‹ Dogme et rituel de la haute magie (volume 2)Chapitre 15 sur 40 · ECCE · texte numérisé non relu

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Jusqu’ici nous avons exposé le dogme magique dans ce qu’il a de plus aride et de plus abstrait ; ici commencent les enchantements ; ici nous pouvons annoncer les prodiges et révéler les choses les plus cachées.

Le pentagramme exprime la domination de

LE PENTAGRAMMli. 1B7

l’esprit sur les éléments, et c’est parce signe qu’on enchaîne les démons de l’air, les esprits du feu, les spectres de l’eau et les fantômes de la terre.

Armé de ce signe et convenablement disposé, vous pouvez voir rinlîni à travers cette faculté qui est comme l’œil de votre àme, et vous vous ferez servir par des légions d’anges et des colonnes de démons.

Et d’abord posons des principes ;

Il n’y a pas de inonde invisible, il y a seulement plusieurs degrés de perfection dans les organes.

Le corps est la représentation grossière et comme l’écorce passagère de l’ânie.

L’àme peut percevoir par elle* même, et sans l’entremise des organes corporels, au moyen de sa sensibilité et de son diaphane, les choses, soit spirituelles, soit corporelles, qui existent dans l’univers.

Spirituel et corporel sont des mots qui expriment seulement les degrés de ténuité ou de densité de la substance.

Ce qu’on appelle en nous l’imagination n’est que la propriété inhérente à notre âme de s’assimiler les images et les reflets contenus dans la lumière vivante, qui est le grand agent magnétique.

Ces images et ces reflets sont des révélations

DOGMli D1-: LA IIAUTK MAGIL.

quand la science intervient poin* nous en révéler le corps ou la lumière. L’homme de génie dilîèr«i du rêveur et du fou en cela seulement que ses créations sont analogues à la vérité, tandis que celles des rêveurs et des fous sont des reflets perdus et des images égarées.

Ainsi, pourle sage, imaginer, c’est voir, comme, pour le magicien, parler, c’est créer.

On peut donc voir réellement et en vérité les démons, les âmes, etc., au moyen de l’imagination ; mais l’imagination de l’adepte est diaphane, tandis que celle du vulgaire est opaque -, la lumière de la vérité traverse l’une comme une 'fenêtre splendide, et se réfracte dans l’autre comme dans une masse vitreuse pleine de scories et de corps étrangers.

Ce qui contribue le plus aux erreurs du vulgaire et aux extravagances de la folie, ce sont les reflets des imaginations dépravées les unes dans les autres.

Mais le voyant sait de science certaine que les choses imaginées par lui sont vraies, et l’expérience confirme toujours ses visions.

Nous disons dans le Rituel par quels moyens on acquiert cette lucidité.

C’est au moyen de cette lumière que les vision-

LE PENTAGRAMME

naires statiques se mettent eu communication avec tous les mondes, comme cela arrivait si fréquemment à Emmanuel Swedenborg, qui pourtant n’était pas parfaitement lucide, puisqu’il ne discernait pas les reflets des rayons, et mêlait souvent des rêves à ses plus admirables songes.

Nous disons songes parce que le songe est le résultat d’une extase naturelle et périodique qu’on appelle sommeil. Être en extase, c’est dormir; le somnambulisme magnétique est une reproduction et une direction de l’extase.

Les erreurs dans le somnambulisme sont occa-

sionnées par les reflets du diaphane des personnes éveillées, et surtout du magnétiseur.

Le songe est la vision produite par la réfraction d’un rayon de vérité ; le rêve est l’hallucination occasionnée par un reflet.

La tentation de saint Antoine, avec ses cauche- : mars et ses monstres, représente la confusion des reflets avec les rayons directs. Tant que l’âme lutte, elle est raisonnable; lorsqu’elle succombe à cette : sorte d’ivresse envahissante, elle est folle.

Démêler le rayon direct et le séparer du reflet,

} telle est l’œuvre de l’initié.

