‹ Documents sur la Compagnie de Madagascar, précédés d'une notice historiqueChapitre 26 sur 96 · RARPORT DU GOUVERNEUR DU H DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

RARPORT DU GOUVERNEUR DU H DÉCEMBRE

rinderanité. Si ce fait avait eu lieu, nous aurions eu, en effet, à soumettre à l'assemblée extraordinaire des résolutions qui ne sont pas de la compétence de l'assemblée générale ordinaire.

Notre Compagnie ne subsiste désormais, vous le savez, Messieurs, que pour obtenir le payement de Tindemnité que le gouvernement français a demandée au gouvernement malgache comme la compensation légitime des pertes que notre Société a supportées, et du sacrifice qu'elle a fait en renonçant à l'exploitation de la charte

toncédée par Radama. Aussi longtemps que cette indemnité ne sera pas payée, les intérêts de la Compagnie de Madagascar continuent, suivant les propres expressions de M. le ministre des affaires étrangères, à être placés sous la protection du gouvernement de t Empereur.

Depuis l'assemblée générale du 3 août 1864, j'ai entretenu, avec l'adhésion de votre Conseil d'administration, des relations suivies et fréquentes avec les personnes qui m'ont paru le mieux en position à Madagascar, et dans les lies de la Réunion et de Maurice, pour me tenir au courant des faits qui pouvaient intéresser notre Compignie, et j'ai profité de toutes les occasions pour rappeler à notre gouvernement les engagements pris envers nous. Je ne me suis pas laissé décourager, qu'il me soit permis de le dire, parce qu'a d'ingrat aujourd'hui, dans la situation faite à la Compagnie, la mission de veiller à ses intérêts, et de les défendre au besoin en faisant valoir ses droits.

Je m'empresse de constater ici. Messieurs, que le gouvernement impérial a tenu fidèlement la promesse, que nous avait faite M. le ministre des affaires étrangères, de subordonner toute négociation d'un nouveau traité de commerce avec Madagascar à l'assurance que le gouvernement malgache réparerait envers la Compagnie le ptH;judice qu'il lui a causé. Je dois ajouter que, de son côté, la cour de Tananarive semble avoir accepté le principe et le chiffre de Tindemnité, car elle a expédié les fonds à Tamatave.

Mais si nous nous croyons fondés à dire que la légitimité de nos réclamations n'est plus contestée par les Hovas, qui ont enfin senti la nécessité de faire cet acte de déférence vis-à-vis de la demande formelle de notre gouvernement, nous sommes forcés d'avouer que nous ignorons complètement l'époque oii l'argent nous sera remis. En

effet, M, le ministre des affaires étrangères, qui a toujours montré pour notre Compagnie une bienveillance à laquelle je me fais un devoir de rendre hommage, nous informait, dans une lettre du 13 juillet 1864, qu'il « s'écoulerait quatre mois au moins avant qu'il pût nous « annoncer une solution définitive. » L'hivernage de 1864 était ainsi indiqué implicitement comme le terme probable de notre attente. La connaissance que nous avions du caractère hova et de son orgueil nous faisait douter, il est vrai, que la cour de Tananarive se résignât facilement à payer l'indemnité. Mais nous étions rassurés par le désir loyal et naturel qu'éprouvait notre gouvernement d'obtenir une réparation pour notre Compagnie, et de n'avoir plus à s'occuper d'une affaire qui rappelait des souvenirs pénibles.

Et pourtant l'hivernage de 1864 arriva sans apporter de solution. Toute une autre année s'est également écoulée depuis lors ; l'hivernage de 1865 est commencé, et rien n'est payé.

Si nous constatons ces retards, ce n'est pas que notre confiance dans l:i parole et dans l'efficacité de la protection de notre gouvernement se soit affaiblie. Mais, pourquoi nous le dissimuler. Messieurs? Entre la diplomatie hova qui cherche tous les prétextes pour reculer indéfiniment le payement de ce qui nous est dû, et la longanimité prescrite, jusqu'ici, à nos négociateurs, nous ne pouvons nous défendre de préoccupations graves au sujet de l'époque oii nous recevrons la somme promise. C'est notre devoir de vous le dire avec franchise, comme nous l'avons déjà dit à M. le ministre de la marine en lui demandant que des pouvoirs suffisants fussent donnés aux représentants de la France, pour qu'ils puissent répondre immédiatement, et sans en référer à Paris, aux nouvelles objections qui seraient formulées par les Hovas. En effet, à de pareilles distances, toute difficulté qui serait élevée au retour du printemps entraînerait des lenteurs forcées qui absorberaient certainement encore une année.

