sa Seigneurie.

MAHB DE Ll BOURDONNAIS 113

Lettre du Gouverneur Farquhar au Comte de

LiVEEPOOL.

Island of Mauritius^ 6th March 1812.

My Lord,

In référence to your letfcer under date 1 6th. May 1811 inclosing a copy o£ the application received by' Your Lordship from the daugHter of the late Mahé de La Bourdonnais on the subject of the pension allowed by the colonists of tbe Isle of France, in considération of the services of her fatber and soliciting its continuanco, I bave now tbe honour to communicate to your Lordship the resuit of the enquiry which I deemed advisable to make with the view of determining the most elligible mode of carrying into effeot your Lordship's commanda.

It appeara that in tbe year 1798, the Colonial Assembly of this Island, on the solicitation of this Lady, assigned to her an annual pension of (8,000) three thousand francs to be secured on the f unds of the Commune Générale which vvere under the direct control of that body. In the year 1803 when General Decaen assumed the Government of thèse Islands, the Colonial Assembly was abolished, and the funds heretofore at their disposai, being applied by him to other purposes, the demand of this Lady, with ail others of a similar description remained unsatisfied.

As thèse funds are now vested in the gênerai Gov^mment, I hâve in obédience with your Lordship'a

114 iïAHÉ DE LA BOURCONNAtS

wishes, and aubhorifcy commuaicated to me for that purpose, directed the necossarj orders to be issued fop securing, until your Lordship's plsasare shall be kaown, to Ma-îame de Montlezun, the daughter of the late Mr. Mahé de La Bourdonnais^ an annual pension of one hundred and fifty £ British out of the funds of thèse colonies, during the remainder of her life, leaving it to Your Lordship's ulterior judgment to détermine whether it shoald be expédient to make any increase or diminution of that amount

I hâve &c.,

R. T, Farquhar.

[Traduction]

Ile Maurice,

6 Mars 1812.

Milord,

Me référant à votre lettre en date du 16 Mai 1811, renfermant copie de la requête que Votre Seigneurie a reçue de de la fille de feu Mahé de La Bourdonnais, au sujet de la pension qui lui a été accordée par les colons de l'Ile de France en considération des services rendus par son père, et dans laquelle elle demande que cette pension lui soit continuée ; j'ai l'honneur de communiquer à Votre Seigneurie le résultat de l'enquête que j'ai cru nécessaire d'instituer dans le but de déterminer le moyen le plus propre à assurer l'exécution des ordres de Votre Seigneurie.

Il paraît qu'en 1798 l'Assemblée Coloniale de cette île accorda à cette dame, sur sa demande, une pension annuelle de trois mille francs à être prélevés sur les fonds de la Commune Générale placés sous le contrôle direct de cette Assemblée. En 1803, lorsque le général Decaen prit le gouvernement des îles, l'Assemblée Coloniale fut abolie et les fonds qui jusque là avaient été à la disposition de l'Assemblée furent affectés par le général à d'autres usages, La demande

de cette dame ainsi que toutes celles du même genre resta sans effet.

Comme c'est le gouvernement général qui a charge aujourd'hui de ces fonds, j'ai donné les ordi'es nécessaires conformément au désir de Votre Seigneurie et à l'autorisation qui m'a été communiquée dans ce but, pour que Madame de Montlezun, fille de Mahé de La Boui^donnais, en attendant le consentement de Votre Seigneurie, soit assurée pendant le reste de sa vie d'une pension annuelle de cent cinquante livres sterling à être prélevées sur les fonds de ces colonies.

Je laisse Votre Seigneurie juge de décider s'il y a lieu d'augmenter ou de diminuer cette somme

J'ai l'honneur &c.

R. T. Farquhar.

Découverte de la sépulture de Madame de La Bourdonnais et de son Fils.

Pendant que Mahé de La Bourdonnais gouvernait Pile de France, et alors qu'il exécutait les grands travaux qui lui ont valu le titre de Fondateur de la colonie, il eut la douleur de perdre son fils, François, âgé de deux ans environ et peu de temps après, sa femme, née Marie Anne Joseph Le Brun de la Franquerie.

Tout semblait fait pour que l'on n'oubliât pas l'endroit oii l'on avait déposé leurs restes j cependant, ce ne fut pas sans difiScultés que l'on put l'identifier, lorsqu'on 1827, des ouvriers, occupés à des travaux de maçonnerie dans cette partie du bureau du Secrétariat Colonial qui donne sur la rue Royale, le découvrirent.

Sans parler de la sépulture particulière que Mme de La Bourdonnais avait reçue dans la Chapelle du Gouvernement et du cénotaphe qui contenait son cœur, placé dans cette chapelle ; ce qui avait dû rappeler plus particulièrement sa mémoire et sa sépulture, était la messe qui devait être célébrée chaque semaine pour le repos de son âme, à l'endroit cù ses restes se trouveraient.

