A PARIS
Chez H. CHAMPION
Libraire de la Société de l’Histoire de Paris
Quai Voltaire, 9
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AVERTISSEMENT
Les documents que l’on trouvera réunis ici ont été glanés çà et là aux Archives Nationales et au département des manuscrits de la Bibliothèque Nationale. Ils sont loin de constituer l’ensemble de ceux que l’on pourrait trouver dans ces deux dépôts sur les imprimeurs, les libraires, les relieurs, les fondeurs, les graveurs, les enlumineurs, les doreurs de livres, les faiseurs de fermoirs, les papetiers, les parcheminiers et les cartiers, qui ont fait l’objet de nos recherches pour la seconde moitié du XVe siècle et pour le XVIe siècle. On verra par la nomenclature des registres et cartons où ils ont été puisés combien reste vaste le champ des. recherches et combien sont nombreux les fonds qui peuvent encore, être dépouillés avec succès.
Ces documents ne concernent, à quelques exceptions près, que des représentants de la petite bourgeoisie parisienne. Le Minutier d’une étude parisienne publié par M. Coyecque (i) et le Recueil de MM. le baron Pichon et Georges Vicaire (2) nous ont déjà conduits dans la vie professionnelle et privée de bon nombre d’entre eux. Ici c’est surtout dans leur vie privée que nous allons les suivre.
Les documents purement relatifs à l’exercice de leurs professions sont en très petit nombre. Si nous y perdons, au point de
(1) Inventaire sommaire éPun Minutier parisien pendant le cours du xvi9 siecle ( 14Q8-1600 ), par Ernest Coyecque, publié dans le Bulletin de la Société de l’Histoire de Paris et de l’Ile-de-France en 1893 et 1894 et tirage à part.
(2) Documents pour servir à Vhistoire des libraires de Paris ( 1486 - 1600 ), publiés par MM. le baron Jérôme Pichon et Georges Vicaire. Paris, librairie Techener, H. Leclerc et P. Cornuau, 1895.
VI AVERTISSEMENT
vue de l’histoire des industries du livre, nous y gagnons au point de vue de l’histoire et des mœurs du bourgeois de Paris que nous suivons dans tous les événements de sa vie intime et de famille, contrats de mariage, donations, testaments, apprentissages, délibérations de conseils de famille, querelles de voisinage, vie galante, arrestations, procès, etc. Nous le voyons gérer ses biens, placer ses économies en immeubles à Paris ou en vignes dans la banlieue, de préférence à Saint-Marcel, à Bagneux, à Fontenay, à Clamart ou à Meudon ; nous assistons à ses démêlés avec ses créanciers ; nous le trouvons en but aux persécutions religieuses particulièrement cruelles, en raison même de leur état, aux imprimeurs, aux libraires et aux relieurs. A côté des noms déjà connus de ces malheureux que l’impression, la vente ou la reliure d’un livre a conduits sur la place Maubert ou sur la place de Grève, nous pourrions dresser une longue liste de ceux que des saisies ou des exils même momentanés ont menés à la ruine.
Quelques-unes seulement de ces familles, que nous suivons parfois pendant plus d’un siècle, nous apparaissent par ces documents comme étant parvenues à la fortune ; nous les voyons alors marier leurs filles à des conseillers au Parlement et quitter leurs professions pour acheter des charges. Celles qui semblent avoir joui de l’aisance ne sont guère plus nombreuses et nous assistons à la débâcle de plusieurs de ces petites fortunes que nous avons vu se former peu à peu par des immobilisations successives. La très grande majorité des travailleurs du livre était dans une position tout à fait précaire.
Quelques maîtres chargés de famille cherchaient dans des métiers accessoires à augmenter les faibles profits de leur commerce. Les uns vendaient du vin à pots ou du charbon, quelquesuns touchaient des vacations pour monter la garde de nuit ou de jour à la Porte Saint-Marcel, d’autres recherchaient les fonctions de garde-clefs et portiers, ou de curateurs à des successions vacantes \ de plus fortunés logeaient dans leurs maisons d’innombrables locataires.
Les privilèges qui permettaient aux fils et aux gendres de maîtres d’obtenir la maîtrise sans formalités les engageaient à conserver la profession de leurs pères, et nous retrouvons les mêmes familles exerçant les mêmes professions pendant de nombreuses générations. Pour les plus importantes d’entre elles nous avons essayé, par des tableaux généalogiques, de rendre plus aisée la distinction entre les diverses générations que l’on confond si facilement en raison des répétitions constantes des mêmes prénoms.
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Nous avons cherché aussi à identifier les professions de toutes les personnes citées dans ces documents en les indiquant entre crochets dans les actes qui ne les mentionnent pas ; cette identification a été souvent facile grâce aux adresses, aux noms des femmes ou à d’autres pièces auxquelles nous n’avons pas cru utile de renvoyer quand il ne s’agissait pas de l’une des professions qui ont fait l’objet de nos recherches. Nous avons de plus fait une table par professions où l’on trouvera réunis les noms de tous ceux qui exerçaient le même état (i).
Au point de vue purement professionnel, ces documents ne nous fournissent presque rien. Les registres du bureau de la librairie conservés à la Bibliothèque Nationale ne remontent qu’à 1618, et les trois ou quatre registres du Châtelet qui contiennent des réceptions de maîtres ne sont intéressants que poulies cartiers et les parcheminiers, les libraires, les imprimeurs et les relieurs ne ressortissant pas de la prévôté de Paris mais de l’Université. Sur l’un de ces registres, pourtant, se trouve transcrite une sentence de Nicolas Chesneau, syndic de la Communauté des libraires et imprimeurs en 1575, faisant défense à Galliot II Du Pré de mettre en vente des livres imprimés ailleurs qu’à Paris sans mentionner au titre le nom de la ville et celui de l’imprimeur (2).
