DE LA LANGUE SOUAHHÉLL
Le souahhéli le plus pur paraît être celui qu’on parle à Lâmou et aux environs. Dans les localités où les Arabes sont nombreux, il s’altère beaucoup par les emprunts faits à leur langue et finit par n’être plus qu’un patois, une sorte de langue mixte où les mots étrangers sont, pour ainsi dire, naturalisés en recevant une terminaison en ni ou en ou (1). D’ailleurs, le souahhéli ne manque ni de richesse ni d’élégance. Il est exclusivement employé sur tout le littoral, du Djoub à Sofala. Aux Rénadir, à Socotra, on trouve des gens parlant le souahhéli ; les commerçants et les esclaves africains l’ont même apporté sur les côtes de l’Arabie et de l’Inde.
Prononciation.
Le souahhéli est une langue douce et harmonieuse ; les voyelles qui terminent presque tous les mots et l’accent placé sur l’antépénultième lui donnent , pour la prononciation , beaucoup d’analogie avec l’italien. Ses quelques articulations gutturales sont une importation arabe : encore sont-elles assez adoucies pour qu’un Européen puisse les produire sans difficulté.
(t) Ces mots seront indiqués par le mot arabe placé entre parenthèses.
Écriture.
Les caractères arabes adoptés par les Souahhéli sont trèsmal appropriés à leur idiome et en rendent l’orthographe indécise et défectueuse. On sait que l’alphabet arabe n’a que des consonnes; des points placés au-dessus ou au-dessous de celles-ci suppléent aux voyelles ; et, comme la langue des Souahhéli renferme beaucoup plus que celle des Arabes de sons à exprimer par ces signes, il en résulte que les écrits des premiers en sont surchargés, ce qui les fait distinguer tout d’abord de ceux des seconds.
Grammaire.
Les Souahhéli reconnaissent, comme les Arabes, trois parties du discours : le nom, comprenant les substantifs et les adjectifs; le verbe; la particule, qui comprend l’article, la préposition, l’adverbe, la conjonction et le pronom.
Du nom.
Les noms (substantifs et adjectifs) ont les deux nombres; les substantifs seuls ont les deux genres.
Le pluriel se forme généralement par une modification de la première syllabe du singulier, ou l’addition d’une syllabe nouvelle au commencement du mot.
Pour les mots très-nombreux qui commencent par m ’ ou mou, le pluriel s’obtient en changeant m ou mou en oua. Exemples :
M’iou , un homme; Oualou , des hommes.
Monggana, un homme libre; Ouaonggana , des hommes libres. ülouonggo, un menteur; Ouaonggo, des menteurs.
Il y a des exceptions. Ainsi l’on dit :
il/’lo, uue rivière; Mito, des rivières.
Mouaka, une année ; Miaka , des années.
Le pluriel se forme aussi fréquemment en ajoutant la syllabe ma au commencement du mot. Exemples :
Z loua , un lac; Mazioua, des lacs.
Néno, une parole; Manéno, des paroles.
11 y a des pluriels d’une grande irrégularité, tels que :
Djioué , une pierre; Maoui, des pierres.
Kilou , une chose ; Filou, des choses.
Certains noms sont invariables : les uns viennent d’une langue étrangère, particulièrement de l’arabe; d’autres ne peuvent pas prendre une des formes usitées du pluriel sans qu’il en résulte ambiguïté avec quelque autre mot de la langue. Ainsi l’on dit :
Slakasi, une ou des chambres du rez-de-chaussée.
Nazi, un ou des cocos. tMots arabes.)
Dari , une ou des chambres du ltr étage.
Dar, une ou des maisons.
Les adjectifs forment leur pluriel comme les substantifs ; mais ils sont invariables quant au genre.
31'lou n'guéma , un homme bon ;
Oualou ouéma , des hommes bons.
Enfin une règle euphonique très-générale dans la langue souahhéli fait modifier leur première syllabe de façon qu’ils aient la meme forme initiale que le substantif auquel ils se rapportent.. Ainsi l’on dit :
Oualou ouhinggui, des hommes nombreux;
L’adjectif nombreux est nihinggui, qui change sa première syllabe ni en ou pour avoir la même forme initiale que le substantif oualou, auquel il se rapporte.
Les adjectifs démonstratifs ce, cette, ces se rendent par lti ou par hi hi, et surtout, à ce qu’il paraît, par ce dernier mot quand ils se rapportent à un substantif désignant un objet inanimé.
Les adjectifs possessifs sont :
langgo, mon, ma, mes; lélou, notre, nos;
Iako, ton, ta, tes; Iéno, votre, vos;
laké, son, sa, ses ; lûo, leur, leurs ;
Ils se placent après le nom de la chose possédée. Exemple : An’dougou ianggo, mon frère;
Les deux adjectifs iako et iaké se contractent souvent en yo et yé. Ainsi :
Babayo, mon frère;
Ombouloyé , sa petite sœur.
Il existe une autre forme pour rendre mon, ton, son :
St, mon. Ou, ton. A, son.
Dans ce cas, l’adjectif possessif se place avant son substantif :
Si djambo, ma santé. A djambo , sa santé.
üu verbe.
Les verbes ont deux formes, l’une active et l’autre passive. Nous les croyons aussi susceptibles de prendre des formes dérivées de leur radical, ainsi que dans les verbes arabes; mais nous n’avons pu recueillir à cet égard que des renseignements très-incomplets. — Voici quelques conjugaisons telles qu’elles résultent des notes de M. Vignard :