‹ Dogme et rituel de la haute magie (volume 3)Chapitre 73 sur 104 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Nous arrivons à la fin de notre œuvre, et c'est ici que nous devons en donner la clef universelle et en dire le dernier mot.

La clef universelle des arts magiques, c'est la clef de tous les anciens dogmes religieux, la clef de la cabale et de la Bible, la clavicule de Salomon.

Or, cette clavicule ou petite clef, qu'on croyait perdue depuis des siècles, nous l'avons retrouvée, et nous avons pu ouvrir tous les tombeaux de l'ancien monde, faire parler les morts, revoir dans toute leur splendeur les monuments du passé, comprendre les énigmes de tous les sphinx et pénétrer dans tous les sanctuaires.

L'usage de cette clef, chez les anciens, n'était permis qu'aux seuls grands prêtres, et on n'en confiait pas même le secret à l'élite des initiés. Or, voici ce que c'était que cette clef :

C'était un alphabet hiéroglyphique et numéral

exprimant par des caractères et par des nombres une série d'idées universelles et absolues ; puis une échelle de dix nombres multipliés par quatres symboles et reliés ensemble par douze figures représentant les douze signes du zodiaque, plus quatre génies, ceux des quatre points cardinaux.

Le quaternaire symbolique, figuré dans les mystères de Memphis et de Thèbes par les quatre formes du sphinx, l'homme, l'aigle, le lion et le taureau, correspondait avec les quatre éléments du monde antique figurés: l'eau, par la coupe que tient l'homme ou le verseau ; l'air par le cercle ou nimbe qui entoure la tête de l'aigle céleste; le feu, par le bois qui l'alimente, par l'arbre que la chaleur de la terre et celle du soleil font fructifier, par le sceptre enfui de royauté, dont le lion est l'emblème; la terre, parle glaive de Mithra, qui immole tous les ans le taureau sacré et fait couler avec son sang la séve qui gonfle tous les fruits de la terre.

Or. ces quatre signes, avec toutes leurs analogies, sont l'explication du mot unique caché dans tous les sanctuaires, du mot que les bacchantes semblaient deviner dans leur ivresse lorsqu'en célébrant les fêtes d'Iacchos elles s'exaltaient jusqu'au

33ft RITUEL DE LÀ HAUTE MAGIE.

délire pour lo evohé î Que signifiait clone ce mot mystérieux? C'était le nom des quatre lettres primitives de la langue mère : le jod, symbole du cep de vigne ou du sceptre paternel de Noë ; le hé, image de la coupe des libations, signe de la maternité 'divine ; le vau, qui unit ensemble les deux signes précédents, et avait pour figure dans PInde le grand et mystérieux lingam. Tel était, dans le mot divin, le triple signe du ternaire; puis la lettre maternelle paraissait une seconde fois pour exprimer la fécondité de la nature et de la femme, pour formuler aussi le dogme des analogies universelles et progressives descendant des causes aux effets et remontant des effets aux causes. Aussi le mot sacré ne se prononçait- il pas; il sepelaitet se disait en quatre mots, qui sont les quatre mots sacrés : job hé yàu hé;

Le savant Gaffarel ne doute pas que les theraphim des Hébreux, au moyen desquels ils consultaient les oracles de Xurim et du thumim n'aient été les figures des quatre animaux de la cabale , dont les symboles étaient résumés, comme nous le dirons bientôt, par les sphinx ou chérubins de P arche. Mais il cite à propos des théraphim usurpés de Michas, un curieux passage de Philon le Juif

LE LIVRE d' HERMÈS. o35

qui est toute une révélation sur l'origine ancienne et sacerdotale de nos Tarots. Voici comment Gaffarel s'exprime : « Il dit donc (Philon le Juif), par- » lant de l'histoire cachée dans le chapitre susdit » des Juges, que Michas fit de fin or et argent trois » figures de jeunes garçons et trois jeunes veaux, » autant d'un lion, d'un aigle, d'un dragon et d'une » colombe : de façon que si quelqu'un Fallait trou- » ver pour savoir quelque secret touchant sa femme, » il interrogeait la colombe ; si touchant ses en- » fants, par le jeune garçon ; si pour des richesses,

» par l'aigle ; si pour la force et la puissance, par » le lion; si pour la fécondité, par le chérub ou veau; » si pour la longueur des jours et des ans, par le » dragon. » Cette révélation de Philon, bien que Gaffarel en fasse peu de cas, est pour nous de la plus haute importance. Voici en effet notre clef du quaternaire, voici les images des quatre animaux symboliques qui se trouvent à la vingt et unième clef du Tarot, c'est-à-dire au troisième septénaire, répétant ainsi trois et résumant tout le symbolisme qu'expriment les trois septénaires superposés^pHis l'antagonisme des couleurs, exprimé par 4 colombe et le dragon ; le cercle ou rota, formé par le dragon ou le serpent pour exprimer la longueur

des jours; enfin la divination cabalistique du Tarot tout entière, telle que la pratiquèrent plus tard les Égyptiens bohèmes, dont les secrets furent devinés et retrouvés imparfaitement par Etteilla.

On voit dans la Bible que les grands prêtres consultaient le Seigneur sur la table d'or de l'arche sainte, entre les chérubs ou sphinx à corps de taureau et à ailes d'aigle, et qu'ils consultaient à l'aide des théraphim, par Turini, par le thumim et par l'éphod. L'éphod était, comme on sait, un carré magique de douze nombres et de douze mots gravés sur des pierres précieuses. Le mot théraphim, en hébreu, signifie hiéroglyphes ou signes figurés ; l'urim et le thumim, c'était le haut et le bas, l'orient et. l'occident, le oui et le non, et ces signes correspondaient aux deux colonnes du temple Jakin et Bohas. Lors donc que le grand prêtre voulait faire parler l'oracle, il tirait au sort les théraphim ou lames d'or qui portaient les images des quatre mots sacrés, et les plaçait trois par trois autour du rational ou éphod, entre l'urim et le thumim, c'està-dire entre les deux onyx qui servaient d'agrafes aux chaînettes de l'éphod. L'onyx de droite signifiait Gédulah ou miséricorde et magnificence ; l'onyx de gauche se rapportait à Géburah et signi-

fiait justice et colère, et si, par exemple, le signe du lion se trouvait près de la pierre où était gravé le nom de la tribu de Juda du côté gauche, le grand-prètre lisait ainsi l'oracle: La verge du Seigneur est irritée contre Juda. Si le théraphim représentait l'homme ou la coupe et qu'il se trouvât également à gauche, près de la pierre de Benjamin, le grand-prêtre lisait : La miséricorde du Seigneur est lasse des offenses de Benjamin, qui l'outrage dans son amour. C'est pourquoi il va épancher sur lui la coupe de sa colère, etc. Lorsque le souverain sacerdoce cessa en Israël, quand tous les oracles du monde se turent en présence du Verbe fait homme et parlant par la bouche du plus populaire et du plus doux des sages, quand l'arche fut perdue, le sanctuaire profané et le temple détruit, les mystères de Péphod et des théraphim, qui n'étaient plus tracés sur l'or et les pierres précieuses, furent écrits ou plutôt figurés par quelques sages cabalistes sur l'ivoire, sur le parchemin, sur le cuir argenté et doré, puis enfin sur de simples cartes, qui furent toujours suspectes à l'Église officielle, comme renfermant une clef dangereuse de ses mystères. De là sont venus ces tarots dont l'antiquité, révélée au savant Court de Gébelin par la science

même des hiéroglyphes et des nombres, a tant exercé, plus tard, la douteuse perspicacité et la tenace investigation TEtteilla.

