CHAPITRE XI
Description du pays des Soumal-Medjcurtine. — Caractères physiques de ses habitants. — Costume des deux sexes.
La presqu’île de Hhafoun appartient au territoire des Medjeurtine (1), l’une des populations qui, sous le nom générique de Soumal (2) , occupent, à la partie orientale de l’Afrique , cet espace triangulaire dont les trois sommets sont Zeïla, Guardafui et l’embouchure du Djoub. Il ne paraît pas que les Medjeurtine aient adopté un nom pour désigner leur pays : celui de Daroud, prononcé quelquefois par eux quand ils sont questionnés à ce sujet, ne serait autre, d’après les traditions soumal, que le nom du premier descendant ou continuateur d’un certain Adji , chef d’une noble famille arabe qui , obligé de fuir son pays, aborda sur la côte d’Ade! , où il prêcha et propagea l’islamisme. Ses
(1) Le mot Medjeurtine aurait, suivant un voyageur anglais, le lieutenant Cruttendeu, le sens de chéri, bien aimé (the beloved oue); mais, d’après les informations prises à ce sujet par l’interprète de la mission, le sens véritable de ce mot serait pudique, timide.
(2) Le nom de Soumal, affecté à plusieurs peuples, n’est pas un nom de nation, mais bien celui d’une race. Cette race comprend trois grandes familles principales : les Soumal-Adji, dont les Medjeurtine font partie; les Soumal-Haouiya et les Soumal-Rahhan'ouine. Les détails relatifs aux deux dernières trouveront place dans la description des points de leur territoire qui ont été visités par l’expédition.
descendants continuèrent son œuvre et devinrent chefs de nouvelles tribus (4), dont l’une a été la souche de la population medjeurtine. Cette population se montre très-fière de son origine arabe et repousse avec dédain la supposition qu’elle ait pu provenir de quelque tribu galla.
Le pays des Medjeurtine comprend la vaste étendue de côtes ayant pour bornes, au sud, le village de Guerâad, à une dizaine de lieues au delà de Ras-el-Khil ; au nord, le village de Raô, Bendeur-Zijada des Arabes. Les Soumal disent qu’un peu à l’ouest de ce point, non loin du rivage, s’élève une double chaîne de montagnes laissant entre elles une vallée profonde. Dans cette vallée, limite naturelle du pays du
(lï Adji eut pour fils Deurr, dont les nombreux enfants furent : Deurrkobeléb, Deurrhogueur, Deudbeus, Sàlhorseun, Gâdseun, M’hhamed, Doubrour, Gouré, Idémoggueur, Gueurouéni, Gueurdedoub, Habeur-Aouël, Habeur-Garhhadjeus, Habeur-Touldjaalla, Aïssé-Medoubé, Djébril-Aboqueur, Houssein-Aboqueur.
Sàlhorseun et Doubrour donnèrent naissance à deux tribus qui, avec une partie des enfants de M’hhamed, s’établirent au loin, sur le littoral désigné depuis par le nom de Bar-el-Benadir, et y formèrent la population dite Biémal; les tribus des autres enfants de Deurr occupent le territoire compris entre Zeïla et Bendeur-Djédid.
Une fille de Deurr épousa un Arabe, qui eut d’elle quatre enfants; cet Arabe, désigné sous le nom de Daroud par les Soumal, s’appelait Cheikhabd-er-Rhamau-beu-Djabarti-ben-Ismaël. Ses quatre enfants furent Koublallahh, Meurrihhâu’, Iouceuf et Tauadé.
De Koublallakh naquirent Kombé etKoumadé, qui engendrèrent, chacun, plusieurs enfants. Kombé en eut quatre , parmi lesquels Heurti- Kombé et Guéri-Kombé. De Heurti proviennent les fondateurs des tribus suivantes : Medjeurtine, Ouarsangueli , Loulbahauté, Deuch’chiché, Thin’leh et Gobtau’leh. Le littoral du pays peuplé par les enfants de Heurti s’étend depuis Hobbia, au sud, jusqu’à un point situé à une journée de marche en deçà de Bendeur-Djédid, au nord; à l’intérieur, ils sont bornés par les Habeur-Gadeur au sud-sud-ouest , les Meurrihhân’ au sud-ouest, les Ougadine et les Ideur à l’ouest.
La descendance de Guéri-Kombé est représentée par une seule tribu.
côté de l’ouest, surgit et coule, du sud au nord, un cours d’eau nommé Queram, qui, à deux journées de la côte, sort d’un plateau du pays des Medjeurtine, à un endroit qu’on appelle Derorr. Quoi qu’il en soit, on doit considérer le territoire des Medjeurtine comme borné, à l’ouest, par celui des Ouarsanguéli ; au sud-ouest , par les Loulbahan’té ; au sud , par celui des Meurrihhân’ et celui des Habeur-Gadeur, subdivision des Gourgaté, l’une des six principales divisions des Soumal-Haouiya. 11 aurait, d’après ces indications, quatrevingt-dix lieues en longueur, et quarante-cinq dans sa plus grande largeur.