Maintenant disons hautement que cette œuvre

s’ost toujours accomplie ])ar ([ucUiues hommes d’élite dans le monde; que la révélation par intuition est ainsi permanente, et qu’il n’y a pas de barrière infranchissable qui sépare les âmes, puisqu’il n’y a dans la nature ni bruscpie interruption ni murailles abruptes qui puissent séparer les esprits. Tout est transition et nuances, et, si l’on suppose la perfectibilité, sinon infinie, du moins indéfinie, des facultés humaines, en verra que tout homme peut arriver atout voir, et par conséquent à tout savoir, du moins dans un cercle qu’il peut indéfiniment élargir.

Il n"y a pas de vide dans la nature, tout est peuplé.

11 n’y a pas de mort réelle dans la nature, tout est vivant.

«Voyez-vous cette étoile? disait Napoléon au cardinal Fesch. — Non, Sire. — Eh bien ! moi, je la vois. » Et certainement il la voyait.

C’est pour cela qu’on accuse les grands hommes d’avoir été superstitieux : c’est qu’ils ont vu ce que le vulgaire ne voit pas.

Les hommes de génie diffèrent des simples voyants par la faculté qu’ils possèdent de faire sentir aux autres hommes ce qu’ils voient eux-

LE PENTAGRAMME. 171

mêmes et de se faire croire par enthousiasme et par sympathie.

Ce sont les médium du Verbe divin.

Disons maintenant comment s’opère la vision.

Toutes les formes correspondent à des idées, et il n’y a pas d’idée qui n’ait sa forme propre et particulière.

La lumière primordiale, véhicule de toutes les idées, est la mère de toutes les formes et les transmet d’émanation en émanation, diminuées seulement ou altérées en raison de la densité des milieux.

Les formes secondaires sont des reflets qui retournent au foyer de la lumière émanée.

Les formes des objets, étant une modification de la lumière, restent dans la lumière où le reflet les renvoie. Aussi la lumière astrale ou le fluide terrestre que nous appelons le grand agent magique, est-il saturé d’images ou de reflets de toutes sortes que notre âme peut évoquer et soumettre à son diaphane, comme parlent les cabalistes. Ces images nous sont toujours présentes et sont seulement effacées par les empreintes plus fortes de la réalité pendant la veille, ou par les préoccupations de notre pensée, qui rendent notre imagina-

tion inattentive au panorama mobile de la lumière astrale. Quand nous dormons, ce spectacle se présente de lui-même à nous, et c’est ainsi que se produisent les rêves : rêves incohérents et vagues, si quelque volonté dominante ne reste active pendant le sommeil et ne donne, à l’insu même de nôtre intelligence, une direction au rêve, qui alors se transforme en songe.

Le magnétisme animal n’est autre chose qu’un sommeil artificiel produit par F union, soit volontaire, soit forcée, de deux âmes dont Tune veille pendant que l’autre dort, c’est-à-dire dont Fune dirige l’autre dans le choix des reflets pour changer les rêves en songes et savoir la vérité au moyen des images.

Ainsi les somnambules ne vont pas réellement aux endroits où le magnétiseur les envoie; elles éii évoquent les images dans la lumière astrale, et ne peuvent rien voir de ce qui n’existe pas dans cette lumière.

La lumière astrale a une action directe sur les nerfs, qui en sont les conducteurs dans l’économie animale, et qui la portent au cerveau ; aussi, dans Fétat de somnambulisme, peut-on voir par les nerfs, et sans avoir besoin môme de la lumière

LE PENTAGRAMME

rayonnante, le fluide astral étant une lumière latente, comme la physique a reconnu qu’il existe un calorique latent.

Le magnétisme à deux est sans doute une merveilleuse découverte ; mais le magnétisme d’un seul se rendant lucide à volonté et se dirigeant lui-même, c’est la perfection de l’art magique; et le secret de ce grand œuvre n’est pas à trouver : il a été connu et pratiqué par un grand nombre d’initiés, et surtout par le célèbre Apollonius de Thiane, qui en a laissé une théorie, comme nous le verrons dans notre Rituel.