Le gouvernement français, en déterminant le chiffre de l'indemnité, et vous en l'acceptant, vous aviez réciproquement compté sur un payement prochain. Or, tout nouveau délai est un nouveau préjudice pour vous. Aussi demanderons-nous, en votre nom, lorsque nous communiquerons au gouvernement le rapport que nous avons l'honneur de vous présenter, de ne pas permettre aux

Hovas d'aggraver la position de la Compagnie en différant plus longtemps la remise des fonds de l'indemnité.

Nous pourrions nous borner. Messieurs, au résumé de h situation que nous venons de placer sous vos yeux ; mais Tenchaînement des circonstances qui se sont produites depuis votre dernière réunion jette un tel jour sur la politique et les intentions de la cour de Tananarive, et montre, d'un autre côté, la volonté de l'Empereur si constamment protectrice de nos intérêts, que nous croyons utile de vous exposer les faits; nous le ferons rapidement.

Nous vous disions, à l'assemblée générale du 3 août 1864, que le bruit de Texistence de Radama était encore très-répandu à Madagascar. Chose étrange, qui n'a été connue que récemment, c'étaient les meurtriers du roi eux-mêmes qui propageaient et entretenaient cette croyance pour paralyser l'action de la France, pour amener les amis et les partisans de Radama h se découvrir, et les écraser ensuite sous une répression impitoyable. L'auteur de cette abominable politique, le premier ministre d'alors, celui qui, après avoir assassiné le roi, avait contraint la reine h l'épouser, Tennemi acharné de la France, fut enfin renversé par une révo!utit)n de palais. Son successeur paraissait moins hostile aux idées die civilisation; et Raharla, un des plus éclairés parmi les Hovas, était nommé gouverneur de Tamatave, oîi il arrivait le 21 juillet t864. Ce changement semblait indiquer que les relations avec la cour de Tananarive seraient moins difficiles désormais.

Vous vous rappelez. Messieurs, que le gouvernement français avait fixé aux envoyés malgaches, à Paris, en juillet 1864, le chiffre de l'indemnité à payer à la Compagnie ; il leur avait déclaré en même temps que la révision des anciens traités était subordonnée au payement de cette somme. A leur retour d'Europe, ces envoyés avaient été retenus à Tamatave par des ordres venus de Tananarive. Leur gouvernement avait voulu gagner du temps, et toisser passer la bonne saison, avant de s'expliquer sur les propositions dont ils étaient porteurs. Enfin, les envoyés furent mandés à la capitale, et un conseil des chefs les plus influents fut réuni pour entendre leur rapport.

Trois opinions se produisirent dans ce Kabar, qui eut lieu en présence de la reine Rasoahérina. Cette princesse a toujours

i98 RAPPORT DU GO'JVERNEUR

incliné au respect des engagements, et s'est montrée favorable aux idées de conciliation. Quelques chefs proposèrent, mais timidement^ de reprpndre les traités signés par Radaraa; le parti des vieux Hovas, persuadé que la France est une puissance secondaire, souipise aux volontés de l'Angleterre, s'opposait à la conclusion de tout traité avec notre gouvernement, et à tout arrangement avec la Compagnie; d'autres, plus modérés, désiraient bien renouer des relations avec notre pays, et consentaient même à nous payer une indemnité, mais à la condition qu'elle fût trës-faible et à une échéance indéterminée.

Cette dernière opinion prévalut, en partie du moins; il fut décidé que la Reinp écrirait à l'Empereur, lui proposerait de conclure un nouveau traité de commerce, et lui demanderait de réduire le chiffre de l'indemnité.

Cependant, les délais fixés par M. le ministre des affaires étrangères étaient entièrement écoulés. Nous crûmes le moment venu (le 18 janvier 186.5) de le prier de nous faire savoir oii en était la question de Tindemnité.