Au dire des indigènes, le pays, complètement dénué de lacs, d’élangs et de cours d’eau permanents, serait formé d’une succession de plateaux montagneux très-élevés, laissant entre eux de profondes vallées, dans lesquelles, lors de la saison pluvieuse, des torrents se précipitent des montagnes. Mais celui de la vallée de Nougal, et un autre nommé Djeuhèl, qui coule de Derorr vers l’est, aux environs de Hhafoun, sont les seuls considérables.
Le territoire des Medjeurtine présente un développement de près de cent quatre-vingts lieues de côtes, et cet immense
celle des Guéri, qui habile un petit territoire limitrophe de celui des Ideur.
Les eufants de Koumade furent Ougadino, Ilabeusgoul , Beurteri et Guélimis, dout les tribus se sont répandues vers l’ouest jusqu’au Ouébi- Denoq et le pays galla.
Meurrihh;ln’ fut la souche de la population du même nom, qui comprend à peu près dix mille âmes.
Les familles de louceuf et de Tanadé out composé deux autres petites tribus, aujourd’hui de deux cents à trois cents âmes chacune : la première se tient aux environs de Guerâad , l’autre occupe un territoire enclave dans le pays des Medjeurtine.
il. '2(i
liltoral n’ofFre pas un port; mais on trouve plusieurs mouillages de mousson sur la partie comprise entre Guerâad et Ras- Assir. A l’ouest de ce dernier jusqu’à Bendeur-Zyada, on peut jeter l’ancre sur toute la côte pendant la mousson de sud-ouest, et même toute l’année, en certains points. Voici quelques indications sur cette côte du nord (1) :
L’extrémité nord-est de l’Afrique, que lescartesindiquent sous le nom de Guardafui, est appelée par les indigènes Assir ou Ras-Assir. Le promontoire qu’ils nomment Guardafui, ou plutôt lerdefoun, est une terre élevée de 700 mètres au-dessus de la mer, peu saillante quant à la direction générale de la côte, et située à onze milles dans le sud de Ras-Assir, dont la hauteur n’est que de 274 mètres. Lorsqu’on vient du sud ou de l’ouest, disent les pilotes, la terre qui avance plus que toutes les autres vers le large est Ras-Assir. La différence des méridiens calculée par le lieutenant Carless entre ce cap et la pointe sud-est de la presqu’île de Hhafoun étant de 4' 50" ouest, et nos observations plaçant cette dernière par 49° 5' 55" , il en résulte que, pour nous, la longitude de Ras-Assir serait de 49° 0' 45" est.
A quatre lieues dans l’ouest de Ras-Assir, est un cap nommé Bérida. Dans la baie que celui-ci forme avec le précédent, on a un très-bon mouillage pendant la mousson de sudouest. On peut s’y procurer du bétail et du bois à brûler, apporté par les habitants de la vallée de Toheum , située entre le plateau d’Ierdefoun et celui d’Assir. A environ six
(1) Pour la description des côtes au nord de la presqu’île, j’ai contrôlé et complété les renseignements que m’avaient donnés les patrons de bateaux, à l’aide des travaux hydrographiques exécutés, eu 1838, par le lieutenant Carless, de Ylndian navy.
lieues de Dérida est une nouvelle pointe basse, sablonneuse et garnie de quelques arbres; on la nomme Ras-Aloûla : c’est le point le plus septentrional de toute cette côte et celui qu’Horsburgh désigne sous le nom de Ras-Mette. Il est par II0 59' de latitude et 48° 50' 50" de longitude (I). Entre ce cap et le précédent, la côte est bordée d’un banc de roche qui s’avance à plus d’un mille au large et au delà duquel seulement on a des fonds de sable. Dans la partie correspondante du rivage on trouve partout de l’eau potable en creusant à un ou deux mètres, et, à un peu moins de deux lieues, dans l’est de Ras-Aloûla, il existe plusieurs puits de bonne eau. Sur le côté ouest de ce dernier est le village de même nom, dont le mouillage est considéré comme le meilleur de cette côte pendant la mousson de nord-est.
Aloûla est entièrement composée de huttes; sa population ordinaire peut être de deux cents âmes, principalement femmes et enfants; les hommes, sauf quelques pêcheurs, voyagent à l’intérieur la majeure partie de l’année, et ne reviennent au rivage qu’aux époques où le commerce les y attire, c’est-à-dire au commencement et à la fin de la mousson de sud-ouest : un millier d’individus y sont alors réunis. Aloûla ne possède que de mauvaise eau, mais on s’y procure facilement beaucoup de bétail et un peu de bois à brûler. Les bateaux mouillent devant le village par 5 et 7 mètres, sur un fond de corail qui s’étend jusqu’à trois cent vingt mètres du rivage. A mille mètres on aurait un fond de 2Q à 51 mètres, sable.
