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L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE EXTRAORDINAIRE

DBS ACTIONNAIRES

Du ît MARS 1866

Le lundi 36 mars 1866, à 10 heures du matin, les actionnaires de la Compagnie de Madagascar se sont réunis en assemblée générale extraordinaire, rue, Neuve-des-Capucines, 21 , sous la présidence de M. le baron Paul de Richemont, sénateur, gottverneur de la Compagnie.

Après avoir constaté que l'assemblée, conformément à Tartiçle 52 des statuts, représente le cinquième au moins des actions émises, H. le gouverneur déclare que la séance est ouverte»

Il invite M. Jouët-Pastré, représentant la Société ûouvelle des forges et chantiers de la Méditerranée, et M. Auguste âfevalier, les deux actionnaires présents les plus forts en dehors de MM. les membres du Conseil d'administration, à vouloir bien remplir les fonctions de scrutateurs.

Le bureau ainsi constitué désigne pour secrétaire M. Riaux, secrétaire du Conseil d'administration.

M. le gouverneur rappelle que les convocations ont été faites, conformément à Tarticle 38 des statuts dans le Moniteur et le journal les Petites Affiches des 21 et 22 février 1866.

ASSEMBLÉE DES ACTIO^iNAÎRES DU S6 AARS 1866. 211

Il constate que le nombre des actions représentées est de (rois mille quatre cent vingt, sur les cinq mille actions sottscrites.

M. le gouverneur donne ensuite lecture du rapport suivant :

HESSlflUHS,

Le 22 décembre dernier, je vous donnais Tassurance que la reine de ftladagascar payerait Tindemnité de 900,000 francs, réclamée par le gouvernement français en faveur de notre Compagnie ; et, en effet, le 2 Janvier suivant, le gouverneur de Tamatave remettait au commandant de Taviso le Loiret le montant de cettte indemnité. Dès le 6 février nous recevions l'avis de ce payement, et, le même jour, je faisais insérer cette nouvelle dans les journaux, afin que chacun de vous en fut informé sans retard. Le 18 février, les fonds étaient débarqués à Marseille et expédiés à Paris oîi ils étaient déposés au Trésor.

Eu m'informant de cette dernière circonstance, le département des finances me fit savoir qu'il aurait à opérer, pour le compte du fonds commun des chancelleries consulaires, et en vertu du décret du 22 juin 1862, un prélèvement de 2 0/0 sur la somme payée à la Compagnie par le gouvernement malgache. Il m'annonçait, en outre, que nous aurions à effectuer le remboursement des frais d'assurance et de transport des 86 baril.; contenant l'indemnité, et pesant près de cinq tonnes de 1,000 kilogrammes.

N'ayant reçu aucun état, aucune pièce officielle qui fit connattre la nature, la quantité ni la valeur des espèces remises par les Malgaches, je constatai tout d'abord que ce numéraire se composait de piastres espagnoles et de pi istres de divers États de l'Amérique.

Puis, pour déterminer le titre et la valeur de ces monnaies diverses, je fis faire des essais contradictoires à l'Hôtel des Monnaies et, en ma présence, chez un essayeur public. Ces essais démontrèrent la nécessité d'opérer le triage des piastres. Longue et minutieuse opération qui eut lieu sous le contrôle des agents du Trésor, chargés d'arrêter le chiffre exact de la somme encaissée par la Compagnie, et sur laquelle, défalcation faite de tous les frais, devait porter le droit de chancellerie.

SI 2 ASSEMBLÉE DES ACTlONNAmES^^

La vente de ces piastres a produit 906,18* il*

mais, en réalité, l'indemnité n'a augmenté Tactif

de la Compagnie que de 870,246 12

La différence entre ces deux sommes, soit 3S,938 09

est représentée par les frais de transports et d'assurances, et par le prélèvement des droits de chancellerie.

A cette occasion, nous vous ferons remarquer qu'en prévision du payement prochain de Thidemnité, nous avions, dès le mois de septembre dernier, adressé à la Réunion des instructions sur le mode à employer pour nous faire parvenir les fonds. Si ces instructions avaient été suivies, la Compagnie, au lieu d'avoir à supporter la perte des frais nécessités par l'expédition des espèces en nature, aurait réalisé un bénéfice bien supérieur à celui qu'a produit la vente des piastres en France.

Messieurs, lorsque le gouvernement vous demanda de renoncer à l'exploitation des droits et privilèges concédés par Radama, vous avez adhéré à celte proposition, à la condition que vous recevriez une indemnité de 900,000 francs. Grâce à la protection spédale que l'Empereur n'a cessé d'accorder à notre Compagnie, cette condition est reniplie : le moment est donc venu de prononcer la dissolutioH de la Société et sa mise en liquidation.

Mais avant de procéder à ces actes, vous avez à recevoir le conapte des recettes et dépenses de Texercice courant, dressé en conformité des écritures de la Compagnie et arrêté au 3 avril prochain. Nous vous proposerons de fixer ce jour pour le remboursement du capital et le payement des intérêts à MM. les actionnaires. Le Conseil d'administration a désiré vous présenter le compte des recettes et dépenses; il vous soumettra en même temps un projet de répartition de l'actif social.

La dissolution de la Compagnie entraînant la cessation des pouvoirs du Conseil d'administration et du gouverneur, nous vous demandons de nous donner, par une résolution spéciale, quittance et décharge générales et définitives pour tous les actes de notre gestion administrative et financière.