Court de Gébelin, dans le huitième volume de son Monde primitif, donne la figure des vingt-deux clefs et des quatre as du Tarot, et en démontre la parfaite analogie avec tous les symboles de la plus haute antiquité ; il essaye ensuite d'en donner l'explication et il s'égare naturellement, parce qu'il ne prend pas pour point de départ le tétragramme universel et sacré, le 10 evohé des bacchanales, le jod he vau hé du sanctuaire, le mm de la cabale.

Etteilla ou Alliette, préoccupé uniquement de son système de divination et du profit matériel qu'il pouvait en tirer, Alliette, ancien coiffeur, n'ayant jamais appris ni le français, ni même l'orthographe, prétendit réformer et s'approprier ainsi le livre deTHOT. Sur le tarot qu'il fît graver, et qui est devenu fort rare, on lit à la carte vingt-huitième (le huit de bâtons) cette réclame naïve: « Etteilla, » professeur d'algèbre, rénovateur de lacartoman- » cie et rédacteurs (i;ic) des modernes incorrec- » tions de cet ancien livre de Thot, demeure rue de » l'Oseille, n° 48, à Paris. >> Etteilla eût certaine-

LE livre d'hermès. 339

ment mieux fait de ne pas rédiger les incorrections dont il parle : ses travaux ont fait retomber dans le domaine de la magie vulgaire et des tireuses de cartes le livre antique découvert par Court de Gébelin. Qui veut trop prouver ne prouve rien, dit un axiome de logique ; Etteilla en fournit un exemple de plus, et pourtant ses efforts l'avaient amené à une certaine connaissance de la cabale, comme on peut le voir dans quelques rares passages de ses illisibles ouvrages.

Les véritables initiés contemporains d 'Etteilla, les roses-croix, par exemple, et les martinistes qui étaient en possession du vrai Tarot, comme le prouvent un livre de Saint-Martin, dont les divisions sont celles du Tarot, et ce passage d'un ennemi des roses-croix : «Ils prétendent qu'ils ont un vo- » lume dans lequel ils peuvent apprendre tout ce » qui est dans les autres livres qui sont ou qui » pourraient jamais être. Ce volume est leur rai- » son dans laquelle ils trouvent le prototype de tout » ce qui existe par la facilité d'analyser, de faire » des abstractions, de former une espèce de monde » intellectuel et de créer tous les êtres possibles, » Voyez les cartes philosophiques, théosophistes, » microcosmites, elc. » Conjuration contre la reli-

gion catholique et les souverains, par l'auteur du Voile levé pour les curieux. Paris, Crapard, 1792. Les véritables initiés, disons-nous, qui tenaient le secret du tarot parmi leurs plus grands mystères, se gardèrent bien de protester contre les erreurs d'Etteilia, et le laissèrent non pas révéler, mais revoiler l'arcane des vraies clavicules de Salomon. Aussi n'est-ce pas sans un profond étonnement que nous avons retrouvé intacte et ignoré encore cette clef de tous les dogmes et de toutes les philosophies de l'ancien monde. Je dis une clef, et c'en est véritablement une, ayant le cercle des quatre décades pour anneau, et pour tige ou pour corps l'échelle des 22 caractères, puis pour tournant les trois degrés du ternaire, comme l'a compris et figuré Guillaume Postel dans sa Clef des choses cachées depuis le commencement du monde, clef dont il indique ainsi le nom occulte et connu des seuls initiés :

mot qui peut se lire Rota, et qui signifie la roue d'Ezéchiel, ou Tarot, et alors il est synonyme de I'àzoth des philosophes hermétiques. C'est un mot qui exprime cabalistiquement l'absolu dogmatique et naturel; il est formé des caractères du monogramme de Christ, suivant les Grecs et les Hébreux. L'R latine ou le P grec se trouve au milieu, entre l'alpha et l'oméga de V Apocalypse ; puis le Tau sacré, image de la croix, enferme le mot tout entier, comme nous l'avons représenté à la page 95 de notre Rituel.

Sans le tarot, la maejie des anciens est un livre

3Zl2 RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.

fermé pour nous, et il est impossible de pénétrer aucun des grands mystères de la cabale. Le tarot seul donne l'interprétation des carrés magiques d' Agrippa et de Paracelse, comme on peut s'en convaincre en formant ces mêmes carrés avec les clefs du tarot et en lisant les hiéroglyphes qui se trouveront ainsi rassemblés.

Voici les sept carrés magiques des génies planétaires suivant Paracelse :

Saturne.

Jupiter.

ÏT

Mars.

LE LIVRE d'hÉRMÈS.

Le Soleil.

ri

Vénus.

fo

Mercure.

Ti

"il

La Lune.

En additionnant chacune des colonnes de ces carrés, vous obtenez invariablement le nombre caractéristique de la planète, et, en trouvant l'explicatiorf de ce nombre par les hiéroglyphes du Tarot, vous cherchez le sens de toutes les figures, soit triangulaires, soit carrées, soit cruciales, que vous trouverez formées par les nombres. Le résultat de cette opération sera une connaissance complète et approfondie de toutes les allégories et de tous les mystères cachés parles anciens sous le symbole de chaque planète, ou plutôt de chaque personnification des influences, soit célestes, soit humaines, sur tous les événements de la vie.

Nous avons dit que les 22 clefs du tarot sont les 22 lettres de l'alphabet cabalistique primitif. Voici

le livre d'hermès. 345

une table des variantes de cet alphabet suivant les divers cabalistes hébreux,

X L'être, l'esprit, l'homme ou Dieu ; l'objet compréhensible ; l'unité mère des nombres, la substance première.

Toutes ces idées sont exprimées hiéroglyphique- 111 ent par la figure du bateleur. Son corps et ses bras forment la lettre n; il porte ^autour de la tête un nimbe en forme de oo , symbole de ' la vie et de l'esprit universel ; devant lui sont des épéeSj des coupes et des pantacles, et il élève vers le ciel la baguette miraculeuse. Il a une figure juvénile et des cheveux bouclés, comme Apollon ou Mercure ; il a le sourire de l'assurance sur les lèvres et le regard de l'intelligence clans les yeux.

2 La maison de Dieu et de l'homme, le sanctuaire, la loi, la gnose, la cabale, l'église occulte, le binaire, la femme, la mère.

Hiéroglyphe du tarot, la papesse : une femme couronnée d'une tiare, ayant les cornes de la lune ou d'Isis la tête environnée d'un voile, la croix solaire sur la poitrine, et tenant sur ses genoux un livre qu'elle cache avec son manteau.

L'auteur protestant d'une prétendue histoire de

366 RITUEL DE^^^ÀjJTÉ MAGIE. ^ f

la papesse Jeanne a retfouvé et fait servir, tant 1 bien que mal, à sa thèse, deux curieuses et anciennes figures qu'il a trouvées de la papesse ou souveraine prêtresse du Tarot. Ces deux figures donnent à la papesse tous les attributs d'Isis: dans l'une, elle tient et caresse son fils Horus ; dans l'autre, elle a les cheveux longs et épars ; elle est assise entre les deux colonnes du binaire, porte sur la poitrine un soleil à quatre rayons, pose une main sur un livre, et fait de l'autre le signe de l'ésotérisme sacerdotal, c'est-à-dire qu'elle ouvre seulement trois doigts et tient les autres repliés en signe de mystère ; derrière sa tête est le voile, et de chaque côté de son siège une mer sur laquelle s'épanouissent des fleurs de lotus. Je plains fort le malencontreux éxudit qui n'a voulu voir dans ce symbole antique qu'un portrait monumental de sa prétendue papesse Jeanne.

