I-A SCIENCIÎ DlîS PROPHÈTES
vaisos habitudes; il se croit philosophe à la manière d’Aristippe ou d’Horace en acceptant toute la corruption de son siècle comme une nécessité qu’il doit subir; puis il se distrait avec quelque passetemps philosophique, et se donne volontiers le sourire protecteur de Mécène, pour se persuader qu’il n’est pas tout simplement un exploiteur de la famine en complicité avec Verrès ou un complaisant de Trimalcion.
De pareils hommes sont toujours exploiteurs, même lorsqu’ils font de bonnes œuvres. Ont-ils résolu de faire un don à l’assistance publique, Is ajournent leur bienfait pour en retenir l’escompte. Ce type, sur lequel je m’appesantis à dessein, n’est pas celui d’un particulier : c’est celui de toute une classe d’hommes, avec lesquels le mage est exposé, surtout dans notre siècle, à se trouver souvent en rapport. Qu’il se tienne dans la défiance dont euxmêmes lui donneront l’exemple, car il trouvera toujours en eux ses amis les plus compromettants et ses plus dangereux ennemis.
L’exercice public de la divination ne saurait, à notre époque, convenir au caractère d’un véritable adepte, car il serait souvent obligé de recourrir à la jonglerie et aux tours d’adresse pour conserver
ÎM8 RlTllEI. DE l.A HAUTE MAGIE.
sa clientèle et émerveiller son public. Les devins et les devineresses accrédités ont toujours une police secrète qui les instruit de certaines choses relatives à la vie intime ou aux habitudes des consultants. Une télégraphie de signaux est établie entre l’antichambre et le cabinet ; on donne un numéro au client qu’on ne connaît pas et qui vient pour la première fois ; on lui indique un jour et on le fait suivre; on fait causer les portières, les voisines et les domestiques, et l’on arrive ainsi à ces détails qui bouleversent l’esprit des simples et leur donnent pour un charlatan l’estime qu’il faudrait réserver à la science sincère et à la divination consciencieuse.
La divination des événements à venir n’est possible que pour ceux dont la réalisation est déjà en quelque sorte contenue dans leur cause. L’âme, en regardant par l’appareil nerveux tout entier dans le cercle de la lumière astrale qui influence un homme et reçoit une influence de lui, l’âme du divinateur, disons-nous, peut embrasser dans une seule intuition tout ce que cet homme a soulevé autour de lui d’amours ou de haines; elle peut lire ses intentions dans sa pensée, prévoir les obstacles qu’il va rencontrer sur son chemin, la mort vio-
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I lente peut-être qui l’attend ; mais elle ne peut pré- ' voir ses déterminations privées, volontaires, capriicieuses, de l’instant qui suivra la consultation, à I moins que la ruse du devin ne prépare elle-même I l’accomplissement de la prophétie. Exemple: vous dites à une femme sur le retour et qui désire un I mari : Vous irez ce soir ou demain soir à tel spectacle, et vous y verrez un homme^^ui vous plaira.
' Cette homme ne sortira pas sans vous avoir remarquée, et, par un concours bizarre de circonstances, il en résultera plus tard un mariage. Vous pouvez être sûr que, toute affaire cessante, la dame ira au spectacle indiqué, y verra un homme dont elle se croira remarquée, et espérera un prochain mariage. Si le mariage ne se fait pas, elle ne s’en prendra pas à vous, car elle ne voudra pas perdre l’espoir d’une nouvelle illusion, et elle reviendra, au contraire, assidûment vous consulter.
Nous avons dit que la lumière astrale est le grand livre de la divination ; ceux qui ont l’aptitude pour lire dans ce livre l’ont naturellement ou l’ont acquise. Il y a donc deux classes de voyants, les instinctifs et les initiés. C’est pour cela que les enfants, les ignorants, les bergers, les idiots mêmes, ont plus de dispositions à la divination naturelle que les sa-
vanis el les penseurs. David, simple pasteur, était prophète comme l’a été depuis Salomon, le roi des cabalistes et des mages. Les aperçus de l’instinct sont souvent aussi sûrs que ceux de la science ; les moins clairvoyants en lumière astrale sont ceux qui raisonnent le plus.
Le somnambulisme est un état d’instinct pur: aussi les somnambules ont-ils besoin d’ètre dirigés par un voyant de la science ; les sceptiques et les raisonneurs ne peuvent que les égarer.
La vision divinatrice ne s’opère que dans l’état d’extase, et pour arriver à cet état il faut rendre le doute et l’illusion impossibles en enchaînant ou en endormant la pensée.
Les instruments de divination ne sont donc que des moyens de se magnétiser soi-même et de se distraire de la lumière extérieure pour se rendre uniquement attentif à la lumière intérieure. C’est pour cela qu’ Apollonius s’enveloppait tout entier dans un manteau de laine, et fixait, dans l’obscurité, ses regards sur son ombilic. Le miroir magique de Du Potet est un moyen analogue à celui d’Apollonius. L’hydromancie et la vision dans l’ongle du pouce bien égalisé et noirci sont des variétés de miroir magique. Les parfums et les
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évocations assoupissent la pensée ; l’eau ou la couleur noire absorbe les rayons visuels : il se produit alors un éblouissement, un vertige, qui est suivi de la lucidité dans les sujets qui ont pour cela une aptitude naturelle ou qui sont convenablement disposés.
La géomancie et la cartomancie sont d’autres moyens pour arriver aux mêmes fins ; les combiliaisons des symboles et des nombres, étant tout à la fois fortuites et nécessaires, donnent une image .assez vraie des chances de la destinée pour que rimagination puisse voir les réalités à l’occasion des symboles. Plus l’intérêt est excité, plus le désir de voir est grand, plus la confiance dans l’intuitiori est complète, et plus aussi la vision est claire. Jeter au hasard des points de géomancie ou tirei* les cartes à la légère, c’est jouer comme les enfants qui tirent à la plus belle lettre. Les sorts ne sont des oracles que lorsqu’ils sont magnétisés par l’intelligence et dirigés par la foi.
De tous les oracles, le Tarot est le plus surprenant dans ses réponses, parce que toutes les combinaisons possibles de cette clef universelle de la cabale donnent pour solutions des oracles de science et de vérité. Le Tarot était le livre unique des an-
T. II
o'22 RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
ciens mages; c’est la Bible [irimitive, comme nous le prouverons dans le chapitre suivant, et les anciens le consultaient, comme les premiers chrétiens consultèrent plus tard les Sorts des saints, c’està-dire des versets de la Bible tirés au hasard et déterminés par la pensée d’un nombre.
Mademoiselle Lenormand , la plus célèbre de nos devineresses modernes, ignorait la science du Tarot , ou ne le connaissait guère que d’après Eteilla, dont les explications sont des obscurités jetées sur la lumière. Elle ne savait ni la haute magie, ni la Cabale, et avait la tête farcie d’une érudition mal digérée; mais elle était intuitive par instinct, et cet instinct la trompait rarement. Les ouvrages qu’elles a laissés sont un galimatias légitimiste émaillé de citations classiques; mais ses oracles inspirés par la présence et par le magnétisme des consultants, avaient souvent de quoi surprendre. C’était une femme chez qui l’enflure de l’imagination et la divagation de l’esprit se substituèrent toujours aux affections naturelles de son sexe. Elle a vécu et est morte vierge, comme les anciennes druidesses de l’île de Savne.
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Si la nature l’eût douée d^ quelque beauté, elle eût facilement. des époques plus reculées, joué
LA SCIENCE DES PROPHÈTES. 323
dans les Gaules le rôle d’une Mélusine ou d’une Yelléda.