M. le ministre nous répondit, le 3 février, que la Reine, dans sa lettre à l'Empereur, avait exprimé, en termes généraux, le désir de voir réduire la somme demandée ; il ajoutait que nos intérêts continuaient à être V objet de toute la sollicitude du gouverne^ ment impérial, et qu*îl comptait profiter de Voccasion offerte par la dernière communication du gouvernement malgache pour faire valoir avec une nouvelle insistance les droits de, notre Compagnie à une prompte et équitable réparation.

iNotre gouvernement fit plus encore; l'Empereur daigna intervenir lui-même; et, dans la réponse qu'il adressa à la Reine, il confirma la demande d'indemnité faite par son ministre, maintint le chiffre fixé, et insista pour que le payement ne s'en fit pas attendre.

La lettre impériale fut reçue à Madagascar avec le cérémonial le plus pompeux. Les Hovas sont observateurs scrupuleux des formes extérieures, surtout lorsqu'ils ont intérêt à donner le change sur leurs véritables intentions. Quant à ceux que l'on appelle les vieux Hovas, et dont l'inllucnce est encore grande, ils sont incapables de comprendre les sentiments de générosité dont s'inspire

DO ii DÉCEMBRE i86a 199

une puissance comme la France dans ses rapports avec un pouvoir comme celui qui réside à Tananarive. Pour ce parti, la patience et la bienveillance ne sont que de la faiblesse; la ruse seule esl de l'habileté, et le vrai droit, c'est la force. Aussi la portée de la lettre de TEmperenr ne fnt^lle pas comprise par ces hoxmues. Bien plus, elle donna occasion, dans l'intérieur du conseil, aux discussions les plus violentes et les plus hostiles.

Âpres de longs et orageux débats^ dont Técho nous est parvenu, la Reine adressa à TEmpereur une seconde lettre dans laquelle elle demandait à combien s*éleyait la somme réclamée pour la Compagnie. En feignant d'oublier que précédemment il avait sollicité la réduction de l'indemnité, dont le chiffre exact avait été apporté de Paris par les envoyés malgaches, le conseil des chefs montrait qu'à tout prix il voulait gagner du temps, et il ne prenait même pas le soin de voiler ses intentions sous un prétexte plausible.

La répugnance des Hovas à payer Thidemnité ne tient pas seulement à la cupidité ; leur orgueil se sent profondément blessé à ridée d'être obligés à réparer le préjudice qu'ils ont causé à notre Compagnie. Jamais, en effet, jusqu'ici, ils n'ont accordé de dédommagement pour le mal qu'ils ont fait. Loin de là, la reine ftanavalo ayant interdit, il y a quelques années , toutes relations commerciales avec les Européens, et bien que cette prohibition fût encore plus désastreuse pour les Malgaches que pour les étrangers, ce furent les Anglais qui durent payer une contribution de 75,000 francs pour obtenir la levée de cette interdiction.

Le consul de France à Tananarive ne dissimula pas aux ministres hovas l'inutilité de la nouvelle démarche faite auprès de l'Empereur. Il s'efforça de leur faire comprendre la gravité des conséquences qu'entraînerait pour eux le refus d'obtempérer à la volonté de son souverain, dont la lettre, quelque bienveillante qu'en fut la forme, ne permettait pas d'hésitation. Il insista pour que le payement eût lieu immédiatement entre les mains du chef de la station navale, dont il produisit les pouvoirs.

Le parti des vieux Hovas, irrité de cette insistance du consul français, essaya de l'intimider en propageant autour de lui des bruits menaçants ; et, un instant, M. Laborde put croire sa vie en péril. Toutes nos correspondances de Maurice et de la Réunion nous en

apportèrent la preuve. Mais les menaces échouèrent contre la fermeté de notre consul, resté, malgré tout, calme, bienveillant même.

De différents côtés, d'ailleurs, on avait conseillé à la cour de Tananarive de ne pas pousser à bout le gouvernement impérial. Le consul anglais lui-même avait été d'avis que Ton payât Tindemnité. Il n*est pas jusqu'aux missionnaires méthodistes, si remuants, et d'ordinaire si hostiles aux idées françaises, qui ne se montrèrent assez favorables à la pensée de nous accorder une réparation. Un pareil revirement d'opinion tenait évidemment à des motifs bien sérieux. I^os correspondants nous en ont donné une explication trèssimple. Tout le monde sait le rôle que, depuis plusieurs années, certains personnages ont Joué à Tananarive ; comment ils ont profité de l'ignorance des Hovas et du peuple malgache, pour leur persuader que la France ne pourrait tirer un coup de canon dans leurs parages sans la permission de l'Angleterre. Or si nos marins venaient à châtier la mauvaise foi du gouvernement hova, les auteurs de cette grossière calomnie allaient recevoir un rude et éclatant démenti qui les couvrirait de ridicule.

