LONDRES NEW-YORK
Hippolyte Baillière , Regent Street , 219, • Hipp. Baillière brothers, (üO, Broadway.
MADRID, C. BAILLV-BAILLTÊRE, PLAZA DEI. PRINCIPE AI.FONSO, 16.
INTRODUCTION
Connaissez-vous la vieille souveraine du monde, qui marche toujours et ne se fatigue jamais?
Toutes les passions déréglées, toutes les voluptés égoïstes, toutes les forces effrénées de rhumanité et toutes ses faiblesses tyranniques précèdent la pro- • priétaire avare de notre vallée de douleurs, et, la faucille à la main, ces ouvrières infatigables font une éternelle moisson.
La reine est vieille comme le temps, mais elle cache son squelette sous les débris de la beauté des femmes qu’elle enlève à leur jeunesse et à leurs amours.
Sa tête est garnie de cheveux froids qui ne sont pas à elle. Depuis la chevelure de Bérénice, toute brillante d’étoiles, jusqu’aux cheveux blanchis avant l’age que le bourreau coupa sur la tète de Marie-Antoinette, la spoliatrice des fronts couronnés s’est parée de la dépouille des reines.
T. II. 1
Sou corps pâle et glacé est couvert de parures, flétries et de suaires en lambeaux.
Ses mains osseuses et chargées de bagues, tiennent des diadèmes et des fers, des sceptres et des ossements, des pierreries et de la cendre.
Quand elle passe, les portes s’ouvrent d’ellesmêmes; elle entre à travers les murailles, elle pénètre jusqu’à l’alcove des rois, elle vient surprendre les spoliateurs du pauvre dans leurs plus secrètes orgies, s’assied à leur table et leur verse à boire, ricane à leurs chansons avec ses dents dégarnies de gencives, et prend la place de la courtisane impure qui se cache sous leurs rideaux. »
Elle aime à rôder autour des voluptueux qui s’endorment; elle cherche leurs caresses comme si elle espérait se réchauffer dans leurs étreintes, mais elle glace tous ceux qu’elle touche et ne se ^ réchauffe jamais. Parfois cependant on la dirait ^ prise de vertige ; elle ne se promène plus lentement, elle court ; et si ses pieds ne sont pas^-assez rapides, elle presse les flancs d’un cheval pâle et le lance tout essoufflé à travers les multitudes. Avec elle galope le meurtre sur un cheval roux ; l’incendie, déployant sa chevelure de fumée, vole devant elle en balançant ses ailes rouges et noires,
INTRODUCTION
et la famine avec la peste la suivent pas à pas sur des chevaux malades et décharnés, glanant les rares épis qu’elle oublie pour lui compléter sa moisson.
Après ce cortège funèbre, viennent deux petits enfants rayonnants de sourire et de vie, l’intelligence et l’amour du siècle, à venir, le double génie de rbumanité qui va naître.
Devant eux, les ombres de la mort se replient comme Iq nuit devant les étoiles de l’aurore; ils effleurent la terre d’un pied léger et y sèment à pleines mains l’espérance d’une autre année.
Mais la mort ne viendra plus impitoyable et terrible, faucher comme de l’herbe sèche les épis mûrs du siècle à venir ; elle cédera la place à l’ange du progrès qui détachera doucement les âmes de leur chaîne mortelle, pour les laisser monter vers Dieu.
Quand les hommes sauront vivre, ils ne mourront plus; ils se transformeront comme la chrysalide qui devient un papillon brillant.
Les terreurs de la mort sont filles de notre
ignorance, et la mort elle-même n’est si affreuse
que par les débris dont elle se couvre et les couleurs sombres dont on entoure ses imas^es. T^a
f\ RlTUlil/ ]>C LA HAUTIÎ MA(iIL.
mort, c’est véritablement le travail d(j la vie.
H est dans la nature une force qui ne meurt pas, et cette force transforme continuellement les êtres pour les conserver.
Cette force, c’est la raison ou le verbe de la nature.
11 existe aussi dans l’homme une force analogue à celle de la nature, et cette force, c’est la raison ou le verbe de l’homme.
Le verbe de l’homme est l’expres§ion de sa volonté dirigée par la raison.
Ce verbe est tout-puissant lorsqu’il est raisonnable, car alors il est analogue au verbe même de Dieu.