Plus on emploie de cérémonies dans l’exercice de la divination, plus on excite l’imagination de ses consultants et la sienne. La conjuration des quatre, la prière de Salomon, l’épée magique pour écarter les fantômes, peuvent alors être employées avec succès ; on doit aussi évoquer le génie du jour et de l’heure où l’on opère et lui olfrir son parfum spécial; puis on se met en rapport magnétique et intuitif avec la personne qui consulte, en lui demandant quel animal lui est sympathique et quel autre lui est antipathique, quelle fleur elle aime et quelle couleur elle préfère Les fleurs, les couleurs et les animaux se rapportent en classification analogique aux sept génies de la cabale. Ceux qui aiment le bleu sont id^dtstes et rêveurs ; ceux qui aiment le rouge, matérialistes et colères ; ceux qui aiment le jaune, fantastiques et capricieux ; les amateurs du vert ont souvent un caractère mercantile ou rusé ; les amis du noir sont intluencés par Saturne; le rose est la couleur de Vénus, etc. Ceux qui aiment le cheval sont laborieux, nobles de caractère, et pourtant flexibles et dociles ; les amis du chien sont aimants et fidèles ;
RlTUlil. DK J. A IIAU'l'K MA(;iK.
ceux du chat sont iudép(3iulaiits et liherlius. Les personnes franches ont peur surtout des araignées ; les âmes fières sont antipathiques au serpent; les personnes probes et délicates ne peuvent souffrir les rats et les souris ; les voluptueux ont en horreur le crapaud, parce qu’il est froid, solitaire, hideux et triste. Les fleurs ont des sympathies analogues à celles des animaux et des couleurs, et comme la magie est la science des analogies universelles, un seul goût, une seule disposition d’une personne, fait deviner toutes les autres. C’est une application aux phénomènes de Tordre moral de Taiiatomie analogique de Cuvier.
La physionomie du visage et du corps, les rides du front, les lignes de la main, fournissent également aux magistes des indices précieux. La métoposcopie et lachiromanciesontdevenuesdessciences à part, dont les observations, risquées et purement conjecturales, ont été comparées, discutées, puis réunies en un corps de doctrine par Goglenius, Belot, Romphile, ïndagine et Taisnier. L’ouvrage de ce dernier est le plus considérable et le plus complet; il réunit et commente les observations et
les conjectures de tous les autres.
Un observateur moderne, le chevalier d’Arpen-
LA SClliNCL DLS PROIMIÈTES. 325
tigiiy, a tlonné à la chiromancie un nouveau degré de certitude par ses remarques sur les analogies qui existent réellement entre les caractères des personnes et la forme, soit totale, soit détaillée, de leurs mains. Cette science nouvelle a été développée et précisée depuis par un artiste qui est en même temps un littérateur plein d’originalité et de finesse. Le disciple a surpassé le maître, et l’on cite déjà comme un véritable magicien en chiromancie raimable et spirituel Desbarrolles, run des voyageurs dont aime à s’entourer dans ses romans cosmopolites notre grand conteur Alexandre Dumas.
11 faut aussi interroger le consultant sur ses songes habituels : les songes sont les reflets de la vie, soit intérieure, soit extérieure. Les philosophes anciens y faisaient une grande attention ; les patriarches y voyaient des révélations certaines , et la plupart des révélations religieuses se sont faites en rêve. Les monstres de l’enfer sont les cauchemars du christianisme, et, comme le remarque spirituellementrauteurde Smarra, jamais le pinceau ou le ciseau ii’eût reproduit de pareilles laideurs si elles n’eussent été vues en rêve.
Jl faut se défier des pei'soiines dont l’iinaginalion reflète haljituellement des laideui’s.
Le tempéi’arnent se manifeste aussi par les songes, et comme le tempérament exei’ce sur la vie une influence continuelle, il est nécessaii'e de le bien connaître pour conjecturer avec certitude les destinées d’une personne. Les rêves de sang, de plaisir, et de lumière, sont les indices d’un tempérament sanguin ; les rêves d’eau, de boue, de pluie, de larmes, sont les résultats d’une disposition plus flegmatique; le feu nocturne, les ténèbres, les terreurs, les fantômes, appartiennent aux bilieux et aux mélancoliques.
Synésius, l’un des plus grands évêques chrétiens des premiers siècles, disciple de la belle et pure Hypathie, qui fut massacrée par des fanatiques après avoir été glorieusement la maîtresse de cette belle école d’Alexandrie, dont le christianisme devait partager l’héiâtage ; Synésius, poète lyrique comme Pindare et Calliniaque, religieux conirae Orphée , chrétien comme Spiridion de Trémithonte, a laissé un traité des songes qui a été commenté par Cardan. On ne s’occupe plus guère de nos jours de ces magnifiques recherches de l’esprit, par-
LA SCIENCE DES PROPHÈTES
coque les fanatismes successifs ont presque forcé le monde à désespérer du rationalisme scientifique et religieux. Saint Paul a brûlé Trisniégiste ; Omar a brûlé les disciples de Trisniégiste et de saint Paul. O persécuteurs! ô incendiaires! ô moqueurs! quand
donc aurez-vous fini votre œuvre de ténèbres et de destruction?
Trithème,run des plus grands magistes de la période chrétienne, abbé irréprochable d un monastère de bénédictins, théologien savant et maître
de Cornélius Agrippa, a laissé, parmi ses ouvrages inappréciés et inappréciables, un traité intitulé . De septem secundeis^ id est intelligentiis sive spiritibus orbes post Dewn moventibus . G est une clef de toutes les prophéties anciennes et nouvelles, et un moyen mathématique, historique et facile, de surpasser Isaïe et Jérémie dans la prévision de tous les grands événements à venir. L’auteur esquisse à grands traits la philosophie de Thistoire, et partage l’existence du monde entier entre les sept génies de la cabale. C’est la plus grande et la plus large interprétation qui ait jamais été faite de ces sept anges de Y Apocalypse qui apparaissent tour à tour avec des trompettes et des coupes pour répandre le verbe et la réalisation du verbe sur le monde.
lUTUiîJ. mi LA IIALITJÎ MAGIli.
Le règne de cha((ue ange est de 35/i ans et l\ mois. Le premier est Oritiel, l’ange de Saturne, ([ui a commencé son règne le 13 mars, l’an premier du monde (car le monde, suivant Tritlième, a été créé le 13 mars) : son règne a été celui de la sauvagerie et de la nuit primitive. Puis est venu l’empire d’Anaël, l’esprit de Vénus, qui a commencé le 2/| juin l’an du monde 35Zi ; alors l’amour commença à être le précepteur des hommes; il créa la famille, et la famille conduisit à l’association et à la cité primitive. Les premiers civilisateurs furent les poètes inspirés par l’amour, puis l’exaltation de la poésie produisit la religion, le fanatisme et la débauche, qui amenèrent plus tard le déluge. Et tout cela dura jusqu’à l’an du monde 708 au huitième mois, c’est-à-dire jusqu’au 25 octobre; et alors commença le règne de Zachariel, l’ange de Jupiter, sous lequel les hommes commencèrent à connaître et à se disputer la propriété des champs et des habitations. Ce fut l’époque de la fondation des villes et de la circonscription des empires; la civilisation et la guerre en furent les conséquences. Puis le besoin du commerce se fît sentir, et c’est alors que, l’an du monde 1063, le 2à février, commença le règne de Raphaël, l’ange de
LA SCIliNCli DlîS PROPHÈTES. 329
Mercure, l’aiige de la science et du verbe, l’aiige de riiitelligence et de l’industrie. Alors les lettres furent inventées. La première langue fut hiéroglyphi(jne et universelle, et le monument qui nous en reste est le livre dTIénoch, de Cadmus, de Tliot ou de Palamède, la clavicule cabalistique adoptée plus tard par Salomon, le livre mystique des ïheraphim, de rUrim et du Tliumim, la Genèse primitive du Sohar et de Guillaume Postel, la roue mystique d’Ezéchiel, le rota des cabalistes, le 'Farot des magistes et des bohémiens. Alors furent inventés les arts, et la navigation fut éssayée pour la première fois; les relations s’étendirent, les besoins se multiplièrent, et arriva bientôt, c’est-à-dire le 26 juin de l’an du monde ikil, le règne de Samaël, l’ange de Mars, époque de la corruption de tous les hommes et du déluge universel. Après une longue défaillance, le monde s’efforça de renaître sous Gabriel, l’ange de la lune, qui commença son règne le 28 mars l’an du monde 1771 : alors la famille de Noé se multiplia et repeupla toutes les parties de la terre, après la confusion de Babel, jusqu’au règne de Michaël, l’ange du soleil, qui commença le 2/i février l’an du monde 2126 ; et c’est à cette époque qu’il faut rapporter l’ori-
giiio des premières dominations, l’empire des enfants de Nemrod, la naissance des sciences et des religions sur la terre, et les premiers conflits du despotisme, et de la liberté. Trithèrne poursuit celte curieuse étude à travers les âges, et montre aux mêmes époques le retour des ruines, puis la civilisation renaissante par la poésieet par l’amour, les empires rétablis par la famille, agrandis par le commerce, détruits par la guerre, réparés par la civilisation universelle et progressive, puis absorbés par de grands empires, qui sont les synthèses de l’histoire. Le travail de Trithèrne est, à ce point de vue, plus universel et plus indépendant que celui de Bossuet, et c’est une clef absolue de la philosophie de l’histoire. Ses calculs rigoureux le conduisent jusqu’au mois de novembre de l’année 1379, époque du règne de Michaël et de la fondation d’un nouveau royaume universel. Ce royaume aura été préparé par trois siècles et demi d’angoisses et trois siècles
et demi d’espérances : époques qui coïncident précisément avec les seizième, dix-septième, dix-huitième et le demi dix-neuvième pour le crépuscule lunaire et l’espérance ; avec les quatorzième, treizième douzième et demi-onzième pour les épreuves, l’ignorance, les angoisses et les fléaux de toute
LA SCIENCE DES PROPHÈTES
nature. Nous voyons donc, d’après ce calcul, qu’en 1879, c’est-à-dire dans ans, un empire universel sera fondé et donnera la paix au monde. Cet empire sera politique et religieux; il donnera une solution à tous les problèmes agités de nos jours et durera 35à ans et h mois ; puis reviendra le règne d’Orifiel, c’est-à-dire une époque de silence et de nuit. Le prochain empire universel, étant sous le règne du soleil, appartiendra à celui qui tiendra les clefs de l’Orient, que se disputent en ce moment les princes des quatre parties du monde ; mais l’intelligence et l’action sont, dans les royaumes supérieurs, les forces qui gouvernent le soleil , et la nation qui sur la terre a maintenant l’initiative de l’intelligence et delà vie aura aussi les clefs de l’Orient et fondera le royaume universel. Peut-être aura-t-elle à subir pour cela une croix et un martyre analogues à ceux de l’homme-Dieu ; mais, morte ou vivante parmi les nations, son esprit triomphera, et tous les peuples du monde reconnaîtront et suivront dans ans l’étendard de la France victorieuse toujours ou miraculeusement ressuscitée. Telle est la prophétie deTrithème, confirmée par toutes nos prévisions et appuyée par tous nos vœux.