Les Hovas se décidèrent enfin à réunir la somme demandée : la Reine en fournit plus de la moitié, et les chefs le reste. Lorsqu'il s'agit d'expédier l'argent à Tamatave, il y eut une espèce d'émeute dans la capitale ; elle fut aisément réprimée, et le convoi qui emportait les fonds put partir sous l'escorte d'un petit corps d'armée de quinze cents hommes.

Cependant, M. le capitaine de vaisseau Tricault, commandant la station navale des côtes orientales d'Afrique, apprenant à la Réunion l'envoi de l'indemnité, appareilla avec la Junon pour Sainte-Marie de Madagascar, afin de se trouver à portée lorsque les fonds arriveraient. L'officier couimandant un aviso, qui accompagnait la frégate la Junon, fut chargé d'aller régler par avance avec Raharla, gouverneur de Tamatave, les conditions de la remise et de la vérification des espèces. Cette dernière précaution éUût d'autant plus nécessaire que l'altération des monnaies se pratique communément à Madagascar.

Tout étant ainsi préparé et convenu, et les fonds arrivés, M. Tricault se rendit à Tamatave, le 23 septembre, pour toucher l'indemnité. La Junon et le fort échangèrent les saluts d'usage, et,

m ^ DÉCEMBRE 1865 201

au moment voulu, le Commandant se présenta chez le gouverneur de Tamatave. Raharla lui déclara alors qu'il ne pouvait payer avant d'avoir reçu les textes originaux de la Charte ; que tels étaient les ordres du gouvernement, qui prescrivaient en outre de brûler ces pièces en présence du peuple.

Ces originaux étaient naturellement à Paris. Le Commandant eut beau expliquer qu un acte diplomatique se détruit par un acte subséquent, et que la quittance, qu'il était autorisé à délivrer, annulerait explicitement tous les droits et privilèges énoncés dans la Charte, Raharla persista à dire qu'il avait Tordre formel de ne verser l'argent qu'en échange des documents signés du roi.

M. Tricault fit remarquer au chef hova que rien n'avait pu faire prévoir la demande qui lui était adressée, laquelle, d'ailleurs, était tellement contraire aux usages diplomatiques que le gouvernement de l'Empereur pourrait bien la considérer comme un véritable refus. Ces loyales observations, formulées avec un grand calme et une courtoisie parfaite, firent impression sur Raharla, qui demanda au Commandant de lui accorder le temps d'en référer à Tananarive. M. Tricault y consentit, et retourna à Sainte-Marie.

La réponse arriva : elle était digne des Hovas. De la demande transmise par Raharla il était à peine question. Mais la cour de Tananarive, fidèle à ses errements, se répandait en regrets d'une exagération évidente sur le désagrément que le chef de la station navale avait du éprouver en apprenant du gouverneur de Tamatave la condition mise au payement. Puis, s^vec une perfidie calculée, elle cherchait à faire retomber sur le consul de Fjrance le tort de n'avoir pas prévenu M. Tricault en temps utile.

L'insistance extraordinaire du gouvernement hova pour obtenir qu'on lui rendît les textes originaux de la Charte, l'intention qu'il a manifestée de la détruire publiquement, doivent frapper votre esprit comme elles nous ont frappé nous-môme. Messieurs. Ils avaient donc une grande valeur ces privilèges qui nous étaient concédés! Le coup que l'organisation de notre Compagnie allait porter à la barbarie hova était donc bien sûr, que les vieux politiques de Tananarive, ces hommes réfractaires aux idées de civilisation, tiennent tant à ce qu'il ne reste pas vestige des textes qui constataient nos droits !

