‹ Documents sur la Compagnie de Madagascar, précédés d'une notice historiqueChapitre 88 sur 96 · DE M. LE DOCTEUR GUNST · texte numérisé non relu

DE M. LE DOCTEUR GUNST

Agent de M. Lambert, à Madagascar.

Le 3 octobre 1863, à 7 heures du soir, H. Delagrange, commandant de Sainte-Marie de Madagascar, nous annonça qu'il mettait la petite goélette la Louise à notre disposition pour nous conduire, M. Florent Guinet et moi, à Vohémar où nous allions, au nom de M. Lambert, prendre possession de tous les terrains inoccupés et fonder un poste.

En même temps que des instructions sur la mission que nous avions à remplir, M. Delagrange nous remit deux lettres du roi Radama n pour les commandants de Vohémar et de Diégo-Suarez. Ces lettres nous présentaient comme les envoyés de M. Lambert.

La connaissance que M. Guinet avait de la langue malgache, son expérience du pays l'avaient fait choisir comme agent principal de cette opération.

Vers 7 heures 1/2, la Louine appareillait, favorisée par un temps superbe et une brise favorable. Deux jours après notre départ, dans

la soirée, la brise faiblit d'une façon très- sensible; nous étions alors par le travers de N'Gonsy, et le capitaine de la Louise se décida à entrer dans le port pour la nuit.

Nous ne tardâmes par à voir de nombreuses pirogues se détacher de la côte pour venir à notre rencontre. Les chefs arrivèrent successivement pour nous questionner sur le sujet de notre voyage, et, en apprenant «{ue nous avions Tintention de passer la nuit à Tancre et que nous désirions des provisions, ils nous firent remarquer que que nous n'avions pas choisi un bon mouillage. Mais le faible tirant d'eau de la Louise la mettait à l'abri de tout danger, et le capitaine ne jugea pas nécessaire de changer de mouillage. Elle se trouvait bien à Tabri, à un mille environ de la plage. Nous descendîmes immédiatement. En avançant à un demi-mille à peu près dans l'intérieur, nous rencontrâmes un joli village, admirablement bien situé, paré d'une luxuriante végétation, et abrité derrière un rideau d'immenses tamariniers et de gigantesques badamiers.

Les indigènes Betsimitsaracks paraissent en général très-bien portants, d'un tempérament robuste; ils semblent polis, timides et d'un naturel très-doux; les femmes sont proprement habillées ; elles portent au cou et au bras des colliers et des bracelets en corail ou en verre de couleur. Leur coiffure consiste en d'innombrables petites tresses très-fines; aussi la toilette leur prend-elle une demijournée. Leur pommade consiste en un mélange de graisse de bœuf et de cire qui leur donne une odeur repoussante. Le chef nous fit un accueil gracieux, et nous pûmes acheter à bon compte des volailles et du poisson fumé. Le port de N'Gonsy est une grande baie protégée par des récifs et une île ; on y est parfaitement à l'abri des vents soufflant du nord et de l'ouest. Le pays s'étend en une vaste plaine qui semble avoir plusieurs milles de profondeur ; ce terrain est sablonneux et couvert de forêts magnifiques. Le rivage est bordé de palétuviers, derrière lesquels on rencontre quelques marais.

Vers deux heures du matin se leva une jolie brise de terre. Le temps était beau, la lune éclairait notre route; nous nous décidâmes à continuer. Nous longions toujours la terre d'aussi près que possible pour nous rendre compte de l'aspect des côtes. Les bancs de récifs s'étendent jusqu'à un mille au large, et les indigènes nous assurèrent même qu'il existe entre ces récifs des passes assez larges

398 VOTAGE WJ DOCTEUR GUNST

et assez profondes pour que leurs plus grandes pirogues ne craignent pas de s'y ayenturer.

Lorsque le jour parut, nous pûmes plus facilement distinguer la côte qui, du reste, offrait toujours le même aspect ; toujours la même forêt recouvrant une plaîjae inunense qui se déroulait devant nous, et de loin en loin quelques villages bâtis sur les bords de la mer : les lames viennent s'abattre avec violence sur la grève, et nulle part je n'ai remarqué un endroit oii Ton puisse accoster une embarcation. Nous étions poussés par une jolie brise qui nous faisait filer six nœuds.

Vers six heures du soir, nous apercevions la baie où se trouve i'emboucbure de la rivière désignée sur les cartes sous le nom de Sombérana, mais dont le vrai nom, je Tai su plus tard, est Sambavava. J'avais entendu dire que cette rivière pouvait être remontée par les plus grands bateaux jusqu'à quelques milles de son embouchure; et en effet, j'ai su depuis, qu'au mois de février 1863, un boutrede 18 tonneaux y était entré pour prendre une cargaison de riz. Nous nous estimions alors à 16 lieues de Vohémar. Nous continuâmes notre route pendant la nuit en longeant toujours la plage, avec une petite brise de terre, et le capitaine, M. Lemoine, demeura toute cette nuit à la barre. Le jour vint enfin éclairer le nouveau paysage qui s'offrait à nos regards. La côte avait totalement changé â*aspect. Les plaines immenses, que nous avions côtoyées jusque-là, avaient fait place à de hautes montagnes dont les formes bizarres et caiiNricieuses excitaient notre admiration : on eût dit les débris gigantesques de châteaux antiques, des ruines de fortifications colossales cil s'ouvraient de larges et profondes brèches. Le long de la mer, au premier plan, sont échelonnés des mornes d'un aspect triste, des mamelons dénudés, oii Therbe est brûlée par un soleil ardent, et derrière lesquels on distingue les crêtes tantôt pointues, tantôt arrondies en pains de sucre, qui bornent l'horizon. Cette contrée m'a paru peu boisée. La côte présente de nombreuses sinuosités. Nous passâmes devant plusieurs baies assez vastes où viennent se jeter plusieurs rivières. Plus nous avançons, plus l'aspect fantastique de la côte nous étonne. Ici, c'est un morne qui, partant du uord-est, vient se continuer jusqu'au sud-ouest, dépouillé de toute végétation. Un arbre pourtant se montre sur son point culminant comme pour