3 Le verbe, le ternairej la plénitude* la fécondité, la nature, la génération dans les trois mondes,

Symbole, l'impératrice : une femme ailée, couronnée, assise et tenant au bout de son sceptre le globe du monde ; elle a pour signe un aigle, image de l'àme et de la vie.

LE LIVRE d' HERMÈS. 347

Cette femme est la Vénus-Uranie des Grecs et a été représentée par saint Jean, dans son Apoca^ lypse, par la femme revêtue du soleil, couronnée de douze étoiles et ayant la lune sous les pieds. C'est la quintessence mystique du ternaire, c'est la spiritualité, c'est l'immortalité, c'est la reine du ciel.

ILa porte ou le gouvernement chez les Orientaux, l'initiation,le pouvoir, le tétragramme, le quaternaire, la pierre cubique ou sa base.

Hiéroglyphe, l'empereur : un souverain dont le corps représente un triangle droit, et les jambes une croix, image de PAthanor des philosophes.

H Indication, démonstration, enseignement, loi, symbolisme, philosophie, religion.

Hiéroglyphe, le pape ou le grand hiérophante. Dans les Tarots plus modernes, ce signe est remplacé par l'image de Jupiter. Le grand hiérophante, assis entre les deux colonnes d'Hermès et de Salomon, fait le signe de Pésotérisme et s'appuie sur la croix à trois traverses d'une forme triangulaire. Devant lui, deux ministres inférieurs sont à genoux, de sorte qu'ayant au-dessus de lui les chapiteaux des deux colonnes et au-dessous les deux

têtes'des ministres, il est le centre du quinaire et représente le -divin pentagramme dont il donne ainsi le sens complet. En effet, les colonnes sont la nécessité ou la loi; les têtes sont la liberté ou l'action. De chaque colonne à chaque tête on peut tirer une ligne, et deux lignes de chaque colonne à chacune des deux tètes. On obtiendra ainsi un carré coupé en quatre triangles par une croix, et au milieu de cette croix sera le grand hiérophante, nous dirions presque comme l'araignée des jardins au centre de sa toile, si cette image pouvait convenir à des choses cle vérité, de gloire et de lumière.

1 Enchaînement, crochet, lingam, enchevêtrement, union, embrassement , lutte, antagonisme, combinaison, équilibre.

Hiéroglyphe, l'homme entre le Vice et la Vertu. Au-dessus de lui rayonne le soleil cle la vérité, et dans ce soleil l'Amour tendant son arc et menaçant le Vice de sa flèche. Dans l'ordre des dix séphiroth, ce symbole correspond à Tiphereth , c'est-à-dire à l'idéalisme et à la beauté. Le nombre six représente l'antagonisme des deux ternaires, c'est-à-dire de la négation absolue et de l'absolue affirmation. C'est donc le uombre du travail et de la li-

berté ; c'est pourquoi il se rapporte aussi à la beauté morale et à la gloire.

ï Arme, glaive, épée flamboyante du chérub, septénaire sacré, triomphe, royauté, sacerdoce.

Hiéroglyphe, un char cubique à quatre colonnes, avec une draperie azurée et étoilée. Dans le char, entre les quatre colonnes, un triomphateur couronné d'un cercle sur lequel s'élèvent et rayonnent trois pentagrammes d'or. Le triomphateur a sur sa cuirasse trois équerres superposées; il y a sur les épaules l'urim et le thumin de la souveraine sacrifîcature, figurés parles deux croissants delà lune en Géclulah et en Géburah ; il tient à la main un sceptre surmonté d'un globe, d'un carré et d'un triangle; son attitude est fière et tranquille. Au char est attelé un double sphinx ou deux sphinx qui se tiennent par le bas-ventre ; ils tirent l'un d'un côté, l'autre de l'autre; mais l'un des deux tourne la tête, et ils regardent du même côté. Le sphinx qui tourne la tête est noir, l'autre est blanc. Sur le carré qui fait le devant du chariot, on voit le lingam indien surmonté de la sphère volante des Égyptiens. Cet hiéroglyphe, dont nous donnons ici la figure exacte, est le plus beau peut-être et le plus coin-

plet de tous ceux qui composent la clavicule du Tarot.

n Balance, attrait et répulsion, vie, frayeur, promesse et menace.

Hiéroglyphe, la justice avec son glaive et sa balance.

15 Le bien, l'horreur du mal, la moralité, la sagesse.

Hiéroglyphe, un sage appuyé sur son bâton et portant devant lui une lampe; il s'enveloppe entièrement dans son manteau. Son inscription est l'ermite ou le capucin, à cause du capuce de son manteau oriental ; mais son vrai nom c'est la Prudence, et il complète ainsi les quatre vertus cardinales, qui ont paru dépareillées à Court de Gébelin et à Etteilla.

y Principe, manifestation, louange, honneur viril, phallus, fécondité virile, sceptre paternel.

Hiéroglyphe, la roue de fortune, c'est-à-dire la roue cosmogonique d'Ezéchiel, avecun Hermanubis ' ascendant à droite, un Typhon descendant à gauche, et un sphinx au-dessus en équilibre et tenant Tépée entre ses griffes de lion. Symbole ad-

Le livre d'hermès. 3M

mirable, défiguré par Etteilla, qui a remplacé Typhon par un homme, Hermanubis par une souris, et le sphinx par un singe, allégorie bien digne de la cabale d 'Etteilla.

3 La main dans l'acte de prendre et de tenir.

Hiéroglyphe, l\ force, une femme couronnée du oo vital et qui ferme paisiblement et sans efforts la gueule d'un lion furieux.

h Exemple, enseignement, leçon publique.

Symbole, un homme qui est pendu par un pied et dont les mains sont liées derrière le dos, en sorte que son corps fait un triangle la pointe en bas, et ses jambes une croix au-dessus du triangle. La potence a la forme d'un tau hébreu ; les deux arbres qui la soutiennent ont chacun six branches coupées. Nous avons expliqué ailleurs ce symbole du sacrifice et de l'œuvre accomplie; nous n'y reviendrons pas ici.

Q Le ciel de Jupiter et de Mars, domination et force, renaissance, création et destruction.

Hiéroglyphe, la mort qui fauche des têtes cou-

rormées, dans une prairie où l'on voit pousser des hommes.

3 Le ciel du Soleil, températures, saisons, mouvement, changements de la vie toujours nouvelle et toujours la même.

Hiéroglyphe, la tempérance, un ange, ayant le signe du soleil sur le front, et sur la poitrine le carré et le triangle du septénaire, verse d'une coupe dans l'autre les deux essences qui composent l'élixir de vie.

Û Le ciel de Mercure, science occulte, magie, commerce, éloquence, mystère, force morale.

Hiéroglyphe, le diable, le bouc de Mendès ou le Eaphomet du temple avec tous ses attributs panthéistiques. Cet hiéroglyphe est le seul qu'Etteilla ait parfaitement compris et convenablement interprété.

V Le ciel de la Lune, altérations, subversions, changements, faiblesses.

Hiéroglyphe, une tour frappée de la foudre, probablement celle de Babel. Deux personnages, Nemrod sans doute et son feux prophète ou son ministre, sont précipités du haut en bas des ruines.