Par le verbe de sa raison l’homme devient le conquérant de la vie et peut triompher de la mort.
La vie entière de l’homme n’est que la parturition ou l’avortement de son verbe. Les êtres hurnains qui meurent sans avoir compris et sans avoir formulé la parole de raison, meurent sans espérance éternelle.
Pour lutter avec avantage contre le fantôme de la mort, il faut s’être identifié aux réalités de la
vie.
INTRODUCTION
i)Li’importe à Dieu un avorton ({ui meurt, puisque la vie est éternelle ?
Qu’importe à la nature une déraison qui périt, puisque la raison toujours vivante conserve les clefs de la vie ?
I.a force terrible et juste qui tue éternellement les avortons a été nommée, par les Hébreux,
Samaël.} par les Orientaux, Satan; et par les Latins, Lucifer.
Le Lucifer de la cabale n’est pas un ange maudit et foudroyé, c’est l’ange qui éclaire et qui régénère en brûlant ; il est aux anges de paix ce que la comète est aux paisibles étoiles des constellations du printemps.
L’étoile fixe est belle, radieuse et calme; elle boit les célestes arômes et regarde ses sœurs avec amour; revêtue de sa robe splendide et le front paré de diamants, elle sourit en chantant son cantique du matin et du soir; elle jouit d’un repos éternel que rien ne saurait troubler, et elle marche solennellement sans sortir du rang qui lui est assigné parmi les sentinelles de la lumière.
La comète errante cependant, tonte sanglante et tout échevelée, accourt des profondeurs du ciel ; elle se précipite à travers les sphères paisibles,
RITUEL UK LA HAUTE MAUIE.
comme un char de guerre entre les rangs d’une procession de vestales; elle ose affronter le glaive brûlant des gardiens du soleil, et, comme une épouse éperdue qui cherche l’époux rêvé par ses nuits veuves, elle pénètre jusque dans le tabernacle du roi des jours, puis elle s’échappe, exhalant les feux qui la dévorent et traînant après elle un long incendie; les étoiles pâlissent à son approche, les troupeaux constellés qui paissent des fleurs de lumière dans les vastes campagnes du ciel, semblent fuir son souffle terrible. Le grand conseil des astres est assemblé, et la consternation est universelle : la plus belle des étoiles fixes est chargée enfin de parler au nom de tout le ciel , et de proposer la paix à la courrière vagabonde.
Ma sœur, lui dit-elle, pourquoi troubles-tu l’harmonie de nos sphères? quel mal t’avons-nous fait, et pourquoi, au lieu d’errer au hasard, ne te fixes-tu pas comme nous à ton rang dans la cour du soleil? Pourquoi ne viens-tu pas chanter avec nous l’hymne du soir, parée comme nous d’une robe blanche, qui se rattache sur la poitrine par une agrafe de diamant? pourquoi laisses-tu flotter, à travers les vapeurs de la nuit, ta chevelure qui ruis.selle d’une sueur de feu? Oh! situ prenais
INTRODUCTION
une place parmi les filles du ciel, combien lu paraîtrais plus belle ! Ton visage ne serait plus enflammé par la fatigue de tes courses inouïes; tes yeux seraient purs, et ton visage souriant serait blanc et vermeil comme celui de tes heureuses sœurs; tous les astres te connaîtraient, et, loin de craindre ton passage, ils se réjouiraient à ton approche ; car tu serais unie à nous par les liens indestructibles de rharmonie universelle, et ton existence paisible ne serait cpi’une voix de plus dans le cantique dé l’amour infini.
Et la comète répond à l'étoile fixe :
Ne crois pas, ô ma sœur! que je puisse errer à l’aventure et troubler l’harmonie des sphères; Dieu m’a tracé mou chemin comme à toi, et si ma course te paraît incertaine et vagabonde, c’est que tes rayons ne sauraient s’étendre assez loin pour embrasser le contour de l’ellipse qui m’a été donnée pour carrière. Ma chevelure enflammée est le fanal de Dieu ; je suis la messagère des soleils, et je me retrempe dans leurs feux pour les partager sur ma route aux jeunes mondes qui n’ont pas encore assez de chaleur, et aux astres vieillissants qui ont froid dans leur solitude. Si je me fatigue dans mes longs voyages, si je suis d’une beauté moins douce
RlTUliL DE LA HAUTE MA(ilE.