protester contre cette aridité. Un peu plus loin, du sein d'une petite vallée, encaissée entre deux bautes montagnes, s*élance la pointe acérée d'un bloc de rochers, qui s'élève jusqu'à plusieurs centaines de pieds. Mais nous approchons de Vohémar ; les habitations ne doivent pas être bien éloignées, car la côte est parcourue par des Hovas reconnaissables à leurs chapeaux de paille aux larges bords; nous les voyons même s'arrêter et regarder notre goélette, se demandant sans doute d'où vient cette frêle embarcation, et cherchant à deviner le but de notre course. Grâce à une bonne brise du sud, nous entrions à 7 heures 1/2 du matin dans le port de Vohémar, port formé par une ligne de récifs qui s'étendent sur une étendue de cinq milles vers le sud et de dix milles au nord, et qu'abritent trois ilôts dont l'un est assez considérable.

Nous avions à peine jeté l'ancre que déjà toute la population s'était transportée sur la plage. Les enfants poussaient des cris et sautaient comme de petits singes. Hovas, Sakalaves, Betsimitsaracks, allaient et venaient dans toutes les directions, cherchant des pirogues pour venir à nous. Enfin les pirogues arrivèrent le long du bord; chacun voulait monter sur notre faible goélette, au risque de la faire chavirer. Les Hovas arrivèrent à leur tour; ils étaient à peine vêtus, le sabre à la main ; selon la coutume, ils venaient nous demander notre kabar. Après que nous leur eûmes exposé nos in* tentions, en disant que nous étions porteurs d'une lettre du roi Radama pour le commandant, ils nous apprirent qu'il y avait déjà un Européen à Vohémar, M. Cerveaux, et ils ne tardèrent pas à nous quitter.

Le port de Vohémar est un port en miniature ; mais avec quelques travaux, en creusant par exemple le banc qui en occupe l'intérieur, on arriverait à y créer un port magnifique, parfaitement abrité contre les brises du sud, qui soufflent avec violence presque toute Tannée. Le cocotier, le tamarinier et le bananier sont des arbres trèsrépandus dans ces parages. Chaque tribu habite un village à l'écart des autres. La baie est encadrée par de hautes montagnes affectant, particulièrement dans la partie ouest, les formes les plus étrânges,et là aussi la plage est garnie d'une ligne de palétuviers.

Dès notre arrivée, nous envoyâmes un courrier au commandant pour lui annoncer notre présence, lui faire part du désir d'avoir

400 VOYAGE DU DOCTEim GUNST

un entretien avec lui, et lui demander s'il était disposé à rendre au pavillon français le salut que nous allions adresser au pavillon de Radama. Sa réponse nous arriva à 9 heures du soir. 11 nous disait qu'il serait heureux de notre visite , qu'il nous attendait le lendemain, et qu'il enverrait un piquet de soldats pour nous escorter.

En effet le lendemain, vers 6 heures du matin, nous vîmes arriver une vingtaine d'officiers et autant de soldats accoutrés de la façon la plus étrange, et précédés d'une musique des plus curieuses. Nous avions à faire 16 milles avant d'arriver au fort. Sur un parcours de 4 milles, le chemin traverse des plaines sablonneuses : à l'est le pays est couvert de bois et d'une fraîche verdure, à l'ouest ce ne sont que des mornes. Nous avancions parallèlement à la côte au milieu de monticules arides. A une distance de 5 milles, nous arrivâmes à une vallée charmante arrosée par la rivière le Malberry ; c'est là que les traitants bâtissaient autrefois leurs miisons de campagne, dont on voit encore des débris, et qu'ils avaient leurs jardins dont quelques vieux arbres fruitiers dénotent encore la place. La composition des montagnes qui entourent cette vallée me paraît ferrugineuse et granitique. La vallée de Malberry peut avoir une étendue de 150 hectares. La rivière qui, à mer basse, n'a qu'un pied de profondeur, atteint jusqu'à 6 pieds d'eau à la marée montante; sa largeur est d'une vingtaine de mètres. Il paraît qu'elle ne renferme pas de caïmans, car nos porteurs se mirent sans crainte à Teau pour la traverser. Indépendamment de celle-ci, j'ai rencontré sur ma route bien d'autres vallées qui semblent aussi parfaitement propres à la culture de la canne à sucre et du café. Jusqu'au fort, les terres semblent fertiles. Le sol est tantôt de couleur chocolat, tantôt c'est de l'argile rougeâtre mêlée de beaucoup d'humus. Partout l'eau abonde; l'irrigation pourrait se faire à peu de frais.

Les officiers nous conduisirent d'abord au village sakalave, bâti à Test du fort. Nous dûmes y attendre une heure. Enfin une nouvelle escorte vint remplacer la première et nous nous mîmes en marche. Notre visite avait mis tout le monde en émoi. Chacun s'était revêtu de ses plus beaux vêtements. Les femmes étaient fraîchement coiffées, et s'étaient parées de tous leurs bijoux et de leurs lambas de fête.