A environ trois lieues dans l’ouest sud-ouest ouest de
(1) Les longitudes données par le lieutenant Carless ont été déduites de celle du phare de Bombay, supposé par 70° 34’ 15”.
Ras-Aloûla est une terre très-élevée, ayant de loin l’apparence d’une île, et au delà de laquelle le rivage s’infléchit vers le sud ; les naturels l’appellent Ras-Beurmouk ; c’est le cap Félix de nos cartes et le Ras-el-Fil des Arabes. Ce promontoire a 245 mètres de hauteur; il est par 11° 47' 40" de latitude et par 48° 25' de longitude.
Au revers de Ras-Beurmouk commence une longue plage dont la direction est, d’abord, le sud 40° ouest, puis le sud | sud-ouest. La saillie produite par ce changement de direction a reçu le nom de Ras-el-Arab (cap des Arabes, parce que leurs bateaux s’y arrêtent généralement pour faire de l’eau et du bois) ; on dit aussi Ras-Feleuk du nom d’un village situé un peu plus au sud, à l’entrée d’un petit bras de mer qui forme une lagune assez étendue, en arrière de la plage dont je viens de parler. On y remarque une maison en pierre. Bendeur-Feleuk est par 11° 49' latitude et 48° 17 longitude. On mouille devant le village par des fonds de 9 à 16 mètres, sur un banc de sable qui s’étend jusqu’à près de mille mètres du rivage. Venant du large et n’apercevant que les hautes terres de la côte, on se dirigera sur Feleuk en gouvernant entre le cap Beurmouk et les montagnes de M’raïah, situées à douze lieues dans le sud-ouest j sud de ce cap.
M’raïah est par 11° 45' de latitude et 48° 15’ de longitude, à deux lieues et demie dans le sud-sud-ouest de Bendeur-Feleuk. C’est la résidence la plus ordinaire du Sultan quand il se trouve sur la côte. On y voit quinze ou seize maisons en pierre, dont plusieurs fortifiées, et la population est de 500 âmes environ. Son mouillage est très-fréquenté par les bateaux, qui y chargent beaucoup de bétail, de l’encens,
de la gomme et un peu de myrrhe. On y jette l’ancre par des fonds de 6 à 14 mètres, sable et corail, à distance d’un demimille à un mille du rivage. Des puits donnant de l’eau douce en abondance existent dans le sud-est de la ville. Autour de celle-ci, le terrain est plat, sablonneux et parsemé de quelques buissons ; mais à un mille et demi de la plage s’élève subitement une rangée de montagnes dont les plateaux supérieurs atteignent plus de 800 mètres au-dessus de la mer. Cette chaîne commence un peu à l’est de la ville et se prolonge, dans l’ouest, huit lieues au delà. Les gommiers y croissent jusqu’à une certaine hauteur, où ils font place aux arbres à encens; les nombreuses cavités que ces montagnes présentent à leur sommet logent des essaims d’abeilles sauvages qui y déposent du miel de qualité supérieure recueilli soigneusement par les Bédouins.
De M’raïah on aperçoit, aux alentours, quelques maisons en pierre appartenant, la plupart, au Sultan et marquant la place d’autant de villages ; ce sont Djeyseli et Gueursah entre Feleuk et M’raïah, et, à l’ouest de celui-ci , Ouarba. Les mouillages en sont réputés mauvais.
A partir de M’raïah, la plage se rétrécit de plus eu plus, et, après Ouarba , le pied des montagnes arrive jusqu’à la mer. A deux lieues et demie de ce village, la chaîne en est interrompue par une coupée profonde; et, un peu plus loin, elle se relève en deux masses proéminentes nommées Djebeur-el-Kébir et Djebeur-es-Serir (grand et petit Djebeur), à deux lieues au delà desquelles cette chaîne se termine.
Sur un espace d’environ quatre lieues et demie, à la suite de cette côte roide et montagneuse, le rivage consiste en une plage offrant, aux deux tiers de l’étendue indiquée, une
saillie arrondie où se trouve Bendeur-Khour, petit port formé par un bras de mer; au fond de ce dernier se déchargent les eaux de plusieurs ravines converties en torrents dans la saison des pluies. Les bateaux d’un très-faible tonnage peuvent seuls remonter le bras de mer jusqu’au village situé à environ cinq milles de l’embouchure, et au revers d’un plateau assez élevé qui empêche de l’apercevoir de la mer. A l’entrée, sur la rive gauche, est une petite fortification. Bendeur- Khour a une population fixe de 250 à 500 âmes; on le dit plus important que les précédents sous le rapport du commerce, mais le mouillage extérieur n’y est pas tenable en toute saison. Les bateaux y mouillent sur un banc qui, partant du rivage , s’étend , devant le port , jusqu’à mille ou onze cents mètres au large ; ils y sont par des fonds de 4 à 5 mètres; à un mille de terre on serait par 9 mètres, et le fond augmente graduellement à 45, 46 et 25 mètres, brassiage existant à deux milles de la côte. Le petit fort mentionné ci-dessus est par 4 4° 51' 30" de latitude et par 47° 44' 50" de longitude.