Et pourtant, telle est leur cupidité que, lorsque rocca^on s'est présentée pour eux de racheter ces privilèges, ils ont tout tenté, au risque de tout compromettre, d'abord pour ne pas payer l'indemnité, puis pour en obtenir la réduction. Us ont prétendu ne nous devoir de dédommagement ni pour la renonciation de la Compagnie à la Charte, ni pour nos efforts, nos peines, notre teaips rendus stériles, ni même pour les intérêts perdus. Mais, Messieurs, pour tout esprit impartial, le chiffire de Tindemnité n*est-il pas notoirement insuffisant? Et l'auriez- vous accepté si vous n'aviez voulu prouver une fois de plus au gouvernement que, dans tout le cours de cette affaire, du premier jour jusqu'au dernier, vous n'avez en d'autre pensée que d'entrer dans ses vues?

Devant l'opiniâtreté des Hovas à réclamer des textes qu'ils savaient se trouver à Paris, M. Trieault rentra à la Réunion. On était au 8 octobre.

Depuis ce jour, nos correspondances nous apprennent que le Commandant persiste à croire que la cour de Tananarive pourra se raviser. L'officier qui commande l'aviso chargé du service régulier entre la Réunion et Tamatave, fait deux voyages par mois. Il est muni chaque fois de pleins pouvoirs pour toucher les fonds; mais il a Tordre d'attendre et de ne rien demander.

C'est ainsi, que les Hovas sont pai*venus jusqu'ici à ajourner le payement de l'indemnité. Ils peuvent se croire autorisés à conclure que le même système réussira encore. Leur but constant est de gagner du temps ; suivant eux, gagner du temps, c'est se donner de grandes chances de sauver l'argent. On dit cyniquement à Tananarive, et c'est là le secret de leur diplomatie, qu'un événement,, une complication européenne quelconque, détournera l'attention du gouvernement français de cette question, et la fera enterrer. Déjà, au départ du dernier courrier, le bruit courait à Tamatave, comme dans la capitale, qu'une fois en possession des textes originaux de la Charte, les Hovas demanderont la renonciation officielle et écrite de la France à tous ses anciens droits sur Madagascar.

Pour nous. Messieurs, malgré toutes les affirmations de nos correspondants, nous nous refusons à croire que les Hovas commettent cette faute. Nous avons même des motifs de penser que la modération et la patience dont le représentant de la France,, le

commandant de la station navale, n'a cessé de fjjre preuve durant cette négociation, auront inspiré à Raharla et à la cour de Tananarive de salutaires reflexions.

Sans nous livrer h des appréciations qui pourraient sembler prématurées, nous croyons être dans le vrai en disant que la partie Ip plus éclairée du gouvernement malgache commence à comprendre qu'en cherchant de nouveaux subterfuges pour retarder la satisfaction qu'attend notre gouvernement, elle exposerait son pays à des dangers sérieux.

Nous devons ici rester en dehors du domaine de la politique; et, si nous en approchons quelquefois, c'est en raison de la liaison intime qui existe entre les intérêts de notre Société et la dignité du gouvernement impérial, entre le refus de reconnaître notre Charte et le refus d'exécuter les traités conclus avec Radama et ratifiés par l'Empereur, L'unique objet que nous poursuivons est la réparation, des dommages causés par la mauvaise foi hova. Nos efforts ne se lasseront pas, et nous vous disons avec confiance que cette réparation nous sera donnée.

Comment pourrait-elle nous être refusée, quand il est constant, je le répète, que la création de notre Compagnie n'avait d'autre but que de réaliser une des grandes pensées de l'Empereur; que c'est notre gouvernement lui-même qui, après la mort du roi, nous a demandé de renoncer à l'exploitation de la Charte; lui qui a fixé l'indemnité; lui qui s'est engagé à ne pas reviser les traités aussi longtemps qu'elle ne sera pas payée; quimd enfin l'Empereur n'a pas dédaigné d'intervenir personnellement, et de confirmer dans une lettre les justes, demandes de ses ministres en faveur de notre Compagnie?

L'ensemble et renchalnement de ces circonstances nous donnent la conviction qu'il est impossible que l'indenanité ne soit pas soldée. Vous partagerez sans doute cette conviction.