L'un des personnages, en tombant, représente parfaitement la lettre V , gnaïn.

2 Le ciel de l'Ame, effusions de la pensée, influence morale de l'idée sur les formes, immortalité.

Hiéroglyphe, l'étoile brillante et la jeunesse éternelle. Nous avons donné ailleurs la description de cette figure.

¥ Les éléments, le monde visible, la lumière reflétée, les formes matérielles, le symbolisme.

Hiéroglyphe, la lune, la rosée, une écrevissedans l'eau remontant vers la terre, un chien et un loup hurlant à la lune et arrêtés au pied de deux tours, un sentier qui se perd à l'horizon et qui est parsemé de gouttes de sang.

p Les mixtes, la tête, le sommet, le prince du ciel.

Hiéroglyphe, un soleil radieux et deux enfants nus se donnent la main dans une enceinte fortifiée. Dans d'autres Tarots, c'est une fileuse dévidant les destinées; dans d'autres enfin, un enfant nu monté sur un cheval blanc et déployant un étendard écarlate.

1 Le végétatif, la vertu génératrice de la terre, la vie éternelle.

T. il, 23

354 RITUEL DE LA HAUTE MAGlE.

Hiéroglyphe, le jugement. Un génie sonne de la trompette et les morts sortent de leurs tombeaux ; ces morts redevenus vivants sont un homme, une femme et un enfant : le ternaire de la vie humaine.

V Le sensitif, la chair, la vie éternelle.

Hiéroglyphe, le fou : un homme habillé en fou, marchant au hasard, chargé d'une besace qu'il porte derrière lui, et qui est sans doute pleine de ses ridicules et de ses vices; ses vêtements en désordre laissent à découvert ce qu'il devrait cacher, et un tigre qui le suit le mord sans qu'il songe à l'éviter ou à s'en défendre.

j-| Le microcosme, le résumé de tout en tout.

Hiéroglyphe, le kether, ou la couronne cabalistique entre les quatre animaux mystérieux ; au milieu de la couronne, on voit la Vérité tenant de chaque main une baguette magique.

Telles sont les 22 clefs du Tarot, qui en expliquent tous les nombres. Ainsi le bateleur, ou clef des unités, explique les quatre as avec leur quadruple signification progressive dans les trois mondes et dans le premier principe. Ainsi l'as de

LE LIVRE IHIERMÈS. 355

denier ou de cercle, c'est lame du monde; Tas d'épée, c'est l'intelligence militante ; l'as de coupe, c'est l'intelligence aimante; l'as du bâton, c'est l'intelligence créatrice; ce sont aussi les principes du mouvement, du progrès, de la fécondité et de la puissance. Chaque nombre, multiplié par une clef, donne un autre nombre qui, expliqué à son tour par les clefs, complète la révélation philosophique et religieuse contenue dans chaque signe. Or, chacune des 56 cartes peut se multiplier par les 22 clefs tour à tour ; il en résulte une série de combinaisons donnant tous les résultats les plus surprenants de révélation et de lumière. C'est une véritable machine philosophique qui empêche l'esprit de s'égarer, tout en lui laissant son initiative et sa liberté ; ce sont les mathématiques appliquées à l'absolu, c'est l'alliance du positif à l'idéal, c'est une loterie de pensées toutes rigoureusement justes comme les nombres, c'est enfin peut-être ce que le génie humain a jamais conçu tout à la fois de plus simple et de plus grand,

La manière de lire les hiéroglyphes du Tarot, c'est de les disposer soit en carré, soit en triangle, en plaçant les nombres pairs en antagonisme et en les conciliant parles impairs. Quatre signes expri-

ment toujours l'absolu dans un ordre quelconque et s'expliquent par un cinquième. Ainsi la solution de toutes les questions magiques est celle du pentagramme, et toutes les antinomies s'expliquent par l'harmonieuse unité.

Disposé ainsi, le Tarot est un véritable oracle, et répond à toutes les questions possibles avec plus de netteté et d'infaillibilité que rAndroïde d'Albert le Grand : en sorte qu'un prisonnier sans livres pourrait, en quelques années, s'il avait seulement un Tarot dont il saurait se servir, avoir acquis une science universelle, et parlerait de tout avec une doctrine sans égale et une éloquence inépuisable. Cette roue, en effet, est la véritable clef de l'art oratoire et du grand art de Raymond Lulle ; c'est le véritable secret de la transmutation des ténèbres en lumière, c'est le premier et le plus important de tous les arcanes du grand œuvre.

Au moyen de cette clef universelle du symbolisme, toutes les allégories de l'Inde, del'Égypte et de la Judée deviennent claires; Y Apocalypse de saint Jean est un livre cabalistique dont le sens est rigoureusement indiqué par les figures et par les nombres de l'urim du thumin des théraphim et de

l'éphod, tous résumés et complétés parle Tarot ; les sanctuaires antiques n'ont plus de mystères, et Ton comprend pour la première fois la signification des objets du culte des Hébreux. Qui ne voit en effet dans la table d'or, couronnée et supportée par des chérubins, qui couvrait l'arche d'alliance et servait de propitiatoire, les mêmes symboles que dans la vinst et unième clef du Tarot ? L'arche était un résumé hiéroglyphique de tout le dogme cabalistique, elle contenait le jod ou le bâton fleuri d'Aaron, le hé ou la coupe, le go mur, contenant la manne, les deux tables de la loi, symbole analogue à celui du glaive de justice, et la manne contenue dans le gomor, quatre choses qui traduisent merveilleusement les lettres du tétragramme divin.

Gaffarel a prouvé savamment que les chérubins

ou chérub de l'arche étaient en figures de veaux ; mais ce qu'il a ignoré, c'est qu'au lieu de deux il y en avait quatre, deux à chaque extrémité, comme le dit expressément le texte, mal entendu à cet endroit par la plupart des commentateurs.

Ainsi, aux versets 18 et 19 de V Exode, il faut traduire de cette manière le texte hébreu :

« Tu feras deux veaux ou sphinx d'or travaillés au marteau de chaque côté de l'oracle.

« Et tu les placeras l'un tourné d'un côté, l'autre de l'autre. »

• Les chérub ou sphinx étaient en effet accouplés par deux de chaque côté de F arche, et leurs têtes se retournaient aux quatre coins du propitiatoire , qu'ils couvraient de leurs ailes arrondies en voûte, ombrageant ainsi la couronne de la table d'or, qu'ils soutenaient sur leurs épaules, et se regardant l'un l'autre par les coupes et regardant le propitiatoire. (Voyez la figure.)

L'arche ainsi avait trois parties ou trois étages, représentant Aziluth, Jezirah et Brian, les trois mondes de la cabale: la base du coffre, à laquelle étaient adaptés les quatre anneaux des deux leviers analogues aux colonnes du temple Jakin et Bohas ;

le corps du coffre, sur lequel ressortait en relief celui des sphinx, et le couvercle, ombragé par les ailes des sphinx. La base représentait le royaume du sel, pour parler le langage des adeptes d'Hermès ; le coffre le royaume du mercure ou de l'azoth, et le couvercle le royaume du soufre ou du feu. Les autrès objets du culte n'étaient pas moins allégoriques, mais il faudrait un ouvrage spécial pour les décrire et les expliquer. ^

Saint-Martin, dans son Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et la nature a suivi, comme nous l'avons dit, la division du Tarot, et donne sur les 22 clefs un commentaire mystique assez étendu ; mais il se garde bien de dire où il a pris le plan de son livre et de révéler les hiéroglyphes qu'il commente. Postel a eu la même discrétion, et, en nommant seulement le Tarot dans la figure de sa clef des arcanes, il le désigne dans le reste du livre sous le nom Genèse tVHénoch. Le personnage dTiénoch, auteur du premier livre sacré, est en effet identique avec celui de Thot chez les Égyptiens, de Cadmus chez les Phéniciens, et de Palamède chez les Grecs.