Cette messe était une fondation établie à perpétuité par Mahé de La Bourdonnais. Elle se trouve mentionnée

comme suit dans l'acte de vente de la propriété Ls Villebague, dressé par Me. Molère, notaire, le 11 Mars 1747 :

'^ ... En considération de la présente vente les dits sieurs V^igoureux fi-ères ont par les présentes créé et constitué en faveur de la chapelle du Port Louis de cette Isle, érigée sous le nom de Sainte Anne, dépendant de la cure du dit Port, desservie par Messieurs les prêtres de la Congrégration de la Mission, ce acceptans pour eus, par mon dit sieur de La Bourdonnais, soixante livres de rente annuelle et perpétuelle que les dits sieurs Vigoureux promettent et s'obligent sous la dite solidarité payer aux dits Sieurs de la Congrégration desservant la dite Cure du Port Louis, pour la fondation faite et établie par ces présentes, à perpétuité par mon dit Sieur de La Bourdonnais, d'une messe qui sera par eux dite dans la Chapelle le Vendredi de chaque semaine de l'année, plus un service au neuf May des dites années, le tout pour le repos de l'âme de défunte Madame Le Brun de La Franquerie^ première femme de mon dit Sieur de La Bourdonnais, sous condition que si le tombeau de la dite dame estoit par la suite transporté ailleurs, que la dite messe, et le service se diront et se feront à l'endroit oii il aura esté transporté, laquelle rente et fondation commencera de ce jourd'huy et sera payé d'année en année sur les quittances des curés ou autres desservans la dite chapelle auxquels il sera fourni extrait de la présente fondation. A esté néanmoins convenu qu'il sera loisible aux dits sieurs Vigoureux de placer en cette Isle, et avec sûreté, le fonds des dites soixante livres de rente sur le pied et à raison du denier vingt

estans une des conditions de la dite création de rente, au moyen de quoy les biens cy-dessus vendus demeureront libres et affranchis de l'hypothèque des dites soixante livres de rente "

Il est difficile de préciser l'époque à laquelle, cette fondation cessa d'être desservie, il est probable, que ce fut pendant la période révolutionnaire. Des documents officiels prouvent qu'on la desservait eucore sous le Directoire en 1791. (1)

L'article suivant reproduit de la Gazette de Maurice du 12 Janvier 1828, signé " de Frobeeville père ",

(1) Entre autres documents, on peut citer l'arrêté suivant du Directoire de l'Ile de France en date du 21 Novembre 1791 :

Directoire de l'Ile de France.

Vu le contrat de fondation de soixante livres de rente au profit de la Chapelle de Ste. Anne du Port Louis par le sieur Mahé de La Bourdonnais, en date du 11 Mars 1747. Vu pareillement le contrat de vente de La Villebague du 2 9bre. 1759 à la charge de la dite rente ; Vu un autre contrat passé entre le sieur Mahé de La Bourdonnaye et M. Ygou, prêtre de la Congrégation, Grand Vicaire de l'Archevêque de Paris, le même jour 11 Mars 1747. Vu enfin le Contrat de fondation de 10 livres de rente au profit de la Chapelle Ste. Anne par M. Mahé de la Bourdonnaye, le 7 du dit mois de Mars 1740. Attendu que la Chapelle Ste. Anne a été remise à la paroisse St. Louis de cette ville, et que l'on y dessert les deux fondations mentionnées aux dits contrats, le Directoire, ouï, les conclusions de M. le Procureur Général Sindic, et fesant droit,

Arrête :

Que les dites pièces seront adressées en original au Marguillier de la dite paroisse pour faire le recouvrement des arérages échus et de ceux à écheoir et faire acquitter les dites fondations à la charge par lui d'en passer le produit dans les comptes de recette de l'année courante. L'autorisant même en cas de besoin à faire toutes les poursuites nécessaires pour en obtenir le payment, en cas de refus, comme objet appartenant à la fabrique du Port-Louis.

Maulgué, Président en l'absence du Président, Boudret, déroullède, BussiÉ, Secrétairei

mahb de la bourdonnais 119

ancien capitaine d'infanterie, relate la découverte des restes de Madame de La Bourdonnais, et leur translation Solennelle à la Cathédrale Saint Louis :

Port Louis, 5 Janvier 1828.

Une fouille s'est faite le 21 du mois dernier, dans un bâtiment situé à l'angle est de la rue Royale de cette ville, sur la Place d'Armes et près de l'Hôtel du Gouvernement. Un caveau creusé au pied du mur de droite de ce bâtiment a été découvert, et s'est trouvé renfermer un cercueil de plomb. Il a fallu cette circonstance pour réveiller la tradition sur ce qu'avait pu être ce bâtiment. La génération actuelle l'avait vu successivement servir de contrôle, de salle d'audience de justice de paix, d'assemblée de commune, de municipalité, de bureau de police, d'imprimerie, de librairie, de magasin ; enfin, on travaillait de nouveau pour en faire des bureaux du gouvernement. Qui pouvait se douter qu'il fut la pre* mière église de la ville, celle où l'illustre Mahé de la Bourdonnaye allait entendre la messe, et qui avait recueilli les cendres de son épouse et d'un de ses fils ?

