‹ Documents réunis par le Comité du bicentenaire de La Bourdonnais, 11 février 1899Chapitre 12 sur 19 · L. Faduilhe, Joson Couve · texte numérisé non relu

L. Faduilhe, Joson Couve

Ch. Féline, Etienne Boucbet.

F. Langlois.

Rivière du Rempart,

MM. Baudot, MM. Mazery, Ed. de Chazal, Peyrébère,

Etienne Daruty, Kaffray,

Arthur Edwards, Ed. Rouillard,

Philibert Gouly, Staub,

Maurel. Jules Yirieux.

UkEi DS LA BOttSBÔKNAlS Flaeq.

MM. Beyts, Blancard, Constantin^ Janvier Desveaux^; Grivot, D. M., Numa Geffroy.

MM. Larcher, H. Hardy, Fleurant, Ch. Montocchio, A. Key.

Savane.

MM. Benoit, D. M., Chaline, Coriolis,

Latour de St. Ygest, Brenan, H. Pitot.

MM. Lamarque, Emile Pipon, Prudhomme, Telfair, J. WilsoD.

Grand Port,

MM. R. C. Buttié, Cloupet,

Lalouette,

K/Vern,

Maguire,

Martin Moncamp.

MM. Mollières,

Adelson Pierrot,

R. Rochecouste, Robertson, A. Yallet.

Rivière Noire',

MM. Carosin, Chauvin, Aug. Genève, Hassou, Labutte^ Flaneau.

MM. HerclieDioler, Couvois, Rudelle, Vigoureux", Emile Carcenac»

UÀBS DB LA BOUBDONKÀIS 2laine8 Wilhems,

MM. Chéron, Antelme, Bolle, Currie, Dupont, Fontenay père.

MM. Antelme père, H. Finniss, Aimé Lesur, Desveaux, Rouessarfc.

MM. Thomî Martin, A. Rivière, Perrot,

Eudoxe Roussel, Marquay.

Moka,

MM. Martial Noël, Telfair, Vigoureux, Em. Duvivier, de Bouclierville.

— Septième résolution, présentée par M. Lanougarède et appuyée par M. Pistou :

Que le Comité nommé par la quatrième résolution est chargé de faire tout ce qui sera nécessaire pour Pexécution de ce qui vient d'être arrêté, et plus tard de préparer dignem'ent l'inauguration de la statue de La Bourdonnais.

^- Huitième résolution, présentée par M. Arnaud et appuyée par M. Savy :

Que le même Comité directeur est autorisé à offrir à nos voisins de la Réunion et aux compatriotes de La Bourdonnais uue occasion de témoigner par leurs souscriptions de leur l'espect pour sa mémoire.

MAHB DE LA BOUEPONNAI» 189-^-'

— Neuvième résolution, présentée par M. Merven père ;

Que des remercîments seront votés à Son Excellence le Gouverneur.

'^ M. Fropier invité à prendre la parole pour développer la première résolution, avant d'entrer dans le sujet qui lui était confié, a cru devoir s'excuser d'usurper en quelque sorte un droit qu'il sentait ne pas lui appartenir, en remarquant dans la foule réunie au pied de la 'tribune, toute Télite de notre société et tant de personnes ayant des droits acquis depuis longtemps aux sympathies des Mauriciens, et des titres à soutenir tout ce qui peut leur faire honneur. Après avoir expliqué les circonstances fortuites et tout honorables pour lui de la lettre du Gouverneur, qui l'avait désigné au choix du Comité Préparatoire formé de ces citoyens zélés qui ne font jamais défaut à l'intérêt public, il a ajouté que cette circonstance lui offrait une occasion naturelle d'exprimer ses remerciements, et il osait le dire, ceux de l'assemblée pour l'initiative toute sympathique de Son Excellence le Gouverneur. Il y a longtemps sans doute, a dit M. Fropier, que la pensée de payer à La Bourdonnais le tribut de reconnaissance pour lequel nous sommes réunis aujourd'hui s'est produite dans ce pays. Il serait plus vrai de dire qu'elle est toujours restée vivante au fond du cœur des créoles et de ceux qui depuis plus ou moins longtemps ont uni leurs destinées aux nôtres. Hier encore un journal nous rappelait que depuis bien des années, un de ces hommes de cœur que noua avons vu %i longtemps à l'affût de toute idée bonne et utile à la colonie^

avait exprimé dans un écrit public le désir de voir élever un monument à La Bourdonnais (1). Je serais bien coupable^ a dit M, Fropier, d'oublier dans cette enceinte de rendre justice sur ce point à mes compatriotes. La toile que j'aperçois devant moi représente les traits de La Bourdonnais. C'est l'œuvre d'un des peintres les plus distingués de France. C'est une des plus belles peintures de nos salons et cette œuvre signée de Lépaul est un don d'un créole à jamais regrettable, d'un homme dont nous honorons profondément la mémoire, parce que toujours nous l'avons vu à la tête des entreprises les plus patriotiques et qu'aucune idée grande, noble, généreuse, ne lui était étrangère.

" Je vois à vos applaudissements que vous avez reconnu Adrien d'Epinay.

" Je n^insisterai pas pour prouver que bien d'autres, que tous peut-être, ont conservé vivante la mémoire de La Bourdonnais.

" Une des principales rues de notre ville, la seconde ville du pays, une des plus belles usines enfin, Fattesteat suffisamment.

" Qui ne connaît la belle propriété La Bourdonnais ? Qui dans ces derniers temps, n'a visité cette ferme modèle de Maurice, dont les intelligents propriétaires marchent à la tête du progrès ?

" Avant de quitter ce sujet, je ne puis m'empêcher do vous rappeler, Messieurs, qu'un autre genre d'hommage

(1) M, Evenor Dupont

MÀHB DE LA. BOUBDONNAIS 141

a été rendu à Maurice à la mémoire de La Bourdonnais par un savant modeste^ un des zélés Vice- Présidents de notre Société des Arts et des Sciences, qui depuis tant d'années consacre ses travaux au bien-être de notre paya. M. Bojer a reconna depuis cinq ou six ans déjà, parmi les plus beaux arbres de nos forêts, une espèce nouvelle dont il a décrit quatre variétés. Ces espèces, jusqu'alors confondues avec nos bois de Natte ou Minusops, ont reçu de lui le nom de La Boicrdonnaisia, et ce nom consacré désormais par la science, élève à La Bourdonnais un monument peut-être plus durable que celui dont nous nous occupons, (1)

" Quoi qu'il en soit,Messieurs,et précisément en raison de toutes ces pensées généreuses, mais jusqu'ici avortées, nous devons reconnaître que le sol n'était pas bien préparé pour les féconder. Elles sont mûres à présent, et les temps sont venus où notre projet ne rencontrera plus d'obstacle. Rendons donc justice à ceux qui en ont parlé sérieusement dans ces derniers temps, rendons justice au journaliste, notre hôte depuis lonptemps, (2) au Gouverneur dont l'empressement à s'assimiler cette heureuse inspiration a été tel que chacun a compris qu'il avait regretté d'avoir été devancé dans sa mission sympathique.

^' Quelqu'empressé que je sois à rendre justice au

(1) L'espèce dou'; il est question a été appelée Lahourdonneia efc appartient à la famille des Sapotées. M. Bojer dans son ouvrage " Hortas Mauritianus " publié en 1837, décrit quatre variétés de Lahourdonneia et accompagne ce nom de la note suivante :

(*) Consacré à la mémoire du Gouverneur Labourdonnais qui fonda la colonie et y introduinit la canne d sucre, le manioc et plusieurs autres 'plantes utile-^.