Après vous avoir exposé la situatic»i telle qu'elle nous apparaît, sans rien dissimuler de ce que l'on peut attendre ni de ce que l'on peut craindre, nous aUons vous entretenir d'une question qui a dû se présenter naturellement à votre esprit, et qui a été l'objet d'un sérieux examen de la part de votre conseil d'administration. ' Dans l'état des choses, n'y aurait-il pas lieu de distribuer aux

â04 RAPPOHT DU GOUVERNEUR

inléressés les foads qui se trouvent en France, et qui représentent un peu plus de 50 0/0 du capital versé?

Si cette distribution pouvait s'opérer sans exiger au préalable la dissolution et la mise en liquidation de la Compagnie, nous n'aurions pas éprouvé la moindre hésitation, et nous vous aurions proposé immédiatement cette répartition. Mais la loi ne permet de distribuer une portion quelconque du fonds social d'une société anonyme qu'après la mise en liquidation de cette société. Or, prononcer la dissolution de notre Compagnie, confier le soin de poursuivre la rentrée de l'indemnité à de simples liquidateurs, ne serait-ce pas sacrifier les meilleures chances de notre remboursement intégral au minime avantage, pour chaque intéressé, de rentrer immédiatement dans la portion des fonds disponibles auxquels il aurait droit, alors surtout que ces fonds ne courent aucun risque ? Désirant nous réserver toujours la possibilité de faire une distribution prochaine , nous ne pouvons opérer que des placements à court terme, et dès lors à un très-faible intérêt. Si ces fonds vous étaient répartis, vous les utiliseriez sans doute d'une manière plus avantageuse. Mais la mesure qui vous aurait permis d'utiliser à votre guise la moitié de votre capital nous a paru avoir le très-grave inconvénient de compromettre le remboursement de l'autre moitié de ce capital.

En effet, si les hommes qui ont été initiés le plus directement aux intentions du gouvernement au moment de la création de cette entreprise, et dont les efforts ont servi le plus énergiqueraent ses projets, renonçaient à poursuivre le payement de l'indemnité, leur retraite ne serait-elle pas interprétée comme \m défaut de confiance dans la légitimité des droits de la Compagnie h une réparation ? Ne servirait- elle pas d*excuse, en quelque sorte, à Foubli dans lequel pourrait tomber le règlement d'une affaire que les parties les plus intéressées sembleraient avoir, sinon passée par profits et pertes, du moins inscrite parmi les créances les plus douteuses? Je n hésite pas à dire que si nous mettions ta Compagnie en liquidation, nous viendrions, sans le vouloir, en aide aux Hovas; et autant je crois aujourd'hui que nous serons payés, autant je croirais alors que la Compagnie ne recevrait jamais l'indemnité.

Votre Conseil d'administration a été de cet avis ; il a été unanime

dans la ferme résolution de maintenir Texisténce de la Compagnie jusqu'à ce que Tindemnilé soit touchée. Il est également d'avis, en cas de retards ultérieurs, de demander au gouvernement que les intérêts des fonds qui nous sont dus soient ajoutés au chiffre du capital réclamé.

Il ne nous reste plus, Messieurs, qu'à vous exposer la situation financière de la Compagnie.

D'après le compte que nous avons eu l'honneur de vous présenter à la dernière assemblée générale, le reliquat de l'actif social, défalcation faite de tous les frais relatifs à Torganisation de la Compagnie et à la mission à Madagascar, était au 30 juin 1864 de 683,823 fr. 73c.

Mais il résulte de renseignements fournis par M. le commandant Du pré que nous avions porté à tort comme créance recouvrable une simple dépense dont l'emploi a été justifié depuis.

et qui s'élevait à 5,000 fr. » c. / /^

-Ni

D'autre part, nous avons /'^ ' '^ ^

encaissé comme produit de \\ -^ ^'J vente d'objets matériels une \?^'"0'^

somme de 490 50

En retranchant de l'actif social la différence entre ces deux sommes, ci 4,503 50

il appert que l'actif réel de la Compagnie,

au 30 juin 1864, était de 651,314 23

C'est ce chiffre que nous prenons pour point de départ du compte que nous allons vous soumettre.

Nous vous ferons connaître d'abord les dépenses de la Compagnie, qui, depuis le 30 juin 1864 jusqu'au 30 juin 1865, ont été de 9,421 fr. 20 c.

Elle se décomposent comme suit :

1*> Liquidation de dépenses afférentes à Vexercice précédent.