Nous avons trouvé d'une manière assez extraordinaire une médaille du xvic siècle qui est une

clef du Tarot. Nous ne savons trop s'il faut dire que cette médaille et le lieu où nous devions la trouver nous avaient été montrés en songe par le divin Paracelse : quoi qu'il en soit, la médaille est en notre possession. Elle représente, d'un côté, le bateleur en costume allemand du xvi° siècle, tenant d'une main sa ceinture et de l'autre le pentagramme; il a devant lui, sur sa table, entre un livre ouvert et une bourse fermée, dix deniers ou talismans disposés en deux lignes de trois chacune et en un carré de quatre; les pieds de la table forment deux n , et ceux du bateleur deux i, renversés de cette manière jl . Le revers de la médaille contient les lettres de l'alphabet, disposées en carré magique de cette façon :

A B C D E F G Ht K L N M 0 p Q R S T V

On peut remarquer que cet alphabet n'a que 22 lettres, le V et l'N y étant répétés deux fois, et qu'il est disposé par quatre quinaires et un quaternaire pour clef et pour base. Les quatre lettres finales

sont deux combinaisons du binaire et du ternaire, et, lues cabalistiquement, elles forment le mot Azotk, en rendant aux configurations de lettres leur valeur en hébreu primitif et en prenant N pour « Z pour ce qu'il est eu latin, Y pour le vau "i hébreu, qui se prononce 0 entre deux voyelles ou lettres qui en ont la valeur, et l'X pour le tau primitif, qui en avait exactement la figure. Le Tarot tout entier est donc expliqué dans cette merveilleuse médaille, digne en effet de Paracelse, et que nous tenons à la disposition des curieux. Les lettres, disposées par quatre fois cinq, ont pour résumé le mot mZN , analogue à ceux de mn>, d'INRI, et contenant tous les mystères de la cabale.

Le livre du Tarot ayant une si haute importance scientifique, il est bien à désirer qu'on ne l'altère plus. Nous avons parcouru à la Bibliothèque impériale la collection des anciensTarots, et c'est là que nous eu avons recueilli tous les hiéroglyphes dont nous donnons la description. Il reste une œuvre importante à faire: c'est de faire graver et de publier un Tarot rigoureusement complet et soigneusement exécuté. Peut-être rentreprendrons-nous bientôt.

On trouve des vestiges du Tarot chez tous les peu-

pies du monde. Le Tarot italien est, comme nous l'avons dit, le mieux conservé et le plus fidèle ; mais on pourrait le perfectionner encore avec de précieux renseignements empruntés aux jeux espagnols: le deux de coupes, par exemple, dans les Naïbi, est complètement égytien, et Ton y voit deux vases antiques dont des ibis forment les anses, superposés au-dessus d'une vache; on trouve daus les mêmes cartes une licorne au milieu du -quatre de deniers; le trois de coupes présente la figure d'Isis sortant d'un vase, et des deux autres vases sortent deux ibis portant, l'un une couronne pour la déesse, l'autre une fleur de lotus qu'il semblelui offrir. Les quatre as portent l'image du serpent hiératique et sacré, et, dans certains jeux, au milieu du quatre de deniers, au lieu de la licorne symbolique, on trouve le double triangle de Salomon.

Les Tarots allemands sont plus altérés, et l'on n'y trouve plus guère que les nombres des clefs, surchargées de ligures bizarres ou pantagruéliques. Nous avons entre les mains un Tarot chinois, et il se trouve à la Bibliothèque impériale quelques échantillons d'un jeu semblable. M. Paul Boiteau, dans son remarquable ouvrage sur les cartes à jouer, en a donné des spécimens fort bien faits.

Le Tarot chinois conserve encore plusieurs des emblèmes primitifs : on y distingue très bien les deniers et les épées, mais il serait plus difficile d'y retrouver les coupes et les bâtons.

C'est aux époques des hérésies gnostiques et manichéennes que le Tarot a dû se perdre pour l'Église, et c'est à la même époque que le sens de la divine Apocalypse a été également perdu. On u'a plus compris que les sept sceaux de ce livre cabalistique sont sept pantacles dont nous donnons la figure, et qui s'expliquent par les analogies des nombres, des caractères et des figures du Tarot. Ainsi la tradition universelle de la religion unique a été un instant interrompue, les ténèbres du doute se sont répandues sur toute la terre, et il a semblé à l'ignorance que le vrai catholicisme, la révélation universelle, avait un instant disparu. L'explication du livre de saint Jean par les caractères de la cabale sera toute une révélation nouvelle, qu'ont pressentie déjà plusieurs magistes distingués. Voici comment s'exprime l'un d'entre eux, M. Augustin Chaho :

« Le poème deY Apocalypse suppose dans le jeune évangéliste un système complet et des traditions développées à lui seul.

« Il est écrit en forme de vision, et resserre dans un cadre éblouissant de poésie toute l'érudition, toute la pensée de l'Africain civilisateur.

« Barde inspiré, l'auteur parcourt une série de faits dominants; il trace à grands traits l'histoire de la société d'un cataclysme à l'autre et même au delà.

« Les vérités qu'il révèle sont des prophéties venues de haut et de loin dont il se fait l'écho sonore.

«11 est la voix qui crie, la voix qui chante les harmonies du désert et prépare les voies à la lumière.

« Sa parole éclate avec empire et commande la foi, car il vient apporter aux barbares les oracles du Iao et dévoiler à l'admiration des civilisations futures le premier- né des soleils.

«Xa théorie des quatre âges se retrouve dans Y Apocalypse comme dans les livres de Zoroastre et la Bible.

«Lerétablissementgradueldes fédérations primitives et du règne de Dieu parmi les peuples affranchis du joug des tyrans et du bandeau de l'erreur est clairement prophétisé pour la fin du quatrième âge et la rénovation du cataclysme montrée,

CLEF APOCA.LPYTIQUE

Les sept Sceaux de saint Jean (page 364).

d'abord dans le lointain, à la consommation du temps.

« La description du cataclysme et sa durée; le monde nouveau, dégagé de l'onde et apparu sous le ciel avec tous ses charmes ; le grand serpent, lié par un ange au fond du puits de l'abîme pour un temps; l'aurore enfin de ce temps à venir prophétisée par le verbe, qui apparaît à l'apôtre dès le début de son poëme :

« Sa tête et ses cheveux étaient blancs, ses yeux « étincelaient, ses pieds étaient semblables à l'ai- « rain fin quand il est clans la fournaise, et sa voix « égalait le bruit des grandes eaux.

« H avait en sa main droite sept étoiles, et de sa «bouche sortait un glaive à deux tranchants bien «affilé. Son visage était aussi brillant que le soleil « dans sa force. »

« Voilà Ormusd, Osiris, Chourien, fagneau, le Christ, l'ancien des jours, l'homme du temps et du fleuve chanté par Daniel.

« 11 est le premier et le dernier, celui qui a été et qui doit être, l'alpha et l'oméga, le commencement et la fin.