Mais cette tradition n'était qu'assoupie. Les auteurs de la génération présente avaient élevé leurs enfants dans la connaissance des faits dont ils avaient été témoins ; aussi, quand le bruit a été répandu dans la ville, cea personnes aujourd'hui octogénaires et plus qu'octogénaires, se sont accordées à dire :

'^ Le bâtiment oii la fouille a été faite est la première *' église bâtie au Port-Louis. Elle était celle de la paroisse. '' Elle a porté, depuis l'édification de l'église actuelle, le

120 MAHÉ DE LA B0URX>0NNAIS

" nom de chapelle du St. Eaprifc et du Conseil, parce que ^' c'était là que les Cours Judiciaires allaient invoquer les ** lumières du St. Esprit, quand elles avaient à prononcer " dans une affaire criminelle."

" Le cercueil découvert est celui qui renferme les " restes de Mme de La Bourdonnais. — On doit y trouver " le corps d'un de ses enfants morfc quelque temps avant '' elle, et qu'on exhuma pour les réunir dans le même '* tombeau. — Mme de La Bourdonnaye est morte aux *' Pamplemousses, par accident et avant Fâge ; elle a été " étouffée en mangeant un morceau de pain sortant du " four.— On l'a ouverte avant l'inhumation. Son cœur a " été embaumé et mis dans une urne de métal, renfermant '^ une plaque en argent, sur laquelle ont été gravés ses *^ noms, prénoms, âge et qualités. — Le cercueil de plomb, '' revêtu d'une chasse en bois, et l'urne renfermant son *' cœur, ont écé apportés dans cette chapelle. — 'C'est là

que lui a été érigé le monument mobile qu'on voit

aujourd'hui figurer dans l'église paroissiale de St.

Louis.— 11 y fut) transporté, ainsi que l'urne, lorsque '* l'église actuelle eut été bâtie. — On avait ménagé dans " l'aile droite de cette église, (aujourd'hui la chapelle '^ St. Louis, et alors la chapelle Ste. A.nne, du nom de '^ Mme de La Bourdonnaye), une niche de la dimension " du monument ; et cette niche, où en effet il " était '^ placé, était surmontée d'une large pierre carrée, portant '^ en relief les armes de M. et Mme de La Bourdonnaye,

les uns champ de gueulsj les autres cham-p d'azur»^

ti

Ainsi s'est prononcée la tradition au premier bruit de Févènement.

MAHE DE LA BOUEDONNAIS 12l

Ces faits sont venus à la connaissance de l'Autorité qui, au seul nom de La BourJonnaye, à ce nom. cher à la colonie, a demandé un rapport... De l'avis de la police, et, sur le réquisitoire de M. le procureur général, M. le Président du tribunal de première instance s'est rendu sur les lieux pour constater.

Il ne restait plus de traces de la caisse de bois ; celle de plomb s'était affaissée et entr'ouverte. Les ossements étaient rares ; cependant il en restait assez, d'après le rapport de MM. les officiers de santé dûment appelés, pour justifier de la fidélité de la tradition sur ce point. Recueillie simultanément de plusieurs bouches, elle ne variait dans aucune de ses principales circonstances.

Cependant, a-t-on observé, l'urne qui renfermait le cœur et le cénotaphe qu'on avait érigé dans la chapelle, ont été déplacés et transportés dans l'église ; pourquoi le corps ne l'a-t-il pas été ? C'est ce qu'il est difficile d'expliquer ; mais d'autres tems.*. d'autres soins... une autre administration... peut-être aussi regarda-t-on la translation de l'urne et du cénotaphe comme seule essentielle, parce qu'ils avaient leurs indices et que le corps n'en avait aucuns. (1)

(1) Cette urne, selon toute probabilité, fut détruite pendant la période révolutionnaire, en vertu de l'arrêté suivant du Conseil Municipal daté du dimanche 28 juillet 1793 ;

..." Vu ensuite un autre réquisitoire du Procureur de la Commune du vingt trois du courant ;

Le Conseil Municipal arrête, qu'extrait du dit réquisitoire sera adressé au Citoyen Grouverneur Général, avec réquisition de faire détruire tous les emblèmes de la Royauté qui peuvent exister, tant au Gouvernement qu'en tous autres bâtiments appartenants à la Républifjue ; — Arrête pareillement que les mômes emblèmes seront aussi supprimés soit à l'Eglise soit dans tous autres lieux où il peut en exister, ainsi que l'urne renfermant les cendres de la femme La Bourdonnaye à l'Eglise, le tout conformément à l'arrêté de l'Assemblée Coloniale du vingt-cinq février dernier."

i2â MAHÉ DE LA BOURDONNAIS

Quoiqu'il en soifc, cette concordance chez les contemporains a donné lieu do croire que les anciennes archives de la colonie pouvaient renfermer des pièces de tiature à fixer l'opinion. ïCn effet, on a trouvé au greffe les actes de décès de la mère et de l'enfant. Celui-ci était mort le 16 février 1738, à l'âge de 22 mois ; et la mère, sans désignation d'âge, le 9 Mai même année. (1)

Il est positivement dit, dans ces deux actes, que Mme de La Bourdonnaye et son fils ont reçu la sépulture

(1) Voici les deux actes de décès tels qu'ils se trouvent dans les i'egistres du bureau de l'Etat Civil de Port Louis :

Séj^ltiire de François Mahé de La Bourdonnay.