A VOIIÉMAR ET A DIEGOSIAREZ. 401

Le fort peut avoir une surface de 4 hectares : il est défendu par plusieurs lignes concentriques de palissades . en bois, hautes de 8 pieds, mais en mauvais état. Les parties qui s'enfoncent dans le sol sont presque toutes entièrement pourries. Ce fort représente un carré; à chaque angle est bâti un bastion arnié de quelques canons détériorés, qui en commandent les flancs. C'est dans Tinlérieur du fort que sont les résidences des officiers dont les logements sont bâtis les uns sur les autres. Le logement du commandant est en outre encore une fois entouré d'une ligne de palissades. L'intérieur du fort n'a pas plus d'un demi-hectare d'étendue. Les soldats et les officiers, une centaine d'hommes en tout, étaient sous les armes ; nous fîmes notre entrée dans le fort au bruit du canon. Lorsque nous eûmes salué le pavillon de Radama et que les officiers nous eurent adressé leurs félicitations, le commandant s'avança au-devant de nous; revêtu d'un costume magnifique. Il nous dit que nous étions les bien venus sur les terres de Radama II, et nous fit entrer dans une grande salle où devaient être discutées les affaires. Là, nous attendaient les femmes des officiers, coiffées et habillées dans le goût le plus bizaiTe, et assises sur des bancs. Nous déposâmes nos lettres d'introduction entre les mains du secrétaire du commandant qui, après en avoir pris connaissance, les Int à haute et intelligible voix. Cette lecture rendit le commandant pensif. Il avait l'air soucieux, préoccupé. Il nous demanda aussitôt après la permission d'aller ôter son uniforme, et revint habillé de btonc. Nous lui offrîmes six bouteilles de vermouth et autant d'absinthe qu'il accepta avec plaisir; il en fil même déboucher quelque^ bouteilles. Il était heureux, disait-il, de nous voir auprès de lui et nous assurait que tous les indigènes partagaient sa joie ; il but à notre santé en disant que les blancs, étant les amis de son roi, étaient aussi les siens..

Il était une heure de l'après-midi et nous n'avions pas encore déjeuné. Le commandant nous fit conduire dans une vaste case où il nous envoya lits, tables, chaises, du riz et des volailles. Toute la journée, nous fûmes accostés par les officiers qui eurent bientôt épuisé notre provision devin et de vermouth. Comme nous n'avions emporté de Sainte-Marie que trente bouteilles de vin, nous fûmes, durant plusieurs mois, privés de cette boisson indispensable sous un pareil climat, surtout avec h nourritur*? Me h laquelle on y

-402 VOYAGK DL' DJCTKUft CUNST

<>st condamné. Dans rpprès-midi, nous eûmes encore un cnlrellen :avcc le commandant; nous lui exposâmes le but de notre mission, ^»n iîxprimant le désir que nous avions de commencer iroraédiateuient nos travaux d'exploration et de prise de possession. Il répondit qu il attendait une lettre du roi relativement à cette question, et qu'il ne pouvait s'engager à rien vis-à-vis de nous. Comme nous insistions en lui faisant voir que la lettre du roi était très-précise et qu il n'avait i)oint à attendre de nouvelles instructions, il déclara entin que nous étions libres d'agir; que, de son côté, il ne nous entraverait pas ; mais que cependant il était aussi chargé de s occuper de la Charte accordée à un M. CadwelL En lui citant ce passage : « ne laissez personne autre que les envoyés de Lambert, prendre I)ossession des terres ; quelle que soit l'étendue des terres qu'ils occuperont, ne leur faites aucune difficulté; » nous lui fîmes remarquer que M. Cadwell l'avait bien compris, puisqu'il n'était pas venu h Vohémar. Il persista néanmoins dans son opinion:

Nous le priâmes de peraiettre à un de ses officiers de nous accompagner dans nos excursions pour nous faciliter le recrotement des travailleurs : il nous le promit; mais n'en Ht rien. Le lendemain, avant de retourner à Vohémar, nous allâmes encore le visiter. Il réitéra ses promesses, et nous nous mimes en route. L'ofScier que nous avions demandé, sur les renseignements qu'un colon, M. Cerveaux, avait fournis sur son compte, se nommait Fahrolay Miouso : c'était un partisan de^adama, un ami des blancs. Il était chrétien, et, à ce titre, il avait eu à subir, sous le régne tyrannique de Ranavolo, un emprisonnement de six ans. Mais nous l'attendîmes en vain. Nous écrivîmes alors au commandant pour réitérer nos instances, et lui dire combien cet homme nous serait utile. Quelques jours après, arriva une réponse évasive ou il nous faisait encore espérer que notre demande serait satisfaite. Mais cette attente menaçant de se prolonger indéfiniment, je pris pour mon compte h résolution de commencer seul mes recherchas. Avec quelques hommes et une pirogue que nous avions achetée quelques jours îiuparavant, je me mis en route pour aller explorer la montagne d'An-, ambatouau nord. J'eus à faire trois heures de navigation en pirogue avant d'arriver au pied de ces montagnes. J'étais frappé de la composition de ce sol. Là, rien d'uniforme : je rencontrais tantôt du

A VOHÉMAR ET A DiÉGO-SUAHEZ. 403

granit en abondance, puis du schiste verdâtre, U*ès-lourd et parsemé de petits ronds que je suppose être du cuivre gris {gray copper), du trachyte présentant de graîjdes variétés, granitoïde, amphibolique. Quant aux déjections poreuses, scoriacées, pulvérulentes, elles manquent complètement. Les matières vitreuses se rencontrent aussi çà et là; la variété la plus curieuse est une espèce de basalte sillonnjé de veines de cuivre rouge. En brisant cette pierre, je remarquai dans l'intérieur des liions plus ou moins considérables, s^éparpillant dans tous les sens ; je crois que c'est du basalte métramophore.