Le secret de la lucidité magnétique et la direction des phénomènes du magnétisme tiennent à deux choses : à l’harmonie des intelligences et à l’union parfaite des volontés dans une direction possible et déterminée parla science; ceci est pour le magnétisme opéré entre plusieurs. Le m.agnétisme solitaire demande les préparations dont nous avons parlé dans notre premier chapitre, quand nous avons énuméré et fait voir dans toute leur difficulté les qualités requises pour être un véritable adepte.

Nous éclaircirons de plus en plus ce point important et fondamental dans les chapitres qui vont suivre.

ilk DÜGMK 1)Ë l.A llAUTlî MAOIK.

C.ct empire de la volonté sur la lumière astrale, (pii est l’âme physi((ue des (juatre éléments, est figuré en magie par le jientagramme, dont nous avons placé la figure en tête de ce chapitre.

Aussi les esprits élémentaires sont-ils soumis à ce signe lorsqu’on l’emploie avec intelligence, et on peut, en le plaçant dans le cercle ou sur la table des évocations, les rendre dociles, ce qui s’appelle eu magie les emprisonner.

Expliquons en peu de mots cette merveille. Tous les esprits crées communiquent entre eux par des signes et adhèrent tous à un certain nombre de vérités exprimées par certaines formes déterminées.

La perfection des formes augmente en raison du dégagement des esprits, et ceux qui ne sont pas appesantis par les chaînes de la matière reconnaissent à la première intuition si un signe est l’expression d’un pouvoir réel ou d’une volonté téméraire.

L’intelligence du sage donne donc de la valeur à son pantacle, comme sa science donne du poids à sa volonté, et les esprits comprennent immédiatement ce pouvoir.

Ainsi, avec le pentagramme, on peut forcer

LE PENTAGRAMME

les esprits à apparaître en songe, soit pendant la veille, soit pendant le sommeil, en amenant euxmêmes devant notre diaphane leur reflet^ qui existe dans la lumière astrale, s'ils ont vécu , ou un reflet analogue à leur verbe spirituel, s'ils n'ont pas vécu sur la terre. Ceci explique toutes les visions et déniontre surtout pourquoi les morts apparaissent toujours aux voyants, soit tels qu’ils étaient sur la terre, soit tels qu’ils sont encore dans la tombe, jamais comme ils sont dans une existence qui échappe aux perceptions de notre organisme actuel.

Les femmes enceintes sont plus que d 'autres sous l’influence de la lumière astrale, qui concourt à la formation de leur enfant, et qui leur présente sans cesse les réminiscences de formes dont elle est pleine. C’est ainsi que des femmes très vertueuses trompent par des ressemblances équivoques la malignité des observateurs. Elles impriment souvent à l’œuvre de leur mariage une image qui les a frappées en songe, et c’est ainsi que les mêmes physionomies se perpétuent de siècle en siècle.

L’usage cabalistique du pentagramme peut donc déterminer la figure des enfants à naître, et une femme initiée pourrait donner à son fils les traits de Nérée ou d’Achille, comme ceux de Louis XIV

OU de Napoléon. Nous en indiquons la manière dans notre Rituel.

Le pentagramrne est ce qu’on nomme, en cabale, le signe du microcosme, ce signe dont Goethe exalte la puissance dans le beau monologue de Faust :

« Ah ! comme à cette vue tous mes sens ont tres- » sailli ! Je sens la jeune et sainte volupté de la vie » bouillonner dans mes nerfs et dans mes veines. » Était-il un Dieu celui qui traça ce signe qui » apaise le vertige démon âme, emplit de joie mon » pauvre cœur, et, dans un élan mystérieux, dé- » voile autour de moi les forces de la nature ? Suis- » je un Dieu? Tout me devient si clair; je vois » dans ces simples traits la nature active se révéler » à mon âme. Maintenant pour la première fois » je reconnais la vérité de cette parole du sage : » Le monde des esprits n’est pas fermé ! Ton sens » est obtus, ton cœur est mort. Debout! Baigne, » ô adepte de la science, ta poitrine, encore enve- » loppée d’un voile terrestre, dans les splendeurs » du jour naissant ! »

(Faust, 1'® partie, scène i'*.)