« Il tient dans sa main la clef des mystères ; il ouvre le grand abîme du feu central où repose la

366 RITUEL DK LÀ HAUTE MAGIË.

mort sous une lente de ténèbres, où dort le grand serpent en attendant le réveil des siècles. »

L'auteur rapproche de cette allégorie de saint Jean celle de Daniel, où les quatre formes du sphinx sont appliquées aux grandes périodes de l'histoire, et où l'homme-soleil, le verbe lumière, console et instruit le voyant.

« Le prophète Daniel vit une mer agitée en sens contraire par les quatre vents du ciel.

« Et des bêtes fort différentes les unes des autres sortirent des profondeurs de l'Océan.

« L'empire de tout ce qui est sur la terre leur fut accordé jusqu'à un âge, deux âges et la moitié du quatrième âge.

« Et il en sortit quatre.

« La première bète, symbole de la race solaire des voyants, vint du côté de l'Afrique; elle ressemblait à un lion et portait des ailes d'aigles : il lui fut donné un cœur d'homme.

« La seconde bêle, emblème des conquérants du nord qui régnèrent par le fer durant le second âge, était semblable à un ours.

« Elle avait dans la gueule trois rangées de dents aiguës, images des trois grandes familles conqué-

rantes, et il lui fut dit: Levez- vous et rassasiezvous de carnage.

« Après l'apparition de la quatrième bête, des trônes furent élevés, et l'ancien des jours, le Christ des voyants, l'agneau du premier âge, se montra assis.

«Son vêtement était d'une éblouissante blancheur, sa tête rayonnait; son trône, d où jaillissaient des flammes vives, était porté sur des roues brûlantes; une flamme de feu très vive sortait de son visage, des myriades d'anges ou d'étoiles brillaient autour de lui.

« Le jugement se tint; les livres allégoriques furent ouverts.

« Le Christ nouveau vint dans une nuée pleine d'éclairs et s'arrêta devant l'ancien des jours; il obtint en partage la puissance, l'honneur et le règne sur tous les peuples, toutes les tribus, toutes les langues.

«Daniel s'approcha alors de l'un de ceux qui étaient présents et lui demanda la vérité des choses.

« Et il lui est répondu que les quatre animaux sont quatre puissances qui régneront successive ment sur la terre. »

M. Chaho explique ensuite plusieurs images dont les analogies sont frappantes, et qui se retrouvent dans presque tous les livres sacrés. Ses paroles sont très remarquables.

«Dans tout verbe primitif, le parallélisme des rapports physiques et des relations morales s'établit sur les mêmes radicaux,

« Chaque mot porte avec lui sa définition matérielle et sensible, et ce langage vivant est aussi parfait et vrai qu'il est simple et naturel dans l'homme créateur.

«Que le voyant exprime avec le même mot, légèrement modifié, le soleil, le jour, la lumière, la vérité, et qu'appliquant une même épithète au blanc soleil et à un agneau, il dise agneau ou Christ au lieu de soleil, et soleil au lieu de vérité, lumière, civilisation, il n'y a point d'allégorie, mais des rapports vrais, saisis et exprimés avec inspiration.

«Mais quand les enfants de la nuit disent dans leur dialecte incohérent et barbare, soleil, jour , lumière, vérité, agneau, le rapport savant si nettement exprimé par le verbe primitif s'efface et disparait, et, par la simple traduction, l'agneau et le soleil deviennent des êtres allégoriques, des symboles.

« Remarquez, en effet, que le mot allégorie luimême signifie en définition celtique changement de discours, traduction.

« L'observation que nous venons de faire s'applique rigoureusement à tout le langage cosmogonique des barbares.

« Les voyants se servaient du même radical inspiré pour exprimer la nourriture et Y instruction. La science de la vérité n'est-elle pas la nourriture de l'âme !

« Ainsi, le rouleau de papyrus ou de biblos dévoré par le prophète Ézéchiel ; le petit livre qu'un ange fait manger àl'auteur de Y Apocalypse ; lesfestins du palais magique d'Asgard auxquels Gangler est convié par Har le Sublime; la multiplication merveilleuse de sept petits pains, racontée par les évangélistes du Nazaréen; le pain vivant que Jésus- Soleil fait manger à ses disciples, en leur disant : Ceci est mon corps; et une foule d'autres traits semblables, sont une répétition de la même allégorie : la vie des âmes, qui se nourrissent de vérité ; la vérité, qui se multiplie, sans diminuer jamais et qui, au contraire, augmente à mesure qu'on s'en nourrit. »

« Qu'exalté par un noble sentiment de nationa-

lité, ébloui par l'idée d'une révolution immense, s'érige un révélateur de choses cachées et qu'il cherche à populariser les découvertes de la science antique chez les hommes grossiers, ignorants, dépourvus des notions élémentaires les plus simples.

«Qu'il dise, par exemple: La terre tourne, la terre est ronde comme un œuf.

« Que peut faire le barbare qui écoute, si ce n'est croire! N'est-il pas évident que toute proposition de ce genre devient pour lui un dogme d'en haut, un article de foi ?

« Et le voile d'une allégorie savante ne suffit-il pas pour en faire un mythe ?

« Dans les écoles des voyants le globe terrestre était représenté par un œuf de carton ou de bois peint, et quand on demandait aux petits enfants : Qu'est-ce que cet œuf? Ils répondaient : C'est la terre.

« Grands enfants, les barbares ayant entendu cela, répétèrent après les petits enfantsdes voyants: Le monde est un œuf.

« Mais ils comprenaient par là le monde physique, matériel, et les voyants le monde géographique, idéal, le monde image, créé par l'esprit et le verbe.

« En effet, les prêtres de FÉgypte représentaient l'esprit, l'intelligence, Kneph, avec un œuf posé sur les lèvres, pour mieux exprimer que l'œuf n'était là qu'une comparaison, une image, une façon de parler.

« Chôumountou, le philosophe de FÉzour-Vedam, explique de la même manière au fanatique Biache ce qu'il faut entendre par l'œuf d'or deBrahma. »

Il ne faut pas désespérer complètement d'une époque où l'on s'occupe encore de ces recherches sérieuses et raisonnables : aussi est-ce avec un grand soulagement d'esprit et une profonde sympathie que nous venons de citer les pages de M. Chaho. Ce n'est déjà plus ici la critique négative et désespérante de Dupuis et de Volney. C'est une tendance à une seule foi, à un seul culte qui doit rattacher tout l'avenir à tout le passé ; c'est la réhabilitation de tout les grands hommes accusés faussement de superstition et d'idolâtrie; c'est enfin la justification de Dieu même, ce soleil des intelligences qui n'est jamais voilé pour les âmes droites et pour les cœurs purs.

« Il est grand, le voyant, l'initié, l'élu de la nature et de la suprême raison, s'écrie encore, en concluant, Fauteur que nous venons de citer.

« À lui seul cette faculté d'imitation qui est le principe de son perfectionnement et dont les inspirations, rapides comme l'éclair, dirigent les créations et les découvertes.

« À lui seul un Verbe parfait de convenance, de propriété, de flexibilité, de richesse, créé par réaction physique harmonie de la pensée ; de la pensée, dont les aperçus, encore indépendants du langage, reflètent toujours la nature exactement reproduite dans ses impressions, bien jugé, bien exprimé dans ses rapports.