Je vis aussi des pierres jaunâtres et des métaux blancs polis, ayant l'apparence de l'argent. La matière schisteuse verdâtre est remplie de ce métal blanc en grains. Comme je n'avais aucun instrument pour creuser assez profondément le sol, je me contentai de prendre quelques échantillons que j'expédiai à Sainte-Marie au retour de laLouise,

Mon opinion est que cette montagne renferme non-seulement du cuivre, mais encore de Targent en abondance, bien que je n'aie rencontré à la surface du sol aucune trace de ces métaux. Satisfait de mes premières recherches, ne possédant du reste aucun abri, et voyant mes provisions s'épuiser, je me décidai à regagner Vohémar oU je dressai le procès-verbal de prise de possession des terres non occupées, c'est-à-dire de l'espace compris entre la rivière Sam*bèrana, à 30 milles au sud de Vohémar, jusqu'au tort d'Amboiniou, à 20 milles au nord, y compris la rivière Montaliac.

Peu de jours après, j'eus le désir de diriger mes recherches à ^ l'ouest, vers ces montagnes dont la composition m'avait intrigué vivement dès mon arrivée, et auxquelles j'avais donné le nom de montagnes Caméléons à cause des différentes nuances qu'elles présentent.. Je partis en pirogue. Deux heures après, je mis pied à terre. J'eus à traverser un terrain marécageux où je me mouillai jasqu*aux genoux; je gravis le ntonl de la Table où je trouvai des pierres vitreuses de couleur bleuâtre ayant la cassure résineuse, et remarquables par leur dureté et leur transparence. Cette pierre se trouvait à la surface ; elle était très-commune ainâ queles minerais de fer. Je continuai dans la direction de la montagne Caméléon.

Mais j'avais mal apprécié la distance. En apercevant cette montflgne de Vohémar, on la croirait à un mille de la plage;

404 VOYAGIÎ DU DOCTEUR GUNST

cependant, au bout de trois heures de marche, j'arrivais au pied après avoir traversé des terrains marécageux, des mornes, de vastes plaines dont le sol maigre ne convient à aucune culture, et n'est propre qu'à servir de pâturages aux moutons. Dans le nord, j'apercevais une forêt de copaliers vers laquelle je dirigeai mes pas. Deux heures après, j'arrivai à une plaine magnifique dont le sol léger, moelleux et noir me semblait devoir être d'une extrême fertilité. Cette, plaine est bien arrosée. J'avais mis le feu aux herbes à mesure que j'avançais, pour pouvoir marcher plus commodément à mon retour. Dans la soirée, j'étais rendu au terme de ma course. J'y demeurai plusieurs jours,

La nature du sol de cette montagne et le mode de formation des terrains diffèrent complètement de celle d'Anambatou. J'y rencontrai de r^rgile rouge renfermant du mica rouge, du quartz mat sur la surface,du mica blanc en feuilles légères comme des feuilles d'argent, des pierres excessivement lourdes, d'une couleur verdàtre ; en les grattant, je reconnus que ce ne pouvait être du mica ni du sulfure de fer, mais plutôt un phosphate de cuivre. Le quartz et l'agate s'y trouvent surtout en abondance, à côté du granit et autres roches de transition. J'ai la fermai persuasion que l'on pourrait aussi y trouver de l'or, surtout dans cette vallée dont le sol se compose de couches alluvionnaires. Le manque d'argent et d'outils ne me permettait pas des recherches plus sérieuses ; je renonçai à pénétrer plus profondément dans les entrailles de cette terre qui peuvent receler des trésors.

Je revins à Vohémar, emportant des échantillons de tout ce que j'avais vu. Et me préparai à aller à Diégo-Suarez.

(Le docteur Gùnst raconte alors comment, dans cette nouvelle excursion, il se fit accompagner d'un Français, M. Cerveaux, fils d'un ancien traitant du pays.)

Après un dîner d'adieu donné au commandant hova à bord du Zaoudzy, nous partions le lendemain pour Diégo-Suarez, sous la conduite d'un pilote arabe qui nous mouilla à six heures du soir dans un port nommé Tsinguy par les Antankares,et Ambondiwaybay par les Hovas. Jamais bâtiment européen n'avait pénétré dans ces parages fréquentés seulement par les boutres arabes. Aussi les habitants manifostaient-ils le plus grand étonnemenl de nous voir

A VOIIÉMAR ET A DIESO-SUAUFZ. iOo

dans leur porl. Les Hovas, qui vinrent bientôt à bord, en apprenant que nous étions porteurs de lettres de RacTaina I! pour le commandant de Diégo-Suarez, que les indigènes désignent sous le nom d'Antombouk, nous dirent que ce port est à dix milles au nord de Tsinguy, mais que la résidence du commandant n*estqu*à huit milles de Tsinguy sur les montagnes de Tinlérieur, et qu'il valait mieux pour nous que nous nous y rendions de Tsinguy que d*aller jusqu'à Diégo-Suarez, d'oii il nous faudrait faire quinze milles par terre.