(2) M. Melchior Bourbon dont il est parlé plu» haut,

142 [mAHÉ de la BOURDONIÏAIS

Gouverneur et au rédacteur du Courrier dîi Port-Louis, je ne puis m'empêcher do vous exprimer que c'est avec bonheur que j'ai appris do ce dernier que les paroles retracées par sa plume étaient tombées d'une bouclie Mauricienne. Il vous l'a dit. Messieurs, c'est une femme, c'est une créole qui a été son génie inspirateur.

'' Loin de moi la pensée de tenir pour un seul instant le burin de Tliistoire, et de vous raconter la vie si connue de Mahé de La Bourdonnais. Si cette pensée s'était un instant offerte à moi, je m'empresserais de la repousser en voyant confondus dans vos rangs les écrivains de ce pays qui ont déjà esquissé à grands traits les annales de de sa belle administration. Tout-à-l'heure, peut-être, j'aborderai malgré moi la partie la plus triste de son existence, afin d'en tirer, s'il était nécessaire, les raisons déterminantes pour l'accomplissement de notre œuvre.

'^ Aujourd'hui que le flot des populations exubérantes du vieux monde déborde sur le monde nouveau, en Amérique, en Australie, pour y créer en quelques jours des cités puissantes, y fonder des empires formidables, on ne comprend pas bien toutes les difficultés que rencontra

Mahé de La Bourdonnais, quand en 1 735 il débarqua pour la première fois sur nos rivages. Mais si l'on se rappelle que sans ressources pécuniaires, sans ouvriers, sans ingénieurs, à l'aide de son seul génie et de sa propre industrie, il fit surgir de terre la ville que nous habitons, on comprendra que plus tard, il sut se placer au premier rang sur de plus vastes théâtres, sur des scènes plus enviées. Presque toutes les œuvres matérielles de La Bourdonnais frappent encore nos regards. Les casernes

qu^il fit; bâtir pour ses soldats, les forts qu'il improvisa, les quais, les chaussées dont il traça les plans, tout, jusqu'aux canaux, à l'aide desquels, il pourvut aux besoins de nos pères, sont encore debout pour nous rapp3ler qu'il fut le véritable fondateur de Maurice.

'^ Combien La Bourdonnais paya cher son bonheur d'un jour, les succès que lui prépara sou génie à la Cour de France, comme daas les mers de PInde ! En but, dès le principe à Fopposition de cette faible Compagnie des Indes dont il venait faire les affaires dans ces contrées, il Buccomba plus tard sous la haiae de ses rivaux, sous les sourdes calomnies de médiocrités jalouses.

" Je ne ferai pas d'invasion dans le domaine delà politique. Ce n'est pas à nous, d'ailleurs, Anglais du XlXme siècle, à regretter que les Français du XVlIIme, en méconnaissant des hommes tels que La Bourdonnais, tels que Dupleix, son rival si mal inspiré alors, aient perdu l'occasion, sinon de s'emparer de l'Empire de l'Inde, du moins d'y asseoir profondément leur prépondérance.

" En se plaçant au point de vue impartial de l'histoire, on ne peut s'empêcher de déplorer que le sang et les ressources d'un grand peuple soient vainement dépensés par un monarque indigne, fils d'un grand roi, par des ministres plus inhabiles, plus pusillanimes l'un que l'autre. Si quelqu'un de ces faibles directeurs de la Compagnie française des Indes sortait aujourd'hui de la tombe, il y rentrerai!: bientôt écrasé par la honte de voir les successeurs de leurs adversaires d'alors seuls maîtres des vastes contrées de l'Inde, seuls maîtres des cent millions d'âmes qui les peuplent.

144 IfAHB DB tl B0UBD01TNAI3

'' Cest ici, Messieurs, qu'il n'est pas oiseux d'aborder la vie de La BorrrdouDais pour vous le montrer déchu de ses grandeurs, tombe du faîte du pouvoir jusque dans ces cachots de la Bastille, témoins de tart de crimes politiques. Combien amers durent être ses regrets quand pour défendre son honneur outragé, il se vit réduit à faire appel aux ressources de son esprit inventif. Il rénssit toutefois, et après une longue captivité, sortit blanchi de la prison infâme qu'on lui donna pour récompense de ses nobles travaux. Mais il n'en sortit que pour végéter encore quelques jours, et mourir ; il en sortit dépouillé de richesses légitimement acquises, ruiné et n'ayant plus que la misère à faire partager aux objets de son affection. Ce qui dut être le plus pénible pour sa grande âme, ce fut de voir condamner au néant de l'impuissance les trésors encore enfouis dans sa tête. Ah ! sa malédiction s'étendit peut-être alors sur l'espèce humaine, quand il vit sa

femme, ses enfants condamnés à l'indigence, ses proches, ses amis, la Villebague, Desjardins, victimes à cause de lai.

'^ On Ta dit souvent. Messieurs, on Va. répété à propos de La Bourdonnais lui-même, rien n'est plus grand, plus émouvant que le spectacle d'un homme illustre aux prises avecl'adversité. Si notre cœur est alors saisi d'une douleur poignante, c'est, j'ose le dire, lorsque nous nous sentons solidaire des torts de notre espèce. Hàtons-nous donc de les réparer autant qu'il est en nous à l'égard de Mahé de La Bourdonnais. Aucun dea siens n'est plus là pour recevoir de nous une compensation à la misère du grand homme. J'aime à le dire, cependant, en 1799, notre ftssemblâe coloniale si souvent calomniée; et qui nous a

MAHE DE LA BOURDONNAIS l45

légué tant de beaux exemples à suivre, sut trouver dans ses minces ressources, le moyen de voter à Mme de Montlezun, petite fille de La Bourdonnais, une pension de 3,000 francs.

" C*esfc peu de chose, sans doute, en présence du luxe de notre époque, toutefois, je voudrais pour beaucoup que Pappel d'un autre descendant de La Bourdonnais eût rencontré il y a quelques années le même accueil de notre part. Ce n'est que hier, que personnellement j'ai connu cette circonstance douloureuse. Aujourd'hui, il ne nous reste que le regret de savoir que le malheureux a sans doute terminé dans l'indigence une existence dès lors rendue au dernier degré de la maladie,

'^ C'est une statue que je suis chargé de vous proposer d'ériger à Mahé de La Bourdonnais, Je le ferai de mon mieux, et j'espère n'avoir pas de grands efforts à tenter pour vous y décider. Cependant, je suis forcé de le dire, une question, un doute s'élève dans ma pensée. Ne seraitil pas plus digne du grand homme que nous voulons honorer, comme de nous-mêmes, de fonder sous son nom quelqu'institution charitable plutôt que de lui élever une simple statue ? Votre générosité peut lever la difficulté !

*' Souscrivez beaucoup, et après l'accomplissement da notre première pensée, il restera peut-être quelque chose entre les mains de votre Comité pour réaliser la seconde,

" Nos places publiques sont dénuées d'embellissement comme notre ville d'institutions philanthropiques ; tachons d'orner les unes et de doter nos malheureux d'un de ces asiles de la misère qui font participer les indigents au "bien-être des plus favorisés.