A peu de distance de ce point, la côte redevient escarpée; elle est dominée par l’extrémité d’une nouvelle chaîne, qui , à quatre lieues dans l’ouest de Bendeur-Khour, se termine par un promontoire élevé et rocheux, nommé Ras-Berâ, situé par 44° 50' de latitude et 47° 50' de longitude. De Bendeur-M’raïah à cette pointe la direction générale de la côte est l’ouest-sud-ouest.
Après avoir contourné Ras-Berâ on découvre le village du même nom, qui a une maison fortifiée, et, à deux lieues, dans l’ouest-sud-ouest du même promontoire, un cap en arrière duquel s’élève la montagne de N’tarah, liante de 4,525 mè-
très au-dessus de la mer, et la plus remarquable de toute la côte.
A un peu plus de deux lieues dans le sud-ouest de N’tarah, se trouvent, très-rapprochés l’un de l’autre, le village de Bourgabem, composé d’une vingtaine de huttes et d’une maison en pierre, puis un autre appelé Bendeur-Bâad, à un mille dans le sud, ayant un puits de bonne eau; à un demimille, au large d’une petite pointe qui sépare ces deux villages, gît un fond de neuf cents à mille mètres d’étendue, sur lequel il n’y a que 5 à 4 mètres d’eau, de basse mer : un navire longeant de près la côte doit, par conséquent, s’en défier.
A trois lieues dans l’ouest de Bendeur-Bâad est une pointe élevée, nommée Ras-Merero ou Ras-el-Hhameur; puis, à l’ouest, et à trois lieues au delà de cette pointe, Bendeur- Gâcem, le plus important village des Medjeurtine, où résidait, il y a quelques années, leur sultan. Bendeur-Gâcem a cinq maisons en pierre avec tours fortifiées, et dans chacune d’elles il y a un puits, ha ville, qui peut compter de 500 à 600 habitants, est divisée en deux quartiers, celui des Soumal et celui des Arabes.
Dans la plaine environnante, serpente le lit d’un ruisseau qui coule dans la saison des pluies seulement et débouche à un mille et demi à l’ouest du port.
Il y a devant Bendeur-Gâcem un banc servant de base à deux pâtés de corail , l’un attenant au rivage et l’autre s’en écartant de près de quatre cents mètres, et formant ainsi une sorte de barachois où les petits bateaux mouillent par un fond de 3“,5 à 5 mètres, sable. On a des fonds de H mètres à un mille de terre, de 14 mètres à un mille et demi, et de 18 à 20 à deux milles au large. Bendeur-Gâcem est visité
par des bateaux de Mascate et de Bombay, mais plus ordinairement par ceux d’Aden et de M’Kellé; tous en exportent du petit bétail, de la gomme, de l’encens et de la myrrhe. Ce point est par 11° 17' 50" de latitude et 47° de longitude.
Enfin, à quatre lieues dans l’ouest de Bendeur-Gâcem est
Bao ou Bendeur-Zyada , le dernier village des Medjeurtine
sur le littoral. Il est situé par 11° 15' de latitude et par 46° 47' 20'' de longitude entre les embouchures de deux petits ruisseaux qui assèchent peu après la fin de la saison pluvieuse. Les habitants de cette localité possèdent quatre bateaux au moyen desquels ils expédient leurs gommes dans les ports de la mer Bouge. On a des fonds de 13 à 14 mètres à un demi-mille du rivage.
On peut mouiller, m’a-t-on dit, toute l’année, devant les points désignés par le titre de Bendeur ou port, sauf à Bendeur-Khour, qui n’est pas abrité des vents de la mousson de nord-est. Toutefois cette côte est principalement fréquentée par les bateaux à la fin de la mousson de sud-ouest et pendant les premiers mois de la mousson de nord-est. Le banc de sondes qui la borde sans interruption s’avance au moins à un mille et demi du rivage, et sur la majeure partie de son étendue à trois, quatre et cinq milles ; le fond est de sable, mêlé de corail en quelques endroits; la mer marne de3m,65; durant la mousson de nord-est, les courants vont de l’est à l’ouest en suivant les contours de la côte; dans les mortes-eaux, le jusant, dont la direction est de l’ouest vers l’est, ne se fait pas sentir; mais, aux grandes marées, près de terre, il court à l’opposé du courant général, quatre ou cinq heures sur les vingt-quatre.