Nous nous décidâmes alors à nous arrêter plus longtemps à Tsinguy, en renvoyant au surlendemain notre départ pour Diégo-Suarez, et nous fîmes connaître notre arrivée au commandant. Le lendemain, de bonne heure, nous vîmes arriver à bord des officiers venus du fort pour nous demander nos lettres; mais nous les leur refusâmes en disant que nous tenions à les remettre en mains propres au commandant. Nous débarquâmes peu après. Une longue ligne de récifs, qui s'étend au nord et au sud sur un parcours de plusieurs milies,et interrompue par une passe qui peut avoir au moins un raille de largeur, protège la baie de Tsinguy contre la fureur de l'Océan. Le fond de la baie est garni d'une ceinture de palétuviers. Un sable à gros grains, parsemé de débris de c*oquillagesetde corail, forme la composition de la plage. Des plaines immenses se prolongent à perle de vue dans là direction du sud et de l'ouest ; et, du nord-ouest au nord-est, des montagnes abruptes élèvent leurs plateaux jusqu'au ciel; leurs flancs droits et inaccessibles ont l'air de hautes murailles ; mais la main de l'homme n'arriverait jamais à faire un assemblage aussi régulier et aussi parfait. Au sommet de ces montagnes, c'est-à-dire à une hauteur de 1,500 pieds environ, se pressent des blocs de rochers présentant les figures les plus variées et les plus éirariges. On distingue aisément sur les faces latérales de ces montagnes la stratification des terrains. En traversant les plaines, l'on voit à chaque instant des bancs de coraux considérables que l'on serait tenté de prendre pour les fondations d'édifices immenses. Ces coraux, parsemés de fossiles et de débris de coquillages se rencontrent à 8 pieds au-dessous du sol. Deux pieds plus bas se trouve une ^eau douce excellente. Le sol présente une teinte brune, il est mélangé avec une poussière fine, de l'humus et des débris calcaires. J'Jtais parti pour la chasse avec le cnpitnine Leclère; nous nous

40!3 VOYAGE DU DOCTEL'R GLXST

dirigions vers le nord-est. Nous rencontrâmes bientôt une rivière que nous suivîmes jusqu'à son embouchure : de là,nous apercevions très-bien le Zaoudzy ; nous hélâmes le canot qui vint immédiatement nous chercher et nous ramena a bord.

Dans Taprès-midi, nous allâmes explorer la rivière que nous avions découverte le matin; notre embarcation y pénétra facilement. L'embouchure à mer basse n'a pas plus de 2 pieds d'eau ; mais à la haute mer, les eaux atteignent une profondeur de 8 pieds, et dès que Ton a passé le banc qui consiste en quelques coraux, on trouve H pieds d'eau à mer basse. Nous remontâmes la rivière jusqu'à cinq milles de son ( mbouchure, et, durant ce trajet, nous tuâmes un nombre èonsidérable de poules d'eau. A notre retour nous découvrîmes une source dont l'eau était un peu saumfttre ; mais je n'en fus pas étonné, après avoir examiné les lieux, en remarquant que le sol était composé principalement de plâtre; nous rejoignîmes alors le navire.

Le lendemain, à notre arrivée à terre, nous trouvâmes les officiers venus à notre rencontre ; nous nous mimes alors à chercher des porteurs : nous voulions leur donner le même salaire qu'à ceux des autres points par ou nous 'avions passé, c'est-à-dire un sicatzi par porteur et la nourriture ; mais comme ils nous demandaient trois sicatzis, nous les leur refusâmes et nous partîmes. A notre retour sur la plage, au moment oii nous nous disposions à monter à bord, les officiers vinrent nous déclarer qu'ils étaient venus toitt exprès pour nous escorter jusqu'au fort : alors, après bien des débats, nous eûmes des porteurs pour un sicatzi et demi par jour, et nous nous mimes en route. Nous traversâmes un terrain composé de plâtre et de matières calcaires, des plaines fertiles oh la canne à sucre arrive à des proportions qu'elle n'atteint nulle part ailleurs ; c'est une terre molle et ndire ; tout ce que les indigènes y plantent et dont ils ont fort peu de soin, vient à merveille. Nous nous étions rapprochés de ces montagnes ; et déjà elle nous environnaient de toutes parts, et, de quelque côté que nous tournions nos regards, nous ne rencontrions que ces crêtes qui bornaient notre horizon. Nous eûmes à gravir une montagne à pic par un sentier oh deux hommes ne peuvent marcher de front ; nous fumes obligés, bien eniendu, de mellrc pied à terre et de grimpdr Je long de ces {>entes glissantes.

A VOllKMAR ET A DIEGO-SCAIlEZ. 407

Appès une demi -heure de cet exercice, nous nous croyions au bout d6 nos fatigues ; raa:s en haut, le plateau n'avait pis plus de â pieds cartrés de surface, et nous voyions un autre sentier que nous avions à suivre encore. Le soi avait la blancheur de la neige ; c'était de la craie, du plâtre, des rochers avec leurs cristaux ; nous atteignîmes le pied d*nne autre montagne au sommet de laquelle est bâti le fort hova. Les ofliciers nous prièrent de les y attendre. J'examinai ces blocs de rochers que nous apercevions et qui ne sont que des amas de coraux. Du haut de cette montagne, je distinguais très-bien ces blocs contre lesquels la mer vient se briser et qu'elle ronge insensiblement; j'apercevais ces cavernes mugissantes et ces franges découpées dans le roc. Je crus reconnaître dams ces coraux les madrépores muriquées et diverses articulations d'encrines d'une espèce perdue. Comme ces roches doivent être anciennes ! Que de milliers de siècles il a fallu pour que la terre se soit soulevée à cette hauteur! Tout ici alleste que ces blocs étaient autrefois englo.utis ; on n'a qu'à suivre attentivement les lignes tracées par la mer, que l'on remarque seulement jusqu'où la mer atteint dans les plus hautes et basses marées. On voit distinctement h plage dont le sable s'est transformé en pierres, avec ses fossiles ; on y retrouve des débris de crustacés, des caryophy cèles, des oculincs. Ne peut-on alors indiquer l'époque de la formation de ces' rocs, en voyant ces terrains cambriens, ces dépôts sédimentaires, ces grauwackes schisteuses, ces plantes, ces bois transformés en pierres?

Je laisse cette étude à des personnes plus habiles que moi ; car je m'en sens incapable, en présence de ces admirables effets de la nature. Là, s'ouvre une large voie pour le naturaliste et le géologue. Qu'ils examinent, qu'ils étudient ces lieux, et je suis sûr que leur admiration pour le Créateur, se mêlant à la mienne, ils publieront pour tout le monde les nouvelles preuves qui viennent Remontrer l'existence d'une autre terre avant le déluge.