Le seizième jour du mois de Février 1738, je soussigné prêtre de la congrégation de la Mission, Curé de la Paroisse de St. Louis, au Port Louis de l'Ile de France, ai donné la Sépulture Ecclésiastique dans L'église de la dite paroisse au corps de feu François, âgé de vingt-deux mois, fils de Mr. François Mahé de La Bourdonnay, gouverneur des îles de France et de Bourbon, et de dame Marie, Anne, Joseph Lebrun de la Franquerie ses père et mère.

Fait ces dits jour et an que dessus en présence des témoins soussignés.

(Signé) T. Crostard, — Prêtre.

(Signé) Fr. Ber. Genay, — Prêtre.

(Signé) Igou.

Prêtre de la Congrégation de la Mission, curé de St. Louis.

Sépulture de Dame Marie Anne Joseph Lebrun, épouse de M. Mahé de la Bourdonnay, gouverneur.

Le neuvième jour du mois de May 1738, je soussigné prêtre de la Congrégation de la Mission, Curé de la paroisse de St. Louis, au Port- Louis de l'île de France, ai domié la sépulture ecclésiastique dans l'Eglise de la dite paroisse, au corps de la défunte dame Marie Anne Joseph Lebrun, épouse de M. Mahé de La Bourdonnaye, Chevalier de St. Louis, gouverneur pour le Roy des îles de France et de Bourbon.

Fait ces dits jour et an que dessus, en présence des témoins soussignés.

(Signé) St. Martin, G. Chevalier, prêtre, F. Danlos, prêtre,

AZEMA, GrIBLOT, DUilOUX DES AGES, HaRGENUILLKR,

DE Merville DE Saixï-Rémy, DE Belval et C. Rh.yxaud.

(Signé) Igod.

Prêtre de la Congrétation de la Mission, curé de St. Louis.

MAHB DE LA BOURDONNAIS 12r3

ecclésiastique dans l'Eglise de la Paroisse. Il n'y a dès lors plus de doute que le bâtiment fouillé lie soit Taucienne église paroissiale et le cercueil trouvé, celui qui renferme les restes de Mme de La Bourdonnaye. (1)

D'ailleurs, on infère avec raison de ce luxe de sépulture qui ne devait pas être commun dans le pays au temps dont nous parlons, qu'il n'a pu appartenir qu'à une personne de la première qualité dans l'île. Quarante ans plus tard, M. de La Brillanne. gouverneur-général des îles de France et de Bourbon, mourut, et je n'ai jamais entendu dire que son corps eût été mis dans un cercueil de plomb. (2)

L'idei.tité ressortant donc ici parfaitement d'une tradition uniforme et de l'authenticité des actes émanés du g'effe, la translation a été ordonnée. Elle a eu lieu le 26 Décembre dernier, à cinq heures de l'après-midi,

(1 ) Des documents trouvés depuis que cet article a été écrit, permettent d'établir que la première église paroissiale où le fils et la femme de Mahé de La P)Ourdonnais reçurent la sépulture en 1738 était située rue Royale à l'endroit où se trouve l'immeuble Delisse.

La chapelle du Conseil, construite pour que les membres du Conseil Supérieur pussent y entendre la messe " quand les aftkircs de la Compagnie le requéreraient,*' ne fut livrée qu'en Avril 1739, c'est-à-dire bien après la mort de Madame de La Bourdonnais et celle de son fils.

Cette chapelle fut placée sous le vocable de Ste. Anne en mémoire de Mme. de La Bourdonnais qui portait ce nom.

11 faut donc conclure que leurs restes furent réunis dans un même cerceuil, transférés de l'église paroissiale à la chapelle Ste. Anne où ils furent découverts en 1827.

Cette translation dut avoir lieu le 9 Mai 1739, lorsque fut célébré dans cette chapelle le service *' pour le bout de l'an ou anniversaire de défimte dame La Bourdonnais," ou à une autre date antérieure au 10 Août 1740. Un acte de ce jour, dressé par Me. Molère. notaire, contenant donation par La Bourdonnais à cette chapelle, de différents objets religieux, constate en effet que la tombe de Mme de La Bourdonnais s'y trouvait déjà.

(2) Antoine de Ouiran La Brillane, remplaça le Chevalier de Ternay comme (Gouverneur général des deux îles eu 1776. Il mourut au Réduit, le 28 Avril 1779, à l'âge de 54 ans, et fut inhumé dans la chapelle sous le vent de l'église paroissiale de Port Louis.

avec toute la pompe que comporte le pays, Une garde d*hoDneur formée des troupes de la garnison, précédée de la musique militaire, ouvrait la marche. Suivait le vicaire apostolique, curé du Port-Louis, à la tête du clergé de la paroisse ; puis le cercueil que portaient des marins du navire français la Bonne Mère, capitaine Angenard, de St. Malo, patrie de la famille de La Bourdonnaye, qui avaient demandé et obtenu cette faveur. L'honorable A. W. Blane, membre du conseil et secrétaire en chef du gouvernement ; M. Virieux, procureur général ; M. le colonel Grant, commandant do la garnison, et M. Géré, chevalier de Tordre royal et militaire de St. Louis, tenaient les cordons du drap.