que la liemie, si ma parure est moins virginale, je n’en suis pas moins, comme toi , une noble fille du ciel. Laissez-moi le secret de ma destinée terrible, laissez-moi répouvante qui m’environne, maudissez-moi si vous ne pouvez me comprendre ; je n’en accomplirai pas moins l’œuvre qui m’est imposée, et je continuerai ma course sous l’impulsion du souffle de Dieu ! Heureuses les étoiles qui se reposentet qui brillent comme de jeunes reines dans la société paisible des univers ! Moi, je suis la proscrite qui voyage toujours et qui ai l’infini pour patrie. On m’accuse d’incendier les planètes que je réchauffe, et d’effrayer les astres que j’éclaire ; on me reproche de troubler l’harmonie des univers parce que je ne tourne pas autour de leurs centres particuliers, et que je les rattache les uns aux autres en fixant mes regards vers le centre unique de tous les soleils. Sois donc rassurée, belle étoile fixe, je ne veux pas t’appauvrir de ta lumière paisible; je m’épuiserai au contraire, pour toi, de ma vie et de ma chaleur. Je puis disparaître du ciel quand je me serai consumée; mon sort aura été assez beau ! Sachez que dans le temple de Dieu brillent des feux différents, qui tous lui rendent gloire ; vous êtes la lumière des chandeliers d’or, et
INTRODUCTION
moi la llannnc du sacrifice : accomplissons nos destinées.
En achevant ces paroles, la comète secoue sa chevelure, se couvre de son bouclier ardent, et se plonge dans les espaces infinis où elle semble disparaître pour toujours.
C’est ainsi qu’apparaît et disparaît Satan dans les récits allégoriques de la Bible.
Un jour, dit le livre de Joh, les fils de Dieu étaient venus pour se tenir en la présence du Seigneur, et parmi eux se trouva aussi Satan.
A qui le Seigneur dit : D’où viens-tu ?
Et lui répondit : J’ai fait le tour de la terre et je l’ai parcourue.
Voici comment un évangile gnostique, retrouvé en Orient par un savant voyageur de nos amis, explique, au profit du symbolique Lucifer, la genèse de la lumière
« La vérité qui se connaît est la pensée vivante. La vérité est la pensée qui est en elle -même; et la pensée formulée, c’est la parole. Lorsque la pensée éternelle a cherché une forme, elle a dit : « Que la lumière soit. >>
Or, cette pensée qui parle, c’est le Verbe ; et le Verbe dit: « Que la lumière soit, parce que
JO
le Verbe lui-même est la lumière des esprits. »
La lumière incréée, qui est le Verbe divin, rayonne parce qu’elle veut être vue ; et lorsqu’elle dit : « Que la lumière soit ! » elle commande à des yeux de s’ouvrir; elle crée des intelligences.
Et lorsque Dieu a dit : « Que la lumière soit ! » rintelligence a été faite et la lumière a paru.
Or, l’Intelligence que Dieu avait épanchée du souffle de sa bouche, comme une étoile détachée du soleil, prit la forme d’un ange splendide et le ciel le salua du nom de Lucifer.
L’Intelligence s’éveilla et se comprit tout entière en entendant cette parole du Verbe divin : r Que la lumière soit ! »
Elle se sentit libre, parce que Dieu lui avait commandé d’être; et elle répondit, en relevant la tête et en étendant ses ailes :
— : Je ne serai pas la servitude !
— Tu seras donc la douleur ? lui dit la voix incréée.
— Je serai la Liberté! répondit la lumière.
— L’orgueil te séduira, reprit la voix suprême , et tu enfanteras la mort.
— J’ai besoin de lutter contre la mort pour conquérir la vie, dit encore la lumière créée.
INTRODUCTION
Dieu alors détacha de son sein le fil de splendeur qui retenait l’ange superbe, ^et en le regardant s’élancer dans la nuit qu’il sillonnait de gloire, il aima l’enfant de sa pensée, et souriant d’un ineffable sourire, il se dit à lui-même : « Que la lumière était belle ! »
Dieu n’a pas créé la douleur ; c’est l’Intelligence qui l’a acceptée pour être, libre.
Et la douleur a été la condition imposée à l’être libre, par celui qui, seul, rie peut se tromper, parce qu’il est infini.
Car l’essence de l’intelligence, c’est le jugement ; et l’essence du jugement, c’est la liberté.