« À lui seul la lumière, la science, la vérité, parce que l'imagination, bornée à son rôle passif secondaire, ne domine jamais la raison, la logique naturelle qui résulte de la comparaison des idées; qui naissent, s'étendent dans la même proportion que ses besoins, et que le cercle de ses connaissances s'élargit ainsi par degrés sans mélange cle jugements faux et d'erreurs.

« À lui seul une lumière infiniment progressive parce que la multiplication rapide de la population, après les rénovations terrestres, combine en peu de siècles la société nouvelle dans tous les rapports imaginables de M.a destinée, soit moraux, soit politiques.

« Et nous pourrions ajouter, lumière absolue.

« L'homme de notre temps est immuable en soi il ne change pas plus que la nature dans laquelle il est ordonné.

« Les conditions sociales où il se trouve placé déterminent seules le degré de son perfectionnement, qui a pour limites la vertu, la sainteté de l'homme et sa félicité dans la loi. »

Nous demandera-t-on encore après de pareils aperçus à quoi servent les sciences occultes? Traitera-t-on avec dédain de mysticisme et d'illuminisme ces mathématiques vivantes, ces proportions des idées et des formes, cette révélation permanente dans la raison universelle, cet affranchissement de .l'esprit, cette base inébranlable donnée à la foi, cette toute puissance révélée à la volonté? Enfants qui cherchiez des prestiges, êtes-vous désappointés parce que nous vous donnons des merveilles ! Un homme nous disait un jour : Faites apparaître le diable, et je^vous croirai. Nous lui avons répondu: Vous demandez peu de chose ; nous voulons faire, non pas apparaître, mais disparaître le diable du monde entier, nous voulons le chasser de vos rêves ! Le diable, c'est l'ignorance, ce sont les ténèbres, ce sont les incohérences de la pensée,

c'est la laideur! Réveillez-vous donc, donneur du moyen âge ! Ne voyez-vous pas qu'il fait jour ? Ne voyez-vous pas la lumière de Dieu qui remplit toute la nature? Où donc ose maintenant se montrer le prince déchu des enfers?

Il nous reste à donner nos conclusions et à déterminer le but et la portée de cet ouvrage dans l'ordre religieux, clans l'ordre philosophique et dans l'ordre des réalisations matérielles et positives.

Dans l'ordre religieux d'abord, nous avons démontré que les pratiques des cultes ne sauraient êtres indifférentes, que la magie des religions est dans leurs rites, que leur force morale est dans la hiérarchie ternaire, et que la hiérarchie a pour base, pour principe et pour synthèse, l'unité.

Nous avons démontré l'unité et l'orthodoxie universelles du dogme, revêtu successivement de plusieurs voiles allégoriques, et nous avons suivi la vérité sauvée par Moïse des profanations de l'Égypte, conservé dans la cabale des prophètes, émancipée par l'école chrétienne de la servitude des pharisiens, attirant à elle toutes les aspirations poétiques et généreuses des civilisations grecque et ro-

mairie, protestant contre un nouveau phariséisme plus corrompu que le premier, avec les grands saints du moyen âge et les hardis penseurs de la renaissance. Nous avons montré, dis-je, cette vérité toujours universelle, toujours une, toujours vivante, qui seule concilie la raison et la foi, la science et la soumission ; la vérité de l'être démontré par l'être, de l'harmonie démontrée par l'harmonie, de la raison manifestée par la raison.

En révélant pour la première fois au monde les mystères de la magie, nous n'avons pas voulu ressusciter des pratiques ensevelies sous les ruines des anciennes civilisations, mais nous disons à l'humanité de nos jours qu'elle est appelée aussi à se créer immortelle et toute-puissante par ses œuvres.

La liberté ne se donne pas, ellese prend, adit un écrivain moderne; il en est de même delascience, et c'est pour cela que la divulgation de la vérité absolue n'est jamais utile au vulgaire. Mais à une époque où le sanctuaire a été dévasté et est tombé en ruines, parce qu'on en a jeté la clef à travers champs sans profit pour personne, j'ai cru devoir ramasser cette clef, et je l'offre à qui saura la prendre : car celui-là sera à son tour un docteur des nations et un libérateur du monde.

Il faut et il faudra toujours des fables et des lisières aux enfants ; mais il ne faut pas que ceux qui tiennent les lisières soient aussi des enfants et des écouteurs de fables.

Que la science la plus absolue, que la plus haute raison redevienne le partage des chefs du peuple; que l'art sacerdotal et l'art royal reprennent le double sceptre des antiques initiations, et le monde sortira encore une fois du chaos.

Ne brûlons plus les saintes images, ne démolissons plus les temples : il faut aux hommes des temples et des images ; mais chassons les vendeurs de la maison de prières; ne laissons plus les aveugles se faire les conducteurs des aveugles ; reconstituons la hiérarchie d'intelligence et de sainteté, et reconnaissons seulement ceux qui savent pour les docteurs de ceux qui croient.

Notre livre est catholique ; et si les révélations qu'ils contient sont de nature à alarmer la conscience des simples, notre consolation est de penser qu'ils ne le liront pas. Nous écrivons pour les hommes sans préjugés et nous ne voulons pas plus flatter l'irréligion que le fanatisme.

Mais, s'il est quelque chose au monde d'essentiellement libre et d'inviolable, c'est la croyance.

ïl faut, par la science et par la persuasion, détourner de l'absurde les imaginations dévoyées; mais ce serait donner à leurs erreurs toute la dignité et toute la vérité du martyre que de les menacer ou de les contraindre.

La foi n'est qu'une superstition et une folie si elle n'a la raison pour base, et Ton ne peut supposer ce qu'on ignore que par analogie avec ce qu'on sait. Définir ce qu'on ne sait pas, c'est une ignorance présomptueuse; affirmer positivement ce qu'on ignore, c'est mentir,

Aussi la foi est-elle une aspiration et un désir. Ainsi soit-il, je désire qu'il en soit ainsi, tel est le dernier mot de toutes les professions de foi. La foi, l'espérance et la charité sont trois sœurs tellement inséparables, qu'on peut les prendre l'une pour l'autre.

Ainsi, en religion, orthodoxie universelle et hiérarchique, restauration de temples dans toute leur splendeur, rétablissement de toutes les cérémonies dans leur pompe primitive, enseignement hiérarchique du symbole, mystères, miracles, légendes pour les enfants, lumière pour les hommes faits qui se garderont bien de scandaliser les petits clans la simplicité de leur croyance. Voilà en religion

toute notre utopie, et c'est aussi le désir et le besoin de l'humanité.

Venons à la philosophie.

La nôtre est celle du réalisme et du positivisme.

L'être est en raison de l'être dont personne ne doute. Tout existe pour nous par la science. Savoir, c'est être. La science et son objet s'identifient clans la vie intellectuelle de celui qui sait. Douter, c'est ignorer. Or, ce que nous ignorons n'existe pas encore pour nous. Vivre intellectuellement, c'est apprendre.

L'être se développe et s'amplifie par la science. La première conquête de la science est le premier résultat des sciences exactes, c'est le sentiment de la raison. Les lois de la nature sont de l'algèbre. Aussi la seule foi raisonnable est-elle l'adhésion de l'étudiant à des théorèmes dont il ignore toute la justesse en elle-même, mais dont les applications et les résultats lui sont suffisamment démontrés. Ainsi le vrai philosophe croit à ce qui est , et n'admet a posteriori que tout est raisonnable.