Le cortège était composé de MM. les Magistrats de la Cour d'Appel et de Première Instance, de MM. les employés civils et militaires de tout rang, des membres composant le Gonseil de Fabrique de la paroisse, des notables de la ville, et d'une grande multitude, qui put à peine trouver place dans l'église, déjà occupée par une foule de personnes qui l'y avaient devancé.

Les insignes du deuil avaient été déployés dans l'ancienne chapelle, transformée en chapelle ardente, au milieu de laquelle reposait le cercueil. Des gants, des crêpes, des bougies avaient été distribués à ceux qui composaient le cortège au moment du départ.— La même pompe avait été prodiguée dans l'église. Les murs, depuis quelque temps nus et dépouillés dans les cérémonies funèbres, avaient été couverts de draperies, emblèmes du deuil. Si la génération actuelle n'a plus de signes extérieurs de sa douleur et de sa tristesse pour ceux des

MÀHE DE LA BOURDONNATS 125

siens dont elle déplore journellement la perte^ elle en a du moins de son respect et de sa vénération pour les pertes éprouvées dans un autre âge. Cet hommage était dû, après quatre-vingt-neuf ans, aux cendres de Mme de La Bourdonnaye. Le cercueil a été rais dans le tombeau préparé pour le recevoir à peu près à la même place qu*occupait le cénotaphe, avant la reconstruction de cette partie des murs de TEglise. (1)

On aurait désiré que le caveau eut été creusé dans sa longeur, parallèlement au mur. Dans cette position, le cénotaphe Peut recouvert presqu'en entier ; ce qui aurait évité à cette chapelle, qui est fort étroite, les crevasses que le temps amène, quand le pavé repose sur des terres profondément remuées ; et s'il nous est permis de dire notre opinion, nous ajouterons qu'en cas qu'il soit question d'ériger dans le lieu une pierre d'inscription, elle

(1) Ce fut La Bourdonnais lui-même qui choisit l'emplacement où devait être construite la nouvelle Eglise Paroissiale dédiée à St. Louis, celui là môme où s'élève aujourd'hui la Cathédrale, et qu'il désignait dès 1740 sur le plan de la ville qu'il fit dresser par M. de Belval ingénieur au service de la Compagnie. Cependant l'on ne peut assigner une date certaine à la première construction de cette église. La plus ancienne mention que nous possédons de son existence remonte à 1751. (D'Après de Mannevillette — Mémoires des savants étrangers présentés à l'Académie des Sciences Vol. 47 ; Neptune oriental p. 20), En 1753, M. l'abbé de la Caille, lors des observations astronomiques et géographiques qu'il fit dans la colonie, se servit comme point de triangulation d'une de ses tours qui n'avaient alors que six toises. Cette Eglise ne servit que peu de temps aux besoins du culte. Le coup de vent de 1760 l'ébranla si fortement qu'elle chassa sur sa base, et l'on dut cesser d'y célébrer les ofiices, et retourner à l'ancienne Eglise de la rue Royale. Elle servit dès lors de magasin à grains jusqu'à son entière destruction par le coup de vent du 9 Avril 1773. Par son ordonnance du 20 Juin 1774, Mr. Maillard Dumesle, Intendant, établit une imposition annuelle sur les propriétaires d'emplacements, les marchands et les cabaretiers de la ville, à l'effet d'obtenir les fonds nécessaires à sa réédification.

A son arriv'ée dans la colonie en 1776, le Chevalier de la Brillane rendit compte aii Ministre du peu de décence de la 7nasure qui à ce moment servait d'Église, si petite, écrivait-il, qu'elle pouvait à peine contenir 150 personnes ; il lui fit part de la nécessité de commencer les travaux sans attendre les fonds suffisants, et en procurant une avance à

doit être placée^ perpendiculairement entre le mur et le cénotaphe. Si elle recouvre la tombe, elle ne tardera pas à porter à faux et sera bientôt détruite.

Nous relèverons ici une erreur qui s*est glissée dans ^expédition de l'acte au greffe du décès de Mme de La Bourdonnaye. On y lit, dame Marie Anne Joseph Lebrun de la Franquoye. Il faut lire Franquerie.

Il était réservé aux dix années qui viennent de

s'écouler, de multiplier pour nous les souvenirs de cette famille.