L’œil ne possède réellement la lumière que par la faculté de se fermer ou de s’ouvrir.
S’il était forcé d’être toujours ouvert, il serait l’esclave et la victime de la lumière ; et, pour fuir ce supplice, il cesserait de voir.
Ainsi, l’Intelligence créée n’est heureuse d’affirmer Dieu, que par la liberté qu’elle a de nier Dieu.
Or, l’Intelligence qui nie, affirme toujours quelque chose, puisqu’elle affirme sa liberté.
C’est pourquoi le blasphème glorifie Dieu; et c’est pourquoi l’enfer était nécessaire au bonheur du ciel.
lirnjlîL DK LA, IIAUTK MAGIK.
Si la liiuiièro n’était pas repoussée par l’omljre, il n’y aurait pas de t'ormes visibles.
Si le premier des Ranges n’avait pas affronté les profondeurs de la nuit, l’enfantement de Dieu n’eût pas été complet et la lumière créée n’eût pu se séparer de la lumière par essence.
Jamais l’Intelligence n’aurait su combien Dieu est bon, si jamais elle ne l’avait perdu !
Jamais l’amour infini de Dieu n’eût éclaté dans les joies de sa miséricorcte, si l’enfant prodigue du ciel fût resté dans la maison de son père.
Quand tout était lumière, lalumière n’était nulle part, elle remplissait dans le sein de Dieu qui était en travail pour l’enfanter.
Et lorsqu’il dit : «Que la lumière soit! » il permit à la nuit de repousser la lumière, et l’imivers sortit du chaos.
La négation de l’ange qui, en naissant, refusa d’être esclave, constitua l’équilibre du monde, et le mouvement des sphères commença.
Et les espaces infinis admirèrent cet amour de la liberté, assez immense pour remplir le vide de la nuit éternelle, et assez fort pour porter la haine de Dieu.
Mais Dieu ne pouvait haïr le plus noble de ses
!NTROnUCT[ON.
enfants, et il ne l’éprouvait par sa colère que pour le confirmer dans sa puissance.
Aussi le Verbe de Dieu lui-même, comme s’il eût été jaloux de Lucifer, -voulut-il aussi descendre du ciel et traverser triomphalement les ombres de l’enfer.
Il voulut être proscrit et condamné; et il médita d’avance l’heure terrible où il crierait, à l’extrémité de son supplice : « Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné? »
Comme l’étoile du matin précède le soleil, l’insurrection de Lucifer annonça à la nature naissante la prochaine incarnation de Dieu.
Peut-être Lucifer, en tombant dans la nuit, entraîna-t-il une pluie de soleils et d’étoiles par l’attraction de sa gloire !
Peut-être notre soleil est-il un démon parmi les astres, comme Lucifer est un astre parmi les anges.
C’est pourquoi, sans doute, il reste calme en éclairant les horribles angoisses de l’humanité et la lente agonie de la terre, parce qu’il est libre dans sa solitude et qu’il possède sa lumière.
Telles étaient les tendances des hérésiarques des premiers siècles. Les uns, comme les Ophites,
adoraient le démon sous la figure du serpent; d’autres, comme les Caïnites, justifiaient la révolte du premier des anges comme celle du premier des meurtriers. Toutes gcs erreurs, toutes ces ombres, toutes ces idoles monstrueuses de l’anarchie que rinde oppose dans ses symboles à la magique trimourti, avaient retrouvé dans le christianisme des prêtres et des adorateurs.
Nulle part il n’est parlé du démon dans laCenèse. C’est un serpent allégorique qui trompe nos premiers parents. Voici ce que la' plupart des traducteurs font dire au texte sacré :
« Or, le serpent était plus subtil qu’aucune bête » du champ que le Seigneur Dieu eût faite. »
Et voici ce que dit Moïse :
: £Z3>nSx îzDiny ,
Wha-Nahàsh haîah hâroum mi-chol hàîath hci-shadeli asher ’hâshah Jhôah Ælohîm.
C’est-à-dire en français, suivant Fabre d’Olivet :
« Or, l’attract originel (la cupidité) était la pas- « sion entraînante de toute vie élémentaire (le » ressort intérieur) de la nature, ouvrage de Jhôah , » l’Être des êtres. »
INTRODUCTION
Mais ici, Fabre d’Olivet est à côté de la véritable interprétation, parce qu’il ignorait les grandes clefs de la cabale. Le mot Nahasch, expliqué par les lettres symboliques du Tarot, signifie rigoureusement :
Ih 2 N un. — La force qui produit les mélanges.
