‹ Dogme et rituel de la haute magie (volume 3)Chapitre 11 sur 104 · VIVENS · texte numérisé non relu

VIVENS

Les causes se révèlent par les effets, et les effets sont proportionnels aux causes. Le verbe divin, le mot unique, le tétragramme . s'est affirmé par la création quaternaire. La fécondité humaine prouve la fécondité divine ; le jod du nom divin est la virilité éternelle du premier principe. L'homme a compris qu'il était fait à l'image de Dieu lorsqu'il a compris Dieu en agrandissant, jusqu'à l'infini, l'idée qu'il se fait de lui-même.

En comprenant Dieu comme l'homme infini, l'homme s'est dit à lui-même : Je suis le Dieu fini.

La magie diffère du mysticisme en ce qu'elle ne juge à pnon qu'après avoir établi à posteriori la base même de ses jugements, c'est-à-dire qu'après avoir compris la cause par les effets contenus dans l'énergie même de la cause, au moyen de la loi universelle de l'analogie ; aussi dans les sciences

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occultes tout est réel, et les théories no s'établissent que sur les bases de l'expérience. Ce sont les réalités qui constituent les proportions cle l'idéal, et le mage n'admet comme certain dans le domaine des idées que ce qui est démontré par la réalisation. En d'autres termes, ce qui est vrai dans la cause se réalise dans l'effet. Ce qui ne se réalise pas n'est pas. La réalisation de la parole, c'est le verbe proprement dit. Une pensée se réalise en devenant parole; elle se réalise par les signes, par les sons et par les figures des signes : c'est là le premier dégré de réalisation. Puis elle s'imprime dans la lumière astrale au moyen des signes de l'écriture ou de la parole: elle influence d'autres esprits en se reflétant sur eux ; se réfracte en traversant le diaphane des autres hommes, y prend des formes et des proportions nouvelles, puis se traduit en actes et modifie la société et le monde : c'est là le dernier degré de réalisation. Les hommes qui naissent dans un monde modifié par une idée en apportent avec eux l'empreinte, et c'est ainsi que le verbe se fait chair. L'empreinte de la désobéissance d'Adam, conservée dans la lumière astrale, n'a pu être effacée que par l'empreinte plus forte de l'obéissance du Sauveur, et c'est ainsi qu'on peut

expliquer le péché originel et la rédemption dans un sens naturel et magique.

La lumière astrale ou l'âme du monde était l'in strument de la toute-puissance d'Adam, puis est devenue l'instrument de son supplice, après avoir été corrompue et troublée par son péché, qui a mêlé un reflet impur aux images primitives qui composaient, pour son imagination encore vierge, le livre de la science universelle. —

La lumière astrale, figurée dans les anciens symboles par le serpent qui se mord la queue , représente tour à tour la malice et la prudence, le temps et l'éternité, le tentateur et le Rédempteur. C'est que cette lumière, étant le véhicule de la vie, peut servir d'auxiliaire au bien comme au mal, et peut être prise pour la forme ignée de Satan comme pour le corps du Saint-Esprit. C'est l'arme universelle de la bataille des anges, et elle alimente aussi bien les flammes de l'enfer que la foudre de saint Michel. On pourrait la comparer à un cheval d'une nature analogue à celle qu'on attribue au caméléon, et qui refléterait toujours l'armure de son cavalier.

La lumière astrale est la réalisation ou la forme de la lumière intellectuelle, comme celle-ci est

la réalisation ou laforme.de la lumière divine.

Le grand initiateur du christianisme, comprenant que la lumière astrale était surchargée des reflets impurs de la débauche romaine, voulut séparer ses disciples de la sphère ambiante des reflets et les rendre uniquement attentifs à la lumière intérieure, afin qu'au moyon d'une foi commune ils pussent communiquer ensemble par de nouveaux cordons magnétiques qu'il nomma grâce, et vaincre ainsi les courants débordés du magnétisme universel, auquel il donnait les noms de diable et de Satan, pour en exprimer la putréfaction. Opposer un courant à un courant, c'est renouveler la puissance de la vie fluidique. Aussi les révélateurs n'ont-ils guère fait que deviner par la justesse de leurs calculs l'heure propre aux réactions morales.

La loi de réalisation produit ce que nous appelons le respir magnétique, dont s'imprègnent les objets et les lieux, ce qui leur communique une influence conforme à nos volontés dominantes, surtout à celles qui sont confirmées et réalisées par des actes. En effet, l'agent universel, ou la lumière astrale latente, cherche toujours l'équilibre ; il emplit le vide et aspire le plein, ce qui rend le vice contagieux comme certaines maladies physiques, et sert

puissamment au prosélytisme de la vertu. C'est pour cela que la cohabitation avec des êtres antipathiques est un supplice; c'est pour cela que les reliques, soit des saints, soit des grands scélérats, peuvent produire des effets merveilleux de conversion ou de perversion subite ; c'est pour cela que l'amour sexuel se produit souvent par un souffle ou par un contact, et non -seulement par le contact de la personne môme, mais au moyen des objets qu'elle a touchés ou. magnétisés sans le savoir.