JUTUEL DE LA HAUTE MA(iIE.
CMAPITHK XXII.
LE LIVRE d’h EK MES.
Nous arrivons à la fin de noire œuvre, el c’est ici que nous devons en donner la clef universelle et en dire le dernier mot.
La clef universelle de? arts magiques, c’est la clef de tous les anciens dogmes refigieux, la clef de la cabale et de la Bible, la clavicule de Salomon.
Or, cette clavicule ou petite clef, qu’on croyait perdue depuis des siècles, nous l’avons retrouvée, et nous avons pu ouvrir tous les tombeaux de l’ancien monde, faire parler les morts, revoir dans toute leur splendeur les monuments du passé, comprendre les énigmes de tous les sphinx et pénétrer dans tous les sanctuaires.
L’usage de cette clef, chez les anciens, n’était permis qu’aux seuls grands prêtres, et on n’en confiait pas même le secret à l’élite des initiés. Or, voici ce que c’était que cette clef :
C’était un alphabet hiéroglyphique et numéral
LF, CHARIOT It’ HERMÈS
Septième clef du Tarot (page 332).
1,E LIVRE d’hERMÈS.
exprimant par des caractères et par des nombres une série d’idées universelles et absolues ; puis une échelle de dix nombres multipliés par quatres symboles et reliés ensemble par douze figures représentant les douze signes du zodiaque, plus quatre génies, ceux des quatre points cardinaux.
Le (luaternaire symbolique, figuré dans les mystères de Memphis et de Thèbes par les quatre formes du sphinx, l’homme, l’aigle, le lion et le taureau, correspondait av^c les quatre éléments du monde antique figurés: l’eau, par la coupe que tient l’homme ou le verseau ; l’air par le cercle ou nimbe
(jui entoure la tète de l’aigle céleste; le feu, par le bois qui l’alimente, par l’arbre que la chaleur de la terre et celle du soleil font fructifier, par le sceptre enfin de royauté, dont le lion est l’emblème; la terre, parle glaive de Mithra, qui immole tous les ans le taureau sacré et fait couler avec son sang la sève qui gonfle tous les fruits de la terre.
Or. ces quatre signes, avec toutes leurs analogies, sont l’explication du mot unique caché dans I tous les sanctuaires, du mot que les bacchantes I semblaient deviner dans leur ivresse lorsqu’en célébrant les fêtes d’Iacchos elles s’exaltaient jusqu’au
33/|- IIITUKL DE iA HAUTE MAGIE.
délire pour lo evoiié ! Que signifiait donc ce mol mystérieux? C'était le nom des quatre lettres primitives de la langue mère: le jod, symbole du cep de vigne ou du sceptre paternel de Noë ; le hé, image de la coupe des libations, signe de la maternité divine ; le VAU, qui unit ensemble les deux signes précédents, et avait pour figure dans l’Inde le grand et mystérieux lingam. Tel était, dans le mot divin, le triple signe du ternaire; puis la lettre maternelle paraissait une seconde fois pour exprimer la fécondité de la nature et de la femme, pour formuler aussi le dogme des analogies universelles et progressives descendant des causes aux effets et remontant des effets aux causes. Aussi le mot sacré ne se prononçait- il pas ; il s’épelait et se disait en quatre mots, qui sont les quatre mots sacrés : jod hé vau hé.
Le savant Gaffarel ne doute pas que les theraphim des Hébreux, au moyen desquels ils consultaient les oracles de Vurim et du thumirn n’aient été les figures des quatre animaux de la cabale , dont les symboles étaient résumés, comme nous le dirons bientôt, par les sphinx ou chérubins de l’arche. Mais il cite à propos des théraphim usurpés de Michas, un curieux passage de Philon le Juif
LE LIVRE d’ HERMÈS.
qui est toute une révélation sur l’origine ancienne et sacerdotale de nos Tarots. Voici comment Gaffarel s’exprime: « 11 dit donc (Philon le Juif), par- » lant de l’histoire cachée dans le chapitre susdit » des Juges, que Michas fit de fin or et argent trois » figures de jeunes garçons et trois jeunes veaux, » autant d’un lion, d’un aigle, d’un dragon et d’une » colombe : de façon que si quelqu’un l’allait trou- » ver pour savoir quelque secret touchant sa femme, » il interrogeait la colombe ; si touchant ses en- » fants, par le jeune garçon ; si pour des richesses, » par l'aigle ; si pour la force et la puissance, par
» le lion; si pour la fécondité, par le chérub ou veau;
» si pour la longueur des jours et des ans, par le » dragon. » Cette révélation de Philon, bien que Gaffarel en fasse peu de cas, est pour nous de la plus haute importance. Voiei en effet notre clef du quaternaire, voici les images des quatre animaux symboliques qui se trouvent à la vingt et unième clef du Tarot, c’est-à-dire au troisième septénaire, répétant ainsi trois et résumant tout le symbolisme qu’expriment les trois septénaires superposés; puis l’antagonisme des couleurs, exprimé par la colombe et le dragon ; le cercle ou rota, formé par le dragon ou le serpent pour exprimer la longueur
umilîl. Dli IA IlAUTIi MAdlli.
(les jours; enfui lu divination cabalistique du Tarot tout entière, telle que la prati(|uèrent plus tard les %yptiens bohèmes, dont les secrets furent deviia^s et retrouvés imparfaitement parEtteilla.