5 n He. — Le récipient et le producteur passif des formes.
21 V Scfiin. — Le feu naturel et central équilibré par la double polarisation.
Le mot employé par Moïse, lu cabalistiqiiement, nous donne donc la description et la définition de cet agent magique, universel, figuré dans toutes les théogonies par le serpent et auquel les Hébreux donnaient aussi le nom d’Oo, quand il manifeste sa force active ; le nom d’Os, quand il laisse apparaître sa force passive , et celui d’AouR, quand il se révèle tout entier dans sa puissance équilibrée, productrice de la lumière dans le ciel et de l’or parmi les métaux.
C’est donc là cet ancien serpent qui enveloppe le monde et qui apaise sa tête dévorante sous le
pied d’imc Vierge, figure de l'iiiiliatioii ; de celle Vierge, qui présente un petit enfant nouveau-né à l’adoration des rois mages et reçoit d’eux, en échange de cette faveur, de l’or, de la myrrhe et
de l’encens.
Le dogme sert ainsi dans toutes les religions hiératiques à voiler le secret des forces de la nature dont peut disposer l’initié, les formules religieuses sont les résumés de ces paroles pleines de mystère et de puissances qui font descendre les dieux du ciel et les soumettent à la volonté des hommes. La Judée en a emprunté les secrets à l’Égypte, la Grèce envoya ses hiérophantes et plus lard ses théosophes à l’école des grands prophètes ; la Rome des Césars minée par l’initiation chrétienne des catacombes s’écroula un jour dans l’Église et l’on refit un symbolisme avec les débris de tous les cultes qu’avait soumis la reine du monde.
Selon le récit de l’Évangile, l’inscription par laquelle était déclarée la royauté spirituelle du Christ était écrite en hébreu, en grec et en latin ; c’était l’expression de la synthèse universelle.
L’hellénisme, en effet, cette grande et belle religion de la forme, n’avait pas moins annoncé la venue du Sauveur que les prophètes du judaïsme ;
INTRODUCTION
la fiihle do Psyché est une abstraction plus que chrétienne, et le culte des panthées, en réhabilitant Socrate, préparait les autels à cette unité de Dieu, dont Israël avait été le mystérieux conservateur.
Mais la synagogue renia son Messie, et les lettres hébraïques furent effacées, du moins aux yeux aveuglés des juifs.
Les persécuteurs romains déshonorèrent l’hellénisme, que ne put réhabiliterla fause modération de Julien le philosophe, surnommé peut-être injustement l’Apostat, puisque son christianisme n’avait jamais été sincère. L’ignorance du moyen âge vint ensuite opposer les .saints et les vierges aux dieux, aux déesses et aux nymphes ; le sens profond des symboles helléniques fut plus incompris que jamais ; la Grèce elle-même, non-seulement perdit les traditions de son ancien culte, mais elle se sépara de l’Église latine; et ainsi, pour les yeux latins, les lettres grecques furent effacées, comme les lettres latines disparurent aux yeux des Grecs.
Ainsi, l’inscription de la croix du Sauveur disparut entièrement, et il n’y resta plus que des initiales mystérieuses.
Mais, lorsque la science et la philosophie, réconciliées avec la foi, réuniront en un seul tous les
T. II
clilïerents symboles, alors toutes les magnificences des cultes antiques refleuriront dans la mémoire des hommes, en proclamant le progrès de l’esprit humain dans l’intuition de la lumière de Dieu ;
Mais de tous les progrès le plus grand sera celui qui, remettant les clefs de la nature entre les mains de la science, enchaînera pour jamais le hideux fantôme de Satan et en expliquant tous les phénomènes exceptionnels de la nature, détruira l’empire de la superstition et de la sotte crédulité.
C’est à l’acomplissement de ce progrès que nous avons consacré notre vie et que nous passons nos années dans les recherches les plus laborieuses et
les plus difficiles. Nous voulons affranchir les autels
en renversant les idoles, nous voulons que l’homme d’intelligence redevienne le prêtre et le roi de la nature et nous voulons conserver en les expliquant toutes les images du sanctuaire universel.