De ces hauteurs, on jouit d'un coup d'œil magnifique. Je voudrais pouvoir dire les impression^ profondes que j'ai conservées du spectacle grandiose que j'avais sous les yeux. Mais, je le répète, la tâche est au-dessus de mes forces, et je laisse ce travail à de plus savants que moi.

Il y avait une heure que nous étions là : aussi commencions-nouà

408 VOYAGE Dt' DOCTEUK GLXST

à trouver celle altenle un peu longue; la faim surlout nous rappelait que nous n'avions rien pris, depuis le matin, et il était deux heures : sur notre demande, on nous conduisit à un petit village bâti devant le fort. Un vieux chef nous engagea à entrer dans sa case, nous offrit des bananes et se mit à préparer du riz et un poulet. Après que nous eûmes déjeuné avec lui, l'on vint nous chercher en grande pompe. Le village est bâti sur les flancs de celte montagne que nous devions escalader, et, durant ce trajet, les indigènes accouraient de tous côtés pour nous examiner comme des êtres trèscurieux. A notre entrée au fort, on nous salua de trois coups de canon. Le fort, comme tous les forts hovas,est entouré de palissades en bois, et la demeure du commandant est dans le même genre que celle des commandants des autres points. L'intérieur du fort est assez vaste, et de grandes cases y sont bâties. Sous leurs varandes, assises parterre, se tenaient ks femmes des officiers, toutes proprement et uniformément habillées de robes blanches. Les coiffures seules, plus ou moins excentriques, présentaient des différences. Il y avait là environ 300 soldats sous les armes, commandés par un nombre é^al d'officiers. Après avoir rendu les honneurs au pavillon de Radama, salué les officiers supérieurs et le commandant, celui-ci nous fit entrer dans sa demeure, une salle énorme oîi 500 personnes pourraient trouver place. Après avoir- entendu la lecture des lettres du roi, le commandant nous conduisit à la case qui nous était destinée, et qui était bien certainement la plus propre que j'aie jamais vue chez les Hovas. En nous quittant, il annonça que vers les quatre heures de l'après-midi, il viendrait nous chercher pour un grand diner. En effet, à l'heure dite, il revint à la tête de ses officiers, et nous conduisit dans la grande salle où avait été dressée une table énorme fabriquée à la hâte, et couverte de mets servis, pour la plupart, dans des vases destinés chez nous à un tout autre usage que celui de la table ; mais ils étaient encore neufs. Néanmoins, je préférai ne goûter qu'aux mets servis dans les plats dont nous nous servons. Tout le temps du repas, les tambours et les violons, se firent entendre, et à sept heures et demie nous rentrions chez nous.

Le lendemain, le commandant nous fit dire qu'il avait préparé une grande fête, et nous invita à y assister. Kous nous rendîmes à son

A VOIIKMAU ET A DIEGO-SLAREZ. 409

invitation : uno demi-heuro après notre arrivée, il nous fit passer sous la grande varande oii toutes les femmes, encore habillées de blanc et accompagnées de leurs cavaliers, se préparaient à danser. Le commandant donna le signal, et aussitôt, au son des tambours et des violons, plus de 200 couples se mirent à tourner en tous sens, mais d'une façon régulière et avec mesure. Après deux heures de ce divertissement, nous priâmes le commandant de nous excuser en lui disant que nous désirions partir,»et nous le priâmes démettre à notre disposition un officier qui pût être témoin des prises de possession que nous allions opérer. Notre escorte nous ramena au port. Dès notre arrivée, nous dressâmes procès-verbal de prise de p ossession du terrain qui s'étend du cap d'Ambre au fond du port au sud, traçant une ligne de Touest à Test. Les officiers hovas signèrent ce procès-verbal avec nous, et le lendemain nous partîmes pour Diégo-Suarez, où nous jetions l'ancre à dix heures du malin. .

. Un vieillard sakalave, qui vit à Diégo-Suarez avec toute sa famille, compose toute la population de ce vaste port. C'est un pays plat dont le sol est léger, noir, mêlé de géodes et d'oxyde de fer en assez grande proportion dans quelques endroits. Je suis persuadé qu'il renferme aussi du charbon de terre ; car, en voyant ces hautes montagnes d'Ambodinay-bay, la conformation uniforme du port Diego, cette immense baie, les montagnes boisées de l'ouest, je suis tenté de croire que, dans des temps reculés, il s'est fait dans cette baie des agglomérations de matières végétales actuellement décomposées. La présence du carbonate de fer que l'on y rencontre à chaque instant, et qui, en Australie, accompagne les terrains houillers, me confirme dans l'opinion qu'il existe des mines de houille h Diégo- Suarez ou dans les environs. Le lendemain, nous remontâmes avec le grand canot la rivière aux Caïmans jusqu'à une distance de.sept milles dans Tintérieur; mais en avançant un peu, les palétuviers disparaissent pour faire place à des plaines ou à des monticules où la terre végétale se montre en abondance, de même que les pierres granitiques et le silex transparent. Nous mîmes pied à terre en différents endroits, et partout je trouvai un sol qui peut convenir à nos cultures. Nous sortîmes de la rivière pour nous diriger au nord de la baie; après avoir côtoyé quelque temps le rivage le long duquel

410 VOYAGE DU DOCTEL'Il CtXST

on rencontre des bois magnifiques , nous arrivâmes à une anse, près de Textrémité du cap Diego, oii coule une source d'eau douce abondante. La mer a là une profondeur de quatre brasses, et les navires y peuvent être complètement à Tabri de tous les vents. Le terrain qui compose le cap Diego est composé de calcaires ; ce cap sépare le port de la Nièvre de la baie du Sépulcre, et forme une presqu'île d'une longueur de trois milles à peu près dans sa plus grande largeur. Les indigènes désignent cette presqu'île sous le nom de Andrahaha. Dans le sud de la baie, il existe aussi une source d'eau douce.