146 MAHE DE LA BOïïBBOKNAtS

'' Je ne doute pas qu'un Comité soit nommé par voua pour s'occuper de tous les détails relatifs à la statue de La Bourdonnais. Vous lui abandonnerez sans doute le choix de l'emplacement oii elle devra s'élever. J'en sais quatre entre lesquels on pourrait balancer : Le jardin de la Compagnie que l'on a déjà cité; le Champ-de-Mars qui renferme déjà la dépouille mortelle de Malartic, ce Gouverneur qui fut un saint sous Fhabit d'un soldat ; la cour d'honneur du Gouvernement, la place d'Armes enfin. Je ne chercherai pas à pressentir votre opinion, mais je ne saurais résister au désir de vous dire la mienne. Décidément je voudrais voir adopter la place d'Armes, non pas seulement parce que dès l'abord, le voyageur pourrait rencontrer sur notre plage les traits du fondateur de Maurice, non pas seulement parce que cette affectation permettrait, avec l'aide de la Municipalité sur le concours de laquelle vous devez compter, d'embellir, de rafraîchir, d'assainir cette place ; mais encore et surtout, parce qu'en plaçant la statue de La Bourdonnais en face du Gouvernement, elle serait un encouragement pour nos bons Gouverneurs ; elle serait un reproche perpétuel, comme le doigt de Dieu toujours levé devant les administrateurs indignes, s'il nous était encore réservé d'en connaître ; mais encore aussi, parce qu'en élevant à l'autre extrémité de la place un piédestal vacant, il deviendrait le but de la plus noble ambition, le point de mire des administrateurs que nous aimons, et pourrait un jour nous valoir un autre La Bourdonnais.

" Montrez-vous donc généreux. Messieurs ; souscrivons, nous tous descendants des administrés de La Bourdonnais ; souscrivez^ vous aussi qui tirez votre origine d'an

pays dont il fut l'adversaire. Le peuple Anglais aime à reconnaître le vrai mérite partout où il se trouve, à honorer la mémoire des grands hommes. N'oubliez pas d'ailleurs que sa loyauté à l'égard de l'Angleterre est une des principales causes de sa disgrâce. Il voulut conserver intacte la foi jurée, il voulut rendre Madras aux termes de la capitulation, et la Bastille fut sa récompense. Nous tous Mauriciens, n'oublious pas que le fondateur de notre ville fut en même temps l'introducteur de la canne à sucre, du manioc et de tant d'autres plantes utiles ; de la canne surtout, à la culture de laquelle nous devons notre bienêtre et nous devons de pouvoir jeter une obole sur la tombe de cet homme illustre pour lui ériger un monument de reconnaissance, je dirai presque d'expiation.

'' Loin de ces contrées qui ont depuis si longtemps le privilège de la civilisation, perdus que nous sommes au milieu des mers, d'où notre regard contemple avec épouvante l'étendue de la route qui nous sépare plus encore du progrès que do la mère patrie ; faisons du moins que les traits d'un grand homme apprennent à nos enfants que par la seule force de la volonté, qu'en quelque lieu que ce soit, à l'aide de la persévérance et du courage, on peut réussir à se créer un renom digne des plus granJes ambitions, un renom qui, comme celui de La Bourdonnais, survive à notre enveloppe périssable et défie l'oubli des siècles."

" L'honorable Procureur et Avocat Général fait précéder la lecture de la deuxième résolution d'une éloquente improvisation dont nous craignona d'affaiblir les passages

148 MÀHB DE LAB0URD0NNÀI3

lea plus brillants, privés que nous sommes du secours d'un sténographe français.

'^ La manifestation du sentiment public à laquelle cette réunion a donné lieu", dit M. P. d'Epinay, ^' est déjà un éclatant témoignage du mérite de l'homme illustre en faveur de qui elle a été provoquée. Mon premier mouvement à mon entrée dans cette enceinte me portait à justifier cette assemblée et les générations qui nous ont précédés, dans notre désir d'offrir un tribut de recon- . naissance à la mémoire de l'illustre fondateur de cette colonie. Mais d'après la manière généreuse dont ce sujet a été traité, je suis fier de dire que jamais justification n'a été plus inutile ; jamais le sentiment public en faveur d'un être cliéri et respecté ne s'est manifesté avec plus d'éclat et de respect que dans la réunion à laquelle je m'adresse. Il me sera sans doute permis, Messieurs, d'emprunter quelques-unes des paroles do l'orateur qui m'a précédé pour faire observer que la preuve des titres de Mabé de La Bourdonnais à notre reconnaissance, abonde de toutes parts. La seconde ville de l'Ile porte son nom. Une de nos plus belles propriétés sucrières s'appelle '^ La Bourdonnais ", soit parce qu'il y a résidé autrefois, ou parce que le propriétaire de cet Etablissement a voulu perpétuer sa mémoire, c'est ce que j'ignore. Son nom est aussi attaché à une des principales rues de la ville, et Messieurs, quelques-uns des bâtiments qui fréquentent notre Port et un entre autres pas plus tard qu'hier, vient d'un Archipel situé à quelque distance

de cette île, qui perpétuera éternellement le nom de Mahé de La Bourdonnais. D'autres endroits de cette île conservent aussi son souvenir.

MÀHB DE LA BÔÏÏËBONNATS 149

" Qu'on ne suppose pas cependant, que parce que la population de cette colonie est autre qae ce qu'elle était autrefois, nous sommes réunis pour témoigner de notre reconnaissance envers sa mémoire. Cette manifestation du sentiment public s'exprime aujourd'hui d'une manière différente que ne l'ont fait nos pères, par rapport au temps et aux circonstances. Dans le siècle oii nous vivons, une impulsion générale et instinctive porte tous les peuples de l'Europe à ériger des monuments pour glorifier la mémoire de ceux qui ont rendu des services à leur pays. Messieurs,

c'est l'éveil de cette impulsion instinctive qui dirige aujourd'hui lapopulation Mauricienne. C'estnon-seulement sous l'influence de ce sentiment public dont je viens de parler que nous sommes réunis ici, c'est non-seulement sous l'influence de motifs purement nationaux ou d'orgueil que nous sommes maintenant ici ; mais nous venons ici aujourd'hui pour obéir à cette impulsion universelle et irrésistible du siècle, qui inspire à nos cœurs le désir d'exciter les générations présentes et futures à imiter de grandes et bonnes actions par la consécration d'un monument impérissable à la mémoire d'un acteur de ce passe

glorieux et impérissable. Jusqu'ici le monument que nous avons élevé à La Bourdonnais n'existait que dans nos cœurs. Maintenant, donnons-lui asile sur une de nos places publiques, afin qu'il puisse avoir une existence palpable.

'' Il n'est pas nécessaire. Messieurs, que je retrace les titres de ce grand homme à notre respect et à notre reconnaissance.

"L'éloquent orateur qui m'a précédé s'est déjà acquitté

de cette tâche. D'ailleurs, la vie publique de La Bourdonnais peut se résumer en quelques mots relativement à l'objet de cette réunion et aux sentiments qui l'ont provoquée. En parlant de lui, je me bornerai à Cô qui a rapport à cette colonie.

" Sa présence sur le théâtre du monde ne constitue pas une époque dans l'histoira par quelque changement important dans les usages et les coutumes du peuple qu'il a gouverné. Aucun acte éclatant^ aucune découverte remarquable, n'ont signalé son administration ; aucune mesure extraordinaire due à sa sagesse de législateur, n'a rendu son nom cher à la communauté ; c'est à l'exercice des vertus sociales et civiques qu'il a principalement dû ses succès et assuré le bonheur du pays qu'il avait été appelé à gouverner. On nous dit que La Bourdonnais avait été le fondateur de cette colonie. Il l'a été, en effet, par l'exercice de son génie remarquable, et de brillantes facultés dont il était doué. Il a été son fondateur en présence des obstacles les plus extraordinaires, obstacles qu'il n'a cessé de rencontrer dans toute sa carrière coloniale. Tombé ici, au milieu de difficultés qui auraient été insurmontables pour un esprit ordinaire, sans artisans, sans moyens de travail d'aucune sorte, avec les ressources les plus bornées, son génie fertile lui fit trouver dans chaque soldat et dans chaque matelot, un travailleur au besoin. Il fit plus, sous son administration, le noir, sauvage et ignorant, devint un précieux et habile ouvrier. Tout cela fut l'œuvre de son vaste génie et de son énergie inébranlable.