L'âme aspire et respire exactement comme le corps. Elle aspire ce qu'elle croit du bonheur, et respire des idées qui résultent de ses sensations intimes. Les âmes malades ont mauvaise haleine et vicient leur atmosphère morale, c'est-à-dire mêlent à la lumière astrale qui les pénètre des reflets impurs et y établissent des courants délétères. On est étonné souvent d'être assailli, en société, de pensées mauvaises qu'on n'avait pas crues possibles, et l'on ne sait pas qu'on les doit à quelque voisinage morbide. Ce secret est d'une grande importance, car il conduit à la manifestation des consciences, un des pouvoirs les plus incontestables et les plus terribles de l'art magique.

Lerespir magnétique produit autour de l'âme

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un rayonnement dont elle est le centre, et elle s'entoure du reflet de ses œuvres, qui lui font un ciel ou un enfer. Il n'y a pas d'actes solitaires et il ne saurait y avoir d'actes cachés; tout ce que nous voulons réellement, c'est— à-dire tout ce que nous confirmons par nos actes, reste écrit clans la lumière astrale, où se conservent nos reflets; ces reflets influencent continuellement notre pensée par - l'entremise du diaphane, et c'est ainsi qu'on devient et qu'on reste l'enfant de ses œuvres.

La lumière astrale, transformée en lumière humaine au moment delà conception, estla première enveloppe de l'âme, et, en se combinant avec les fluides les plus subtils, elle forme le corps éthéré ou le fantôme sidéral dont parle Paracelse dans sa philosophie d'intuition (P/iilosophia sagaœ). Ce corps sidéral, en se dégageant à la mort, attire à lui et conserve longtemps, par la sympathie des homogènes, les reflets de la vie passée ; si une volonté puissamment sympathique l'attire dans un courant particulier, il se manifeste naturellement, car il n'y a rien de plus naturel que les prodiges. C'est ainsi que se produisent les apparitions. Mais nous développerons ceci plus complètement au chapitre spécial de la Nécromancie.

Ce corps tluidique, soumis, comme la masse de la lumière astrale, à deux mouvements contraires, attractif à gauche, et répulsif à droite, ou réciproquement, chez les deux sexes, produit en nous les luttes des différents affraits et contribue aux anxiétés de la conscience : souvent il est influencé par les reflets des autres esprits, et c'est ainsi que se produisent, soit les tentations, soit les grâces subtiles et inattendues. C'est aussi l'explication du dogmetraditionneldes deux anges qui nous assistent et nous éprouvent. Les deux forces de la lumière astrale peuvent être figurées par une balance où sont, pesées nos bonnes intentions pour le triomphe de la justice et l'émancipation de notre liberté.

Le corps astral n'est pas toujours du même sexe que le corps terrestre, c'est-à-dire que les proportions des deux forces, variant de droite à gaucbe, semblent souvent contredire l'organisation visible; c'est ce qui produit les erreurs apparentes des passions humaines, et peut expliquer, sans les justifier en aucune façon devant la morale, les singularités amoureuses d'Anacréon ou de Sapho.

Un magnétiseur habile doit apprécier toutes ces nuances, et nous donnons dans notre Rituel les moyens de les reconnaître.

Il y a deux sortes de réalisations, la vraie et la fantastique. La première est le secret exclusif des magiciens, l'autre appartient aux enchanteurs et aux sorciers.

Les mythologies sont des réalisations fantastiques du dogme religieux, les superstitions sont le sortilège de la fausse piété; mais les mythologies môme et les superstitions sont, plus efficaces sur la volonté humaine qu'une philosophie purement spéculative et exclusive de toute pratique. C'est pour cela que saint Paul oppose les conquêtes de la folie de la Croix à l'inertie de la sagesse humaine. La religion réalise la philosophie en V adaptant aux faiblesses du vulgaire : telle est pour les cabalistes la raison secrète et l'explication occulte des dogmes de l'incarnation et de la rédemption.

Les pensées qui ne se traduisent pas en paroles sont des pensées perdues pour l'humanité; les paroles qui ne sont pas confirmées par des actes sont des paroles oiseuses, et il n'y a pas loin de la parole oiseuse au mensonge.

