‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale (volume 3)Chapitre 32 sur 56 · DES IDIOMES DE LA COTE ORIENTALE D’AFRIQUE · texte numérisé non relu

DES IDIOMES DE LA COTE ORIENTALE D’AFRIQUE

Nous avons dit que la région de l’Afrique orientale, dont traite le récit qui précède, comprenait deux grandes divisions séparées par la ligne équatoriale. Deux idiomes y sont en usage. A défaut de noms techniques et appropriés à leur origine, nous avons accepté les désignations de Soumali données par les Arabes à celui du nord , et de Souahhéli à celui du sud. Du côté de l’intérieur, aussi bien que vers les contrées australes et septentrionales de l’Afrique , nous ignorons les limites au delà desquelles ils ne sont plus connus. Il est à remarquer qu’ils n’ont pas d’analogie entre eux, quoiqu’un assez grand nombre de mots leur soient communs , ces derniers n’étant que des mots arabes qu’ils se sont assimilés par suite des relations que les navigateurs et les marchands de l’Arabie ont eues de temps immémorial avec le littoral dont il s’agit. Du reste, cette agrégation a d’autant moins effacé la physionomie propre des deux idiomes africains, qu’ordinairement les emprunts faits par eux n’ont été amenés que par la nécessité de désigner des objets ou des actes jusqu’alors inconnus aux indigènes.

On se demandera peut-être si , lorsque cette contrée jouissait d’une prospérité relative constatée plus d’une fois dans les pages qui précèdent, les lettres avaient atteint un développement proportionnel , et si les idiomes nationaux possédaient alors leur grammaire et leur vocabulaire. Le fait est qu’il n’en reste aucune trace. Il est, d’ailleurs, à présumer qu’il n’en a point été ainsi, car l’histoire, combinée avec les traditions recueillies dans chacun des deux pays, prouve qu’il n’y a pas eu de civilisation souahhéli ou soumali, mais uniquement une quasi-civilisation arabe implantée sur diverses parties du Souahhel et de la côte des Soumal. On n’y emploie d’autre écriture que celle des Arabes : c’est ainsi que sont écrits les quelques livres souahhéli dont nous avons eu connaissance, et qui se bornent à des poésies et à des traductions du Coran.

Quant à la formation de ces idiomes, je ne saurais en dire rien de précis. Il y a lieu de penser qu’ils ont été apportés de l’intérieur. L’ouvrage de M. de Froberville sur la parenté des langues africaines australes, que je regrette de n’avoir pas eu à ma disposition en temps opportun , aurait pu donner une nouvelle base à nos recherches. En s’abouchant avec des Abyssins, des Galla ou des indigènes du sud , il serait possible de découvrir des rapports entre les idiomes de ces peuplades et le soumali ou le souahhéli. D’ailleurs les naturels sont si profondément ignorants de tout ce qui a trait au mécanisme des langues, qu’ils sont incapables de fournir sur la leur des explications raisonnables, et qu’on n’a d’autre ressource que ses propres observations. Faute de temps, faute, aussi, d’une direction bien arrêtée, celles que nous avons faites dans le cours de l’exploration ont été très-incomplètes. Toutefois les quelques notions qui vont suivre suffiront, je l’espère, aux besoins les plus immédiats des navigateurs qui visiteront ces parages : elles comprennent, outre un petit vocabulaire desdeux idiomes, un recueil des phrases souahhéli les plus usuelles, et l’exposé des règles grammaticales que M. Vignàrd a cru reconnaître.

Page 1