On voit dans la Bible que les grands prêtres consultaient le Seigneur sur la table d’or de l’arche sainte, entre les chérubs ou sphinx à corps de taureau et à ailes d’aigle^ et qu’ils consultaient à l’aide des théraphim, par furim, par le thumim et par l’éphod. L’épliod était, comme on sait, un carré magique de douze nombres et de douze motsgravés sur des pierres précieuses. Le mot théraphm, en hébreu, signifie hiéroglyphes ou signes figurés; l’urim et le thumim, c’était le haut et le has, l’orient et l’occident, le oui et le non, et ces signes correspondaient aux deux colonnes du temple Jakin et Boiias. Lors donc que le grand prêtre voulait faire parler l’oracle, il tirait au sort les théraphim ou lames d’or qui portaient les images des quatre mots sacrés, et les plaçait trois par trois autour du rational ou éphod, entre furim et le thumim, c’està-dire entre les deux onyx qui servaient d’agrafes aux chaînettes de féphod. L’onyx de droite signifiait Gédulah ou miséricorde et magnificence ; l’onyx de gauche se rapportait à Géburah et signi-
LE LIVRE d’iIERMÈS.
liait justice et colère, et si, par exemple, le signe du lion se trouvait près de la pierre où était gravé le nom de la tribu de Juda du côté gauche, le grand-prêtre lisait ainsi l’oracle : La verge du Seigneur est irritée contre Juda. Si le tliérapliirn représentait l’homme ou la coupe et qu’il se trouvât également’ à gauche, près de la pierre de Benjamin, le grand-prêtre lisait : La miséricorde du Seigneur est lasse des offenses de Benjamin, qui l’outrage dans son amour. C’est pourquoi il va épancher sur lui la coupe de sa colère, etc. Lorsque le souverain sacerdoce cessa en Israël, quand tous les
oracles du monde se turent en présence du Verbe fait homme et parlant par la bouche du plus populaire et du plus doux des sages, quand l’arche fut perdue, le sanctuaire profané et le temple détruit, les mystères de l’éphod et des théraphim, qui n’étaient plus tracés sur l’or et les pierres précieuses, furent écrits ou plutôt figurés par quelques sages cabalistes sur l’ivoire, sur le parchemin, sur le cuir argenté et doré, puis enfin sur de simples cartes, qui furent toujours suspectes à l’Église officielle, comme renfermant une clef dangereuse de ses mystères. De là sont venus ces tarots dont l’antiquité, révélée au savant Court de Gébelin par la science
T. II
RITUKL Dü: la IIAUTK MAGIË.
môme des hiéroglyfihes et des nüm])res, a tant exercé, plus tard, la douteuse pers[)icacité et la tenace investigation l’Etteilla.
Court de Gébelin, dans le huitième volume de son Monde primilif, donne la figure des vingt-deux clefs et des quatre as du Tarot, et en démontre la parfaite analogie avec tous les symboles de la plus haute antiquité ; il essaye ensuite d’en donner l’explication et il s’égare naturellement, parce qu’il ne prend pas pour point de départ le tétragramme universel et sacré, le lo evohé des bacchanales, le JOD HE VAU HÉ du saiictuaire, le mm de la cabale.
Etteilla ou Alliette, préoccupé uniquement de son système de divination et du profit matériel qu’il pouvait en tirer, Alliette, ancien coiffeur, n’ayant jamais appris ni le français, ni môme l’orthographe, prétendit réformer et s’approprier ainsi le livre deTHOT. Sur le tarot qu’il fit graver, et qui est devenu fort rare, on lit à la carte vingt-huitième (le huit de bâtons) cette réclame naïve: «Etteilla, » professeur d’algèbre, rénovateur de la cartoman- » cie et rédacteurs {aie) des modernes incorrec- » lions de cet ancien livre de Thot, demeure rue de » l’Oseille, n° â8, à Paris, v Etteilla eût certaine-
LE LIVRE d’hERMÈS. âS9
ment mieux fait de ne pas rédiger les incorrections dont il parle : ses travaux ont fait retomber dans le domaine de la magie vulgaire et des tireuses de cartes le livre antique découvert par Court de Gébelin. Qui veut trop prouver ne prouve rien, dit un axiome de logique ; Etteilla en fournit un exemple de plus, et pourtant ses efforts l’avaient amené à une certaine connaissance de la cabale, comme on peut le voir dans quelques rares passages de ses illisibles ouvrages.
Les véritables initiés contemporains d’Etteilla, les roses-croix, par exemple, et les martinivstes qui
étaient en possession du vrai Tarot, comme le prouvent un livre de Saint-Martin, dont les divisions sont celles du Tarot, et ce passage d’un ennemi des roses-croix : « Ils prétendent qu’ils ont un vo- » lume dans lequel ils peuvent apprendre tout ce » qui est dans les autres livres qui sont ou qui » pourraient jamais être. Ce volume est leur rai- » son dans laquelle ils trouvent le prototype de tout » ce qui existe par la facilité d’analyser, de faire » des abstractions, de former une espèce de monde » intellectuel et de créer tous les êtres possibles, » Voyez les cartes philosophiques, théosophistes, » microcosmites, etc. » Conjuration contre la relC
(jion catholique et les souverains^ par railleur du V oile levé pour les curieux, l^aris, Crapard, 1792. Les véritables initiés, disons-nous, qui tenaient le secret du tarot parmi leurs jilus grands mystères, se gardèrent bien de protester contre les erreurs cl’Etteilia, et le laissèrent non pas révéler, mais revoiler l’arcane des vraies clavicules de Salomon. Aussi n’est-ce pas sans un profond étonnement que nous avons retrouvé intacte et ignoré encore celte clef de tous les dogmes et de toutes les philosophies de l’ancien monde. Je dis une clef, et c’en est véritablement une, ayant le cercle des quatre décades pour anneau, et pour tige ou pour corps l’échelle des 22 caractères, puis pour tournant les trois degrés du ternaire, comme l’a compris et figuré Guillaume Postel dans sa Clef des choses cachées depuis le commencement du monde, clef dont il indique ainsi le nom occulte et connu des seuls initiés :
LE LIVRE d’ HERMÈS.
mot (jLii peut se lire Rota, et qui signitie la roue d’Kzéchiel, ou Tarot, et alors il est synonyme de I’Azoth des philosophes hermétiques. C’est un mot qui exprime cabalistiquement l’absolu dogmatique et naturel ; il est formé des caractères du monogramme de Christ, suivant les Grecs et les Hébreux. L’R latine ou le P grec se trouve au milieu, entre l’alpha et l’oméga de V Apocalypse; puis le Tau sacré, image de la croix, enferme le mot tout entier, comme nous l’avons représenté à la page 95 de notre Rituel.
Sans le tarot, la magie des anciens est un livre
fermé jioiir nous, cl il e.st impossible de pénétrer
aucun des grands mystères de la cabale. Le tarot
seul donne l’interprétation des carrés magiques d’ Agrippa et de Paracelse, comme on peut s’en convaincre en formant ces mômes carrés avec les clefs du tarot et en lisant les hiéroglyphes qui se trouveront ainsi rassemblés.
Voici les sept carrés magiques des génies planétaires suivant Paracelse :
Saturne.
Jupiter.
TT
Tï
TI
Mars.
ïï
LE LIVRE d’hERMÈS
.Le Soleil.
TT
Ts
Te
Ti
Ti
Ti
Ti
Tô
Ti
Ti
Ti
Vénus.
Ti
TT
Ti
TT
iT
Ti
ôT
TT
La l.UNE.
Vî
iïT
rô
ïh
En additionnant chacune des colonnes de ces carrés, vous obtenez invariablement le nombre caractéristique de la planète, et, en trouvant l’explication^de ce nombre par les hiéroglyphes du Tarot, vous cherchez le sens de toutes les figures, soit triangulaires, soit carrées, soit cruciales, que vous trouverez formées par les nombres. Le résultat de ^ cette opération sera une connaissance complète et approfondie de toutes les allégories et de tous les mystères cachés parles anciens sous le symbole de chaque planète, ou plutôt de chaque personnification des influences, soit célestes, soit humaines, sur tous les événements de la vie.
Nous avons dit que'les 22 clefs du tarot sont les 22 lettres de l’alphabet cabalistique primitif. Voici ^
LK Livaiî u’hiîrmès. 3/i5
une table des variantes de cet alphabet suivant les divers cabalistes hébreux.
X L’ôlre, l’esprit, l’homme ou Dieu ; l’objet compréhensible ; l’unité mère des nombres, la substance première.