Quand règne la mousson de sud-ouest il fait presque calme à petite distance de terre, et la mer est fort belle tout le long de la côte ; néanmoins il y a souvent du ressac à la plage. A cette mousson correspond la saison chaude, et l’air est si doux alors, que les indigènes couchent sans vêtement, à la belle étoile. Sur la côte est , au contraire , la saison relativement froide est celle des grandes brises de sud-ouest : dans les mois de juin, juillet et août, il se forme d’abondantes rosées, ayant, selon les naturels, une influence pernicieuse sur quiconque y reste exposé.
A l’intérieur, il n’y a pas d’époque périodique pour les pluies; cependant elles sont plus fréquentes dans les mois de septembre, octobre, novembre, et dans ceux de mars et d’avril; elles tombent par ondées de trois à quatre heures au plus. L’été, la chaleur est extrême et le soleil si ardent, que les Soumal eux-mêmes s’abstiennent de sortir au milieu du jour; le sol, disent-ils, brûle les pieds. Revenons maintenant à la côte de l’est.
Les Medjeurtine n’ont, à la côte orientale de leur pays , d’autres points régulièrement visités pour le commerce que Hhafoun et Hordiya. J’ai raconté ce qui se passe dans le premier de ces marchés : voici en quoi consistent les opérations faites à Hordiya. Chaque année, à la fin de la mousson de nord-est, quelques barques de M’KelIé, de Chehlieur et des ports medjeurtine du nord y abordent. Elles sont tirées à terre; et, durant la mousson de sud-ouest, un trafic journalier s’établit entre les marchands et les indigènes, qui y apportent des gommes, des plumes d’autruche, des peaux, de l’ivoire et du semen. Les éléphants sont trèsnombreux dans les environs de Hordiya, et des Soumal de
Braoua s’y transportent parfois pour se livrer à la chasse de ces animaux.
Si des bateaux de commerce relâchent à certains endroits situés au sud de Hhafoun et dont je parlerai plus loin , ce n’est que pour prendre de l’eau. Toutefoisune assez grande quantité de bateaux employés à la pêche y stationnent pendant la mousson de nord-est, notamment aux environs de Ras-Mâabeur et de Ras-el-Khil.
La mer jette de l’ambre gris sur les côtes, et plus particulièrement sur celle de l’est. Les Soumal du littoral, qui connaissent la valeur de cette matière, la recherchent avec soin. Mais tout l’ambre recueilli au rivage doit être remis au Sultan, et, quand ses agents sont avertis qu’il en a été trouvé, ils le réclament au nom du souverain et en fixent arbitrairement le prix, auquel les détenteurs sont obligés de le livrer bon gré mal gré. Aussi les individus qui en ont ramassé le cachent-ils en attendant une occasion de s’en défaire plus avantageusement; et cette occasion leur est offerte dans leurs communications avec les bateaux qui parcourent la côte.
L’ambre gris se rencontre souvent en morceaux trèsgros, afTectant parfois la forme de rameaux ou de branches comme les coraux. De là l’opinion répandue chez les Arabes que c’est un produit végétal, croissant au fond de la mer, et dont les parties, détachées du tronc par des commotions sous-marines ou par le choc de quelques poissons énormes, comme la baleine, sont emportées par les vagues et jetées au rivage.
On m’a dit, à Hhafoun, que, pour faciliter la recherche de l’ambre gris, les Soumal ont des chameaux dressés à en
reconnaître la présence par l’odorat. Cette version , ainsi que ce qui m’a été raconté sur l’origine de l’ambre, se retrouve dans un passage des chroniques d’Abou-Zéid-Hassan (1).
Tous les Medjeurtine à qui j’ai parlé n’ont pas manqué d’affirmer, avec la vanité habituelle aux peuplades barbares, qu’ils sont une nation puissante et composée d’un très-grand nombre de tribus. Mais il me serait impossible de donner une idée numérique de la population du pays. Quel qu’en soit le chiffre, il est probable que, si elle n’augmente pas, elle est au moins stationnaire, car, d’après les indigènes, le pays n’est point insalubre, et les guerres qu’ils ont fréquemment avec leurs voisins ne sont pas bien sanglantes, quoiqu’ils prétendent le contraire. Leur nourriture est saine; leur genre de vie les entretient dans une activité salutaire, et, quant aux rapports entre les sexes, il n’y a ni libertinage excessif ni restrictions morales ou sociales qui puissent entraver la procréation.
Les divisions établies parmi les Medjeurtine résultent de leur organisation en tribus, et sont purement politiques d’ailleurs, car toutes ces tribus ont une commune origine, se servent du même idiome et suivent la même religion. Le type général appartient à l’une de ces variétés intermédiaires qui sont comme les degrés de transition entre le rameau sémitique de la race caucasienne et le rameau éthiopique de la race nègre.