Mais plus de charlatanisme en philosophie, plus d'empirisme, plus de système; l'étude de l'être et de ses réalités comparées! une métaphysique de la

nature! Puis arrière le mysticisme! Plus de rêves en philosophie : la philosophie n'est pas une poésie ; ce sont les mathématiques 'pures des réalités, soit physiques, soit morales. Laissons à la religion la liberté de ses aspirations infinies, mais qu'elle laisse à la science les conclusions rigoureuses de l'expérimentalisme absolu.

L'homme est fils de ses œuvres : il est ce qu'il veut être; il est l'image du Dieu qu'il se fait; il est la réalisation de son idéal. Si son idéal manque de base, tout l'édifice de son immortalité s'écroule. La philosophie n'est pas l'idéal, mais elle doit servir de base à l'idéal. Le connu est pour nous la mesure de l'inconnu ; le visible nous fait apprécier l'invisible les sensations sont aux pensées comme les pensées aux aspirations. La science est une trigonométrie céleste : un des côtés du triangle absolu, c'est la nature soumise à nos investigations ; l'autre c'est notre àme qui embrasse et reflète la nature ; le troisième, c'est l'absolu dans lequel s'agraudit notre âme! Plus d'athéisme possible désormais, car nous n'avons plus la prétention de définir Dieu. Dieu est pour nous le plus parfait.et le meilleur des êtres intelligents, et la hiérarchie ascendantedes êtres nous démontre assez qu'il existe. N'en deman-

dons pas davantage; mais, pour le comprendre toujours mieux, perfectionnons-nous en montant vers lui?

Plus d' idéologie ; l'être est ce qu'il est et ne se perfectionne que suivant les lois réelles de l'être. Observons, ne préjugeons pas ; exerçons nos facultés, neles faussons pas; agrandissons le domaine de la vie dans la vie; voyons la vérité clans la vérité ! Tout est possible à celui qui veut seulement ce qui est vrai. Restez dans la nature, étudiez, sachez, puis osez ; osez vouloir, osez agir, et taisezvous !

Plus de haine contre personne. Chacun moissonnera ce qu'il sème. Le résultat des œuvres est fatal, et c'est à la raison suprême déjuger etdechâtier les méchants. Celui qui va dans une voie sans issue reviendra sur ses pas ou sera brisé. Avertis sez-le doucement, s'il peut encore vous entendre ; puis laissez faire : il faut que la liberté humaine ait son cours.

Nous ne sommes pas juges les uns des autres. La vie est un champ de bataille. Ne cessons pas de combattre à cause de ceux qui tombent, mais évitons de marcher sur eux. Puis vienne la victoire, et les blessés de deux partis, devenus frères par la

LE LIVRE d'hERMÈS. 381

souffrance et devant l'humanité, seront réunis dans les ambulances des vainqueurs.

Telles sont les conséquences du dogme philosophique d'Hermès ; telle a été de tout temps la morale des vrais adeptes; telle est la philosophie des roses-croix héritiers de toutes les sagesses antiques ; telle est la doctrine secrète de ces associations qu'on traitait de subversives de l'ordre public, et qu'on a toujours accusées de conspiration contre les trônes et les autels !

Le véritable adepte, loin de troubler Tordre publie, en est le plus ferme soutien, Il respecte trop la liberté pour désirer l'anarchie; enfant de la lumière, il aime l'harmonie, et il sait que les ténèbres produisent la confusion. ïl accepte tout ce qui est, et nie seulement ce qui n'est pas. ïl veut la religion vraie, pratique, universelle, croyante, palpable, réalisée dans la vie entière ; il la veut avec un sage et puissant sacerdoce, entouré de toutes les vertus et de tous les prestiges de la foi. Il veut l'orthodoxie universelle, la catholicité absolue, hiérarchique, apostolique, sacramentelle, incontestable et incontestée. Il veut une philosophie expérimentale, réelle, mathématique, modeste dans ses conclusions, infatigable dans ses recherches, scientifique dans ses

progrès. Qui donc peut être contre nous, si Dieu et la raison sont avec nous? Qu'importe qu'on nous préjuge et qu'on nous calomnie? Notre justification entière, ce sont nos pensées et nos œuvres, Nous ne venons pas, comme OEdipe tuer le sphinx du symbolisme; nous entreprenons, au contraire, de le ressusciter. Le sphinx ne dévore que les interprètes aveugles, et celui qui le tue n'a pas su le bien deviner : il faut le dompter, l'enchaîner elle forcer à nous suivre. Le sphinx est le palladium vivant de l'humanité, c'est la conquête du roi de Thèbes; c'eût été le salut d 'OEdipe, si OEdipe eût deviné son énigme en entier !

Dans l'ordre positif et matériel, que faut-il conclure de cet ouvrage? La magie est-elle une force que la science peut abandonner au plus audacieux et au plus méchant? Est-ce une fourberie et un mensonge du plus habile pour fasciner l'ignorant et le faible? Le mercure philosophai, est-ce l'exploitation de la crédulité par l'adresse? Ceux qui nous ont compris savent déjà comment répondre à ces questions. La magie ne peut plus être de nos jours l'art des fascinations et des prestiges : on ne trompe maintenant que ceux qui veulent être trompés. Mais l'incrédulité étroite et téméraire du siècle

dernier reçoit tous les démentis donnés par la nature elle-même. Nous vivons environnés cle prophéties et dë miracles ; le doute les niait autrefois avec témérité, la science aujourd'hui les explique. Non, monsieur le comte de Mirville, il n'est pas donné à un esprit déchu de troubler l'empire de Dieu! Non, leschosesinconnuesnesexpliquentpas par les choses impossibles; non, il n'est point donné à des êtres invisibles de tromper, de tourmenter, de séduire, de tuer même les créatures vivantes de Dieu, les hommes, déjà si ignorants et si faibles, et qui ont tant cle peine à se défendre contre leurs propres illusions. Ceux qui vous ont dit cela dans votre enfance vous ont trompé, monsieur le comte, et si vous avez été assez enfant pour les écouter, soyez assez homme maintenant pour ne plus les croire.

L'homme est lui-même le créateur de son ciel et de son enfer, et il n'y a pas d'autres démons que nos folies. Les esprits que la vérité châtie sont corrigés par le châtiment, et ne songent plus à troubler le monde. Si Satan existe, ce ne peut être que le plus malheureux, le plus ignorant, le plus humilié et le plus impuissant des êtres.

L'existence d'un agent universel de la vie, d'un feu vivant, d'une lumière astrale, nous est démon-

trée par des faits. Le magnétisme nous fait comprendre aujourd'hui les miracles de l'ancienne magie: les faits de seconde vue, les aspirations, les guérisons soudaines, les pénétrations des pensées, sont maintenant des choses avérées et familières, même à nos enfants. Mais on avait perdu la tradition des anciens, on croyait à des découvertes nouvelles, on cherchait le dernier mot des phénomènes observés, les têtes s'échauffaient devant des manifestations sans portée, on subissait des fascinations sans les comprendre. Nous sommes venu dire aux tourneurs de tables : Ces prodiges ne sont pas nouveaux ; vous pouvez en opérer même de plusgrauds si vous étudiez les lois secrètes de la nature. Et que résultera-t-il de la connaissance nouvelle de ces pouvoirs? Une nouvelle carrière ouverte à l'activité et à l'intelligence de l'homme, le combat de la vie organisé de nouveau avec des armes plus parfaites, et la possibilité rendue aux intelligences d'élite de redevenir maîtresses de toutes les destinées, en donnant au monde à venir de véritables prêtres et de grands rois !

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