Toutes ces idées sont exprimées hiéroglyphiquement par la figure du bateleur. Son corps et ses bras forment la lettre x; il porte ^autour de la tête un nimbe en forme de oo , symbole de la vie et de l’esprit universel ; devant lui sont des épées, des coupes et des pantacles, et il élève vers le ciel la baguette miraculeuse. Il a une figure juvénile et des cheveux bouclés, comme Apollon ou xMercure ; il a le sourire de l’assurance' sur les lèvres et le regard de l’intelligence dans les yeux.
3 La maison de Dieu et de l’homme, le sanctuaire, la loi, la gnose, la cabale, l’église occulte, le binaire, la femme, la mère.
Hiéroglyphe du tarot, la papesse : une femme couronnée d’une tiare, ayant les cornes de la lune ou dTsisla tête environnée d’un voile, la croix solaire sur la poitrine, et tenant sur ses genoux un livre qu’elle cache avec son manteau.
L’auteur protestant d’une prétendue histoire de
la papesse Jean ne a retrouvé et fait servir, tant bien que mal, à sa thèse, deux curieuses et anciennes figures qu’il a trouvées de la papesse ou souveraine prêtresse du Tarot. Ces deux figures donnent à la papesse tous les attributs d’isis: dans ruiie, elle tient et caresse son fils Horus ; dans fautre, elle a les cheveux longs et épars ; elle est assise entre les deux colonnes du binaire, porte sur la poitrine un soleil à quatre rayons, pose une main sur un livre, et fait de fautre le signe de l’ésotérisme sacerdotal, c’est-à-dire qu’elle ouvre seulement trois doigts et tient. les autres repliés en signe de mystère ; derrière sa tête est le voile, et de chaque côté de son siège une mer sur laquelle s’épanouissent des fleurs de lotus. Je plains fort le malencontreux érudit qui n’a voulu voir dans ce symbole antique qu’un portrait monumental de sa ■ prétendue papesse Jeanne.
i Le verbe, le ternaire, la plénitude, la fécondité, la nature, la génération dans les trois mondes.
Symbole, l’impératrice : une femme ailée, cou-
ronnée, assise et tenant au bout dè son sceptre le globe du monde ; elle a pour signe un aigle, image ' de fâme et de la vie.
LE LIVRE d’ HERMÈS. 347
Cette femme est la Vénus-Uranie (les Grecs et a été représentée par saint Jean, dans son Apocalypse, par la femme revêtue du soleil, couronnée de douze étoiles et ayant la lune sous les pieds. C’est la quintessence mystique du ternaire, c’est la spiritualité, c’est l’immortalité, c’est la reine du ciel.
ILa porte ou le gouvernement chez les Orientaux, l’initiation, le pouvoir, le tétragramme, le quaternaire, la pierre cubique ou sa base.
Hiéroglyphe, l’empereur : un souverain dont le corps représente un triangle droit, et les jambes une croix, image de l’Athanor des philosophes.
rt Indication, démonstration, enseignement, loi, symbolisme, philosophie, religion.
Hiéroglyphe, le pape ou le grand hiérophante. Dans les Tarots plus modernes, ce signe est remplacé par l’image de Jupiter. Le grand hiérophante, assis entre les deux colonnes d’Hermès et de Salomon, fait le signe de l’ésotérisme et s’appuie sur la croix à trois traverses d’une forme triangulaire. Devant lui, deux ministres inférieurs sont à ge- - noux, de sorte qu ayant au-dessus de lui les chapiteaux des deux colonnes et au-dessous les deux
lUTlIEL Dli J.A llAliTli MAGlli.
lôlesïles iiiiiiistros, il est, le centre du (juinaire et représente le divin pentagrainine dont il donne ainsi le sens complet. Kn etïét, les colonnes sont la nécessité ou la loi; les têtes sont la liberté ou l’action. De chaque colonne à chaque tète on peut tirer une ligne, et deux lignes de chaque colonne à chacune des deux tètes. On obtiendra ainsi un carré coupé en quatre triangles par une croix, et au milieu de cette croix sera le grand hiérophante, nous dirions presque comme l’araignée des jardins au centre de sa toile, si cette image pouvait convenir à des choses de vérité, de gloire et de lumière.
T Enchaînement, crochet, lingam, enchevêtrement, union, embrassement, lutte, antagonisme, combinaison, équilibre.
Hiéroglyphe, l’homme entre le Vice et la Vertu. Au-dessus de lui rayonne le soleil de la vérité, et dans ce soleil l’Amour tendant son arc et menaçant le Vice de sa flèche. Dans l’ordre des dix séphiroth, ce symbole correspond à Tiphereth , c’est-à-dire à l’idéalisme et à la beauté. Le nombre six représente l’antagonisme des deux ternaires, c’est-à-dire de la négation absolue et de l’absolue affirmation. C’est donc le nombre du travail et de la li-
LK UVRE n’nKRMÈS. 3/|9
I berté ; c’est pour([uoi il se rapporte aussi à la beauté morale et à la gloire.
t Arme, glaive, épée ilamboyante du chérub, septénaire sacré, triomphe, royauté, sacerdoce.
Hiéroglyphe, uu char cubique à quatre colonnes, avec une draperie azurée et étoilée. Dans le char, entre les quatre colonnes, un triomphateur couronné d’un cercle sur lequel s’élèvent et rayonnent ’ trois pentagram mes d’or. Le triomphateur a sur sa cuirasse trois équerres superposées; il y a sur les épaules rurim et le thumin de la souveraine sacrificature, figurés parles deux croissants delà lune en Gédulah et en Géburah ; il tient à la main un sceptre surmonté d’un globe, d’un carré et d’un triangle; son attitude estfière.et tranquille. Au char est attelé un double sphinx ou deux sphinx qui se tiennent par le bas-ventre ; ils tirent l’un d’un côté, l’autre de l’autre; mais l’un des deux tourne la tête, et ils regardent du même côté. Le sphinx qui tourne la tète est noir, l’autre est blanc. Sur le carré qui tait le devant du chariot, on voit le lingam indien surmonté de la sphère volante des Égyptiens. Cet hiéroglyphe, dont nous donnons ici la figure exacte, est le plus beau peut-être et le plus corn-
plet de tous ceux qui œiiiposeiit la clavicule du Tarot .
n Balance, attrait et répulsion, vie, frayeur, promesse et menace.
Hiéroglyphe, la justice avec son glaive et sa balance.
ü Le bien, l’horreur du mal, la moralité, la sagesse.
Hiéroglyphe, un sage appuyé sur son bâton et portant devant lui une lampe; il s’enveloppe entièrement dans son manteau. Son inscription est l’ermite ou le capucin, à cause du capuce de son manteau oriental ; mais son vrai nom c’est la Prudence, et il complète ainsi les quatre vertus cardinales, qui ont paru dépareillées à Court de Gébelin et à Etteilla.
» Principe, manifestation, louange, honneur viril, phallus, fécondité virile, sceptre paternel.
Hiéroglyphe, la roue de fortune, c’est-à-dire la roue cosmogonique d’Ezéchiel, avecun Hermanubis ascendant à droite, un Typhon descendant à gauche, et un sphinx au-dessus en équilibre et tenant l’épée entre ses griffes de lion. Symbole ad-
LE LIVRE d’hERMÈS.
iilirable, défiguré par Etleilla, qui a remplacé Typhon par un homme, Ilerrnaïuihis par une souris, et le sphinx par un singe, allégorie bien cligne de la cabale d’Etteilla.
3 La main dans l’acte de prendre et de tenir.
Hiéroglyphe, l\ force, une femme couronnée du CO vital et qui ferme paisiblement et sans efforts la gueule d’un lion furieux.
S Exemple, enseignement, leçon publique.
Symbole, un homme qui est pendu par un pied et dont les mains sont liées derrière le dos, en sorte que son corps fait un triangle la pointe eu bas, et ses jambes une croix au-dessus du triangle. La potence a la forme d’un tau hébreu ; les deux arbres qui la soutiennent ont chacun six branches coupées. Nous avons expliqué ailleurs ce symbole du sacrifice et de l’œuvre accomplie ; nous n’y reviendrons pas ici.
D Le ciel de Jupiter et de Mars, domination et force, renaissance, création et destruction.