Les proportions en longueur, celle de la face étant prise pour unité, sont assez exactes, chez les hommes comme chez
(1) Voyez la traduction de M. Reinaud, Chaîne des chroniques , livre i, page 4, et livre h , page 143 et suivantes.
les femmes, entre les membres et le buste. Chez les hommes il n’existe pas autant d’harmonie quant aux autres dimensions; ainsi la carrure, la grosseur du tronc, celle des bras et des jambes sont moindres qu’elles ne devraient être d’après leur longueur. Chez les femmes il paraît y avoir plus de proportion entre le tronc et ses appendices; mais elles n’ont pas de hanches et le bassin fait avec la colonne lombaire un angle très-obtus, de telle sorte que le creux des reins est peu marqué ou la saillie sous-jacente peu développée. La taille moyenne de l’homme est de lm,69 à lm,70 ; celle de la femme, de lm,GO.
La peau est de couleur noir-rouge, mat ou terne chez les uns, clair ou brillant chez les autres.
Le front est haut, mais rétréci latéralement par un aplatissement très-marqué des os temporaux ; quelques-uns ont assez développée la partie du front que les phrénologistes regardent comme le siège des organes de la réflexion. Quant à la forme générale du crâne, le diamètre vertical est relativement plus grand que le latéral et l’antéro-postérieur ; la suture longitudinale est tellement saillante dans certains sujets, qu’elle forme au sommet du crâne comme une vive arête. L’angle facial est de 80° à 84°.
Les cheveux sont noirs, rudes et crépus. J’ai vu des individus se disant d’origine soumali pure qui les avaient bouclés; ce sont, je crois, des cas exceptionnels résultant peut-être du croisement du type soumal avec le type arabe ou indien. Beaucoup se rasent la tète, selon l’usage musulman. Autrefois, les cheveux étaient portés longs et décolorés avec de la chaux , ce qui leur donnait une teinte jaunâtre tranchant d’une façon bizarre sur la couleur du vi-
sage. Parmi les habitants de l’intérieur, il en est qui ont conservé l’ancienne coutume.
Les yeux, noirs et un peu enfoncés, sont plutôt petits que grands, et mieux chez les femmes que chez les hommes; l’arcade zygomatique est très-prononcée. Le nez n’égale jamais, en longueur, ni la distance de sa base au menton ni la hauteur du front; le profil en est très-varié; les narines sont toujours assez fortes. La bouche est grande; les lèvres sont, le plus généralement, un peu épaisses, surtout la lèvre inférieure, qui s’abaisse de manière à laisser apercevoir les dents; celles-ci sont blanches, sans saillie et bien rangées, mais déchaussées par l’habitude qu’ont les Soumal de se les frotter fréquemment dans la journée avec un petit morceau de bois vert faisant l’office de brosse, et dont le suc légèrement acide les blanchit. Ils donnent à cette brosse improvisée le nom de l’arbuste qui en fournit le bois, iraki (1). Le menton est petit, quelquefois un peu fuyant. Les joues sont creuses , les oreilles de moyenne grandeur.
Comme je l’ai déjà dit, les membres et le corps sont minces proportionnellement à la taille; les jambes, surtout, sont grêles; la saillie des mollets est à peine marquée. La
(1) Le nom et l’usage de cet objet leur viennent, sans doute, des Arabes, et probablement de ceux de l’Yémen. On lit, eu effet, dans Niebuhr, Description de l'Arabie, tome 111, page 131, le passage suivant :
« On appelait eràk , à Bdsra et à Ilaleb , certaines petites brosses « pour les dents qu’on transporte en quantité (ï Yémen en ces villes et « eu d’autres. Cette brosse n’est autre chose qu’un petit bûtou mince, « dont le bois extérieur se coupe et dont la moelle, épaisse, filandreuse « et tendre, sert de brosse; quand le haut en est usé, on la retaille « comme le crayon. Je crois avoir vu beaucoup de cns buissons, eràk , « dans le Téhâma , etc. »
main est petite; les doigts, en fuseau, présentent à l’extrémité un léger aplatissement. Le pied est de dimension ordinaire. Les hommes ne sont pas doués , je crois , d’une grande force musculaire, mais ils sont infatigables à la marche; c’est, d’ailleurs, leur seul exercice; ils ne se livrent à aucun travail suivi qui réclame l’emploi des bras.
En résumé, les Soumal Medjeurtine ne sont ni bien ni mal faits. Quant a leur physionomie, elle manque de vivacité et d’agrément.