L'article S4 des statuts disposant que rassemblée générale, sur la proposition du gouverneur, règle le mode de liquidation, j'ai

DU 26 MARS 186e 213

FBontjeur de vous proposer de nommer deux liquidateurs qui seraient investis des pouvoirs les plus étendus, et agiraient au nom de la Compagnie dans tous les incidents qui pourront se produire. Le Conseil a demandé à MM. les représentants de la maison F.-Â. Seillière, et m'a demandé à moi-même d'accepter les fonctions de liquidatieur. Si vous partagez le désir du Conseil, nous sommes prêts, en acceptant ce nouveau mandat, à vous donner ce dernier témoignage de notre zèle pour vos intérêts.

Les opérations de la liquidation seront, suivant toute apparence, Irès-simples; car depuis que, sur l'invitation du gouvernement, vous avez pris la résolution de dissoudre la Société, le Conseil et le gouverneur ont opéré, par anticipation, comme de véritables liquidateurs, et nous né connaissons aujourd'hui à la Compagnie ni dettes ni engagements.

Cependant, comme toute liquidation occasionne des frais inévitables, il sera nécessaire de mettre à la disposition des liquidateurs une réserve, peu importante du reste, pour faire face à ces frais. Nous prévoyons déjà qu'il y aura à pourvoir aux dépenses inhérentes : 1"* à l'accomplissement des formalités exigées par la loi ; 2* à la publication de ce rapport, des comptes et des résolutions finales, publication à laquelle ont droit tous les actionnaires qui ne font pas partie de l'assemblée générale ; 3° à l'obligation pour la Compagnie d'ester en justice dans les instances qui ne peuvent manquer de se produire entre certains actionnaires et leurs créanciers, par suite d'oppositions formées entre nos mains. Nous pensons que, pour subvenir aux besoins delà liquidation et faire face à une dépense qui tient à un tout autre ordre d'idées, dont nous vous entretiendront dans un moment, et que nous considérons comme le complément des actes de notre Société, il suffira de prélever une somme de 9,000 francs, représentant 1 franc 80 centimes par action. Cette somme serait placée chez M. F. -A. Seillière; et si après l'expiration d'une année, il était démontré aux liquidateurs qu'aucune réclamation lie s'est élevée, ils provoqueraient, à l'époque qu'ils jugeraient convenable, aux tennes de l'article 54 des statuts, la réunion d'une assemblée générale qui recevrait les comptes de la liquidation et donnerait aux liquidateurs décharge de l'emploi de la réserve qui leur aurait été confiée.

214 ASSEMRLÉE DES ACTfONNiAIRES

Nons voici arrivés, Messieurs, aux derniers acies de noire existence sociale* Ce n*esl pas sans tristesse que nous avons vu la Compagnie de Madagascar, en pleine possession de tous les inoyens de succès, forcée de se retirer devant les événements politiques. L'œuvre était grande, généreuse» civilisatrice; elle pi^mettait des résultats considérables. Radamaen avait €onçu le premier la pensée. Convaincu qu'après le christianisme, dont il favorisait la propagation, les éléments les plus actifs êtes sociétés naodemes> le commerce,. ragrkuUnre, Tindustrie pourraient seuls transformer son peuple, il considérait notre Compagnie comme devant être l'instrument du progrès à Madagascar ; il comptait sur elle pour améliorer le sort de ces populations ignorantes^ paresseuses» misérables, efi les initiant par Texemple aux bienfaits du travail. L'Empereur, ému des prières de Radama, touché de Fétat de misère du peuple malgache^ de L'abnégation de son roi, s'était donné, en provoquant la formation de notre Compagnie, ia double et noble mission de régénérer toute une nation» et d'ouvrir au commerce d^ la France et du monde rimmense marché d'une contrée qui renferme» en abondance, les produits les plus précieux*

De détestables calculs ont Hait échouer cette entreprise ; etjen'ap-^ prends rien à personne en disant que dans la lutte horrible qui eut lieu à Tananarive entre la barbarie et la civilisation, et qui se termina par le meurtre de Radama, les passions envieuses des civilisés ont armé le bras des barbares. Mais je n'ouWierai pas, à cette heure, la réserve que je me suis imposée en évitant jusqu'ici de mêler la politique à la défense des intérêts de notre Compagnie. Qu'il me soit permis, du moins, d'exprimer Tespoir que nous n'aurons jamais la douleur de voir celte terre de Madagascar, qui intéresse la France à tant de titres, tomber entre les mains de la puissance européenne dont la rivalité nous a été si fatale 4ans c^ pays.

Messieurs, pendant les trois années qu'a duré notre Compagnie» nous avons tous coopéré au bien de l'entreprise. C'est une justice que nous avons le droit de nous rendre.

Vous, MM. les actionnaires, par la confiance que vous avez témoignée, en toutes circonstances et unanimement, au Conseil d'administration et au gouverneur de la Compagnie, vous leur avez donné

ou 26 MARS 1866 21B

attirés d« gouvomement Tappuî et là liberté d*âetîon qui leur étaient nécessaires.

MM. les membres du Conseil d'administration ont appliqué à la {gestion de vos intérêts leur haute expérience des affaires, un sage esprit d'économie, un zèle constant et désintéressé. S'ils ont droit àvosremerGimentsJe leur dois, moi, l'expression de ma reconnaissance pour les conseils éclairés, la cordiale coopération, et les encouragements que j'ai toujours trouvés près d'eux» sans que janùiais une heure 4e défjaiUance ait marqué une seule de* nos délibérations.

Messieurs, le capital de la Société est reeon&tîtuë, les inlérèts sont acquis, le gouvernement de l'Empereur est dégagé des obligations qu'il avait contractées envers nous : la tâche du gouverneur de la Compagnie est accomplie.