Quelque temps après l'incendie, M. Rondeaux, bâtissant sur le port, a trouvé, dans la coupe des massifs de coraux où il fondait son établissement, d'ancieunes mines qui n'avaient point éclaté, chargées encore de leur poudre, et quelques petites pièces do monnaie de enivre. On sait

la Paroisse, Son idée ayant été approuvée, les margiiilliers adoptèrent en 1778 le plan que leur soumit M. Dayot ; et la première pierre de la nouvelle Eglise fut posée, Elle fut témoin des premiers orages de la Révolution. C'est là qu'eut lieu l'assemblée tumultueuse du 4 Février 1790 ; et les séances de l'Assemblée Coloniale qui s'y tinrent plus tard alternèrent avec les offices divins. Marat y eut les honneurs d'un service solennel.

Mais un mauvais génie semblait avoir élu domicile dans ses tours ; et de nouveau ses murs ayant été ébranlés et lézardés par des ouragans successifs, elle fut convertie en magasins vers 1801, La messe fut dite alors dans un grand magasin en bois situé sur la rive gauche du Trou Fanfaron détruit lui-même par l'incendie do 1816.

Cependant la nécessité d'un édifice décent et convenable n'avait pas échappé au général Decaen ; mais sa construction fut différée faute de moyens suffisants ; et ce ne fut que le 19 Août 1813 que la première pierre de notre Cathédrale telle qu'elle existe aujourd'hui fut solennellement posée par Lord Moira. gouverneur général de l'Inde, de passage dans la colonie. Elevée sur les anciennes fondations sous la direction de M, Pou jade, architecte, la nouvelle Église conserva ses dimensions et sa structure premières, Kespectée par le coup de vent de 1824 qui renversa tant d'édifices, elle fut sérieusement endommagée par le cyclone du 29 Avril 1892. Les passants peuvent encore constater sur ses murs les traces du terrible météore, et involontairement ils cherchent du regard l'horloge qui était placée entre les deux Tours et que ce funeste ouragan a détruite.

MAHE DE tA BOUEDONNAIS 127

(Jue les toars des ilôts qui environnent le Port sont l'ouvrage de M. do La Bourdonnaye.

Lorsque vers le même temps, on a démoli le bastion de l'hôpital, on a trouvé dans les fondations, une plaque de cuivre gravée du nom de Mme de La Bourdonnaye. C'était elle qui en avait posé la première pierre ; il y avait 74 ans, à l'époque oii on l'a trouvée.

Il ne faut pas confondre cette dame avec celle dont nous venons de parler. Le fondateur de la colonie avait été marié deux fois. Il perdit sa première femme en 1738, retourna en France un an ou deux aprèsj se remaria et revint prendre le commandement de cette île en

C'est de cette seconde épouse qu'il est question dans l'article précédent.

Les dates coïncident parfaitement : quatre-vingtneuf ans depuis la moit de la première femme, et quatrevingt-quatre ans depuis la pose de la pierre.

Les cinq ans de différence sont remplis par le départ de M. de La Bourdonnaye, son nouveau mariage et son retour dans la colonie.

De Froberville père.

Ysr

Projet d'éeiger une Statue a Mahé de La Bourdonnais.

L'idée d'ériger uoe statue à Mahé de La Bourdonnais avait été suggérée dans un Précis historique sur la colonie, inséré dans VAlmanach de Maurice de 1837. A la page 4 on lit le passage suivant :

'^ Cet homme illustre doit être regardé comme le " véritable fondateur de notre île, son nom devrait être " ici dans toutes les bouches, son souvenir dans tous les '' cœurs, son portrait dans toutes les maisons, ses inté- *' ressans mémoires dans toutes les bibliothèques, et sa " statue sur notre Place d'Armes, à l^ entrée de la ville ^' créée jpar luiJ* ( 1 )

Cette idée fut émise de nouveau par Mr. Melchior Bourbon, rédacteur en chef du Courrier du Port Louis, dans un article éditorial de ce journal du 16 Décembre 1852. Parlant de certains travaux d'embellissement qui se faisaient alors dans le Jardin de la Compagnie,

(1) Dans l'Avertissement qui précède ses *' Renseignements pour servir à l'histoire de l'Ile-de-France," M. A. D'Epinay rappelle que son père M. Adrien D'Epinay écrivait dès le 30 ]\Iars 1832 dans le Cernéen qu'il venait de fonder que La Bourdonnais " n'a jDas encore une statue " qui apprenne, au moins à l'étranger que chez nous les cœurs ne sont "^ pas ingrats .. . Des temps meilleurs nous permettront, peut-être, d'ac- ** complir ce vœu digne d'être le premier qui soit exprimé par notre *' presse aflranchie,"

ikknÉ DE LA B0URDÔNNAÎ9 129

Mr. Bourbon suggéra d'y placer le buste en bronze de La Bourdonnais et termina ainsi son article :

" Mais comme compensation dans l'autre partie du Jardin, ne serait-il donc pas possible, convenable même, ne fut-ce que pour prouver que nous ne sommes point à Maurice aussi étrangers à l'art que pourrait le faire croire cette grotesque et antédiluvienne fontaine, de nous réhabiliter un peu aux yeux des étrangers qui visitent notre île, en plaçant au milieu de ce rond-point sans destination encore, un monument digne, vraiment digne de la colonie ?... Par exemple le buste en bronze de La Bourdonnais, le fondateur et le père de la Colonie, de celui qui a tout fait pour l'ancienne île de France qui jusqu'aujourd'hui, il faut bien le dire, n'a encore rien fait pour lui!