C'est la peusée formulée par des paroles et confirmée par des actes qui constitue la bonne œuvre ou le crime. Donc, soit en vice, soit en vertu, il n'y a pas de parole dont on ne soit responsable; il n'y

a surtout pas d'actes indifférents. Les malédictions et les bénédictions ont toujours leur effet, et toute action, quelle qu'elle soit, lorsqu'elle est inspirée par l'amour ou par la haine, produit des effets analogues à son mol if, à sa portée et à sa direction. L'empereur dont on avait mutilé les images, et qui, en portant la main à son visage, disait: « Je ne me sens pas blessé, » faisait une fausse appréciation et diminuait en cela le mérite de sa clémence. Quel homme d'honneur verrait de sangfroid les insultes faites à son portrait? Et si réellement de pareilles insultes, faites même à notre insu, - ■' retombaient sur nous par une influence fatale, si l'art des envoûtements était réel, comme il n'est pas permis à un adepte d'en douter, combien ne trouverait-on pas plus imprudente, et même plus téméraire encore, la parole de ce bon empereur! - —

Il est des personnes qu'on n'offense jamais impunément, et, si F injure qu'on leur a faite est mortelle, on commence dès lors à mourir. Il en est qu'on ne rencontre même pas en vain, et dont le , regard change la direction de votre vie. Le basilic qui tue en regardant n'est, pas une fable, c'est une allégorie magique. En général, il est mauvais pour la santé d'avoir des ennemis, et l'on ne brave im-

punément la réprobation de personne. Avant de s'opposer à une force ou à un courant, il faut bien s'assurer si l'on possède la force ou si l'on est porté par le courant contraire; autrement on sera écrasé ou foudroyé, et beaucoup de morts subites n'ont pas d'autres causes. Les morts terribles de Nadab et Abiu, d'Osa, d'Ananie et de Saphire, furent causées par les courants électriques des croyances qu'ils outrageaient ; les tourments des ursulines de Loudun, des religieuses de Louviers et des convulsionnaires du jansénisme, avaient le même principe et s'expliquent par les mêmes lois naturelles occultes. Si Urbain Grandier n'eût pas été supplicié, il fût arrivé de deux choses Tune, ou que les religieuses possédées seraient mortes dans d'affreuses convulsions, ou que les phénomènes de frénésie diabolique eussent gagné, en se multipliant, tant de volontés et tant de force, que Grandier, malgré sa science et sa raison, eût été halluciné lui-même au point de se calomnier comme avait fait le malheureux Gaufridy, ou fût mort tout à coup, avec toutes les circonstances effrayantes d'un empoisonnement ou d'une vengeance divine.

La malheureux poète Gilbert fut, au xvnf siècle,

victime de son audace à braver le courant de l'opinion et même du fanatisme philosophique de son époque. Coupable de lèse-philosophie, il mourut fou furieux, assailli des plus incroyables terreurs, comme si Dieu lui-même l'eût puni d'avoir soutenu sa cause hors de propos; mais il périssait en effet victime d'une loi de la nature qu'il ne pouvait connaître : il s'était opposé à un courant électrique, et il tombait foudroyé. . ^ — -

Si Marat n'eût pas été assassiné par Charlotte Corday, il fût infailliblement mort tué par une réaction de l'opinion publique. Ce qui le rendait lépreux, c'était l'exécration des honnêtes gens, et il devait y succomber.

La réprobation soulevée par la Saint-Barthélémy fut l'unique cause de l'horrible maladie et de la mort de Charles IX, et Henri IV, s'il n'eût été soutenu par une immense popularité, qu'il devait à la puissance de projection ou cà la force sympathique de sa vie astrale, Henri IV, disons-nous, n'eût guère survécu à sa conversion, et eût péri sous le mépris des protestants, combiné avec la défiance et les rancunes des catholiques.

L'impopularité peut être une preuve d'intégrité et de courage, mais ce n'est jamais une

preuve de prudence ou de politique; les blessures faites à l'opinion sont mortelles pour les hommes d'État. On peut se rappeler encore la fin prématurée et violente de plusieurs hommes illustres, qu'il ne convient pas de nommer ici.

Les flétrissures devant l'opinion peuvent être de grandes injustices, mais elles n'en sont pas moins toujours des raisons d'insuccès, et souvent des arrêts de mort.

En revanche, les injustices faites à un seul homme peuvent et doivent, si on ne les répare pas, . causer la perte de tout un peuple ou de toute une société : c'est ce qu'on appelle le cri du sang, car au fond de toute injustice il y a le germe d'un homicide.

C'est à cause de ces lois terribles de solidarité que le christianisme recommande tant le pardon des injures et la réconciliation. Celui qui meurt sans pardonner se jette dans l'éternité armé d'un poignard, et se dévoue aux horreurs d'un meurtre éternel.

C'est une tradition et une croyance invincible parmi le peuple que celle de l'efficacité des bénédictions ou des malédictions paternelles ou maternelles. En effet, plus les liens qui unissent deux per-

sonnes sont étroits, plus la haine entre eux est terrible dans ses effets. Le tison d'Althée brûlant le sang de Méléagre est, dans la mythologie, le symbole de ce pouvoir redoutable. Que les parents y prennent garde toutefois, car on n'allume pas l'enfer dans son propre sang et l'on ne dévoue pas les siens au malheur sans être brûlé et malheureux soi-même. Ce n'est jamais un crime de pardonner, et c'est toujours un danger et une mauvaise action que de maudire.

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