Le lendemain, nous nous dirigeâmes vers la rivière des Maques, h trois milles plus à l'ouest. Cette rivière est large et profonde. Pour la première fois, je voyais un pays qui présentait quelques traits de ressemblance avec l'Australie. Là, point de ces broussailles que l'on rencontre ailleurs. Les plaines sont couvertes de gros arbres assez espacés pour que l'on puisse commodément circuler en voi • ture au milieu cf'eux. Le sol est couleur chocolat. LTiuraus y abonde, mélangé avec une argile présentant des teintes d'un jaune plus ou moins foncé. Ces plaines sont coupées par une chaîne de montagnes qui court sud-ouest, nord-est. Un banc de rochei^s nous barra le passage h une distance de cinq milles environ de l'embouchure; mais nous continuâmes par terre encore quelque temps et nous pûmes reconnaître combien pourraient convenir h des entreprises agricoles, ces terres situées aux bords d'une rivière navigable ; car, derrière ces rochers qui en obstruent le cours en formant une chute d'un pied de hauteur, on trouve encore une profondeur de sept pieds.

Nous sortîmes bientôt de cette rivière pour aller encore plus à l'ouest à celle des Chauve-souris : nous ne tardâmes pas à rencontrer des milliers de chauves-souris se suspendant aux branches des palétuviers qui croissent dans la rivière et qui ne nous permirent pas d'y pénétrer à plus d'une centaine de mètres : aussi nous regagnâmes le navire. Mais à deux heures du matin, je partais de nouveau dans le canot pour explorer la baie de Douvontch-vatou ou caillou blanc. A sept heures du matin, je me fis mettre à terre avec quelques hommes et donnai l'ordre au canot de doubler le cap et d'aller mouiller dans l'anse d'Antafa. Je voulais traverser à pied l'espace

A VOIlKMAn ET A DIECO-SL'AREZ. 4îl

qui m'en séparait au milieu de broussailles épaisses croissant sur un sol rocailleux, puis de jolies vallées, après lesquelles j'arrivai au pied d'une monlagne dont le sol, vers le sud, se compose d'une pous-^^ sière jaune, et au nord présente, en outre, un minerai d'un jaune pâle ou d'un blanc sale, de différentes dimensions dont la forme est celle d'un octaèdre. Cette substance peut être coupée ou plutôt grattée par un couteau et se réduit alors en poussière; ce qui méfait penser que c'est un sulfure d'argent. Je descendis dans une jolie plaine et j'arrivai à la petite anse d'Antafa oii je retrouvai le canot et oii je déjeunai. Immédiatement après, je partis pour l'autre rive et je gravis une montagne du haut de laquelle j'apercevais le port Liverpool et les récifs de la côte ouest.

Le sol de cette montagne, jusqu'à son sommet, est d'une friabilité telle qu'à chaque pas j'enfonçais dans le sable oii s'ouvrent des crevasses de quelques pieds de profondeur, dues à l'ardeur du soleil. Là encore, la terre est d'une richesse remarquable. Dans différents endroits, l'hiimus se montre jusqu'à di\ pieds de profondeur. Je déplorais d'avoir si peu de temps à demeurer à Diégo-Suarez. ^i mes moyens d'action eussent été en rapport avec cette grande entreprise, j'aurais été à même, à mon retour, de fournir des renseignements précis; mais pour mes ptans, pour prendre des relèvements, par exemple, je ne disposais que d'un petit campas de poche et j'étais réduit à &ire les détails de mémoire.

A l'est de cette immense baie, on rencontre des pierres calemres en quantité, et dans la baie de Tonnerre des jiierres sablonneuses excellentes comme pierres de taille. Il n'y a pas de discussion possible : le port de Diégo-Suarez surpasse même le fameux port de Sidney. L^, il y a mouillage pour tous les navires du monde, de toutes les dimensions. La fertilité des terres qui avoisinent le port, tes facilités de transport pour les produits, les ressources qu'cm y trouve pour les constructions, permettent facilement de prévoir que ce port comptera plus tard parmi les plus importants du monde, pour son commerce et son industrie.

Après un séjour de six jours à Diégo-Suarez, que j'employai à explorer le pays aussi minutieusement qu'il m'était possible dans un laps de temps si limité, j6 revins à bord, et, à six heures du matin nous mettions à la voile malgré une brise contraire. Le septième

412 VOYAGE D'J DOCTEU:; GLNST

jour après notre départ, djns Taprès-niidi, non? étions de retour à Vohémar. La population manifesta une véritable satisfaction de npus voir reverdr. Un jour après, le Zaoudzy nous quitta, et nous nous occupâmes de faire monter notre case.