" Parcourez l'Ile en effet, et citez nous un monument durable et fondé en vue de l'avenir qui ne soit pas dû au génie et au dévouement de Mahé de La Bourdonnais ! La ville de Port-Louis, qui fait aujourd'hui la fortune et la gloire de notre Colonie, à qui la doit-on ? A Mahé de La Bourdonnais, qui — à quoi bon, rappeler ces détails historiques connus de tous ? — de l'Arsenal oîi était établi son Quartier-Général, fit apporter la première pierre poicr la hâtir, et le premier canon pour la défendre !

" Mahé de La Bourdonnais, on peut donc le dire hardiment, fut pour rile de France, aujourd'hui Maurice, co que Pierre-Le 'Grand fut pour la Russie, en fondant St. Pétersbourg.

'^ C'est donc sa statue en bronze qu'il faudrait placer et inaugurer au Jardin de la Compagnie, en reconnaissanco et en eouvenir du fond9»teur, du véritable créateur

lâd MAHE DE LA BOURDONNAIS

de nie. Efc nous avons la conviction, sans avoir besoin même de rappeler les généreux efforts de Lady Gomm pour restaurer et finir le tombeau du Général Malartic : que l'Honorable J. M. Higginson, avec cette libéralité de sentiments qu'on lui connaîb serait le premier à nous aider dans cette œuvre de réparation d'un injuste et honteux oubli, dans cette œuvre de justice enfin I

" C'est donc avec une entière con6ance que nous nous adressons aujourd'hui à tous les colons de Maurice, en leur demandant qu'une souscription soit immédiatement ouverte pour élever dans le Jardin de la Compagnie, une statue eu bronze à Mahé de La Bourdonnais, avec cette épigraphe qui ne sera point menteuse, comme tant d'autres :

Au fondateur, au Père de la Colonie !

** Et cette idée, qui n'est pas nôtre, avouons-le humblement, nous l'émettons avec d'autant plus de confiance qu'elle nous a été suggérée dans une de ces bonnes familles qui abondent au Port-Louis, par une inspiration féminioe, une de ces inspirations qui ne trompent jamais, parce qu'elles viennent du cœur."

L'appel du Rédacteur du Courrier du Port-Louis ne resta pas sans effet. Huit jours après avoir écrit l'article qui précède, il eut la satisfaction de recevoir la lettre suivante de l'Honorable G. Fropier :

Port-Louis, 24 Décembre 1852.

A Monsieur le Rédacteur du Courrier, Monsieur,

Vous voudrez, j'en suis sûr, publier dans votre plus prochain numéro la lettre ci-jointe que Son Excellence le

Gouverneur m'a fait Phonneur de m' adresser le 20 de ce mois, car elle donne la plus haute approbation à Theureuse idée que vous avez eue récemment, d'appeler les habitants de Maurice à éleyer un monument à la mémoire de Mahé de La Bourdonnais, et elle assure le succès de cette honorable inspiration.

Vous reconnaîtrez, avec moi, tout ce qu'il y a de grand et de sympathique dans la pensée de notre chef actuel de revendiquer la première place pour concourir à cet acte de reconnaissance publique, je dirais presque d'expiation d'une longue ingratitude, si cette ingratitude n'était pas plus apparente que réelle.

Ce n'est pas ici la place d'établir ce fait, ni d'expliquer les causes qui justifient cette absence de tout monument digne du grand homme que nous honorons comme le véritable fondateur de notre colonie, et qui, du moins, a toujours vécu au fond des cœurs des créoles, amis de leur pays.

Notre but aujourd'hui doit être d'appeler l'attention publique sur cette oeuvre patriotique, et c'est en effet, après en avoir obtenu la permission de Son Excellence que je vous prie de publier sa lettre. Dans les premiers jours de Janvier, nous pourrons songer à réunir en meeting public les habitants de Maurice, pour les consulter sur les meilleurs moyens de mettre à exécution l'idée qui, après avoir germé dans les colonnes de votre journal, sous l'inspiration, avez-vous dit, d'une dame de ce pays, a été accueillie d'une manière si prompte et si généreuse par le Gouverneur.

Pour le moment, il suffira au public de voir l'empressement qu'a mis Soa Excellence à ne vouloir être

iS2 MAÉÉ DE LA BOURDONNAis

devancée par personne en s'associant à votre pensée, et en la secondant de sa protection, pour assurer à ce projet la coopération de tous.

D'ici là aussi, vous voudrez, j'ec. suis sûr, noiis faire connaître la personne distinguée qui partage avec vous rhonneur de l'initiative dans cette question ? (1)

J'ai l'honneur d'être, etc.

G. Fropier.

Lettre de Son Excellence le Gouverneur

Réduit, 20th December 1852.