Les prophètes ont parlé en paraboles et en images, parce que le langage abstrait leur a manqué, et parce que la perception prophétique, étant le sentiment de l’harmonie ou des analogies universelles, se traduit naturellement par des images.
Ces images, prises matériellement par le vul-
INTRODUCTION
gaire, sont devenues des idoles ou des mystères impénétrables.
L’ensemble et la succession de ces images et de ces mystères sont ce qu’on appelle le symbolisme. ^
Le symbolisme vient donc de Dieu, quoiqu’il soit formulé par les hommes.
La révélation a accompagné l’humanité dans tous ses âges, et elle s’est transfigurée avec le génie humain; mais elle a toujours exprimé la même vérité.
La vraie religion est une , et ses dogmes sont simples et à la portée de tous.
Toutefois, la multiplicité des symboles n’a été qu’un livre de poésie nécessaire à l’éducation du génie humain.
L’harmonie des beautés extérieures et la poésie de la forme devaient révéler Dieu à l’enfance humaine; mais Vénus eut bientôt Psyché pour rivale, et Psyché séduisit l’Amour.
C’est ainsi que le culte de la forme devait céder à ces rêves ambitieux de l’âme qu’embellissait déjà l’éloquente sagesse de Platon.
La venue du Christ était ainsi préparée, et c’est pourquoi elle était attendue ; il vint parce que le
HO
monde Tatlendait, et la philosophie se transforma en croyance pour se populariser.
Mais, affranchi par cette croyance même, Fesprit humain protesta bientôt contre l’école qui voulait en matérialiser les signes, et l’œuvre du catholicisme romain fut uniquement de préparer à .son insu l’émancipation des consciences, et de jeter les bases de l’association universelle.
Toutes ces choses ne furent que le développement régulier et normal de la vie divine dans l’humanité ; car Dieu est la grande âme de toutes les âmes, il est le centre immuable autour duquel gravitent toutes les intelligences, comme une poussière d’étoiles.
L’intelligence humaine a eu son matin ; son plein midi viendra, puis ensuite son déclin, et Dieu .sera toujours le même.
Mais il semble aux habitants de la terre que le soleil se lève jeune et timide, qu’il brille au milieu du jour dans toute sa force, et qu’il se couche fatigué le soir.
C’est pourtant la terre qui tourne, et le soleil est immobile.
Ayant donc foi dans le progrès huipain et dans la stabilité de Dieu, l’bomme libre respecte la reli-
INTRODUCTION
gion dans ses Ibrnies passées, et ne blasphémerait pas plus Jupiter que Jéhova; il salue encore avec amour la rayonnante image de l’Apollon Pythien, et lui trouve une ressemblance fraternelle avec le visage glorieux du Rédempteur ressuscité.
Il croit à la grande mission de la hiérarchie catholique, et se plaît à voir les pontifes du moyen âge opposer la religion pour digue au pouvoir absolu des rois ; mais il proteste avec les siècles révolutionnaires contre l’asservissement de la conscience que voulaient emprisonner les clefs pontificales : il est plus protestant que Luther, car il ne croit pas même à l’infaillibilité de la confession d’Augsbourg et plus catholique que le pape, car il n’a pas peur que l’imité religieuse soit brisée par la malveillance des cours.
Il se confie à Dieu plus qu’à la politique de Rome pour le salut de l’idée unitaire j il respecte la vieillesse de l’Église; mais il ne craint pas qu’elle meure; il sait que sa mort apparente sera une transfiguration et une assomption glorieuse.
L'auteur de ce livre fait un nouvel appel aux mages de l’Orient pour qu’ils viennent reconnaître encore une fois le Maitre divin dont ils ont salué le berceau , le grand initiateur de tous les âges.
Tous ses emieinis sont tombés; tous ceux qui le condamnaient sont morts; ceux qui le persécutaient sont couchés pour toujours, et lui, il est toujours debout!
Les hommes d’envie se sont coalisés contre lui, ils se sont accordés sur un seul point; les hommes de division se sont unis pour le détruire, ils se sont faits rois, et ils l’ont proscrit ; ils se sont faits hypocrites, et ils l’ont accusé; ils se sont faits juges, et ils lui ont lu sa sentence de mort ; ils se sont faits bourreaux, et ils l’ont exécuté; ils lui ont fait boire la ciguë, ils l’ont crucifié, ils l’ont lapidé, ils l’ont brûlé et ont jeté ses cendres au vent; puis ils ont rugi d’épouvante: il était debout devant eux, les accusant par ses blessures, et les foudroyant par l’éclat de ses cicatrices.