'^ Mais pour ne pas trop empiéter sar votpe temps,

MAHS DB U BOt7BDOKl?At3 151

Messieurs^ je vais lire une note d'un créole qui autant ou plus que tout autre a contribué à la gloire de son pays, et à la mort regrettée duquel les lauriers dont son départ prématuré de cette vie n'avait pas permis de couronner son front, ont été placés sur sa tombe par ses concitoyens. J'ai déjà nommé Thomy Pitot. Cette note a été probablement rédigée, à l'occasion d'une réunion, à laquelle un grand nombre d'habitants de cette colonie assistaient, destinée à célébrer l'achèvement du siècle qui a précédé la prise de l'Ile. Je lis cet extrait dans un journal anglais. Est-ce Thomy Pitot qui a adressé cette note au journaliste anglais, ou a-t-elle été copiée d'une gazette française dans le but louable d'honorer la mémoire d'un homme illustre ? Je ne sais, mais voici cette note :

" — La Compagnie de l'Inde ne tarda pas à s'apercevoir combien étaient faibles les avantages qu'elle retirait de cette Ile, comparativement aux dépenses qu'elle était obligée de supporter, et plus d'une fois elle délibéra pour savoir s'il ne serait pas préférable de suivre l'exemple des Hollandais, et d'abandonner l'île aux noirs marrons qui l'infestaient. Cet événement aurait eu lieu, suivant toutes les probabilités, un peu plus tard, si le célèbre Mahé de La Bourdonnais n'y avait pas été envoyé avec le titre de Gouverneur Général des Iles de France et de Bourbon, Il trouva la première de ces colonies dans la plus déplorable condition, habitée parquelques personnes turbulentes qui détestaient à la fois la paix et le travail. Elles le flattèrent tant qu'il fut présent, mais accumulèrent sur lui l'insulte et la calomnie dans son absence. Il fit peu d'attention à ce qu'on disait ou pensait de lui, mais exigea

Î5â Ukui DE lA BOtTBDOKÎTAia

de tous l'obéissance la plus complète. Il reconnut Pimportance qu'obtiendrait cette île, si elle était convenablement colonisée, et se mit à l'œuvre sans compter sur les remerciements de ceux pour qui il travaillait. Son premier soin fut d'introduire un certain nombre de Malgacbes qu'il rompit aux habitudes du travail, dont il réussit à faire de bon soldats, et avec l'assistance desquels il força les marrons à sa soumettre ou à abandonner la colonie. Il apprit aux habitants à cultiver leur terres avec succès. Il construisit un aqueduc pour transporter l'eau au Port, et dans un pays oii avant son arrivée on ne pouvait faire un canot, il créa un vaste chantier de marine où il construisit non seulement des goélettes et autres bâtiments de ce genre, mais d'où il fit lancer un navire de 500 tonneaux. Quelqu'incroyable que cela paraisse, il est certain que dans l'espace de cinq ans, il fit de cette île sauvage et longtemps négligée, un vrai paradis, quoi qu'il eut à lutter contre la nature, contre les habitants de cette colonie et tous les obstacles imaginables. M. de La Bourdonnais à sou retour éprouva uq injuste traitement de la part des Directeurs de la Compagnie des Indes, mais il réussit à exposer au cardinal Fleury, les choses sous leur véritable jour, et força la Compagnie sinon à récompenser, du moins à reconnaître les services qu'il avait rendus. Il revint dans l'Inde et acheva l'œuvre qu'il avait commencée.

" C'est à lui que l'Ile de France est redevable de l'avantage d'être une des colonies les plus importantes du globe—, "

" Quand on réfléchit, Messieurs, de la bouche de qui eoût tombées ces paroles, yous reconnaîtrez avec moi qu'il

MAHE DE LA BOTTEDONNAT^ 153

est impossible de les accuser de flatterie, ce n'a pu être non plus un mouvement d'orgueil colonial qui a porto à reproduire ces nobles sentimsnts, car nous les trouvons cités par un étranger, par un écrivain Anglais, dont le seul objet ne pouvait être que de rendre un juste tribut d'éloges à un si grand homme. Elles portent avec elles

un cacliet de vérité qu'il est impossible de méconnaître. Le mérite particulier de La Bourdonnais consiste donc à être le fondateur de cette colonie, et j'emploie ce mot dans sa plus large acception. Il fonda la colonie au milieu de difficultés telles, qu'il fallait un liomme du plus grand génie pour les surmonter. La Bourdonnais trouva moyen de créer une colonie là où les Hollandais, si avancés dans l'art de la colonisation, avaient échoué. On a dit que les français n'étaient pas un peuple colonisateur. La

Bourdonnais doit être considéré comme une exception, car il a été l'organisateur, le colonisateur par exemple. En retraçant ainsi les services rendus par lui, ses efforts pour faire de cette colonie un des plus beaux fleurons de la couronne à laquelle elle appartient, mérite que personne ne cherchera à lui contester ou à atténuer, je ne veux pas, cepsndant, diminuer les mérites des autres. La Bourdonnais pouvait manquer de quelques-unes des capacités qu'on exige aujourd'hui des Gouverneurs; mais lorsqu'on réfléchit aux immenses efforts qu'il a dû faire, efforts accomplis avec un courage et une persévérance couronnés par la création d'une colonie riche et prospère, personne ne peut mettre en doute la grandeur de son génie, et sa facilité extraordinaire à lutter contre les obstacles qui l'environnaient.

[^ Nous ne devons pas oublier non plus que dacs 1q

BÎècle OÙ nous vivons les Gouverneurs coloniaux sont entourés de tous les éléments nécessaires aux succès. Combien sa position à lui était différente ! Il était privé de toutes ressources pécuniaires et administratives. Il n'avait à sa disposition aucune de ces grandes découvertes de la science et de la civilisation ; environné d'un côté par des bandes de marrons sauvages, portés naturellement à des actes de dévastation et de pillage, et de l'autre par une population clairsemée, nourrie dans des habitudes d'indolence, son mérite n'en a été que plus remarquable et lui donne des titres à la gratitude éternelle, non seulement de ses successeurs immédiats, mais encore des générations futures. Le trait caractéristique de la vie de La Bourdonnais et qui signale sa mémoire à l'admiration, était son respect invariable pour le principe du devoir. C'est là, on se le rappelle, entre autres qualités distinguées, le trait prédominant et distinctif du caractère de l'homme illustre dont l'Angleterre déplore maintenant la perte.

'' La réunion à laquelle nous sommes convoqués. Messieurs, a une particularité très significative. C'est Son Excellence le Gouverneur qui a exprimé le désir d'associer son nom à l'objet de ce meeting (1.) Déjà, dans une circonstance semblable, une noble et généreuse dame, femme d'un de nos Gouverneurs, guidée parles plus nobles sentiments, a stimulé la reconnaissance des Mauriciens. Le monument qui décore aujourd'hui le Champ-de-Mars, et qui surmonte les restes du brave général Malartic est le fruit de ces nobles sentiments.

