PAN
Résumons maintenant toute la science par des principes.
L'analogie est le dernier mot de la science et le premier mot de la foi.
L'harmonie est dans l'équilibre, et l'équilibre Lt subsiste par l'analogie des contraires.
L'unité absolue, c'est la raison suprême et dernière des choses. Or cette raison ne peut être ni une personne ni trois personnes: c'est une raison, et c'est la raison par excellence.
Pour créer l'équilibre il faut séparer et unir : séparer par les pôles, unir par le centre.
Raisonner sur la foi, c'est détruire la foi; faire du mysticisme en philosophie, c'est attenter à la raison.
362 DOGME DE LA HAUTE MÀGïE.
La raison et la foi s'excluent mutuellement par leur nature et s'unissent par l'analogie.
L'analogie est le seul médiateur possible entre le visible et l'invisible, entre le fini et l'infini. Le dogme est l'hypothèse toujours ascendante d'une équation présumable.
Pour l'ignorant, c'est l'hypothèse qui est l'affirmation absolue, et l'affirmation absolue qui est l'hypothèse.
Il y a dans la science des hypothèses nécessaires; et celui qui cherche à les réaliser agrandit la science sans restreindre la foi : car de l'autre côté de la foi il y a l'infini.
On croit ce qu'on ignore, mais ce que la raison veut qu'on admette. Définir l'objet de la foi et le circonscrire, c'est donc formuler l'inconnu. Les professions de foi sont les formules de l'ignorance et des aspirations de l'homme. Les théorèmes de la science sont les monuments de ses conquêtes.
L'homme qui nie Dieu est aussi fanatique que celui qui le définit avec une prétendue infaillibilité. On définit ordinairement Dieu en disant tout ce qu'il n'est pas.
L'homme fait Dieu par une analogie du moins au plus : il en résulte que la conception de Dieu
chez l'homme est toujours celle d'un homme inflni qui fait de l'homme un Dieu fini.
L'homme peut réaliser ce qu'il croit dans la mesure de ce qu'il sait en raison de ce qu'il ignore, et fait tout ce qu'il veut dans la mesure de ce qu'il croit et en raison de ce qu'il sait,
L'analogie des contraires, c'est le rapport de la j lumière à l'ombre, de la saillie au creux, du plein / au vide. L'allégorie, mère de tous les dogmes, est \ la substitution des empreintes aux cachets, des \ ombres aux réalités. C'est le mensonge de la vérité j et la vérité du mensonge.
On n'invente pas un dogme, on voile une vérité, et il se produit une ombre en faveur des yeux faibles. L'initiateur n'est pas un imposteur, c'est un révélateur; c'est-à-dire, suivant l'expression du mot latin revelare, un homme qui voile de nouveau. C'est le créateur d'une nouvelle ombre.
L'analogie est la clef de tous les secrets de la nature et la seule raison d'être de toutes les révélations.
Voilà pourquoi les religions semblent être écrites dans le ciel et dans toute la nature ; cela doit être : car l'œuvre de Dieu est le livre de Dieu, et dans ce qu'il écrit on doit voir l'expression de sa pensée,
et par conséquent de son être, puisque nous ne le concevons que comme la pensée suprême. Dupuis et Volney n'ont vu qu'un plagiat dans cette splendide analogie qui aurait dû les amener à reconnaître la catholicité, c'est-à-dire l'universalité du dogme primitif, unique, magique, cabalistique et immuable de la révélation par l'analogie.
L'analogie donne au mage toutes les forces de la nature; l'analogie est la quintessence de la pierre philosophale, c'est le secret du mouvement perpétuel, c'est la quadrature du cercle, c'est le temple qui repose sur les deux colonnes Jakin et Bohas, c'est la clef du grand arcane, c'est la racine de l'arbre de vie, c'est la science du bien et du mal.
Trouver l'échelle exacte des analogies dans les choses appréciables par la science, c'est fixer les bases de la foi et s'emparer ainsi de la baguette des miracles. Or, il existe un principe et une formule rigoureuse, qui est le grand arcane. Que le sage ne cherche pas, il a déjà trouvé; mais que le vulgaire cherche toujours, il ne trouvera jamais.
La transmutation métallique s'opère spirituellement et matériellement par la clef positive des analogies.
La médecine occulte n'est que l'exercice de la volonté appliquée à la source même de la vie, à cette lumière astrale dont l'existence est un fait, el dont le mouvement est conforme aux calculs dont l'échelle ascendante et descendante est le grand arcane magique.
Cet arcane universel, dernier et éternel secret de la haute initiation, est représenté dans le Tarot par une jeune tille nue qui ne touche la terre que d'un pied, tient une baguette aimantée de chaque main, et semble courir dans une couronne que supportent un ange, un aigle, un bœuf et un lion. Cette figure est analogue quant au fond des choses au cherub de Jekeskiel, dont nous donnons la figure, et au symbole indien d'Âddhanari, analogue à l'Àdo-naï de Jekeskiel, que nous nommons vulgairement Ezéchiel.
L'intelligence de cette figure est la clef de toutes les sciences occultes. Les lecteurs de mon livre doivent déjà la comprendre philosophiquement, s'ils se sont un peu familiarisés avec le symbolisme de la cabale. Il nous reste maintenant à réaliser; ce qui est la seconde et la plus importante opération du grand œuvre. Trouver la pierre philosophai, c'est quelque chose sans doute ; mais com-
ment doit-on la triturer pour en faire la poudre de projection? Quel est l'usage do la baguette magique? Quelle est la puissance réelle des noms divins de la cabale ? Les initiés le savent, et les
initiables le sauront si, par les indications si multipliées et si précises que nous venons de leur donner, ils découvrent le grand arcane.
Pourquoi ces vérités si simples et si pures sontelles toujours et nécessairement cachées aux hommes? C'est que les élus de l'intelligence sont en petit nombre sur la terre, et ressemblent, au milieu des sots et des méchants, à Daniel dans la, fosse aux lions.
D'ailleurs l'analogie nous enseigne les lois de la hiérarchie, et la science absolue, étant une toute puissance, doit être le partage exclusif des plus dignes. La confusion de la hiérarchie est la véritable déchéance des sociétés, car alors les aveugles conduisent les aveugles, suivant la parole du " Maître. Que l'initiation soit rendue aux prêtres et aux rois, et Tordre se fera de nouveau. Aussi, en faisant appel aux plus dignes, et, en m'exposant à tous les dangers et à toutes les malédictions qui entourent les révélateurs, je crois faire une chose utile et grande : je dirige sur le chaos social le
souffle de Dieu vivant dans l'humanité, et j'évoque des prêtres et des rois pour le monde à venir 1 Une chose n'est pas juste parce que Dieu la veut, a dit l'ange de l'école; mais Dieu la veut parce qu'elle est juste. C'est comme s'il avait dit: L'absolu, c'est la raison. La raison est par elle-même; elle est parce qu'elle est, et non pas parce qu'on la suppose; elle est où rien n'existe; et comment voulez-vous qu'il existe quelque chose sans raison? La folie même ne se produit pas sans raison. La raison, c'est la nécessité, c'est la loi, c'est la règle de toute liberté et la direction de toute initiative. Si Dieu est, c'est par la raison. La conception d'un Dieu absolu en dehors ou indépendamment de la raison, c'est l'idole de la magie noire, c'est le fantôme du démon.
Le démon c'est la mort qui se déguise avec les vêtements usés de la vie ; c'est le spectre d'Hirrenkesept trônant sur les décombres des civilisations ruinées, et cachant sa nudité horrible avec les ^défroques abandonnées des incarnations de Wischnou.