Hiéroglyphe, la mort qui fauche des tètes cou-
RITURL DK LA IIAIJTK MAGIK.
ronnées, dans une prairie où l’on voit pousser des hommes.
^ Le ciel du Soleil, températures , saisons , mouvement, changements de la vie toujours nouvelle et toujours la môme.
Hiéroglyphe, la tempéranck, un ange, ayant le signe du soleil sur le front, et sur la poitrine le carré et le triangle du septénaire, verse d’une coupe dans l’autre les deux essences qui composent l’élixir de vie.
□ Le ciel de Mercure, science occulte, magie, commerce, éloquence, mystère, force morale.
Hiéroglyphe, le diable, le bouc de Mendès ou le Eaphomet du temple avec tous ses attributs pantlîéistiques. Cet hiéroglyphe est le seul qu’Etteilla ait parfaitement compris et convenablement interprété.
y Le ciel de la Lune, altérations, subversions, changements, faiblesses.
Hiéroglyphe, une tour frappée de la foudre, probablement celle de Babel. Deux personnages, Nemrod sans doute et son faux prophète ou son ministre, sont précipités du haut en bas des ruines.
LE LIVRE d’hERMÈS.
L’un des personnages, en tombant, représente parfaitement la lettre V , gnaïn.
3 Le ciel de l’Ame, effusions de la pensée, influence morale de l’idée sur les formes, immorlalilé.
Hiéroglyphe, l’étoile brillante et la jeunesse éternelle. Nous avons donné ailleurs la description de celte figure.
y Les éléments, le monde visible, la lumière reflétée, les formes matérielles, le symbolisme.
Hiéroglyphe, la lune, la rosée, une écrevisse dans l’eau remontant vers la terre, un chien et un loup
hurlant à la lune et arrêtés au pied de deux tours, un sentier qui se perd à l’horizon et qui est parsemé de gouttes de sang.
P Les mixtes, la tête, le sommet, le prince du ciel.
Hiéroglyphe, un soleil radieux et deux enfants nus se donnent la main dans une enceinte fortifiée. Dans d’autres Tarots, c’est une fileuse dévidant les destinées; dans d’autres enfin, un enfant nu monté sur un cheval blanc et déployant un étendard écarlate.
*1 Le végétatif, la vertu génératrice de la terre, la vie éternelle.
T. II
UITUIÎL DE I.A HAUTE MAGnî.
Hiéroglyplie, le jugement. Un génie sonne de l<i trompette et les morts sortent de leurs tombeaux; ces morts redevenus vivants sont un homme, une temmeet un enfant: le ternaire de la vie liuniaiiie.
Le sensitif, la chair, la vie éternelle.
Hiéroglyphe, le fou : un homme habillé en fou, marchant au hasard, chargé d’une besace (ju’il porte derrière lui, et qui est sans doute pleine de ses ridicules et de ses vices ; ses vêtements en désordre laissent à découvert ce qu’il devrait cacher, et un tigre qui le suit le mord sans qu’il songe à l’éviter ou à s’en défendre.
Le microcosme, le résumé de tout en tout.
Hiéroglyphe, le kether, ou la couronne cabalistique entre les quatre animaux mystérieux ; au milieu de la couronne, on voit la Vérité tenant de chaque main une baguette magique.
Telles sont les 22 clefs du Tarot, qui en expliquent tous les nombres. Ainsi le bateleur, ou clef des unités, explique les quatre as avec leur quadruple signification progressive dans les trois mondes et dans le premier principe. Ainsi l’as de
LE LIVRE IMIERMÈS.
ilenier ou de cercle, c’est l’ànie du monde; l’as d’épée, c’est rintelligence militante ; l’as de coupe, c’est l’intelligence aimante; l’as du bâton, c’est l’intelligence créatrice; ce sont aussi les principes du mouvement, du progrès, de la fécondité et de la puissance. Chaque nombre, multiplié par une clef, donne un autre nombre qui, expliqué à son tour par les clefs, complète la révélation philosophique et religieuse contenue dans chaque signe. Or, chacune des 56 cartes peut se multiplier par les clefs tour à tour ; il en résulte une série de combinaisons donnant tous les résultats les plus surprenants de révélation et de lumière. C’est une véritable machine philosophique qui empêche l’esprit de s’égarer, tout en lui laissant son initiative et sa liberté ; ce sont les mathématiques appliquées à l’absolu, c’est l’alliance du positif à l’idéal, c’est une loterie de pensées toutes rigoureusement justes comme les nombres, c’est enfin peut-être ce que le génie humain a jamais conçu tout à la fois de plus simple et de plus grand.
I.a manière de lire les hiéroglyphes du Tarot, c’est de les disposer soit en carré, soit en triangle, en plaçant les nombres pairs en antagonisme et en les conciliant par les impairs. Quatre signes expri-
ment toujours l’absolu dans uii ordre quelconque et s’expliquent par un ciiHpiièine. Ainsi la solution de toutes les questions inag’i(pies est celle du pentagramme, et toutes les antinomies s’expliquent par l’harmonieuse unité.
Disposé ainsi, le Tarot est un véritable oracle, et répond à toutes les questions possibles avec plus de netteté et d’infaillibilité que l’Androïde d’Albert le Grand : en sorte qu’un prisonnier sans livres pourrait, en quelques années, ‘s’il avait seulement un Tarot dont il saurait se servir, avoir acquis une science universelle, et parlerait de tout avec une doctrine sans égale et une éloquence inépuisable. Cette roue, en effet, est la véritable clef de l’art oratoire et du grand art de Raymond Lulle J e’est le véritable secret de la transmutation des ténèbres en lumière, c’est le premier et le plus important de tous les arcanes du grand œuvre.
Au moyen de cette clet universelle du symbolisme, toutes les allégories de l’Inde, de l’Égypte et de la Judée deviennent claires; V Ai:)ocalypse de saint Jean est un livre cabalistique dont le sens est rigoureusement indiqué par les figures et par les nombres de l’iirim du thumin desthéraphim et de
LE LIVRE d’ HERMÈS.
l’éphod. tous résumés et complétés parle Tarot ; les sanctuaires antiques n’ont plus de mystères, et l’on comprend pour la première fois la signifleation des objets du culte des Hébreux. Qui ne voit on effet dans la table d’or, couronnée et supportée par des chérubins, qui couvrait l’arcbe d’alliance et servait de propitiatoire, les mômes symboles que dans la vingt et unième clef du Tarot ? L’arche était un résumé hiéroglyphique de tout le dogme cabalistique, elle contenait le jod ou le bâton fleuri d’Aaron, le hé ou la coupe, le gomor, contenant la manne, les deux tables de la loi, symbole analogue à celui du glaive de justice, et la manne contenue dans le gomor, quatre choses qui traduisent merveilleusement les lettres du létragramme divin.
Gaffarel a prouvé savamment que les chérubins ou ebérub de l’arche étaient en figures de veaux ; mais ce qu’il a ignoré, c’est qu’au lieu de deux il y en avait quatre, deux à chaque extrémité, comme le dit expressément le texte, mal entendu à cet endroit par la plupart des commentateurs.
Ainsi, aux versets 18 et 19 de V Exode, \\ faut traduire de cette manière le texte hébreu :
« Tu feras deux veaux ou sphinx d’or travaillés au marteau de chaque côté de l’oracle.
« lu les placeras ruii tourné d’un côté, l’autre de l’autre. »
Les cbérul) ou sphinx étaient en effet accouplés par deux de chaque côté de l’arche, et leurs têtes se retournaient aux quatre coins du propitiatoire , qu’ils couvraient de leurs ailes arrondies en voûte, ombrageant ainsi la couronne de la table d’or, qu’ils soutenaient sur leurs épaules, et se regardant Tun l’autre parles coupes et regardant le propitiatoire. (Voyez la figure.)
L’arche ainsi avait trois parties ou trois étages, représentant Aziluth, Jezirah et Briah, les trois, mondes de I4 cabale: la base du coffre, à laquelle étaient adaptés les quatre anneaux des deux leviers analogues aux colonnes du temple Jakin et Bohas ;
LE LIVRE d’ HERMÈS.
le corps du coffre, sur lequel ressortait en relief celui des sphinx, et le couvercle, ombragé par les ailes des sphinx. La hase représentait le royaume du sel, pour parler le langage des adeptes d’Hermès ; le coffre le royaume du mercure ou de l’azoth, et le couvercle le royaume du soufre ou du feu. Les autres objets du culte n’étaient pas moins allégoriques, mais il faudrait un ouvrage spécial pour les décrire et les expliquer.