Commissions et gratifications pour mouvements de fonds à la Réunion et à Madagascar 1,244 fr. 95 c.

206 RAPPORT DU GOCVEBNEHR

Report. ..... 1,244 fr. 95 c. 9,421 fr. 20 c.

Frais judiciaires et honoraires dans le procès intenté à la Compagnie et perdu par deux agents de la mission, MM. Coignet et ^ Guillemin 1,043 63

^ Uépenses afférentes à V exercice 1864-1865.

Commissions de banque à Paris . 722 45

Frais relatifs à l'assemblée générale, insertion dans les journaux, copies, publication du rapport, etc 1,020 15

Frais du secrétariat delà Compagnie :

Loyer et impôts . . . 740 fr.

Traitement du secrétaire 3,600

Garçon de bureau, copiste 600

Frais divers, chauffage, éclairîige, papeterie, courses dans *

Paris, ports de lettres et dépêches télégraphiques, etc 450

Total des frais du secrétariat. 5,390 »

Somme égale 9,421 fr. 20 c.

Comme vous le voyez. Messieurs, les dépenses occasionnées par le maintien de l'existence de la Compagnie ont été réduites à leur plus simple expression.

. Nous vous présentons maintenant le résultat des comptes au 30 juin 1865.

L'actif de la Compagnie au 30 juin 1864 était de 051 ,314 fr. 23

DU 22 DÉCEMIHE 1865 207

Report 6ol,314fr. 23

Les intérêts produits pendant l'exercice 18(54-1865, {y compris les intérêts de 355,300 fr. ]

de bons du Trésor à r^^îooicf..

^ u . 1 4n • u }6b2,845 fr.

échoir le 19 octobre

1865, et les intérêts de 307,545 également de bons du Trésor à échoir le 6 novembre 1865), se sont élevés à 24,164 9

Ces deux sommes réunies formaient celle de . . . 675,479 20 qui était représentée au 30 juin 1865 comme suit :

1® Par le compte de dépenses ... 9,421 fr . 20

2» En espèces 3,213 f.

30 Par des bons du .g^g ^^ ^^

Trésor aux échéances *

susindiquées, montant à 662,845

Somme égale 675,479 20

Il ressort de cette situation : 1^ que, défalcation faite de toutes les dépenses, le capital social s'est augmenté de 14,743 fr. 77 c.

2* Que l'actif social au 30 jnirt 1865, en y comprenant les bons du Trésor à échoir, était de 666,058 francs.

Dans le cours de Texercice dont nous venons d'avoir l'honneur de vous présenter le résumé, la négociation des bons du Trésor s'est faite aux conditions déterminées par le ministre des finances, et variant de 2 1/2 à 3 1/2 0/0. Depuis l'échéance des bons, qui composaient la plus grande partie de l'actif au 39 juin dernier, l'abaissement de l'intérêt sur ces valeurs nous a décidés à autoriser M. Seillière, dépositaire de nos fonds, à les placer en papier sur Paris de premier choix à une échéance ne dépassant pas trois mois, et au taux minimum de 4 0/0.

En terminant ce compte rendu de nos affaires, nous vous rappellerons que, dans un accord intervenu entre la Compagnie et M. Lambert, lorsqu'il s*agit d'obtenir de ce dernier sa renonciation à tous droits sur la Charte, il prit à sa charge l'obligation de rendre la Compagnie indemne des réclamations qui pourraient lui être adressées relativement à certains frais de prise de possession faits en 1862 à Madagascar. Durant le cours de l'année qui vient de s'é-

208 RAPPORT DU GOUVERNECR

couler, M. Lambert a arrêté le cliiffre de ces dépenses qui nous étaient inconnues, et, par un accord spécial avec les personnes qui avaient fait Tavance des frais de prise de possession, il s'est constitué leur débiteur unique à la décharge de la Compagnie. Nous considérons cette question comme ne devant plus nous occuper.

Enfin, nous croyons que, sauf le payement de Tindemnité, la Compagnie n'a aucune affaire en souffrance, aucun règlement à terminer.

Dans les circonstances actuelles, nous n'avons pas de résolution à soumettre à l'assemblée extraordinaire.

J'ai l'honneur de proposer à l'assemblée ordinaire, au nom du Conseil d'administration, la résolution suivante :

Page 1