C’est le 2/1- juillet de l’année 185/i que l’auteur

LE PENTAÜRAMME.

de ce livre, EliphasLévi, fit à Londres rcxpériciice de révocation par le penlagramme, après s’y être préparé par toutes les cérémonies qui sont marquées dans le Rituel (1). Le succès de cette expérience, dont nous donnons les raisons et les détails au lo® chapitre du Dogme et les Cérémonies au 13® du Rituel, établit un nouveau fait pathologique que les hommes de vraie science admettront sans peine. L’expérience réitérée jusqu’à trois fois donna des résultats vraiment extraordinaires, mais positifs et sans aucun mélange d’hallucination. Nous invitons les incrédules à faire un essai conscien-

cieux et raisonné avant de hausser les épaules et de sourire.

La figure du pentagramme, perfectionnée d’après la science, et qui a servi à l’auteur pour cette épreuve, est celle qui se trouve au commencement de ce chapitre, et qu’on ne trouve aussi complète ni dans les clavicules de Salomon, ni dans les calendriers magiques de Tycho-Brahé et deDuchenteau.

Observons seulement que l’usage du pentagramme est très dangereux pour les opérateurs qui

(1) Voir le Rituel, chapitre 13.

DOGMlî DE LA HAUTE MAGIE.

ii’eii ont pas la comjilôte ut parfaite intelligence. La direction des pointes de l’étoile n’est pas arbitraire, et peut changer le caractère de toute l’opération, comme nous l’expliquerons dans le Rituel .

Paracelse, ce novateur en magie qui a surpassé tous les autres initiés par les succès de réalisation obtenus par lui seul, affirme que toutes les figures magiques et tous les signes cabalistiques des pantacles auxquels obéissent les esprits se réduisent à deux, qui sont la synthèse de tous les autres: le

signe du macrocosme ou du sceau de Salomon, dont nous avons déjà donné la figure, que nous reproduisons ici,

LE PENTAGRAMME

et celui du niicrocosme, plus ])uissaut encore que le premier, c'est-à-dire le peutagrainme, dont il donne, dans sa philosophie occulte, une minutieuse description.

Si l’on demande comment un signe peut avoir tant de puissance sur les esprits, nous demanderons à notre tour pourquoi le monde chrétien s’est prosterné devant le signe de la croix. Le signe n’est rien par lui-même et n’a de force que par le dogme dont il est le résumé et le Verbe. Or un signe qui résume en les exprimant toutes les forces occultes de la nature, un signe qui a toujours manifesté aux esprits élémentaires et autres une puissance supérieure à leur nature, les frappe naturellement de respect et de crainte et les force d’obéir, par l’empire de la science et de la volonté sur l’ignorance et la faiblesse.

C’est aussi par le pentagramme qu’on mesure les proportions exactes du grand et unique athanor nécessaire à la confection de la pierre philosopnale et à l’accomplissement du grand œuvre. L’alambic le plus parfait qui puisse élaborer la quintessence est conforme à cette figure, et la quintessence ellemême est figurée par le signe du pentagramme,

L’ÉQUILIBRIÎ MAGIQUE.

TIPHERET.

UNCUS.

L’intelligence suprême est nécessairement raisonnable. Dieu, en philosophie, peut n’être qu’une hypothèse, mais c’est une hypothèse imposée par le bon sens à la raison humaine. Personnifier la raison absolue, c’est déterminer l’idéal divin.

Nécessité, liberté et raison, voilà le grand et suprême triangle des cabalistes, qui nomment la raison Keter, la nécessité Chocmah et la liberté Binah, dans leur premier ternaire divin.

Fatalité, volonté et puissance, tel est le ternaire magique qui, dans les choses humaines, correspond au triangle divin.

La fatalité, c’est l’enchaînement inévitable des effets et des causes dans un ordre donné.

La volonté, c’est la faculté directrice des forces intelligentes pour concilier la liberté des personnes avec la nécessité des choses.

Le pouvoir, c’est le sage emploi de la volonté,

L’h'QUlLlBUb: MAGIQUE. 181

qui fait servir la fatalité même à raccomplissemeiit des désirs du sage.

Lorsque Moïse frappe le rocher, il ne crée pas la source d’eau, il la révèle au peuple, parce qu’une science occulte la lui a révélée à lui-môrne au moyen de la baguette divinatoire.