Le lendemain, je fis mes préparatifs pour. une expédition dans le sud. Je me dirigeai vers Amboinio oii je f)assai la nuit. En quittant Amboinio, on suit des mornes ferrugineux et sablonneux pendant un demi-mille environ. On arrive alors à Terabouchure de la rivière d*Ampanhabé, qui est assez large, et oii se trouvent plusieurs îlots. Je la traversai en pirogue et continuai ma course le long de la côte qui, sur une longueur de trois milles, s'étend parallèment au cours de la rivière dont elle n'est séparée que par un banc de sable d'un demi-mille de largeur. Au bout de ces trois milles, la rivière tourne vers le nord-ouest et forme un lac. En suivant la côte, on arrive à un pays extraordinaire au point de vue géologique. Les mornes qui bordent la côte sont composés de fer oligiste et de fer magnétique; en descendant à Touest, dans une vallée d*un sol noir, on rencontre des géodes de deux espèces : Tune ronde, de la grosseur d'un pois, Tautre plus petite encore ; ces géodes sont creuses et renferment des cristaux de conteur et de forme variables : rhomboèdres et scalénoèdres. C'est surtout dans les géodes allongées que j'ai trouvé les plus beaux cristaux, les libas surtout; les autres sont jaunes, rouges, rougeàtres, mais blancs particulièrement; je vis aussi du silex de toutes nuances et une grande quantité de fragments d'agate. En montant le deuxième rang de mornes, plus élevé encore que le premier^ on voit que c'est un terrain purement de cristallisalion. On n'y voit aucune pierre dont les formes arrondies puissent être attribuées à l'action de l'eau : des blocs énormes sont pêlemêle, amoncelés les uns sur les autres dans le désordre le plus complet; ces pierres sont très-dures et renferment des géodes d'une grosseur remarquable. On y rencontre aussi du quartz, ainsi que du silex représentant les dessins les plus variés d'une finesse extrême, et réunissant parfois jusqu'à cinq nuances différentes, creusées,, entaillées comme par l'action du feu. Je suppose que ces trous ont été jadis, remplis d'argile ou de terre qui aura été brûlée, puis lavée par les pluies, et aura ainsi laissé la pierre dans son état naturel. Cette pierre est d'une teinte tirant sur le bleu et le vert foncé, et

A VOHKMAIl ET A DIEGO-SUAKEZ. 413

rend un sonmélalliquc. Ne serait-ce pas un rainerai de cuivre? Sur un autre monticule je fis la découverte de trois fragments de minerais de plomb, faciles k reconnaître au contact, se laissant du reste aplatir sous le marteau.

Pendant les trois semaines consacrées à mes recherches, j'avais exploré une étendue de pays -d'environ 30 milles de long sur 20 milles de large, une grande chaîne de montagnes oii le bois d'ébène et le bois rouge se montrent en abondance; j'avais campé, entre la montigne de Cristal et celle de Bellevue, sur un monticule oh j'ai cru reconnaître des minerais d'étain. J'ai donné à une des vallées oii j'avais passé six jours le nom de vallée d'Espérance, parce que j'ai Tesppir d'y trouver ou d'y faire trouver plus tard des pierres précieuses. Je donnai le nom de plaines Lambert*aux plaines magnifiques qui s'étendent au sud de la montagne de Bellevue ; ces plaines commencent au pied de la montagne ; elles ont au moins 15 milles de largeur sur 35 milles de long, et sont arrosées par deux rivières qui peuvent être remontées jusqu'à leurs sources par les plus grandes pirogues : les colons seuls manquent pour en retirer les plus beaux résultats. J'avais été dans le sud jusqu'à la rivière de Sambavava, limite du district de Vohémar, à 48 railles de ce port. Sur ce parcours, j'avais rencontré des raarais, des plaines sablonneuses, des forints de copaliers; je fus enfin obligé de revenir sur Vohémar; depuis cinq jours je n'avais pour nourriture que du riz cuit dans Teau, mes forces commençaient à s'épuiser et mes hommes manifestaient du mécontentement.

A mon retour, notre case éUilt presque terminée; mais le Zaoudzy était impalierament attendu, car nos vivres coramençaient à manquer, nous n'avions pas de riz pour nos hommes. M. Guinet avait expédié un courrier à Sainte-Marie pour y faire connaître notre position et rapporter du riz. Mais il lui fallut vingt-trois jours pour ce voyage. Je fus obligé de me mettre à fabriquer des tables, des chaises, des lits et un buffet. (Le docteur Gûnst raconte ici les difficultés qu'il eut avec le commandant hova au sujet d'une récolte de gomme copale qu'il avait préparée, et d'un litige entre M. Cerveaux et une femme malgache; et enfin les viole7ices dont il fut V objet de la part des Hovas, Il retourne alors à Vohémar et continue ainsi) :

114 VOYAOE Uf IWCTEim GCNST

Quatre jours après mon retour à Vohémar, en fouillant mst rndUe pour y prendre de l'argent dont j'avais besoin pour m'acheter des volailles, je l'avais trouvée dans le plus grand désordre, et j'avais remarqué la disparition d'un sac contenant 203 piastres et demie, de ma montre et de ma chaîne en or; le tout formant une valeur totale de 400 piastres, l'avais immédiatement expédié mon interprète au fort pour annoncer au commandant le vol qui m'avait été fait. Celui-ci me fil répondre que ce vol avait sans doute été commis par mes marmites; mais je suis bien persuadé que ce sont les soldats hovas; car mes marmites m'avaient suivi, tandis que les premiers ont envahi ma case, et ont passé deux heures h visiter les appartements et à boire.

Deux jours après, M. Cerveaux me faisait savoir que le maréchal, à la tête de 700 hommes, avait envahi la forêt de copaliers pour piller nos récoltes. Comme j'étais très-souffrant, je lui fis dire qu'il avait à laisser ses instructions à son commandeur, et à venir à Vohémar quelque temps. Il arriva bientôt et me raconta que cette bande d'Hovas avait enleVé tous les produits de nos travaux en emportant jusqu'aux plus petites larmes de gomme. Quelques jours après je recevais uue invitation de monter ;iu fort pour y entendre la lecture des lettnes dn roL Né poiifaiidt m'y irans^rter, je priai M. Cerveaux de s'y rendre à ma place. Il m'ea rapporta dtes copies.

Voici le contenu de la première lettre :

Antananarivo, e 5 mars 1863.

Page 1