Mais avant de termina ce rapport» judois vous faire connaître un vœu que le Cons^ d'admimstr^toa m'a chargé de soumettre k vj^re apprécialiDn*

Si courte qu'ait été reustencede la Compagnie de Madagascar, parla grandeur de la pensée qui l*avait créée, par l'importance de son but, par son organisation, par les éuides, les recherches, les travaux dont elle a été l'occasion, enfin par les efforts réunis de tous ceux qui ont contribué à la former ou à la diriger, elle con« stitue une page de notre histoire commerciale qui ne doitpas être effacée.

Votre Conseil d'administration a été unanime à penser qull serait utile et digne de vous de recueillir tous les actes et documents de la Compagnie qu'il y aurait intérêt k conserver. D'autres peutêtre, mieux servis par les circonstances, reprendrons après nous l'œuvre que nous sommes contraints d'ab^donner, et la trace de nos efforts ne serait perdue ni pour eux ni pour ie pays« A cet effet, sur la réserve de 9,000 francs, qui, selon toute probabilité, dépassera de beaucoup les besoins de la liquidation, MM, les liquidateurs seraient autorisés à disposer de la somme ipiécessaire pour cette publication, qui serait en réalité Thisloire de la Compagnie de Madagascar, et à laquelle nous ne doutons pas que plusieurs départements ministériels ne souscrivent. Un exemplaire en serait offert à chacun de MM. les actionnaires.

Si vous approuvez cette pensée, je me ferai personnellement un

â]>& ASSEarBLÉE J)ES ACTIONNAIRES

devoir de donner mes soins à ce travail, et je m^assurerai le concours du secrétaire de la Compagnie, M. Riaux, dont .je me plais ici à reconnaître les bons services.

Le Conseil d'administration^ va vous présenter les comptes de la Compagnie; et le projet de répartition de Taelif sQciaL

Nous soumettrons ensuite à votre approbation les différentes résolutions qu'entraîne la dissolution de la Société.

Après la lecture de ce rapport, un des administrateurs, M. A. Revenaz prend la parole au nom du Conseil d'administration et s'exprime en ces termes^ :

Messieurs,

Votre Conseil d'administrati«m a tenu à vous présenter direete- .meiu le compte final des recettes et dépenses de la Compagnie et à vous proposer les bases de la répartition de l'actif social. Nou« avions à cœur de saisir cette occasion pour adresser^ en présence die cette assemblée, nos remerciements à M» le gouverneur.

Si, pour notre part, nous avons secondé avec le plus cordial concours M. le baron deRichemont,nous reconnaissons hautement 4|ue nous devons surtout à ses efforts Theureux résultat obtenu. Grâce à son dévouement que n'a rien pu décourager, à ses travaux, à sa persévérance, tour à tour énergique et prudente, nous sommes -rentrés dans un capital que beaucoup d'entre nous avaient pu croire compromis^ et qui est remboursé avec des intéFéts satisfaisants. Un -pareil service rendu, à la Compagnie au prix de trois années consacrées,, avec désintéressement absolu, à la défense de nos droits et de nos capitaux, ne pouvait trouver aucun de nous indifférent. Nous ^réalisons donc votre pensée et la nôtre en offrant à M. le gouverneur un témoignage de notre commune reconnaissance.

Dans le compte que nous vous présentons figure, à cet effet, une somme mise h la disposition du Conseil.

L'assemblée s'associe unanimement , et de la manière la plus sympathique, aux paroles de M. Revenaz.

M. Demachy, administrateur,' présente alors, au nom du Conseil d'administration, les comptes de la Compagnie : '

MJ 3& HARS 1866 317

Messieurs?^

Diaprés le compte qui nous a été présentée rassemblée générale, le 22 décembre dernier, et que vous avez approuvé, l'actif de la Compagnie s'élevait àV . ..... . .'. . V ' . ;F. 665,058 »

Le vente des piastres, représentant l'indemnité, a produit J . 906^84 21

Les intérêts calculés jusqu'au 3 avril prochain produisent....... F. 16,690 57

L'actif delà compagnie^ valeur au -3 avril pro-

Chain, est donc <le F. 1,588,932 78

Cette somme est représentée :

1* Par le compte des dépenses s^élevant à. F. 104^932 78

qui se décompose comme suit r

Comptes des exercices clos, payement à renregistreraent,etc.F. 2,7 1 5 »

Frais relatiffe àrindemnilé,fret,.

assurances, droits de chancellerie, etc 35,938 0»

Honoraires, commissions, gratifications, indemnités F. 16,229 70

Secrétariat, personnel, loyer, impressions, frais divers F . 5,049 99

Somme mise à la disposition du Conseil .'. F. 45,000 »

Total des dépenses F . 404,932 78

2* Par rencaisse disponible montant à F. 1,484,000 »

Somme égale.....*. F. 4,588,932 78

Sur Tactif restant disponible, s'élèvarit à. ; . .F. 4,484,000 »

nous avons Thonneur de .vous proposer ,de pré- • lever, conjformément aux considérations exposées par M. le gouverneur, dans son rapport, une somme destinée à subvenir aux frais et .éventualiiés de la liquidation et à ceux, de la pur

2i8 ASSEMBLÉE DES ACTIONPIAIRES

blieation de documents relatifs à la Con^agnie. Ce

prélèvement serait 1 fr. 80 c. par acUon, soit de F . 9,000 »

■II'' ' ^— ^^i^— ^

L'excédant, soit F. 1,473,000 »

sera réparti entre toutes les actions, à raison de S9S francs par action, ce qui représente :

1"* Le remboursement du capital versé, soit F . 250 »

2^ Une répartition de 18 p. 0/0 représentant les intérêts, soit -•..F. 48 »

.Ensenable....«^.-^.F, 295 »

Nous croyons devoir vous rappeler que le versement de 250 fr. ayant été effectué au mois de mai 1863, la bonification de 45 fr. représente les intérêts à un peu plus de 6 0/0 Tan.