^' Je n'ai pas besoin de dire, Messieurs^ que la recon*

(1) Sîr James Macaulay Higginson, gouverna la colonie du 8 Jan« vier 1851 au 14 Ayril 1854 çt du 17 Juiu au 11 Septembre 1857,

MÀHÉ DE U BOURBONNÀTâ 155

naissance du peuple envers cet homme de bien préexistait profondément dans tous les cœars. L'appel de cette noble dame a sufiB, plus que sufiS, pour la mettre en action, et vous avez immédiatement acquitté votre dette en achevant le monument qui témoignera auprès de la postérité de la noblesse de votre caractère.

" Nous ne devons pas non plus oublier que l'origine de la noble idée qui nous occupe est émanée du beau sexe si fertile en pensées généreuses. Son Excellence le Gouverneur, guidé par la même inspiration et par le désir de laisser derrière lui un souvenir de son administration, a consulté les annales des Gouverneurs de Maurice, pour y trouver celui qui s'était le mieux acquitté de ses devoirs importants et sacrés. C'est ainsi qu'il est tombé sur l'histoire de La Bourdonnais.

" Il a reconnu en lui un homme exclusivement dévoué aux intérêts de la communauté, un homme d'un génie noble et éclatant, bon, humain, généreux, économe des. ressources du peuple, et prodigue jusqu'à l'excès quand les souffrances de l'humanité ou le bien-être public faisaient appel à ses sympathies. Notre Gouverneur actuel marche sur ses traces et brûle sans doute de l'ambition d'être le La Bourdonnais de son temps. Que le plus bel éloge de mon administration, a dit Son Excellence, soit perpétué dans un monument à La Bourdonnais.

'* Et maintenant. Messieurs, après avoir manifesté la désir si libéral d'ériger un monument à la mémoire de ce bon et grand Gouverneur, je n'ai pas besoin de voua rappeler que nous ne devons pas perdre de vue lea moyens de réaliser ce désir. Il ne peut y avoir d'autre moyen pour y arriver, qu'une souscription volontaire à

laquelle, je n'en doute pas, chacun de vous contribuera en proportion de ses moyens ou de l'intérêt qu'il porte à l'objet de la question. Son Excellenco avec sa générosité ordinaire, a voulu être le premier à donner l'exemple, non du sacrifice, mais d'une libéralité généreuse, et Elle m'a chargé de l'honorable et agréable mission d'inscrire son nom sur la liste pour une souscription de £ 100, et d'associer ainsi son nom à l'érection d'un monument à La Bourdonnais, qui vivra encore lorsque ce siècle et lea siècles suivants se seront évanouis. "

'^ L'Honorable Rawson, secondé par M. Lemière, présente en anglais la troisième résolution :

" I hâve been requested to propose a Resolution at the présent meeting, and I do so with the greatest satisfaction, for it is a pleasure to me to add my tribute of respect to the memory of so great a citizen of the world as La Bourdonnais.

'' Long before I came hère, or ever cherished the hope of treadîng the fair shores of Mauritius, I had heard of and venerated his name, as that of a man known to the world as a hero of world-vvide famé, and therefore a countryman of my own. Now, as a résident of Mauribiu?, I am delighted to hâve an opportunity of expressing my admiration of his character and merits. It would ill-become me, in a meeting of Mauritians, to remind you of the claims of La Bourdonnais. Still less would it become me to attempt to enumerate them after the éloquent adresses you hâve heard. I therefore repeat

tlie satisfaction I £eel in fcaking a part in thèse proceedings and in acquitting myself o£ tho charge that has been imposed upon me. Gentlemen^ no two citizens of this town are likely to take a greater interesb in the présent objecta than its two first Magistrates.

" Whether it be decided to erecb a monument to La Bourdonnais in a fine work of art wliicli sliall adorn one of our public places, — or whether it sliall be determined to found an Institution (and I was very glad to hear this idea suggested by Mr. Fropier) which. sliall nob only adorn the town, but do honour to tho island at large in contributing to tlie bappiness and well being of sonie of the descendants of tbè colleagues and friands of La Bourdonnais— Whicbever of thèse plans be decided on, I am quite sure that no one will feel a greater interest in the accoroplishment of the objecb, than the Mayor and Deputy Mayor. I therefore propose with much pleasure that the Résolution be adopted.

[Traduction.]

On m'a prié de présenter une résolution à ce Meeting, et je le fais avec la pins grande satisfaction, car c'est pour moi un plaisir d'apporter mon tribut de respect à la mémoire d'un aussi grand citoyen du monde que La Bourdonnais. Longtemps avant mon arrivée ici, et avant même que j'aie nourri l'espoir de fouler les beaux rivages de Maurice, je connaissais son nom et le vénérais comme celui d'un héros connu du monde entier et jouissant d'une réputation universelle, et par conséquent comme un de mes propres compatriotes. Aujourd'hui que j'habite Maurice, je suis charmé d'avoir l'occasion d'exprimer mon admiration pour son caractère et ses mérites. Une m'appartiendrait pas, dans cette réunion de Mauriciens, de vous rappeler les titres de La Bourdonnais à votre reconnaissance. Il m'appartiendrait encore moins d'essayer de les énumérer après les éloquents discours que vous venez d'entendre. Je réitère donc l'expression de la satisfaction que j'éprouve à prendre part aux

délibérations de cette réunion et à m'acquitter de la tâcko qui m'a été dévolue. Il n'est pas probable, Messieurs, que cette ville compte deux habitants s intéressant plus que ses deux premiers magistrats à l'objet qui nous occupe. Soit que l'on se décide à ériger un monument à La Bourdonnais, sous forme d'une belle œuvre d'art qui embellira une de nos places publiques,— soit que l'on préfère, fonder une institution (heureuse idée émise par M. Fropier) qui non seulement ornera la ville, mais fera aussi bonneur à l'île entière tout en contribuant au bonheur et au bien-être de quelques-uns des descendants des compagnons d'armes et des amis de La Bourdonnais ; quel que soit enfin le projet auquel on s'arrêtera, je suis sûr que personne ne s'intéresse, plus vivement que le Maire et l'Adjoint Maire à la réalisation de ce projet. Je propose donc avec un grand plaisir que cette résolution soit adoptée.

\^ M. Dupont chargé de proposer la quatrième résolution, le fait à peu près en ces termes :

Messieurs,

" Il y a quelques années, le Gouvernement français pris d'une idée généreuse, au moment où il venait de terminer la construction de trois steamers remarquables par leur force et leur vitesse, mettant de côte le sentiment étroit des jalousies nationales, nomma le premier Descartes, du nom du grand écrivain français, le deuxième,, que nous avons va, il y a quelques années à Maurice, le Cassini, du nom d'une des illustrations de l'Italie, et l'autre, le Newton. Un journal Anglais, le Times, fut aussi frappé de cet acte de la nation française, et faisant appel aux sentiments généreux du peuple anglais, exprima l'espoir qu'on verrait aussi l'Angleterre baptiser ses steamers du nom des grands hommes da la France.

'^ C'est, sans aucun doute, un sentiment de cette nature qui a porté notre Gouverneur à appuyer de son nom

MAHB DE LA BOTJEDONNAIS 15^

et de son influence, l'idée d'élever une statue en l'honneur de Mahé de La Bourdonnais. Eb je suis fier d'avoir, il y a quinze ans, ainsi qu'un journal le rapportait hier, demandé le premier qu'on décernât cet hommage au fondateur de la colonie.