Les portraits pris au daguerréotype, et qui sont reproduits dans 1 album, donneront, au reste, mieux que la plus complète description , une idée du type soumali. Ce n’est pas, on peut se 1 imaginer, sans difficultés de toute nature que je me les suis procurés. D’une part, l’élévation de la température et 1 action de la lumière rendent très-incertain le maniement des matières accélératrices : or le seul moyen que j’eusse de me soustraire à cette double action était de m installer sous une tente, où je formais, tant bien que mal, des compartiments pour isoler les diverses boîtes qu’exige le traitement des plaques ; d’autre part, le sujet devait être exposé en plein soleil, afin de pouvoir produire des ombres suffisantes, en dépit de la couleur sombre et mate de la peau; cette condition m’était encore imposée par la nécessite d’abréger la durée de la séance, pendant laquelle je n’obtenais qu’à grand’ peine l’immobilité du corps et, surtout, celle des traits. Souvent, enfin, les individus que j eusse le plus désiré de mettre ainsi sur la sellette s’y refusaient obstinément, ne doutant pas qu’une puissance surnatuielle n intervînt dans ces préparations, présentant, pour eux, on le comprend, toutes les apparences de la sorcellerie.
Au milieu de tant d’obstacles, il m’eût été impossible d’arriver à un résultat, si la promesse de cadeaux et d’une rémunération pécuniaire n’eût déterminé quelques hommes à venir à bord, où j’avais plus de commodités pour opérer. Ce premier pas fait, trois femmes, plus curieuses ou plus intéressées que les autres, risquèrent aussi l’aventure, escortées et chaperonnées par le vieux et respectable Salem, qui, pour preuve de sa confiance en notre moralité, nous amenait sa propre fille, enfant de douze à treize ans. Outre la piastre qui leur avait été personnellement promise, ces dames emportèrent chez elles une collection de verroterie, de miroirs et de mouchoirs de coton, qui fit, sans doute, beaucoup d’envieuses parmi les autres femmes du village, mais qui n’en décida pourtant aucune à surmonter sa répugnance aveugle ou ses vagues appréhensions. Je ne saurais faire honneur de leur réserve, dans ce cas, ni à la modestie ni à la pudeur ordinaires à leur sexe; on verra, plus tard, que les dames de Hhafoun n’ont pas ces vertus en partage.
Quant aux femmes qui vinrent à bord, l’une, qui était Ouarsanguéli, avait la taille petite, mais les traits assez fins, et la physionomie vive et spirituelle ; elle se prêta de bonne grâce à ce qu’on prît son portrait, et parut enchantée d’avoir consenti à faire le voyage; tout ce qui s’offrait à ses regards était, pour elle, si nouveau et si luxueux, qu’elle passait incessamment de la surprise â l’admiration. Sa compagne, robuste fille de seize à dix-sept ans , était de haute taille et accusait de très-belles formes; mais son air sauvage et boudeur, ses mouvements roides et embarrassés disaient assez que l’appât du gain l’avait seul portée à se rendre à
mes sollicitations, et que, pour avoir droit à la rémunération promise, elle ne se croyait pas obligée de se montrer gracieuse. Quand vint son tour de se placer sur la sellette et qu’il s’agit de lui faire prendre une pose un peu artistique, ce fut l’objet d’un véritable débat; encapuchonnée dans son meuro (1), qui l’enveloppait ainsi de la tête aux pieds, elle s’obstinait à n’en pas lâcher un pli. Je m’évertuais, au contraire, à le lui draper élégamment sur les épaules, de manière à en laisser paraître à peu près ce que nos dames ont l’habitude de découvrir en toilette de bal. Cette transaction entre mes inspirations d’artiste et son intraitable rigorisme n’était certes pas une trop grande exigence; mais les demi-mesures n’étaient probablement pas de son goût. Lassée de ma persistance à rétablir le discret vêtement dans la position indiquée, et l’attribuant bien gratuitement à un tout autre attrait que celui de l’art, elle passa subitement d’un extrême à l’autre, et au moment où, la croyant résignée, je démasquais l’objectif de la boîte, elle rabattit, avec humeur, son meuro jusque sur ses hanches, en prononçant quelques mots, dont le sens était sans doute : « Tiens, voiià, et finissons-en 1 »
Mon désappointement fut cruel, mais qu’y faire? L’instrument, rapide comme l’éclair, dessinait déjà sur l’impressionnable plaque l’objet mis à sa portée; il fallut bien accepter la scandaleuse exhibition , et, au lieu du portrait de la belle jeune fille, dont je voulais enrichir ma collection, me contenter de l’image d’une bacchante, exposant, dans toute leur nudité, ses plantureux appas (2).
(1) Pagne de coton.
(2) Voyez à l’Album, planche 18.
