AVERTISSEMENT
Ces Prolégomènes à la Dogmatique ne sont dans l'intention de l'auteur que ce qu'ils sont dans l'ordre de la science , la première partie d'un travail qui embrasserait l'ensemble de la doctrine ëvangëlique réformée. Néanmoins la nature des questions préliminaires que nous avions à traiter ici, nous a paru justifier la publication de cet essai sous une forme séparée. Ce sera donc y si l'on veut , l'introduction à la fois et comme le prospectus d'un livre dont nous demandons\u Seigneur de permettre et de bénir l'exécution.
Apr^des destinées longtemps glorieuses , l'Église rétovmSe de France avait perdu l'indépendance, la vie, l'intelligence; aujourd'hui que la foi s'est réveillée en son sein , elle semble éprouver le besoin d'y ajouter la science; elle commence à comprendre la nécessité des études , mais elle hésite péniblement encore entre un prétendu libéralisme religieux qui se croit à la hauteur du présent , parce qu'il ignore ou méprise le passé , et une orthodoxie qui ne se hâte pas assez de prendre, dans le champ de la théologie, la place qui lui appartient.
Peut-être aussi, dans sa pénurie, cherche-t-elle avec
trop d'empressemeot à s'approprier telles quelles les productions de la littérature étrangère , si souvent devenues stériles dans le sol nouveau où l'on voudrait les transplanter. 11 est vrai que lorsqu'une tradition est rompue 9 on ne peut la renouer en reprenant tout simplement le fil là où il a été brisé; la science religieuse est un bien commun à toute l'Eglise, alors même qu'elle se développe au sein d'une nationalité particulière , et la théologie française ne saurait faire abstraction de tout ce qui s'est passé depuis les jours de sa splendeur 9 pour se rattacher tout simplement au temps des Bochart, des Blondel, des Daillé; elle ne peut ignorer le dix-huitième siècle et l'Allemagne. D'un autre côté , la première condition de r^énération véritable pour elle, est de rester elle-même, tout en participant au mouvement général de la science, de ne s'identifier absolument avec aucune tendance étrangère, mais de conserver son caractère individuel en se fiant à sa propre spontanéité. C'est encore là une des intentions de l'essai que nous hasardons aujourd'hui. Nous avons mieux aimé reproduire librement le résultat de nos études, assimilé à l'esprit de notre pays et de notre Église , que de donner quelque traduction ou compilation gallo-germanique.
Cette déclaration sera peut-être d'autant moins bien reçue, qu'on sera plus disposé à taxer d'étrangeté le style de cet ouvrage. Le reproche toutefois , nous le croyons , ne nous sera point adressé par ceux qui ont compris que la science n'a rien à gagner comme
telle, en renonçant à la rigueur qui constitue son caractère essentiel; que la richesse de ses fruits , même indirects et populaires, dépend de sa fidélité à ce caractère; et, enfin, que la science ainsi conçue n'est point possible sans une certaine terminologie plus précise que le langage habituel, et par cela même plus ou moins technique.
La division du livre en paragraphes , quelquefois fort concis, s'explique par le dessein que nous avons eu d'offrir , sinon un texte pour des leçons publiques , au moins un résumé propre à orienter le lecteur dans l'étude de la dogmatique. Si les développements étaient nécessairement exclus de ce plan , nous espérons qu'on les trouvera cependant suffisamment indiqués , et que la réflexion pourra féconder pour plusieurs les germes répandus dans ces pages.
L'étendue donnée à l'histoire de la dogmatique paraîtra sans doute en disproportion avec le reste de l'ouvrage. Loin de dissimuler ce vice, nous nous hâtons d'aller au-devant du reproche, en rappelant d'ailleurs comme excuse , l'importance de l'histoire d'une science pour son intelligence , l'absence dans la littérature théologique d'une esquisse vraiment complète de l'ensemble des destinées de la dogmatique, et en particulier la négligence dont la dogmatique de l'Église réformée a jusqu'ici été l'objet à cet ^ard. Que cette excuse nous serve en même temps d'apologie pour les inévitables défauts d'exécution dans cette partie de notre travail.
Les iadications littéraires qui accompagnent quel* ques-uns des paragraphes, n'ont nullement la prétention d'être complètes. Nous nous sommes borné à signaler y soit en général quelques-uns des meilleurs ouvrages à consulter , soit ceux qui représentaient le mieux les vues eicprimées dans le texte ; soit, enfin, ceux qui, par leur date récente, ne pouyaient être encore enr^strés dans les manuels auxquels doit s'adresser le lecteur désireux d'une bibliographie plus étendue. Ceux de Bretschneider , de De Wette , de Hahn et de Hase peuvent être désignés comme les plus riches sous ce rapport.
Quant aux principes théologiques qui nous ont guidé, ce serait au livre lui-même à répondre, si le titre déjà n'était pas lui-même suffisamment significatif. En entreprenant d'écrire une dogmatique de rÉglise réformée, nous n'avons pas voulu rattacher, tant bien que mal , une spéculation purement individuelle à une antique autorité, mais autant que possible exprimer les croyances d'une société religieuse avec laquelle nous nous sentons en communion véritable, et ainsi contribuer pour quelque chose, s'il plaît au divin Maître, à rendre à la fille aînée de l'Église réformée, à notre Église de France, la conscience de sa foi et la confiance en sa mission!
Il ne reste plus qu'à signaler deux points qu'il est trop tard pour corriger dans le texte même de ces prol^omènes, et qui ne manquent cependant pas d'importance. L'auteur avoue que le raisonnement
contenu dans la dernière partie du §. 32, porte un caractère apriorique qui ne convient point au sujet, et il n'hësite pas à reconnaître entre les §§. 35 et 36, entre le refus de délimiter l'inspiration et l'essai d'en déterminer l'étendue, une contradiction qui n'est peut-être qu'apparente, mais qu'il eût mieux valu éviter.