*' Les orateurs qui m'ont précédé vous ont dit tout ce qu'il a fait pour ce pays; je ne suis pas assez maladroit pour revenir sur ce qui a été si bien dit ; permettez-moi seulement de vous citer une simple anecdote ;

" A l'époque où La Bourdonnais prit le commandement de l'Ile de France, ce que nous appelons aujourd'hui le Port Louis, cette belle cité de 60,000 âmes, s'appelait le Camp, et se composait tout simplement d'une soixantaine de misérables soldats de la Compagnie, continuellement sur le qui vive, traqués qu'ils étaient par les noirs marrons réfugiés dans ce que nous appelons aujourd'hui le Champ-de-Mars, qui mettaient le feu aux grandes herbes, et tenaient ainsi les soldats en alerte perpétuelle. Tout près de là sur un ruisseau limpide alors, et longeant la maison Perrot (1) se trouvait uu endroit, recouvert depuis, et qu'on nommait la chute ; c'était là, en effet, que le chasseur venait attendre le cerf poussé par la meute. Ainsi un camp de soixante hommes, un rendez-vous de chasse et de noirs marrons, tel était le Port-Louis lorsque La Bourdonnais débarqua dans l'Ile ! Ce qu'il a fait, vous le savez, on vous l'a rappelé. Mais qui a fait, qui a créé la principale industrie de Maurice ? Qu'on supprime votre industrie sucrière, que serait Maurice ? Rien. Ces richesses, à qui les doit-elle ?..,.,... à La Bourdonnais. Cette

(1) Cette maison se trouyo à Tangle septentrional des rues Pop^ S^nuçssy et clu Hasard.

ville de 60,000 âmes, cette cité commerçante qui n'était rien avant lui, savez-vous bien sa valeur aujourd'hui ? Le cadastre de la Municipalité porte l'estimation des immeubles de la ville à sept millions de piastres, (l) C'est donc au créateur de vos fortunes même que vous allez élever aujourd'hui un monument digne de lui. Et ce ne sont pus seulement les colons dont les ancêtres ont vu La Bourdonnais, qui veulent aujourd'hui lui rendre un juste hommage ; tout-à-l'heure vous entendrez, ponr m'appuyer, un anglais d'origine, (2) un marin qui a combattu à Trafalgar, près de Nelson, le même qui, lors du banquet donné aux officiers de la Reine du Sud, rendait hommage au génie de La Bourdonnais en attestant le portrait que je vois en face de moi.

'^ Colons de toutes les origines et de toutes les positions, nous sommes donc tous d'accord. Mais oii placeronsnous la statue de cet homme qui fut le père du pays ? Sera-ce au Jardin de la Compagnie, comme un journal le proposait il y a quelques jours ? Il me semble que ce serait, en quelque sorte, cacher sous les arbres celui que nous voudrions faire voir à tous.

" J'avais proposé, il y a quinze jours, et l'Hon. M. Fropier appuyait cette même idée tout-à-l'heure, idée que je puis qualifier d'heureuse, puisqu'elle est partagée pa run esprit aussi distingué, j'avais proposé, dis-je, de placer la statue du grand homme à l'endroit où finit le Port, et où commence la ville, sur la fontaine qui, alors lui servirait

(1) Elle est aujourd'hui de près de dix huit millions de Roupies non compris les bâtiments publics.

(2) L'flongrable West K.N.

de piédestal, afin que la première pensée qui frappât le voyageur débarquant sur nos rives, fût cette pensée de reconnaissance aa bienfaiteur du pays, afin qu'il fût vu de tous, et salué le premier de la terre et de la mer, lui qui fut aussi un marin, et qui, plus d'une fois, ramena dans notre Port de glorieuses escadres.

*' Mais aussi, cette idée de placer la statue du grand homme sur l'un, des côtés da la Place d'Armes, l'autre côté restant vide comme pour attendre l'hommage que la Colonie juste et reconnaissante rendra à celui- qui fera son bonheur dans le présent ou dans l'avenir, cette idée, dis-je, me séduit aussi et je m'arrête hésitant entre les deux positions désignées.

" C'est au Comité que vous allez nommer, Messieurs, qu'il appartiendra de décider.

" L'Honorable Capitaine West en appuyant la proposition de Mr. Dupont a dit :

" On an occasion like this, I hâve but little to add, So much has been already said by others who are gifted with the powers of oratory, and to which I can lay no claim, that I shall not detain you longer tban to say, that I feel proud as an officer of the British Navy to pay homage to the memory of a great man who belonged to the navy of France. He, like myself was a sailor, and I am delighted to meet you on this occasion. When I reflect upon ail the difficulties with which La Bourdonnais had to contend in his arduous career, the mishap? which befell him, and yet his extraordinary saccesaes amidst ail

these^ it makes tne glory to know that he waa a naval oflScer, I trust this occasion will meet with bViat ample success it deseï ves. I trust that the people of this colony tvill put their hands into tbeir pockebsj and shew that Mauritians can be libéral and gênerons : for the accomplishment of the object for which we are met must tend to the great glory and blessing of Mauritius."

[Tkâduction]

Dans une circonstance comme celle-ci, j'ai peu à ajouter. Tant de choses ont été déjà dites par d'autres doués d'un talent oratoire auquel je ne puis avoir aucune prétention, que je ne vous retiendi^ai que pour vous dire que je suis fier comme ofiBcier de la marine anglaise de rendre hommage à la mémoire d'un grand homme qui appartenait à la marine française. Comme moi La Bourdonnais était marin ; et je suis enchanté de me joindi^e à vous dans cette occasion. Quand je pense aux difficultés qu'il eut à suiTiionter dans sa laborieuse carrière, aux déceptions qu'il éprouva, et aux succès extraordinaires qu'il remporta néanmoins dans de telles circonstances, je suis fier d'apprendre qu'il était officier de marine. Je suis persuadé que le but que nous proposons ici sera atteint avec tout le succès qu'il mérite. J'espère que les habitants de cette Colonie mettront la main à la poche et feront voir que les Mauriciens peuvent être libéraux et généreux car la réalisation du but pour lequel nous sommes réunis doit tendre à la grande gloire de Maurice.

M. Piston développe ainsi la septième résolution :

" Messieurs, " Votre Comité m'a fait l'honneur de me charger de la septième proposition ; mais Pheure s'écoule, le sujet semble épuisé et le premier mérite de l'orateur en ce moment c'est la concision ; je m'efforcerai d'avoir du moins ce mérite. Il est téméraire de prendre la parole après les voix éloquentes que vous venez d'entendre et le brillant tableau qu'on vous a présenté de la vie de La

Bourdonnais. Il me reste pourtant à glaner encore quelques belles pensées et quelques actes éclatants sans lesquels ce tableau ne semblerait pas complet. La vie de La

Bourdonnais est l'enseignement d'une grande rérité : " Les grandes joies s'achètent au prix des grandes douleurs ; et l'on ne saurait être le bienfaiteur de l'humanité sans en être le martyr. Vous élevez une statue à La Bourdonnais, ce n'est point une statue que vous élevez seulement au génie, mais encore à la bravoure, à la bonté et à la droiture !

" La Bourdonnais de son premier regard d'aigle, avait, vous le savez, fixé les destinées de notre île. Il y voyait une citadelle maritime, la Gibraltar des Indes ; une magnifique plantation agricole, et en même temps un entrepôt central des trois continents, l'Inde, l'Amérique et l'Europe. Son génie militaire ? De quel côté pouvezvous tourner vos regards sans rencontrer quelques uns de ses travaux. Ce retranchement voisin de notre défense naturelle, la Rivière des Lataniers, qui lie le mamelon de la batterie Dumas à la mer, n'est-ce pas le premier rempart derrière lequel s'est abritée notre ville naissante ? Ce bloc basaltique qui couronne notre Montagne des Signaux, une muraille qui la réunit à la batterie du Fort Blanc, quoique les vestiges mêmes en soient effacés, ne défendait-elle pas l'autre côté de la ville ? Je ne parle pas de deux batteries à feux croisés, qui protègent l'entrée de notre Port. Enfin cette chaîne de fortifications dont les anneaux s'étendent de la Pointe aux Canouniers jusqu'aux dernières sinuosités de notre Port, et qu'on admirait quelques années après, n'est ce point l'expcutiou de sa pensée ?