Les vêtements des Soumal sont en rapport de simplicité avec leurs demeures. Celui des hommes, j’entends leur habit de parade, consiste en deux pièces de colon ayant chacune de six à sept coudées (2m,66 à 5m,10) en longueur, et trois coudées de large (lm,35). Avec l’une, ils se font une sorte de jupon , maintenu au-dessus des hanches au moyen de l’un des bouts, tordu et employé en guise de ceinture; de l’autre, désignée plus spécialement par le nom de meuro, ils s’enveloppent le corps et parfois la tête, ou se drapent chacun selon son goût ou sa fantaisie. Les hommes ont des sandales ( kebo ) qu’ils fabriquent eux-mêmes; elles sont ordinairement en peau de bœuf, mais il en existe de plus légères, faites avec la peau d’un animal sauvage qu’ils nomment guéri ; d’après la description qui m’en a été donnée sur les lieux, je crois que cet animal est la girafe. Les Soumal portent généralement suspendus au cou, par une lanière à nœud coulant, un ou deux talismans (: reurthds ), qui se composent d’un petit sachet de cuir gaufré, contenant un chiffon de papier où sont écrits des versets du Coran, auxquels on attribue toute la vertu de cette sorte d’amulette. Ils en ont un autre qui se met au bras ; c’est une espèce de bracelet fait de lanières tressées et arrêtées de distance en distance par des nœuds; on le nomme kadone (I). Ils se parent aussi de bracelets en verroterie.
Tous les Soumal marchent armés; leurs armes sont : la sagaie [ouérem) et un long couteau-poignard ( gombet ), dont
(1) C’est par erreur que ce nom a été donné pour celui des talismans figurés planche 50 de l’Album, et dont le nom est, comme on le voit ci-dessus, reurthds.
le manche est en corne noircie, et qu’ils placent à la ceinture, dans une gaine de peau. Le couteau est d’un usage général. La sagaie est quelquefois remplacée, surtout chez les Bédouins de la basse classe, par l’arc ( rariso ) et les flèches ( felladj ) ; ces dernières, le plus souvent empoisonnées, sont enfermées dans un carquois ( gueboïo ) de cuir épais, tenu en bandoulière, de manière que l’ouverture se présente sous le bras gauche. Beaucoup comprennent aussi dans leur armement un petit casse-tête en bois ( boyt ), trop léger, d’ailleurs, pour être une arme dangereuse. Le bouclier ( gacliam ) accompagne presque toujours la sagaie; on le suspend au cou. Ces boucliers, faits de peaux de rhinocéros, ne sont pas fabriqués dans le pays; ils viennent de chez les Galla et particulièrement de Gananéh. Ils ont une forme circulaire; le diamètre en est de 40 centimètres environ. Ils sont un peu convexes au centre, et garnis, en dessous, d’une forte poignée en cuir, dans laquelle on passe le bras. Le dessus est façonné à moulures. Les chefs et quelques habitants des cotes n’ont d’autre arme qu’une longue épée (sîf), à lame plate et à deux tranchants, tout à fait semblable à celle des Béloutchis, et dont ils ont emprunté le nom et l’usage aux Arabes. Ainsi que les couteaux décrits plus haut, elle est montée sur un manche de corne et enfermée dans un fourreau de cuir.
Les femmes composent leurs vêtements de peaux de moutons et de gazelles tannées tant bien que mal , et de quelques morceaux d’étoffes de coton. Elles ont toutes, comme premier vêtement, une sorte de plastron de cordonnier, passant sous l’aisselle droite et noué au-dessus de l’épaule
gauche; il masque la poitrine et retombe en tablier, jusqu’ un peu au-dessus du genou ; une pièce de coton, formant jupe, maintient le plastron à la taille, et quelquefois se serre à coulisse au-dessus des hanches, imitant alors parfaitement certaine partie du costume de nos dames, qu’on nomme, je crois, une tournure, et qui serait bien mieux nommée une imposture. D’autres fois, et je l’ai particulièrement remarqué chez les femmes non mariées, le plastron est remplacé par un morceau d’étoffe blanche disposé également pour voiler la poitrine. Enfin une pièce de coton, le meuro, pouvant , au besoin, envelopper le corps de la tète aux pieds, complète le vêtement et se drape selon le goût de celle qui le porte, et l’instant de la journée ou l’état de l’atmosphère; c’est donc, suivant chacun de ces cas, soit un manteau complet, soit un châle, soit une robe flottante, entourant le corps jusqu’aux aisselles.
Les femmes soumal ne soignent pas leur chevelure ; elle est toujours sale et en désordre, et comme empaquetée sous un mouchoir ordinairement bleu , appelé mcssouan ou danga, qu’elles arrangent en forme de turban mal roulé. Quelquefois les cheveux qui garnissent les tempes forment une petite tresse de chaque côté du visage; quand la tète n’est point couverte du mouchoir, elle est cachée par un bout du manteau simulant un capuchon.
Je ne puis dire s’il existe, dans le pays, des femmesde haut rang qui fassent usage de chaussure, mais je n’en ai rencontré aucune, à Hhafoun, qui ne fût pieds nus. Quelques-unes ont des boucles d’oreilles, et la plupart ornent leur cou d’un long collier de verroteries tombant sur la poitrine, et auquel est appendu, en guise de médaillon, un mor-
ceau informe de coquille ou d’os de poisson, dont le blanc poli se détache fortement sur le fond noir de la peau. J’ai \u peu de femmes parées du talisman; ce moyen de sauvegarde semble plus particulièrement employé parmi les hommes.