La première résolution qui vous sera soumise est relative à l'approbation des comptes de la Société.

M. le gouverneur vous proposera la résolution concernant la répartition de l'actif social après que vous aurez prononcé la dissolution de la Compagnie de Madagascar.

M. le gouverneur demande alor» si quelque actionnaire a des observations à présenter sur les rapports et sur les comptes. IVsonne ne demandant la parole, il m^t successivement aux voix les cinq résolutions saivaates :

Première résolution.

L'assemblée générale extraordinaire

Approuve les rapports présentés par M. le gouverneur cl par le Conseil d'administration, ainsi que le compte des recettes et dépenses, s'éievant en dépenses à la somme de. .F. 104,932 7* et fixant Tactif de la Compagnie, au 3 avril prochain, à F. 1,484,000 »

Ensemble 1,838,831 78

Deuxième résolution.

L'assemblée générale extraordinaire,

Considérant que les comptes des recettes et dépenses de fe Com*

Df5 36 MAfts 1866 319

pagnie préseulés par le Conseil d'administration ont été approuvés par les assemblées générales des 3 août 1864, ^ décembre 1865 et par le présente assemblée,

Donne au Conseil d'administration «et au gouverneur de la Compagnie quittance et décharge générales et définitives pour tous les actes de leur gestion administrative et fioandëre, reconnaissant la complète régularité de cette gestion.

Troisième résolutim.

L'assemblée générale extraordinaire,

Considéraiït que les actionnaires de la Compagnie, réunis en assemblée généraleextraordmairele 3aoùt 1864, ont, sur la demande du gouvernement de l'Empereur, autorisé le Conseil d'admimstra* tion à renoncer au bénéfice des droits et privilèges contenus dans la Charte accordée à M. Lambert par le roi Radama II, h la condition expresse que le gouvernement de Madagascar payerait à la Companie une indemnité de 900,000 francs;

Attendu que cette somme a été versée par le gouvernement malgache à Tamatave, le 2 janvier dernier, e\itre les maiins des agents français délégués à cet effet, et qu'elle a été ensmite encaissée par la Compagnie ;

Attendu que la condition 5 laquelle était subordonnée la dissolution de la Société se trouve ainsi remplie,

Déclare, sur la proposition du Conseil d'administration, et aux ternies de rariic4aS3 des statuts, que la Compagnie de Madagascar est dissoutev

Quairïème résolution.

L'assemblée générale extrawdinaire.

Vu des deux résolutions qui approuvent les comptes présentés par le Gofiseil d'administration et qui prononoent la dissolution de la Gom.paignie;

Considérant que l'actif social, réglé au 3 avril prochain, monte i quatorze cent quatre-vingt-quatre anlle feancs, ^^ F- i,iU,960 00

3^ ASSEMBLÉE DES AGTIONf^AIRES

Autorise :

1® Pour subvenir aux besoins de la liquidation et aux frais de publication de documents . relatifs à la Compagnie, le prélèvement: de 1 fir. 80 c. par action, formant en* total la somme de neuf mille francs, ci ^ F . 9,J)00 00^

2* La distribution entre tous les actionnaires, au prorata du nombre des actions qu'ils ont souscrites, du solde de Tactif social s*ëlevant à* quatorze cent soixante-quinze mille francs, ci. . . .F. 1,475,000 00

Cette somme répartie entre les cinq mille actions- souscrites

représente, pour chaque action ....... ^ . * ..• ^ F. > 27^ OOi

seit le remboursement du capital versé* .F. 250 »< plus une bonification de 18 0/0 représentant les intérêts .^ .F. 45 ».

Somme égale 295 00

. L'assemblée décide, en outre, que le payement sera effectué chez M. F.-A. Seillière, rue de Provence^n*» 70,.à partir du 3avrik prochain, de 10^ heures du matin à- S.heuresde Taprès^-midi, sur la production du récépissé primitif.

Cinquième résolution..

L'assemblée générale extraordinaire,

Considérant que la dissolution de la Compagnie de Mâdagascai^ entraîne la mise en liquidation de cette Société,

Nomme, dans'les termes de l'article 54 des statuts, M. le baron Paul de Bichemont et Les représentants de la maison de banque F.-A. Seillière, MM. Seillière et Demachy, liquidateurs de la Compagnie de Madagascar, et leur confie leS' pouvoirs tes ptas étendus pour opérer cette liquidation.

En conséquence, les Uquateurs susnommés pourront toucher; payer, donner quittance et mainlevée et désistement^ et défendre à toutes actions.

L'assemblée générale décide en outre : : 4° Que la somme de 9,000 francs, donlle pr^éièvement sur l'actif

DU 26 MARS 1866 2âl

social a ëlé autorisé par une précédente résolution, sera mise à la disposition des liquidateurs pour subvenir aux frais de la liquidation et à ceux que nécessiterait la publication des documents relatifs à rorganisation et aux travaux de la Compagnie ;

2° Que les comptes à rendre par les liquidateurs seront restreints et limités à l'emploi de la réserve de 9,000 francs susindiquée, et que ces comptes seront soumis à une assemblée générale que les liquidateurs réuniront, s'il a lieu, dansle courant de l'année 1867.

Chacune de ces résolutions est approuvée à l'unanimité par l'assemblée.