*' Vous citerai-je l'Arsenal, premier atelier industriel créé à rerabouchure d'une des rivières voisines du Port- Louis, d'où sortit la première pierre qui servit à construire là ville, et où il s'est fondu plus de cauons qu'il n'en a tonné peut-être sur la mer des ludes ? Ai-je besoin do vous parler de ces deux Chaussées parallèles entre lesquelles il imagina d'enclore le bassin du Port, et de cette citadelle qu'il voulait placer comme l'aire d'un aigle sur le plateau du Pouce, comme un refuge inexpugnable d'où le pavillon français pourrait encore flotter, comme une espérance, sur la colonie tombée au pouvoir des ennemis ? Ce n'est pas tout, et comme si ces précautions matérielles ne suffisaient pas à la défense, une haute pensée militaire détermina son option pour le chef-lieu entre nos deux Ports. Il lui fallut un auxiliaire et un allié puissant, et cet auxiliaire et cet allié, ce fut un élément, le souffle des vents. Les vents généraux de l'Ile poussaient à pleine voile une flotte ennemie dans le Grand-Port, tandis qu'ils la repoussaient du Port-Louis et la tenaient, à l'aide de sa ceinture de madrépores, sous le canon de son artillerie.

" Vous rappelerai-je ces revues militaires du Champde-Mars, où cette colonie de soldats-laboureurs et de laboureurs-soldats, chaque dimanche, après l'office divin qu'ik honoraient du salut de leurs armes, venaient se compter, serrer leurs rangs et s'inspirer mutuellement la défense du champ et du foyer domestique. Mais là n'était point sa principale gloire; elle était comme vous l'a éloquemment exposé l'honorable Procureur Général, dans la sagesse de ses actes administratifs, et dans ses vertus, qu'au milieu des colons, ses enfants, nous pouvons appeler avec lui ses vertus patriarcales et domestiques. Un des pré-

cédents orateurs vous a dit comment dans un repas, au Gouvernement, au milieu de l'élite des colons, le manioc acquit son droit de cité à VUq de France, et comment de ce jour la famine cessa d^être Peffroi de l'Ile.

" Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c'est la sagacité avec laquelle le premier il découvrit les ressources de notre île pour l'industrie séricicole, cette ancre de salut qui dans des jours d'alarmes nous parut et sera peut-être un jour notre ressource suprême. L'assistance quMl prodigua à l'agriculture par l'avance de ses propres deniers, personne ne peut l'avoir oublié. L'habitation de la Villebague, son beau-frère, la première sucrerie et indigoterio de l'Ile, et à laquelle le célèbre vaisseau le St.-Géran apportait ses premières cbaudières à sucre, est encore là pour nous rappeler par son nom et sa présence, l'impulsion que l'agriculture et l'industrie durent alors à l'exemple du Gouverneur.

" Je disais tout-à-l'heure que cette statue élevée au génie, vous l'élèverez en même temps à la bonté, savezvous de quelles créations M. de La Bourdonnais s'enorgueillissait le plus ? Tournez vos yeux du côté de la mer, et voyez d'ici cet Hôpital qui, malgré l'accroissement immense de cette ville et de sa population, n'est pas encore disproportionné à ses besoins. Voilà l'institution à laquelle M. de La Bourdonnais donnait, chaque jour, trois heures les plus précieuses consacrées à son Gouvernement. A deux pas de cet Hôpital, jaillit dans la mer une source abondante et pure, qu'un aqueduc de plusieurs milliers de toises va chercher dans les courants lointains et battus de la Grande Rivière. Est-il un seul de do as.

ici, qui ignore que Teau la plus salubre dont il sa désaltère dans cette ville, il la doit à la sollicitude paternelle du héros ?

" Mais je ne craindrai pas non plus de vous parler de la gloire de ses armes, et ce soin me sera d'autant plus facile que je n'aurai qu'à me rendre l'écho de nos ennemis d'autrefois. Laissons parler le brave capitaine Peyton, dans une de ses trêves où, comme les chevaliers d'autrefois, de nobles ennemis savaient, au milieu des tronçons des armes brisées et; du désordre des champs de bataille, se serrer loyalement la main en signe d'admiration et d'estime. N'est-ce pas de VAchilloj vaisseau amiral monté par La Bourdonnais, que Peyton disait ;

" Ce vaisseau doit être sorti de l'enfer pour vomir pendant l'action la quantité de feu qu'il avait lancé sur l'escadre Anglaise et pour résister aux soixante boulets dont elle l'avait criblé."

'* Le soleil en se levant éclaira le triomphe de La Bourdonnais, et il dut à cette victoire ce mot de Voltaire : " La Bourdonnais dissipa le premier une flotte Anglaise sur la mer des Indes, ce qu'on n'avait pas vu encore, et ce qu'on n'a jamais vu depuis."

" Je ne parlerai de la prise de Madras que pour rappeler l'éclatant hommage que l'Angleterre rendit à sa loyauté. Vainement Dapleix, avide des trésors de la ville conquise, voulait le forcer à violer la capitulation et à garder Madras. '^ Je maintiendrai la parole de la France aussi pure que son pavillon à la faoe de l'Angleterre," dit La Bourdonnais, et religieux observateur de sa foi, il

MAHE DE LA BOUfiDONlJATa 167

rendit Madras. Ce fut peut-être la caase secrète de sa perte. Mais, lorsque trahi par la fortune, persécuté par les colons eux-mêmes, menacé par son in ^ mie patrie, il fut capturé en mer et conduit prisonnier à Londres, l'Anglais, comme s'il eût craint de rester au-dessous de son ennemi, lui rendit son épée, et quand il sollicita la faveur de passer en France pour purger son accusation et venir reprendre ses fers ensuite, savez-vous ce que l'Angleterre exigea d'un tel homme pour otage ?,., sa parole. On l'accusait d'abus de pouvoir et de concussion dans son Gouvernement, avant de partir pour la Métropole, il se rendit à l'Ile de France, là se dépouillant de ses insignes et de son pouvoir, il se présenta simple particulier sur la place publique. '^ Que celui d'entre vous auquel j'ai causé quelques torts, le déclare, et je suis prêt à l'indemniser au centuple " dit-il. " Que celui contre lequel j'ai commis quelqu'abus de pouvoir, se montre et m'accuse ! " Et la population entière demeura silencieuse devant lui. On le plongea vivant dans une de ces tombes anticipées de la Bastille, d'où il ne sortit que pour aller reposer quelques mois après dans sa tombe éternelle.

'^ On essaya avec la vie du corps de lui ravir cette autre vie auprès de laquelle la première n'est rien pour quelques uns : l'honneur. On nous a dit tout-à-l'heure avec quelle ingénieuse adresse, il parvint à violer le secret d'un cachot et à porter même jusqu'à ses juges prévenus une justification éclatante. Un arrêt le réhabilita dans l'opinion publique, et imprima le stigmate de la honte au Gouvernement qui réservait de semblables récompenses à de semblables hommes. Tardive justice !...