11 en est ainsi de tous les miracles de la magie : une loi existe, le vulgaire l’ignore , l’initié s’en sert.

Les lois occultes sont souvent diamétralement opposées aux idées communes. Ainsi, par exemple, le vulgaire croit à la syinpathie des semblables et à la guerre des contraires; c’est la loi opposée qui est la vraie.

On disait autrefois : la nature a horreur du vide; il fallait dire : la nature est amoureuse du vide, si le vide n’était, en physique, la plus absurde des fictions.

Le vulgaire prend habituellement en toutes choses l’ombre pour la réalité. Il tourne le dos à la lumière et se mire dans l’obscurité qu’il projette lui-même.

Les forces de la nature sont à la disposition de celui qui sait leur résister. Êtes vous assez maître de vous-même pour n’être jamais ivre, vous dis-

posez de lii terrible et fjiltile puissiince de l’ivresse. Si vous voulez enivj'er les autres, duuuez-leur envie de boire, mais ne buvez pas.

Celui-là dispose de l’amour des autres ipii est maître du sien. Voulez-vous posséder, ne vous donnez pas.

Le monde est aimanté de la lumière du soleil, et nous sommes aimantés de la lumière astrale du monde. Ce qui s’opère dans le corps de la planète se répète en nous. Il y a en nous trois mondes analogues et hiérarchiques, comme dans la nature entière.

L’homme est le microcosme ou petit monde, et, suivant le dogme des analogies, tout ce qui est dans le grand monde se reproduit dans le petit. 11 y a donc en nous trois centres d’attraction et de projection fluidique : le cerveau, le cœur ou l’épigastre et l’organe génital. Chacun de ces organes est unique et double, c’est-à-dire qu’on y retrouve l’idée du ternaire. Chacun de ces organes attire d’un côté et repousse de l’autre. C’est au moyen de ces appareils que nous nous mettons en communication avec le fluide universel, transmis en nous par le système nerveux. Ce sont aussi ces trois centres qui sont le siège de la triple opération

l’équilibre magique.

magnétique, comme nous l’expliquerons ailleurs.

Lorsque le mage est parvenu à la lucidité, soit par l’intermédiaire d’une pythonisse ou somnambule, soit par ses propres efforts, il communique et dirige à volonté des vibrations magnétiques dans toute la masse de la lumière astrale, dont il devine les courants à l’aide de la baguette magique, qui est une baguette divinatoire perfectionnée. Au moyen de ces vibrations, il influence le système nerveux des personnes soumises à son action, précipite ou suspend les courants de la vie, calme ou tourmente, guérit ou rend malade, tue enfin ou

ressuscite Mais ici nous nous arrêtons devant

le sourire de l’incrédulité. Laissons-lui le triomphe facile de nier ce qu’elle ne sait pas.

Nous démontrerons plus tard que la mort est toujours précédée d’un sommeil léthargique et ne s’opère que par degrés; que la résurrection en certains cas est possible, que la léthargie est une mort réelle, mais inachevée, et que beaucoup de morts achèvent de mourir après leur inhumation. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit dans ce chapitre. Nous disons donc qu’une volonté lucide peut agir sur la masse de la lumière astrale, et, avec le concours d’autres volontés qu’elle absorbe et

DOGMIÎ DK I.A IIAUTK MAOIK.

c|ii’clle ciilraîne, déteriniiior de grands ci irrésistibles courants. Disons aussi que la lumière astrale so condense on se raréfie, suivant que les courants l’accinnnlent pins on moins à certains centres. Lorsqu’elle maiHjue de l’énergie sufiisante pour alimenter la vie, il s’ensuit des maladies de décomposition subite, qui font le désespoir de la médecine. Le choléra-morbus, par exemple, n’a point d’autre eause, et les colonnes d’animalcules observées ou supposées par eertains savants en peuvent être l’effet plutôt que la cause. Il faudrait donc traiter le choléra par l’insufflation, si, dans un pareil traitement, l’opérateur ne s'exposait à faire avec le patient un échange trop redoutable pour le premier.