My dear Sir,

Ifc has often struck me, as strange and inconsistent with the generous and grateful sentiments that pervade the hearts of your countrymen, ttiat no monument should yet hâve been erecfced in honour of the great and good La Bourdonnais whose universal benevolcuce and paternal solicitude for the welfare of ail classes of the people, were no less conspicuous than the forethought judgment and ability manifested thronghout his administration.

My attention has recently been called to the subject by some remarks that appeared in one of the local newspapers, and if y ou think the public feoling in faveur of

(1) Il ne nous a pas été possible de trouver le nom de la personne distinguée dont il est question et qui d'après le Rédacteur du Courrier habitait Port Louis, Nous savons seulement par une lettre publiée dans la Commercial Gazette lo 14 Juin 1859, que cette personne était une â^moisellç 4. G*

the Project would be so strong as to warrant the expectatioo, that funds sufiScient for the purpose coUld be raised by subscription, I shall esteem it a privilège to be allowed to place mj name at the head o£ the list and to promote the object by every other means in my power.

I am, very dear Sir,

Yours very faithfully.

J. M. HiaaiNsON.

To the Honorable G. Fropier.

[Traduction.]

A l'Honorable G. Fropier.

Mon cher Monsieur,

J'ai été souvent surpris, comme d'une chose étrange et incompatible avec les sentiments généreux et chevaleresques qui animent les cœurs de vos concitoyens, qu'aucun monument n'ait encore été élevé en l'honneur du grand et bon La Bourdonnais, dont la bienveillance universelle et la paternelle sollicitude pour le bien-être de toutes les classes de la population n'étaient pas moins remarquables que la haute prévoyance et l'habileté dont son administration offre tant de preuves.

Quelques remarques publiées dans un des journaux du pays ont récemment appelé mon attention sur ce sujet, et si vous pensez que le sentiment public en faveur de ce projet est assez manifeste pour donner l'assurance que l'on pourrait par souscriptions, trouver la somme nécessaire pour le réaliser, je considérerai comme un privilège de pouvoir inscrire mon nom en tête de liste, et d'en encourager le but par tons les moyens en mon pouvoir.

Je suis, très cher Monsieur, etc.

J. M. HiaaiNsoN,

Le Meeting eut lieu en effet le 20 Janvier 1853 à la Loge de la Triple Espérance et se passa dit le journal Le Cernéen " avec un ordre, une décence et iiii enthousiasme " de bonne compagnie qui ferait honneur à n'importe quel '' peuple de grande ville européenne et qui prouve que *' Maurice n'est pas aussi étrangère qu'on veut bien le dire " aux formes les plus libérales des gouvernements consti- ^' tutionnels. "

L'Honorable Maire du Port-Louis présidait l'assemblée, ayant à ses côtés le général Sutberland. Huit résolutions furent proposées, développées^ secondées et adoptées à l'unanimité : *' La première, continue Le Cernéen, 2i,ysùnt *' pour objet l'érection d'une statue dans l'endroit le plus '^ convenable de la ville en l'honneur de Mahé de La " Bourdonnais. Une souscription a été ouverte sur le " champ pour cet objet ; et l'Honorable Prosper D'Epinay " a placé en tête le nom de Son Excellence le gouverneur " M. Higginson, dont il s'est dit le mandataire, pour une " somme de £ 100 (500 piastres).

" Une neuvième et dernière résolution ayant pour " objet de remercier et de féliciter M. Higginson sur sa '' glorieuse initiative, couverte d'applaudissements pro- " longés, a terminé à 6 heures ce mémorable meeting qui " avait commencé à 3 heures.

Nous donnons le texte de ces diverses résolutions et les principaux discours dont ils furent l'objet, que nous extrayons du Cernéen et de la Commercial Gazette ;

— Première résolution, présentée par l'honorable Fropier, et appuyée par M. Furcy de Chazal :

Résolu qu'il sera élevé au Port-Louis une statue en bronze, représentant Bertrand François Mahé,

MAHE DE LA. BOURÏ>ONNATS 185

de La Boardonnais, ancien Gouverneur de cette île,

— Deuxième résolution, présentée par Thonorable P. D'Épinay, Procureur et Avocat Général, et appuyée par M. Robinson ;

Qu^une souscription sera ouverte, séance tenante, pour subvenir aux frais du monument à élever à La Bourdonnais.

— Troisième résolution, présentée par l'honorable R, W. Rawson, Trésorier et Payeur Général, et appuyée par l'honorable Lemière :

Que le Maire de Port-Louis sera Trésorier de la souscription,

— Quatrième résolution, présentée par M, E. Dupont, et appuyée par l'honorable West :

Qu'un comité général directeur sera nommé et que les personnes suivantes, dont cinq formeront le quorum, seront priées d'en faire partie :

Général Sutherland,

MM. de Courson,

Hon;

: P. D'Épinay,

Lanougarède,

H. Kœnig,

Eug, Leclézio,

ji

West, R. N.

J. Mallac,

Bayley,

Ulcoq père.

Rawson,

Staub,

Fropier,

Autard,

Lemière,

Chapman,

Léclielle

Channel,

Mgr,

L'Evêque,

F. Kœnig,

Rev :

Banks,

A. Pipon,

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