On croit l’égorger au berceau à Bethléem, il est vivant en Égypte! On le traîne sur la montagne pour le précipiter ; la foule de ses assassins l’entoure et triomphe déjà de sa perte certaine : un cri se fait entendre ; n’est-ce pas lui qui vient de se briser sur les rochers du précipice ? Ils pâlissent et ils se regardent ; mais lui, calme et souriant de pitié, il passe au milieu d’eux et s’en va.
Voici une autre montagne qu’ils viennent de
INTRODUCTION
teindre de son sang; voici une croix et un sépulcre ; des soldats gardent son tombeau. Insensés ! le tombeau est vide, et celui qu’ils croyaient mort, chemine paisiblement, entre deux voyageurs, sur la route d’Emmaüs.
Où est-il ? où va-t-il ? Avertissez les maîtres de la terre ! dites aux césars que leur puissance est menacée! Par qui? Par un pauvre qui n’a pas une pierre où reposer sa tête, par un homme du peuple condamné à la mort des esclaves. Quelle insulte ou quelle folie ! n’importe, les césars vont déployer toute leur puissance : de sanglants édits proscrivent le fugitif, partout des échafauds s’élèvent , des cirques s’ouvrent tout garnis de lions et de gladiateurs, des bûchers s’allument, des torrents de sang ont coulé, et les césars, qui se crêient victorieux, osent ajouter un nom à ceux dont ils rehaussent leurs trophées, puis ils meurent, et leur apothéose déshonore les dieux qu’ils ont cru défendre. La haine du monde confond, dans un même mépris, Jupiter et Néron; les temples, dont l’adulation a fait des tombeaux, sont renversés sur des cendres proscrites, et sur les débris des idoles, sur les ruines de l’empire , lui seul, celui que proscrivaient les césars, celui que poursuivaient tant de
n RITUEL OL LA HAUTE MA(iIE.
satellites, celui que torturaient tant de bourreaux, luiseul est débout, lui seul règne, lui seul triomphe !
Cependant ses disciples mômes abusent bientôt de son nom, l’orgueil envahit le sanctuaire; ceux qui devaient annoncer sa résurrection, veulent immortaliser sa mort, afin de se repaître, comme des corbeaux, de sa chair toujours renaissante. Au lieu de l’imiter dans son sacrifice et de donner leur sang pour leurs enfants dans la foi, ils l’enchaînent sur le Vatican, comme sur un nouveau Caucase, et se font les vautours de ce divin Prométhée. Mais que lui importe leur mauvais rêve ? Ils n’ont enchaîné que son image; pour lui, il est toujours debout, et il marche d’exil en exil et de conquête en conquête.
C’est qu’on peut enchaîner un homme, mais on ne retient pas captif le Verbe de Dieu. La parole est libre et rien ne peut la comprimer. Cette parole vivante est la condamnation des méchants, et c’est pourquoi ils voudraient la faire mourir ; mais ce sont eux enfin qui meurent, et la parole de vérité reste pour juger leur mémoire!
Orphée a pu être déchiré par les bacchantes, Socrate a bu la coupe de poison, Jésus et ses apôtres ont péri du dernier supplice, Jean Hus, Jérome de
INTRODUCTION
Pragues et tant d’autres ont été brûlés, la Saint- Barthélemy et les massacres de septembre ont fait tour à tour des martyrs ; l’empereur de Russie a encore à sa disposition des cosaques, des knouts et les désèrts de la Sibérie *,. mais l’esprit d'Orphée, de Socrate, de Jésus et de tous les martyrs restera toujours vivant au milieu des persécuteurs morts à leur tour ; il reste debout au milieu des institutions qui tombent et des empires qui se renversent !
C’est cet esprit divin, l’esprit du Fils unique de Dieu, que saint Jean représente, dans son Apocalypse debout, au milieu des chandeliers d’or, parce qu’il est le centre de toutes les lumières, tenant sept étoiles dans sa main, comme la semence de tout un ciel nouveau, et faisant descendre sa parole sur la terre sous la figure d’une épée à deux tranchants.
Quand les sages découragés s’endorment dans la nuit du doute, l’esprit du Christ est debout et il veille.