Tout effort intelligent de volonté est une proection de fluide ou de lumière humaine , et ici il importe de distinguel’ la lumière humaine de la lumière astrale, et le magnétisme animal du magnétisme universel.

En nous servant du mot fluide, pous employons une expression reçue, et nous cherchons à nous faire comprendre par ce moyen ; mais nous sommes loin de décider que la lumière latente soit un fluide. Tout nous porterait, au contraire, à préfé-

L’iÎQUll.lBIUi MAGIQUE. 'J 85

rer, dans l’explication de cet être phénoménal, le système des vibrations. Quoi qu’il en soit, cette lumière, étant l’instrument de la vie, se fixe naturellement à tous les centres vivants; elle s’attache au noyau des planètes comme au cœur de l’homme (et par le cœur nous entendons, en magie, le grand sympathique) , mais elle s’identifie à la vie propre de l’être qu’elle anime, et c’est par cette propriété d’assimilation sympathique qu’elle se partage sans confusion. Ainsi elle est terrestre dans ses rapports avec le globe de la terre, et exclusivement humaine dans ses rapports avec les hommes.

C’est pour cela que l’électricité, le calorique, la lumière et l’aimantation produits par les moyens physiques ordinaires non -seulement ne produisent pas, mais tendent, au contraire, à neutraliser les eifetsdu magnétisme animal. La lumière astrale, subordonnée à un mécanisme aveugle et procédant des centres donnés d’autotélie, est une lumière morte et opère mathématiquement suivant les impulsions données ou suivant des lois fatales ; la lumière humaine , au contraire , n’est fatale que chez l’ignorant qui fait des tentatives au hasard; chez le voyant, elle est subordonnée à l’intelligence, soumise à l’imagination et dépendante de la volonté.

C’est cette lumière qui, projetée sans cesse par notre volonté , forme ce (pie Swedenborg appelle les atmosphères personnelles. Le corps absorbe ce qui l’environne et rayonne sans cesse en projetant ses miasmes et ses molécules invisibles; il en est de môme de l’esprit, en sorte que ce phénomène, nommé par quelques mystiques le respir , a réelle* ment l’influence qu’on lui attribue, soit au physique, soit au moral. Il est réellement contagieux de respirer le même air que les malades , et de se trouver dans le cercle d’attraction et d’expansion des méchants.

Lorsque l’atmosphère magnétique de deux personnes est tellement équilibrée que l’attractif de l’une aspire l’expansion de l’autre, il se produit un attrait qu’on nomme la sympathie; alors l’imagination, évoquant à elle tous les rayons ou tous les reflets analogues à ce qu’elle éprouve, se fait un poème de désirs qui entraînent la volonté, et, si les personnes sont de sexes différents, il se produit eu elles ou le plus souvent dans la plus faible des deux , une ivresse complète de lumière astrale , qu’on appelle la passion proprement dite ou l’amour.

L’amour est un des grands instruments du pouvoir magique ; mais il est formellement interdit au

L’i^OUniliRE MAGIQUE.

inagiste, du moins comme ivresse ou comme passion. Malheur au Samsou de la cabale, s’il se laisse endormir parDalila! L’Hercule de la science qui change son sceptre royal contre le fuseau d’Omphale sentira bientôt les vengeances de Déjanire, et il ne lui restera que le bûcher du mont OEta pour échapper aux étreintes dévorantes de la tunique de Nessus. L’amour sexuel est toujours une illusion , puisque c’est le résultat d’un mirage imaginaire. La lumière astrale est le séducteur universel figuré par le serpent de la Genèse. Cet agent subtil, toujours actif, toujours luxuriant de sève , toujours fleuri de rêves séduisants et de douces images; cette force aveugle par ëlle-même et subordonnée à toutes les volontés, soit pour le bien, soit pour le mal ; ce circulus toujours renaissant d’une vie indomptée qui donne le vertige aux imprudents ; cet esprit corporel, ce corps igné, cet éther impalpable et présent partout; cette immense séduction de la nature, comment la définir tout entière et comment qualifier son action ? Indifférente en quelque sorte par elle-même, elle se prête au bien comme au mal ; elle porte la lumière et propage les ténèbres; on peut également la nommer Lucifer ou Lucifuge: c’est un serpent, mais c’est aussi une

auréole ; c’est, un feu, mais il peut aussi bien appartenir aux tourments de l’enfer qu’aux offrandes d’encens promises au ciel. Pour s’emparer de lui, il faut, comme la femme prédestinée, lui mettre le pied sur la tête.