Saint-Martin, dans son Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l’homme et la nature a suivi, comme nous l’avons dit, la division du Tarot, et donne sur les clefs un commentaire mystique assez étendu ; mais il se garde bien de dire où il a pris le plan de son livre et de révéler les hiéroglyphes qu’il commente. Postel a eu la même discrétion, et, en nommant seulement le Tarot dans la figure de sa clef des arcanes, il le désigne dans le reste du livre sous le nom Genèse cVHénoch. Le personnage d’Hénoch, auteur du premier livre sacré, est en effet identique avec celui de Thot chez les Égyptiens, de Cadmus chez les Phéniciens, et de Palamède chez les Grecs.
Nous avons trouvé d’une manière assez extraordinaire une médaille du xvi® siècle qui est une
RITUliL Uli LA HAUTJÎ MAGIE.
clef du Tarol. Nous ne savons trop s’il faut dire que cette médaille et le lieu où nous devions la trouver nous avaient été montrés en songe par le divin Paracelse : (juoi qu’il en soit, la médaille est en notre possession. Elle représente, d’un côté, le bateleur en costume allemand du xvP siècle, tenant d une main sa ceintui'e et de l’autre le pentagiamme^ il a devant lui, sur sa table, entrée un livre ouvert et une bourse fermee, dix deniers ou talismans disposés en deux lignes de trois chacune et en un carr’é de quatre; les pieds de la table forment deux n y et ceux du bateleur deux i renversés de cette manière jl . Le revers de la médaille contient les lettres de l’alphabet, disposées en carré magique de cette façon :
On peut remarquer que cet alphabet n’a que 22 lettres, le V et l’N y étant répétés deux fois, et qu’il est disposé par quatre quinair’es et un quaternaii’e pour clef et pour base. Les quatre lettres finales
LK laVRli d’hermès. 361
sont deux combinaisons du binaire et du ternaire, et, lues cabalistiquenient, elles forment le mot Azoth, en rendant aux configurations de lettres leur valeur en hébreu primitif et en prenant N pour ni Z pour ce qu’il est en latin, V pour le vau hébreu, qui se prononce O entre deux voyelles ou lettres qui en ont la valeur, et l’X pour le tau primitif, qui en avait exactement la figure. Le Tarot tout entier est donc expliqué dans cette merveilleuse médaille, digne en effet de Paracelse, et que nous tenons à la disposition descurieux. Les lettres, disposées par quatre fois cinq, ont pour résumé le mot
jIi/n , analogue à ceux de mn’, d’INRI, et contenant tous les mystères de la cabale.
Le livre du Tarot ayant une si haute importance scientifique, il est bien à désirer qu’on ne l’altère plus. Nous avons parcouru k la Bibliothèque impériale la collection des anciens Tarots, et c’est là que nous en avons recueilli tous les hiéroglyphes dont nous donnons la description. Il reste une œuvre importante à faire: c’est de faire graver et de publier un Tarot rigoureusement complet et soigneusement exécuté. Peut-être fentreprendrons-nous bientôt.
On trouve des vestiges du Tarotchez tous les peu-
pies du monde. Le Tarot italien est, comme nous l’avons dit, le mieux conservé et le plus fidèle ; mais on pourrait le perfectionner encore avec de précieux renseignements empruntés aux jeux espagnols: le deux de coupes, par exemple, dans les ISdibi^ est complètement égytien, et l’on y voit deux vases antiques dont des ibis forment les anses, superposés au-dessus d’une vache; on trouve daus les mêmes cartes une licorne au milieu du ^quatre de deniers; le trois découpés présente la figure d’Isis sortant d’un vase, et des deux autres vases sortent deux ibis portant, l’un une couronne pour la déesse, l’autre une fleur de lotus qu’il semble lui offrir. Les quatre as portent l’image du serpent hiératique et sacré, et, dans certains jeux, au milieu du quatre de deniers, au lieu de la licorne symbolique, on trouve le double triangle de Salomon.
Les Tarots allemands sont plus altérés, et l’on n’y trouve plus guère que les nombres des clefs, surchargées de figures bizarres ou pantagruéliques. Nous avons entre les mains un Tarot chinois, et il se trouve à la Bibliothèque impériale quelques échantillons d’un jeu semblable. M. Paul Boiteau, dans son remarquable ouvrage sur les cartes à jouer, en a donné des spécimens fort bien faits.
LE LIVRE d’hERMÈS.
Le Tarot chinois conserve encore plusieurs des emblèmes primitifs : on y distingue très bien les deniers et les épées, mais il serait plus difficile d’y retrouver les coupes et les bâtons.
C’est aux époques des hérésies gnostiques et manichéennes que le Tarot adû se perdre pour l’Église, et c’est à la môme époque que le sens de la divine Apocalypse a été également perdu. On n’a plus compris que les sept sceaux de ce livre cabalistb^ue sont sept pan tacles dont nous donnons la figure, et qui s’expliquent par les analogies des nombres, des caractères et des figures du Tarot. Ainsi la tradition universelle de la religion unique a été un instant interrompue, les ténèbres du doute se sont répandues sur toute la terre, et il a semblé à l’ignorance que le vrai catholicisme, la révélation universelle, avait un instant disparu. L’explication du livre de saint Jean par les caractères de la cabale sera toute une révélation nouvelle, qu’ont pressentie déjà plusieurs magistes distingués. Voici comment s’exprime l’un d’entre eux, M. Augustin Chaho :
« Le poème àeV J pocalypse suppose dans le jeune évangéliste un système complet et des traditions développées à lui seul.
« Il est écrit en fonnede vision, et resserre dans un cadre éblouissant de poésie toute rérudition, toute la pensée de l’Africain civilisateur.
« Barde inspiré, l’auteur parcourt une série de faits dominants; il trace à grands traits l’histoire de la société d’un cataclysme à l’autre et même au delà.
« Les vérités qu’il révèle sont des prophéties vendes de haut et de loin dont il se fait l’écho sonore.
«11 est la voix qui crie, la voix qui chante les harmonies du désert et prépare les voies à la lumière.
« Sa parole éclate avec empire et commande la foi, car il vient apporter aux barbares les oracles du. lao et dévoiler à l’admiration des civilisations futures le premier- né des soleils.
« La théorie des quatre âges se retrouve dans V Apocalypse comme dans les livres de Zoroastre et la Bible.
« Le rétablissementgraduel des fédérations primitives et du règne de Dieu parmi les peuples affranchis du joug des tyrans et du bandeau de l’erreur est clairement prophétisé pour la fin du quatrième âge et la rénovation du cataclysme montrée,
LE LIVRE d’h EUMES. 365
iraborcl dans le lointain, à la consoinination du temps.
« La description du cataclysme et sa durée; le monde nouveau, dégagé de l’onde et apparu sous le ciel avec tous ses charmes ; le grand serpent, lié par un ange au fond du puits de l’abîme pour un temps; l’aurore enfin de ce temps à venir prophétisée par le verbe, qui apparaît à l’apôtre dès le début de son poëme :
« Sa tête et ses cheveux étaient blancs, ses yeux « étincelaient, ses pieds étaient semblables à l’ai- « raiii fin quand il est dans la fournaise, et sa voix « égalait le bruit des grandes eaux.
« Il avait en sa main droite sept étoiles, et de sa « bouche sortait un glaive à deux tranchants bien « affilé. Son visage était aussi brillaut que le soleil « dans sa force. »
« Voilà Ormusd, Osiris, Cliourien, l’agneau, le Christ, l’ancien des jours, l’homme du temps et du fleuve chanté par Daniel.
« 11 est le premier et le dernier, celui qui a été et qui doit être, l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin.
« 11 tient dans sa main la clef des mystères ; il ouvre le grand abîme du feu central où repose la
mort sous une lente de ténèbres, où dort le grand serpent en attendant le réveil des siècles. »
L’auteur rapproche de cette allégorie de saint Jean celle de Daniel, où les quatre formes du sphinx sont appliquées aux grandes périodes de l’histoire, et où l’homme-soleil, le verbe lumière, console et instruit le voyant.
c( Le prophète Daniel vit une mer agitée en sens contraire par les quatre vents du ciel.