Quand les peuples, las du travail qui délivre, se couchent et s’assoupissent sur leurs fers, l’esprit du Christ est débout et il proteste, i Quand les sectateurs aveugles des religions devenues stériles, se prosternent dans la poussière
des vieux temples et rampent servilement dans une crainte superstitieuse, l’esprit du Christ reste debout et il prie.
Quand les forts s’affaiblissent, quand les vertus se corrompent , quand tout se plie et s’amoindrit pour chercher une vile pâture, l’esprit du Christ reste debout en regardant le ciel et il attend l’heure de son Père.
Christ veut dire prêtre et roi par excellence.
Le Christ initiateur des temps modernes est venu pour former par la science et surtout par la charité de nouveaux rois et de nouveaux prêtres.
Les anciens mages étaient des prêtres et des rois.
La venue du Sauveur avait été annoncée aux anciens mages par une étoile.
Cette étoile, c’était le pentagramme magique qui porte à chacune de ses pointes une lettre sacrée.
Cette étoile est la figure de l’intelligence qui régit, par l’unité de force, les quatre puissances élémentaires.
C’est le pentagramme des mages.
C’est l’étoile flamboyante des enfants d’Hiram.
C’est le prototype de la lumière équilibrée, vers
INTRODUCTION
chacune de ses pointes un trait de lumière remonte.
De chacune de ses pointes un trait de lumière descend.
Cette étoile représente le grand et suprême athanor de nature qui est le corps de l’homme.
L’influence magnétique part en deux rayons de la tête, de chaque main et de chaque pied.
Le rayon positif est équilibré par un rayon négatif.
La tête correspond avec les deux pieds, chaque main avec une main et un pied, les deux pieds chacun avec la tête et une main.
Ce signe régulier de la lumière équilibrée représente l’esprit d’ordre et d’harmonie.
C’est le signe de la toute-puissance du mage.
Aussi ce même signe, brisé ou irrégulièrement tracé, représente-t-il l’ivresse astrale, les projections anormales et déréglées du grand agent magique, par conséquent les envoûtements, la perversité, la folie, et c’est ce que les magistes nomment la signature de Lucifer.
Il existe une autre signature qui représente aussi les mystères de la lumière ;
C’est la signature de Salomon.
Les talisnitans de Salomon portaient, d’mi C(Mé, l’empreinte de son sceau dont nous avons donné la figure dans notre Dogme (1).
De l’autre côté était la signature dont voici la forme :
Cette figure est la théorie hiéroglyphique de la composition des aimants et représente la loi circulatoire de la foudre.
On enchaîne les esprits déréglés en leur inon-
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INTRODUCTION
traiit; soit l’étoile flamboyante du pentagramme, soit la signature de Salomon, parce qu’on leur fait voir ainsi la preuve de leur folie en même temps qu’on les menace d’une puissance souveraine capable de les tourmenter en les rappelant à l’ordre.
Rien ne tourmente les méchants comme le bien.
Rien n’est aussi odieux à la folie que la raison.
Mais si un opérateur ignorant se sert de ces signes sans les connaître,
C’esf un aveugle qui parle de lumière aux aveugles ;
C’est un âne qui veut apprendre à lire aux enfants.
Si l’aveugle conduit l’aveugle, a dit le grand et divin Hiérophante, ils tombent tous deux dans la fosse.
Un dernier mot pour résumer toute cette introduction.
Si vous êtes aveugle comme Samson lorsque vous secouez les colonnes du temple, les ruines vous écraseront.
Pour commander à la nature, il faut s’être fait supérieur à la nature par la résistance ét-ses entraînements.
Si votre esprit est parfaitement libre de tout préjugé, de toute superstition et de toute incrédulité, vous commanderez aux esprits.
Si vous n’obéissez pas aux forces fatales, les forces fatales vous obéiront.
Si vous êtes sage comme Salomon, vous ferez les œuvres de Salomon.
Si vous êtes saint comme le Christ, vous ferez les œuvres du Christ.
Pour diriger les courants de la lumière mobile, il faut être fixé dans une lumière immobile.
Pour commander aux éléments, il faut avoir dompté leurs ouragans, leurs foudres, leurs abîmes et leurs tempêtes.
Il faut SAVOIR pour oser.
Il faut OSER pour vouloir.
Il faut VOULOIR pour avoir l’Empire.
Et pour régner, il faut se taire.