*' Il mourut peu de temps après entre les bras dp ga

- 168 MAHÉ DE LA B0UED0NNAI3

femme, et de ses enfants, le cœur brisé par l'ingratitude humaine, et par le spectacle de TindigeDco des siens. Il leur laissait toutefois plus qu'une fortune : le nom de La Bourdonnais.

*' Vous voulez aujourd'hui lui élever une statue. Avant le don, Me^iSieurs, la restitution. Je réclame pour la source qui désaltère cette ville, et qui est un des ses premiers apanages, son nom légitime, celui de La Bourdonnais. Je demanie pour cet asile de la bienfaisance,

l'Hôpital du Port-Louis, qui est en quelque sorte l'incarnation de sa bienfaisance et de son humanité, son nom légitime de La Bourdonnais. (1)

^' Une statue, ce serait l'éloge des hommes qui peut quelquefois être suspect; ici, ce sera le panégyrique impartial d'un monument qui parle par lui-même. Vous voulez ériger une statue à La Bourdonnais, vous vous félicitez de posséder des monuments, des places publiques, des travaux d'exploitation, même son image ; mais n'oubliez pas que vous avez plus que tout cela

encore. Cette terre renferme les ossements de La Bourdonnais. Entrez dans cette enceinte sacrée à quelques pas

du sanctuaire, levez cette dalle Ce sont les derniers

restes des enfants et de la femme de La Bourdonnais que couvre cette pierre muette. Pourquoi, Messieurs, suivant l'usage européen, une inscription sur cette dalle, n'ensei-

(1) Il est curieux de remarquer que près d'un demi siècle après le Secrétaire Colonial actuel, Sir Graham Bower, K.C.M.G., qui ignorait sans doute la demande de M. Piston, ait aussi proposé, dans un rapport officiel, de donner le nom de La Bourdonnais au nouvel hôpital que le GouYernement a Viutentioa d établir h, Port Louis,

MÀHE DE LA BOTJEDONNÂIS 169

gnerait-elle pas, dans ce sanctuaire de la justice éternelle, le précieux trésor que recèle TBglise St. Louis. (1)

'' Elevez toutefois sa statue, car (pour emprunter le mot d'un jeune orateur imberbe, que sa modestie a tenu^ muet dans cette expression générale delà reconnaissance.) «'Quel piédestal convient mieux à la statue de La Bout*donnais que l*Ile de France, l*Ile de France baignée par cette mer des Indes, le théâtre brillant de ses exploits et de sa gloire."

(1) Ce vœu sera bientôt réalisé par les soins du Comité.

Inauguration de la Statue.

Le 30 Janvier 1853 le Comité La Bourdonnais se bonstitua définitivement et procéda aux nominations suivantes :

Président — M. Fropier.

Vice-Président — Mgr. l'Evêqiie de Port-Louis. '

j, — Lé Général Sutherland.

Secrétaire — MM. Autard de Bragard.

Yice-Secrétaira— Jules Mallac.

j, —M. Bourbon.

Trésorier — L'Hou* Léchelle, Maire de Port-Louis. Assistant Trésorier— M. T. Kœnig.

Les listes de souscriptions dont la première portait en tête l'offrande généreuse du Gouverneur Higginson, furent mises en circalation, et chacun s'empressa d'apporter son obole à l'œuvre patriotique.

Mais bien des raisons, entre autres les deux épidémies de choléra de 1854 et de 1856, en retardèrent l'exécution ; et ce ne fut que le 19 Mai 1859, que la statue, œuvre do Dumont, noua arriva à bord du Java, Capitaine Mallot

El

KHH' -:^

Hi

Bjgi

^BBwl,v^

'^i^HB

B^ffl

-^'Sjtt^^:- L

î ^HHBI^^^B^^M|

^■k '''dffi^^^^i

la

K. , ip

fe\ 1 ..

MAHE DE U BOUBDOÏTKAIS 171-

Carabet. Le Comité La Bourdonnais se réunit de suite, et sur la suggestion du Gouverneur Stevenson, (1) fit choix du site qu'il lui indiquait.

" La statue du fondateur de la ville" dit Son Excellence dans une minute *' ferait face à la mer, et semblerait souhaiter la bienvenue aux étrangers. Il contribuerait à l'embellissement de Textrémité de la Place d'Armes qui ne saurait recevoir une plus heureuse décoration."

Les travaux furent immédiatement commencés et l'inauguration fixée au 30 Aoûtr. Un programme des fêtes que nous reproduisons plus loin, fut publié, et afin de donner à cette cérémonie plus de solennité, un appel fut fait aux poètes et aux musiciens Mauriciens pour la composition d'une cantate en l'honneur de La Bourdonnais, qu'un chœur d'artistes et d'amateurs devait chanter.

MM. Jérémie Basset et Emmanuel chef d'orchestre du théâtre de Port-Louis furent les heureux lauréats. Ce dernier n'était pas un Mauricien, mais le public fut appelé le lendemain de l'inauguration, à applaudir au théâtre la musique d'un de nos compatriotes, M. Berger.

Un ciel magnifique éclaira ce jour si impatiemment attendu. Le compte-rendu de cette fête que nous empruntons au Gernéen, et les discours qui y furent prononcés, témoignent d^ l'enthousiasme qui présida à cet hommage tardif de la colonie à la mémoire de son fondateur.

(1) Sir William Stevenson arriva dans la Colonie le 20 Septembre ] 857. Il mourut au Réduit le 10 Janvier 1863. Une Statue lui a été érigée dans la cour d'honneur de l'Hôtel du Gouvernement à Pôrt-Louls.

Programme de la Fête d'Inauguration de la Statue de La Bourdonnais, a Port Louis, le Mardi 30 Août 1859.

1. La fête commencera à deux heures précises de l'après midi. Un signal d'avertissement sera donné à une heure et demie par un coup de canon tiré de la Citadelle.

2. Son Excellence le Gouverneur et Madame Stevenson honoreront la fête de leur présence. Son Excellence a été priée d'y inviter, au nom du pays, son collègue, Monsieur le Gouverneur de la Réunion et Madame la Baronne Darrioau, et d'y convier également tous les habitants de l'Ile Sœur qui voudraient nous visiter à cette occasion, et particulièrement une députation de la commission qui avait été instituée lors de l'inauguration de la Statue de Labourdonnais à St. Denis. Le Maire de la ville de St. Denis a été officiellement invité à la fête.

•3. Seront invités également à prendre part à la fête :

lo. Le Général commandant des troupes de Sa Majesté dans la Colonie, avec tous les chefs de corps de même que les Evêques de cultes chrétiens et leur clergé.

2o. Tous les corps constitués du pays.

3o. Le consul de France à Maurice.

4o. Tous les consuls étrangers^ résidant à Port-Louis.

5o. Les commandants et états-majors des navires de guerre, pouvant se trouver en rade de Port Louis, le jour de l'inauguration.

MAHB DE LA BOURDONNAia 173

Qo, Les commandants des navires marchands^ et particulièrement les équipages bretons pouvant se trouver sur la rade de Port-Louis, à la même époque.

7o. Les différentes Chambres ou Sociétés constituées de la colonie.

80. Tous les chefs des Maisons d* Education de la ville, avec une députation composée de huit élèves.

9o. Les auteurs des paroles et de la musique de la cantate qui sera chantée à l'inauguration, et toutes autres personnes auxquelles le Comité jugerait convenable de faire parvenir une invitation spéciale.

4. Des gradins seront élevés en amphithéâtre autour du monument pour recevoir les autorités et les personnes invitées à la fêle.

Page 1