Un de MM. les actionnaires demande la parole et dit : qu'il ne dort pas suffire à l'assemblée de s'être associée par l'unanimité de ses suffrages aux propositions du Conseil d'administration et du gouverneur, et qu'il est certain de répondre à la pensée de MM. les actionnaires en leur proposant un vote explicite de remerciements pour MM. les membres du Conseil d'administration et pour M. le gouverneur. Il demande en outre que le procès-verbal de l'assemblée contienne textuellement les paroles prononcées par M. Revenaz au nom du Conseil d'administration, et qui sont aussi honorables pour MM. les administrateurs que pour M. le gouverneur auquel elles s'adressent.

L'assemblée s'associe par acclamationà cette proposition.

M. le gouverneur remercie l'assemblée, au nom du Conseil d'administration «t en son propre nom, de l'approbation sympathique donnée à , tous les actes de leur gestion ; il ajoute que, personnellement, il est profondément touché des sentiments que le Conseil et l'assemblée lui ont exprimés, et du témoignage de leur satisfaction qu'ils ont bien voulu lui offrir.

Rien n'étant plus à l'ordre du jour, M. le président déclare la séance levée.

I^ss crutateurs. A. Chevalier, Jouet-Pastré.

Le sénateur^ Gouverneur de la Ccfripagnie^ président rassemblée,

Baron Paul de RICHEMONT.

INSTRlîCnONS GÉNÉRAI^S

POUR LES MEMBRES DE U MKSIQN IVEXPLORATION

1® La Compagnie se présente aux populations Hovas soiis la protection du roi Radama.

2** Dans les rapports qui se formeront soit avec les autorités locales, soit avec les simples indigènes, on déclarera hautement que la Compagnie a été créée sous Tinspiratioii da r(Â qui ea est le i^o* lecteur et l'associé; et que le principal but de la Compagnie est de travailler à Fainélkyralion du sort des Malgaches, en leur apprenant à tirer parti des produits naturels de leur sol, et en contribnsoït ainsi à les rendre riches et heureux.

3» Pour manifester ces intentions, chaque section sera munie de

pavillons aiix couleurs royales. Partout oîi les agents en mission

s'arrêteront, ils planteront le drapeau du roi ; chaque agent portera

%. à sa coiffure un ruban sur lequel seront inscrits en lettres d'or et en

langue malgache ces mots : a Compagnie de Radama. Company ny Radama. »

4* Les chefs hovas sont naturellement fiers; ils s'exagèrent l'importance de leurs fonctions ; aussi est-il d'autant plus utile de se ménager leur bon vouloir, qu'il est difficile d'obtenir justice contre eux en raison de leur éloigneraent de la capitale et de la mansuétude du roi. Les agents devront donc témoigner à ces chefs de la confiance et même une certaine déférence, de manière à donner satisfaction à leur amour-propre, et à les rendre favorables à la Compagnie.

S** M. Lambert prendra les mesures les plus convenables pour assurer le concours bienveillant des chefs hovas aux agqnts de la Compagnie. De leur côté, ces agents devront s'efforcer de faire entendre à ces chefs l'intérêt qu'ils auront au succès de Tenlreprise.

INSTRUCTIONS GÉNÉUALES 223

U ten facile de leur faire comprendre que plus ils procureront de travailleurs à la Compagnie, soit parmi les soldats, soit parmi les indigènes libres ou parmi les esclaves, plus importantes seront les primes qui pourront leur être attribuées en raison du nombre d'hommes qu'ils auront engagés à travailler.

Les porteurs et ouvriers indigènes, employés par la Compagnie, seront toujours payés directement et sans intermédiaire, par Tagent chargé du service de la caisse. On se refusera absolument à toutes demandes ou insinuations qui pourraient être faites par les chefs pour que les distributions des salaires passent par leurs mains. S'il en était ainsi, il y aurait k craindre que les ouvriers ne fussent victimes de la rapacité des chefs. Il est d'ailleurs indispensable d habituer tous ceux qui seront employés par la Compagnie à compter sur sa loyauté et à traiter directement avec elle.

6<> L'installation de chaque centre de section se fera, comme les prises de possession, en présence des officiers supérieurs qui seront envoyés par le roi, de Tananarive à Tamatave, pour accompagner et seconder M. I^nibert qui agira dans ces diverses opérations au nom de la Compagnie, en vertu d'une délégation spéciale. Les chefs hovas les plus rapprochés seront invités à assister aux cérémonies d'installation ou de prises de possession; et durant ces cérémonies, le grand pavillon du roi sera seul déployé.

V Pendant les premières excursions, surtout dans les parties éloignées des villages, les chefs de sections devront prendre certaines précautions de défense qui seront très-probablement inutiles, mais qui, en tous cas, auront pour résultat d'empêcher les mauvaises pensées de se former. Si les chefs de sections le jugent convenable, ils pourront demander aux chefs hovas une escorte de soldats. Dans ce cas, une rémunération, quelque légère qu'elle soit^ quelques bouteilles de rhum et une nourriture dans laquelle la viande de bœuf figurera de temps en temps, décideront les soldats qui ne sont ni payés ni nourris d'ordinaire, ^ se proposer euxmêmes pour faire Tescorte des explorateurs.

8** Les indigènes sont en général de mœurs douces; mais ils sont rusés et cherchent souvent à se soustraire à leurs engagements. Toutefois les actes de violence ne sont pas à redouter de leur part. Superstitieux, ayant les préjugés d'un peuple peu civilisé, suscep-

tibles, ils ne supportent pas la plaisanterie; certains mots les blessent comme tous les noirs, même ceux de nos colonies. Ainsi le mol nègre est une grave injure. Les Malgaches sont disposés h se croire l'objet de critiques malveillantes de la part des blancs ; ce qui les rend méfiants dans leurs relations avec eux. ' D'un autre côté, Madagascar ayant été généralement fréquenté par des traitants européens peu scrupuleux, les Malgaches sont disposés à se tenir constamment en garde contre les étrangers.