Ce qui correspond à la femme cabalistique, dans le monde élémentaire, c’est l’eau, et ce qui correspond au serpent, c’est le feu. Pour dompter le serpent, c’est-à-dire pour dominer le cercle de la lumière astrale, il faut parvenir à se mettre hors de ses courants, c’est-à-dire à s’isoler. C’est pour cela qii’ Apollonius de Thyane s’enveloppait entièrement dans un manteau de laine fine sur lequel il posait ses pieds, et qu’il ramenait sur sa tête ; puis il arrondissait en demi-cercle sa colonne vertébrale, et fermait les yeux après avoir accompli certains rites qui devaient être des passes magnétiques et des paroles sacramentelles ayant pour but de fixer l’imagination et de déterminer l’action de la volonté. Le manteau de laine est d’un grand usage en magie, et c’est le véhicule ordinaire des sorciers qui vont au sabbat, ce qui prouve que les sorciers n’allaient pas réellement au sabbat, mais que le sabbat venait trouver les sorciers isolés dans leur manteau et apportait à leur translucide les images

l’équilibre magique.

analogues à leurs préoccupations magiques, mêlées aux rellets de tous les actes du môme genre qui s’étaient accomplis avant eux dans le monde.

Ce torrent de la vie universelle est aussi figuré dans les dogmes religieux par le feu expiatoire de l’enfer. C’est l’instrument de l’initiation, c’est le monstre à dompter, c’est l’ennemi à vaincre; c’est lui qui envoie à nos évocations et aux conjurations de la goëtie tant de larves et de fantômes ; c’est en lui que se conservent toutes les formes dont le

fantastique et fortuit assemblage peuple nos cauchemars de si abominables monstres. Se laisser entraîner à la dérive par ce fleuve qui tournoie, c’est tomber dans les abîmes de la folie, plus effrayants que ceux de la mort ; chasser les ombres de ce chaos et lui faire donner des formes parfaites à nos pensées, c’est être homme de génie, c’est créer, c’est avoir triomphé de l’enfer !

La lumière astrale dirige les instincts des animaux et livre bataille à l’intelligence de l’homme qu’elle tend à pervertir par le luxe de ses reflets et le mensonge de ses images, action fatale et nécessaire quedirigentetrendentplusfuneste encore les esprits élémentaires et les âmes en peine, dont les volontés inquiètes cherchent des sympathies

dans nos faiblesses, et nous tentent moins pour nous perdre que pour se faii e des amis.

Ce livre des consciences, (pii, suivant le dogme chrétien, doit être manifesté au derniei'jour, n’est autre que la lumière astrale dans laquelle se conservent les impressions de tous les verbes, c’està-dire de toutes les actions et de toutes les formes. Nos actes modifient notre respir magnétique telle sorte qu’un voyant peut dire, en s’approchant d’une personne pour la première fois, si celte personne est innocente ou coupable, et quels sont ses vertus ou ses crimes. Cette faculté, qui appartient à la divination, était appelée par les mystiques chrétiens de la primitive Église le discernement des esprits.

Les personnes qui renoncent à l’empire de la raison et qui aiment à égarer leur volonté à la poursuite des reflets de la lumièi e astrale sont sujettes à des alternatives de fureur et de tristesse qui ont fait imaginer toutes les merveilles de la possession du démon ; il est vrai qu’au moyen de ces reflets, les esprits impurs peuvent agir sur de pareilles âmes, s’en faire des instruments dociles et s’habituer même à tourmenter leur organisme, dans lequel ils viennent résider psiV obsession ou par

l'équilibre magique.

embryonnat . Ces mots cabalistiques sont expliqués dans le livre hébreu de la Révolution des âmes, dont notre chapitre treizième contiendra l’analyse succincte.