Un registre de la Confrérie de Saint-Jean-l’Evangéliste, à laquelle appartenaient les libraires, imprimeurs, relieurs et papetiers, renferme la liste des taxes d’ouvertures de boutiques, dont la quittance tenait lieu de brevet de maître, payées en 1586 et à partir de 1592 (3). Quelques sentences de la prévôté de Paris ou de Saint- Germain-des-Prés sont relatives à l’exécution de contrats d’apprentissages ou au droit d’exercer (4).
Des comptes de collèges ou de fabriques indiquent des prix de reliures ou de réparations de reliures. Un jugement du Châtelet apprend que le papier fabriqué à Ableiges était payé en 1552 à 10 livres la rame (5). Enfin le compte des frais supportés par la Ville de Paris pour les entrées solennelles du roi et de la reine en 1571, nous renseigne sur le prix payé pour l’impression et le papier de certains cartons qu’on avait jugé utile de réimprimer
(1) Les imprimeurs sont très souvent qualifiés seulement libraires dans les actes ; quelques libraires sont aussi qualifiés parfois seulement relieurs ; il est vrai que l'a profession d’imprimeur impliquait alors celle de libraire, et la profession de libraire celle de relieur.
(2) Arch. Nat., Y 5251, f° 24 v° ; voyez p. 83.
(3) Bib. Nat., fonds français 21872.
(4) Pages 24, 175, 218, 252.
(5) Page 237.
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pour le livre bien connu des bibliophiles qui relate les pompes de ces entrées ; il nous donne aussi les ]^rix des différentes reliures dont ce livre fut couvert (i).
Nous n’avons donné, généralement, que les résumés des actes ; il en est fort peu dont le texte lui-même nous ait semblé offrir de l’intérêt, les formules étant toujours à peu près identiques dans les actes de même nature. Les testaments, où l’on pourrait espérer trouver des détails curieux, ne renferment, pour la plupart, que des dispositions relatives aux funérailles et des nominations d’exécuteurs testamentaires ; les contrats de mariage n’indiquent ordinairement que le chiffre du douaire coutumier. Les ventes successives d’un même immeuble peuvent donner des indications précieuses sur la valeur des propriétés à des époques différentes, mais il faut tenir compte des charges dont leurs propriétaires successifs ont pu les grever ou les dégrever, et dont la liste complète est rarement fournie.
Les documents résumés ici ne sont pas tous inédits. Quelquesuns figurent déjà dans le Minutier de M. Coyecque et dans le Recueil de MM. le baron Pichon et Vicaire qui les ont trouvés à d’autres sources que nous. Un certain nombre ont été publiés aussi dans des articles de Revues ou dans des ouvrages de biographie ou d’histoire, particulièrement par M. Weiss dans le Bulletin de la Société de V histoire du 'protestantisme français , par M. Stein dans ses Mélanges de bibliographie , dans les Mémoires de la Société de l’Histoire de Paris et de l’Ile-de-France ou dans le Bibliographe moderne , par M. Claudin dans le premier volume de sa remarquable Histoire de Vlmprimerie ; nous-même avons déjà publié quelques actes relatifs à la famille Petit et à la famille Estienne, et nous avons fait usage des renseignements fournis par un assez grand nombre de ceux que nous citons ici pour un volume sur les Imprimeurs parisiens, libraires, fondeurs de caractères et correcteurs d’imprimerie. Nous n’avons pas cru devoir laisser de côté les actes déjà connus, pensant qu’on pourrait les retrouver plus facilement réunis ici que disséminés. C’est dans le même but que nous avons donné en appendice les noms des imprimeurs, libraires, fondeurs, etc., sur lesquels on trouvera des documents originaux dans le Minutier, dans le Recueil ou dans les quatre premiers volumes de la Bibliographie lyonnaise de M. Baudrier (pour ceux-ci en ce qui concerne les parisiens seulément). Pour le Minutier, comme il n’a pas été possible d’y mettre une table, nous avons indiqué l’année et la page
(i) Pages, 55, 168, 19 1 et 220.
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du Bulletin auxquelles on devra se reporter. Ajoutons enfin que quelques documents ont été cités d’après les Registres des délibérations du Bureau de la ville de Paris , en cours de publication, et quelques autres d’après le catalogue imprimé des Archives hospitalières de Paris.
On trouvera des indications de naissances ou de décès prises dans des extraits, qui sont à la Bibliothèque Nationale, d’anciens registres de paroisses, aujourd’hui disparus ; nous les avons données bien qu’elles n’offrent pas un caractère absolu d’authenticité, mais nous n’avons pas relevé les indications de naissances, de mariages et de décès portés sur l’exemplaire du livre de La Caille, conservé aussi à la Bibliothèque, annoté par l’auteur en vue d’une nouvelle édition ; nous signalons ce document qui contient un très grand nombre d’actes d’état civil intéressant les familles des libraires et des imprimeurs, certainement relevés dans les registres paroissiaux.
Voici d’ailleurs la nomenclature des registres ou des cartons qui renferment, tant aux Archives Nationales qu’au département des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, les documents que l’on trouvera résumés plus loin :