Les agents de la mission s'efforceront de dissiper cette méfiance, du moins à l'égard -de la Compagnie. En se montrant patients et sérieux, en évitant de remarquer les ridicules et en agissant avec une extrême loyauté dans l'accomplissement des engagements pris, ils établiront avec les chefs et les indigènes des relations faciles, fondées sur unq confiance réciproque qui est du plus haut intérêt pour l'avenir de la Compagnie. Tenir rigoureusement sa parole, ne pas froisser les faiblesses de l'amour-propre,' être digne dans sa hauteur et toujours calme, même au milieu des circonstances les plus irritantes, c'est, vis-à-vis du Malgache, se créer le droit de réclamer, même avec la plus grande énergie, Taccomplissement de ses obligations.

9* La relation du commandant Dupré sur le séjour de trois mois qu'il a fait à Tananarive, initie parfaitement aux mœurs des habitants. Chaque membre de la mission puisera dans cet ouvrage des notions très-utiles et de précieux conseils pour les circonstances difficiles.

10° Selon toute apparence, l'arrivée de la mission d^exploration surexcitera la jalousie et les mauvaises passions des traitants de Tamatave. Les agents de la compagnie éviteront soigneusement avec ces hommes des discussions qui dégénéreraient en querelles.

La Compagnie se présente comme l'apôtre pacifique du travail, de la civilisation, de Tamélioration du sort des Malgaches : chaque agent prouvera par la régularité de sa conduite, par sa loyauté, par sa modération, par une ferrage empreinte de bienveillance, qu'il est pénétré du caractère de la mission qu'il remplit.

H<» Sur certains points, les agents anglais chercheront peut-être à exciter les chefs contre la Compagnie, à susciter des conflits en dénaturant le caractère essentiellement commercial de l'entreprise

INSTRUCTIONS GÉNÉIVibBS ^^

que Ton s'efforcera de présenter comme une véritable prise de possession par la France. Le rôle des agents de la Compagnie sera de déjouer habilement, ces manœuvres en entretenant des rapports fréquents avec les chefs bovas, en leur répétant sans cesse que la Compagnie a été organisée à la demande du roi Radama, et en leur rappelant le but qu'elle se propose» ainsi qu'il est exposé dans le paragraphe 2. Mais si ces conflits ne peuvent être évités, il faudra en atténuer le plus possible la gravité, en circonscrire la cause ; et, tout en maintenant avec fermeté les droits de la Compagnie, patienter prudemment. On évitera de se faire justice soi-même, et on attendra la présence d'un des bâtiments de la station pour résoudre la question ou en référer au roi. Dans le cas d'un recours à Tananarive, le$ r£4>ports seront toujours adressas à M. Lambert^qui s'entendra avec M. Labonte sur le moyen le plus efficace d'obtenir justice pour la Compagnie.

Les dilSoultés qui viennent d'être prévaes et celles que produiraient les mauvaises dispositions de certains chefs seront singu^ lièrement aplanies par la mise en communication de Tamatave avec Tananarive par un fil électrique.

12** La coexistence à Madagascar de missionnaires catholiques et de ministres {urotestants peut devenir l'occasion de difficultés qui se sont déjà produites» et dans lesquelles il est formellement interdit aux agents de la Compagnie d'intervenir. Il est incontestable que les ministres de la religion catholique ont représenté presque exclusivement dans ce pays, jusqu'à ce jour, Finflueuce française- Il est à présumer que désormais cette influence se manifestera également par l'action de la Compagnie, à laquelle les missionnaires pourront prêter un concours utile. Mais la Compagnie doit garder son ini» tiative et son entière indépen(jance tout en entourant de respect nos missionnaires. Les agents devront donc se tenir en dehors de toute discussion religieuse. Leur immixtion dans ces matières pourrait être aussi contraire aux véritables intérêts de la France et de la Compagnie qu'à ceux de la religion elle-même.

13« La charte concédée à M. Lambert donne à la Compagnie le droit de devenir propriétaire des terrains inoccupés par le fait seul de la déclaration de prise de possession. Mais cette concession est le premier exemple d'aliénatiw) du droit de propriété du sol consi-

déré jusqu'à ce jour comme appartenant au souverain. Les concessions faites antérieurement ne donnaient droit qu à la jouissance du sol. Le roi restait toujours propriétaire du fonds. On comprend toutes les susceptibilités qu'amènerait la discussion de cette question. Tous les agents de la compagnie se garderont soigneusement d'engager avec les autorités, les indigènes ou les étrangers résidant à Madagascar, aucune controverse sur celte matière délicate.

14® Il importe à la Compagnie de recueillir le plus grand nombre de renseignements, h la condition qu'ils soient scrupuleusement exacts, sur tous les sujets d'observation que peut présenter Madagascar. Le gouverneur désire que chaque agent ne se contente pas d'accomplir consciencieusement la mission qui lui est confiée, mais qu'il étende le cercle de ses études suivant le milieu dans lequel il se trouvera et selon la nature de son esprit. Ces observations devront embrasser aussi bien les sujets de l'ordre le plus élevé que ceux de Tordre le plus infime, qui portent quelquefois avec eux des renseignements précieux. Ainsi, en morale, en religion, en politique, en organisation sociale, en climatologie, en histoire naturelle des trois règnes, en topographie, en études commerciales, il y a une abondante moisson à faire.