Il est donc extrêmement dangereux de se jouer des mystères de la magie ; il est surtout souverainement téméraire d’en pratiquer les rites par curiosité, par essai et comme pour tenter les puissancçs supérieures. Les curieux qui, sans être adeptes, se mêlent d’évocations ou de magnétisme occulte, ressemblent à des enfants qui joueraient avec du feu près d’un baril de poudre fulminante : ils seront tôt ou tard les victimes de quelque terrible explosion.

Pour s’isoler de la lumière astrale, il ne suffit pas de s’entourer d’étoffe de laine, il faut encore et surtout avoir imposé une quiétude absolue à son esprit et à son cœur, être sorti du domaine des passions et s’être assuré de la persévérance dans les actes spontanés d’une volonté inflexible. Il faut aussi réitérer souvent les actes de cette volonté, car, comme nous le verrons dans l’introduction du Piituel, la volonté ne s’assure d’elle-même que par des actes, comme les religions n’ont d’empire et de durée que par leurs cérémonies et leurs rites.

Il existe des substances enivrantes qui, en exal-

i92 DOGME DE LA HAUTE MAGIE.

tant la sensibilité nerveuse, augmentent la puiS' sauce des représentations, et par conséquent des séductions astrales; par les mêmes moyens, mais suivant une direction contraire, on peut épouvanter et troubler les esprits. Ces substances, magnétiques par elles-mêmes et magnétisées encore par les praticiens, sont ce qu’on appelle des philtres ou des breuvages enchantés. Mais nous n’aborderons pas cette dangereuse application de la magie, que Cornélius Agrippa lui-même traite de magie empoisonneuse. Il n’existe plus, il est vrai, de bûchers pour les sorciers, mais il y a toujours et plus que jamais des peines portées contre les malfaiteurs. Bornons-nous donc à constater, dans l’occasion, la réalité de cette puissance.

Pour disposer de la lumière astrale, il faut aussi en comprendre la double vibration et connaître la balance des forces qu’on appelle l’équilibre magique, et qu’on exprime, en cabale, par le senaire.

Cet équilibre, considéré dans sa cause première, c’est la volonté de Dieu ; dans l’homme, c’est la liberté ; dans la matière, c’est l’équilibre mathématique.

L’équilibre produit la stabilité et la durée.

l/l’QU[UBRE MAGIQUE. 193

La liborlÉ eiifaiilc rininiortulilc du l’honmie, et la volonté de Dieu met en œuvre les lois de réternelle raison. L’équilibre dans les idées c’est la sagesse, dans les forces c’est la puissance, L’éi[uilibre est rigoureux. Qu’on observe la loi, il est ; qu’on la viole, si légèrement que ce soit, il n’est plus.

C’est pour cela que rien n’est inutile ni perdu. Toute parole et tout mouvement sont pour ou contre l’équilibre, pour ou contre la vérité : car

l’équilibre représente la vérité, qui se compose du pour et du contre conciliés, ou du moins équilibrés ensemble.

Nous disons dans l’introduction au Rituel comment l’équilibre magique doit se produire, et pourquoi il est nécessaire au succès de toutes les opérations.

La toute-puissance, c’est la liberté la plus absolue. Or la liberté absolue ne saurait exister sans un équilibre parfait. L’équilibre magique est donc une des conditions premières du succès dans les opérations de la science, et on doit le chercher môme dans la chimie occulte, en apprenant à combiner les contraires sans les neutraliser l’un par l’autre.

C’est par l’équilibre magique qu’on explique le

19/i DOGME DE LA HAUTE MAGIE.

grand et antique mystère do l’existence et de la nécessité relative du mal.

Cette nécessité relative donne, en magie noire, la mesure de la puissance des démons ou esprits impurs, auxquels les vertus qui se pratiquent sur la terre donnent plus de fureur, et en apparence même plus de force.

Aux époques où les saints et les anges font ouvertement des miracles, les sorciers et les diables font à leur tour des merveilles et des prodiges.

(^’est la rivalité qui fait souvent le succès : on s’appuie toujours sur ce qui résiste.

l’épée flamboyante.

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