On donne ici comme spécimen, une série de questions que les agents pourront se poser, et dont la solution sera pleine d'intérêt pour la Compagnie.

Quels sont, suivant les lieux, les représentants du roi î

Quels moyens semblent les plus efficaces pour se concilier la bienveillance des chefs ?

Le pouvoir des gouverneurs hovas placés sur les côtes est-il purement militaire, ou se confond-il avec le pouvoir civil et même judiciaire ?

Quelle est la nature de ces trois pouvoirs, ont-ils des représentants différents ?

Quelle est la religion des Malgaches ? Ont-ils des cérémonies religieuses, des ministres du culte ? Quelle est l'influence de leurs prêtres, s'ils en ont, et comment s'exerce-t-elle ?

Quelle est l'étendue des côtes soumises au roi ? En quoi consiste cette soumission ?

Les habitants des côtes qui ne sont pas de race hova sont-ils

Inailés en vaincusoujouissent-ilsdes mômes privilèges que lesHovas ?

A quelle dislance le pouvoir des gouverneus rayonne-t-il î Quelle est rimportance des troupes qu'ils commandent ? Comment se recrutent-elles ? Quelle est leur organisation ? Leur discipline ?

Comment sont-ellesarm(!es, velues, logées, nourries, rétribuées? Les soldats paraissenl-ils susceptibles de travailler moyennant salaire ? Ont-ils le sentiment de Thonneur militaire ou de la nationalité î Leur amour-propre est-il flatté par les uniformes ? Ont-ils un certain sentiment de dignité vis-à-vis des indigènes ?

Quelle est l'organisation des villages? L'autorité royale y est-elle représentée ? A quel titre et par qui ?

La propriété est-elle indivise ou individu^^lle ? Est-elle respectée soit parmi les Hovas, soit parmi les autres peuplades ? Comparaison de Torganisation des villages chez les Hovas et chez les habitants de la côte de race différente ?

Paye4-on des impôts ? Sur quoi reposent-ils ? Par qui sont-ils perçus ?

A qui s'adressent les traitants dans les villages, lorsqu'ils commandent des chargements de bois ou de gommes ? A quels prix ces chargements se traitent-ils ? Quels sont les points sur lesquels on les livre ?

Par qui les gommes sontrelles recueillies et les bois exploités ? Est-ce par les soins des chefs de village qui rétribuent les ouvriers, ou les font-ils travailler à la corvée ? Y a-t-il association entre les ouvriers pour participer au prix de la vente ?

Les indigènes libres, très-amis du plaisir, très-mobiles dans leurs idées, semblent-ils pouvoir s'astreindre à un travail régulier moyennant salaire ?

Combien d'heures travaillent-ils par jour et quels sont les salaires suivant la nature des travaux ?

Y a-t-il beaucoup d'esclaves? A qui appartiennent-ils et dans quelle proportion ? L'esclavage provient-il de la victoire, de la punition légale ou de l'achat ?

Quelles ressources l'esclave peul-il offrir à la Compagnie, soit par la location des esclaves, soit par leur rachat ou leur affranchissement moyennant engagement d'une certaine durée ? A quel prix pourrait-on les louer ou les racheter ?

Étudier tous les phénomènes climatologiques. Signaler la sain brité ou l'insalubrité des divers points.

Observer la nature des dilférents sols et leur appropriation aux différents genres de culture d'après les faits accomplis. Constater l'époque des plantations et récoites de tous genres.

Étudier I^s côtes, rechercher les meilleurs points d'aecès pour les bâtiments.

Étudier la question des routes. Oii et comment devront-elles être établies?

Étudier, au point de vue commercial, les goûts des indigènes, leurs besoins, les objets d'échange que peut fournir le pays.

Ce ne sont là qu'une partie des questions sur lesquelles Tattention des explorateurs pourra se porter. Cette esquisse permettra cependant d'apprécier le caractère qu'ils devront donnera leurs inves^ tigations.

Chaque agent rendra compte au commandant, dans sa correspondance, du résultat de ses observations. Il se préoccupera moins de l'ordre à mettre dans les renseignements fournis que de l'exactitude de ces renseignements. La correspondance sera ultérieurement dé^ pouillée avec grand soin, classée et mise en ordre, et fournira un corps de documents très^précieux.

15^ Un service postal mensuel, combiné avec le passage de la malle touchant à l'Ile de la Réunion, desservira les différentes sections des c6tes nord-ouest et nord^est par une voie de terre qui a été signalée par le comte Benowski, et qui relie Vohémar à BavjK toubé par Nossi-Fali. Le commandant Dupré organisera le service postal aussi réplièrement que les moyens dont il disposera le lu» permettront ; et il fera savoir approximativement à l'avance l'époque du départ du courrier.

Chaque agent adressera une fois par mois au commandant Dupré le résultat de ses observations dans les lettres que le chef de section réunira et fera parvenir sous un seul pli. Ces lettres seront faites en double expédition, de façon à permettre au commandant d'en faire parvenir une au gouverneur et de conserver l'autre. Chaque agent reste responsable de sa correspondance. Dans les comptes rendus qui seront ainsi adressés mensuellement, il devra se tenir en garde contre les exagérations dans lesquelles il sera exposé à

tomber pendant les prenjier^ temps de son Séjour h Madagascar, et dans ses premiers rapports avtec les hommes et les choses. L'expérience a prouvé que peu de mois de résidence dans ce pays changent comjrfiétement, en les rectifiant, les premières impressions.

16* L'hivernage commence vers la mi-novembre. Le commandant Dupré déterminera, suivant les circonstances, leà points sur lesquels les agents passeront cette saison.

Pendant la saison d'hivernage, tous les éléments recueillis dans le cours des travaux et des explorations seront réunis, classés^ rais ein cofps^ les rapports seront pr^rés, les plans et les cartes seront dressés. Les travaux préparatoires de la campagne suivante, qui commencera fin avril, seront étudiés pendant cette période, et les phénomènes climatologiles donneront lieu à des observations régulièrement suivies. Celte saison est consacrée par les indigènes à la récolte des gommes et du cswutchouc. Des observations très*intéressantes pourront être faites sur la manière d'opérer ces récoltes.

It** Des instructions spéciales seront remises à chaque agent, qui recevra également des instructions hygiéniques, ainsi qu'une ampliation du règlement sur l'organisation hiérarchique de la mission et la comptabilité.

flkBiLLEMENT. — Portcr dcs gilets de flanelle à manches courtes et descendant jusqu^à la naissance des cuisses. Le soir et le matin mettre par-dessus ses vêtements une ceinture comme celle des spahis. Dans le Jour l'enrouler autour de la forme du chapeau en guise de turban pour se défendre du soleil. L'usage de la toile doit être évité; sans gilets de flanelle il serait dangereux. Les vêtements doivent être très-amples pour faciliter la circulation de l'air. Le moUelon on b flanelle blanche, en vareuse et pantalon, sont d'un excellent usage. Le blanc s'échauffe moins au soleil, se refnMt moins vite, attire moins la rosée^ s'imprègne plus difficilement des émanations malfaisantes. Le pantalon sera large, peu serré à la

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ceinture, suspendu par des bretelles et fermé à la cheville par une^ coulisse, afin de prévenir Tintroduction des insectes. On devra se munir de quelques paires de chaussettes de laine contre le froid de la nuit. Les souliers auront de ferles semelles et seront en cuir mou et graissé. Les guêtres seront d'un bon usage. On se procurera à Suez ou à Àden de grands chapeaux d*aloès blancs très-légers. Le chapeau de paille double à larges bords est également bon. Pendant la journée, un grand mouchoir ou une serviette sera retenue par le chapeau et Bottera sur les épaules : deux des pointes seront ramenées sur les joues. La tête, le cou et les joues seront ainsi à l'abri des effets de l'insolation. L'usage des gants de fil est recommandé. Le parasol est indispensable ; on en trouvera à la Réunion qui sont doublés en cotonnade blanche.

Nourriture. — S'habituer progressivement au riz; une transition trop subite du pain au riz rend les digestions difficiles. Il faut pendant un certain temps manger du biscuit et du pain ; plus tard le riz deviendra une excellente nourriture. On doit s'habituer aussi progressivement aux condiments épicés du pays; ils sont nécessaires pour lutter contre la débilitation occasionnée par le climat et le dégoût de l'estomac.

On évitera autant que possible de boire entre les repas. Les boissons acidulées sont tentantes, mais elles débilitent. — Leur préférer l'eau aiguisée avec le rhum. Une infusion de thé ou de café, légère et chaude, désaltère sans affaiblir. On peut remplacer le thé ou le café par l'ayapana ou le phâara, plantes aromatiques communes dans le pays. Si Teau paraît peu salubre, la faire bouillir et refroidir avant de s'en servir. Ne sortir jamais à jeun. Éviter de prendre un verre de rhum le matin, cet usage détruit l'appétit. Fixer des heures régulières de repas, afin de ne pas arriver à l'indifférence complète pour les aliments. Cette indifférence est trop fréquente chez les Européens à Madagascar.

Habitations. — Toutes les fois qu'on le pourra, coucher à bord» Pendant les excursions, choisir le lieu de campement autant que possible loin des eaux stagnantes, sur un tertre élevé et découvert. Orienter la tente de façon à ne pas exposer l'ouverture au vent de terre.

ORGANISATION HIÉUARCHIQUE 231

En temps de pluie, tracer une rigole autour de la tente pour détourner les eaux. Étendre sur le sol la toile cirée qui accompagne chaque tente, au besoin remplacer cette toile, qui préserve des émanations du sol, par des nattes ou des paques épaisses du pays. Dans les temps humides et dans les bois, faire du feu pendant la nuit.

Exercices de la jourwée. — Ne pas sortir le matin avant que le brouillard ne soit tombé. Eviter le plus possible de s*exposer aux ardeurs du soleil, de midi à trois heures. Rentrer le soir à la nuit; sous la latitude de Madagascar elle arrive presque immédiatement après le coucher du soleil.

Précautions hygiéniques. — Éviter la grande fatigue et les excès de tous genres, Fexposition prolongée au soleil, les refroidissements brusques, le contact des vêtements mouillés et le séjour dans les endroits marécageux, surtout pendant la nuit. Se méfier du commerce des femmes qui sont trop souvent malsaines. Les abus de ce genre épuisent et prédisposent à la fièvre. Prendre quand on le pourra un bain de mer le matin et même dans la journée, mais éviter de se baigner dans les eaux stagnantes. Les bourbouilles, éruptions désagréables causées par la chaleur, n*empêchent pas de prendre les bains de mer.

Toutes les fois qu'on éprouvera un malaise pouvant faire craindre un accès de fièvre, ou lorsqu'on traversera les endroits marécageux, on prendra un verre de vin quinine ; il se prépare ainsi :

Pour une bouteille de vin, 2 grammes de sulfate de quinine dissous dans un verre à vin de Bordeaux rempli d'eau, à laquelle on ajoute trois ou quatre gouttes d'acide sulfurique. On verse le contenu de ce verre dans la bouteille de vin qu*on veut préparer.

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