« Et des bêtes fort différentes les unes des autres sortirent des profondeurs de l’Océan.
« L’empire de tout ce qui est sur la terre leur fut accordé jusqu’à un âge, deux âges et la moitié du quatrième âge.
« Et il en sortit quatre.
« La première bête, symbole de la race solaire des voyants, vint du côté de l’Afrique; elle ressemblait à un lion et portait des ailes d’aigles : il lui fut donné un cœur d’homme.
« La seconde bête, emblème des conquérants du nord qui régnèrent par le fer durant le second âge, était semblable à un ours.
« Elle avait dans la gueule trois rangées de dents aiguës, images des trois grandes familles conqué-
LE LIVRE D^IIERMÈS. S67
rantes, et il lui fut dit: Le vez- vous et rassasiezvous de carnage-
« Après l’apparition de la quatrième bête, des trônes furent élevés, et l’ancien des jours, le Christ des voyants, l’agneau du premier âge, se montra assis.
« Son vêtement était d’une éblouissante blancheur, satête rayonnait; son trônç, d’où jaillissaient des flammes vives, était porté sur des roues brûlantes; une flamme de feu très vive sortait de son visage, des myriades d’anges ou d’étoiles brillaient autour de lui.
« Le jugement se tint ; les livres allégoriques furent ouverts.
« Le Christ nouveau vint dans une nuée pleine d’éclairs et s’arrêta devant l’ancien des jours; il obtint en partage la puissance, l’honneur et le règne sur tous les peuples, toutes les tribus, toutes les langues.
«Daniel s’approcha alors de l’un de ceux qui étaient présents et lui demanda la vérité des choses.
« Et il lui est répondu que les quatre animaux sont quatre puissances qui régneront successive ment sur la terre. »
M. Chaho explique ensuite plusieurs images dont les analogies sont frappantes, et qui se retrouvent dans presque tous les livres sacrés. Ses paroles sont très remarquables.
«Dans tout verbe primitif, le parallélisme des rapports physiques et des relations morales s’établit sur les mêmes radicaux.
« Chaque mot porte avec lui sa définition matérielle et sensible, et ce langage vivant est aussi parfait et vrai qu’il est simple et naturel dans Thomme créateur.
« Que le voyant exprime avec le même mot, légèrement modifié, le soleil, le jour, la lumière, la vérité, et qu’appliquant une même épithète au blanc soleil et à un agneau, il dise agneau ou Christ au lieu de soleil, et soleil au lieu de vérité, lumière, civilisation, il n’y a point d’allégorie, mais des rapports vrais, saisis et exprimés avec inspiration.
« Mais quand les enfants de la nuit disent dans leur dialecte incohérent et barbare, soleil, jour , lumière, vérité, agneau, le rapport savant si nettement exprimé par le verbe primitif s’efface et disparaît, et, par la simple traduction, l’agneau elle soleil deviennent des êtres allégoriques, des symboles.
LE LIVRE d’hERMÈS.
« Remarquez, en effet, que le mot allégorie luimême signifie en définition celtique changement de discours^ traduction.
« L’observation que nous venons de faire s’applique rigoureusement à tout le langage cosmogonique des barbares.
« Les voyants se servaient du même radical inspiré pour exprimer la nourriture et Vinstruclion. La science de la vérité n’est-elle pas la nourriture de fàme !
« Ainsi, le rouleau de papyrus ou de bibles dévoré par le prophète Ézéchiel ; le petit livre qu’un ange faitmanger àl’auteur de V A'pocalypse ; lesfestins du palais magique d’Asgard auxquels Gangler est convié par Har le Sublime; la multiplication merveilleuse de sept petits pains, racontée par les évangélistes du Nazaréen; le pain vivant que Jésus- Soleil fait manger à ses disciples, en leur disant : Ceci est mon corps; et une foule d’autres traits semblables, sont une répétition de la môme allégorie : la vie des âmes, qui se nourrissent de vérité ; la vérité, qui se multiplie, sans diminuer jamais et qui, au contraire, augmente à mesure qu’on s’en nourrit.
« Qu’exalté par un noble sentiment de nationa-
T. II
lité, ébloui par l’idée d’une révolution immense, s’érige un révélateur de choses cachées et qu’il cherche a populariser les découvertes de la science antique chez les hommes grossiers, ignorants, dépourvus des notions élémentaires les plus simples.
« Qu’il dise, par exemple : La terre tourne, la terre est ronde comme un œuf.
« Que peut faire le barbare qui écoute, si ce n’est croire! N’est-il pas évident que toute proposition de ce genre devient pour lui un dogme d’en haut, un article de foi?
« Et le voile d’une allégorie savante ne suffit-il pas pour en faire un mythe?
« Dans les écoles des voyants le globe terrestre était représenté par un œuf de carton ou de bois peint, et quand on demandait aux petits enfants : Qu’est-ce que cet œuf? Ils répondaient : C’est la terre.
« Grands enfants, les barbares ayant entendu cela, répétèrent après les petits enfants des voyants : Le monde est un œuf.
« Mais ils comprenaient par là le monde physique, matériel, et les voyants le monde géographique, idéal, le monde image, créé par l’esprit et le verbe.
LE LIVRE d’iIERMÈS.
« En effet, les prêtres de TÉgypte représentaient l’esprit, rinlelligence, Kneph, avec un œuf posé sur les lèvres, pour mieux exprimer que l’œuf n’était là qu’une comparaison, une image, une façon de parler.
« Choumountou, le philosophe de l’Ézour-Vedam, explique de la même manière au fanatique Biache ce qu’il faut entendre par l’œuf d’or de Brahma. »
Il ne faut pas désespérer complètement d’une époque où l’on s’occupe encore de ces recherches sérieuses et raisonnables : aussi est-ce avec un grand soulagement d’esprit et une profonde sympathie que nous venons de citer les pages de M. Chaho. Ce n’est déjà plus ici la critique négative et désespérante de Dupuis et de Yolney. C’est une tendance à une seule foi, à un seul culte qui doit rattacher tout l’avenir à tout le passé ; c’est la réhabilitation de tout les grands hommes accusés faussement de superstition et d’idolàlrie; c’est enfin la justification de Dieu même, ce soleil des intelligences qui n’est jamais voilé pour les âmes droites et pour les cœurs purs.
« Il est grand, le voyant, l’initié, l’élu de la nature et de la suprême raison, s’écrie encore, en concluant, l’auleur que nous venons de citer.
« A lui seul cette faculté d’imitation qui est le principe de son perfectionnement et dont les inspirations, rapides comme l’éclair, dirigent les créations et les découvertes.
« A lui seul un Verbe parfait de convenance, de propriété, de flexibilité, de richesse, créé par réaction physique harmonie de la pensée ; de la pensée, dont les aperçus, encore indépendants du langage, reflètent toujours la nature exactement reproduite dans ses impressions, bien jugé, bien exprimé dans ses rapports.
« A lui seul la lumière, la science, la vérité, parce que l’imagination, bornée à son rôle passif secondaire, ne domine jamais la raison, la logique naturelle qui résulte de la comparaison des idées; qui naissent, s’étendent dans la même proportion que ses besoins, et que le cercle de ses connaissances s’élargit ainsi par degrés sans mélange de jugements faux et d’erreurs.
« A lui seul une lumière infiniment progressive parce que la multiplication rapide de la population, après les rénovations terrestres, combine en peu de siècles la société nouvelle dans tous les rapports imaginables de :a destinée, soit moraux, soit politiques.
LE LIVRE d’hERMÈS.
« Et nous pourrions ajouter, lumière absolue.
« L’homme de notre temps est immuable en soi il ne change pas plus cpie la nature dans laquelle il est ordonné.
« Les conditions sociales où il se trouve placé déterminent seules le degré de son perfectionnement, qui a pour limites la vertu, la sainteté de l’homme et sa félicité dans la loi. »
Nous demandera-t-on encore après de pareils aperçus à quoi servent les sciences occultes ? Traitera-t-on avec dédain de mysticisme et d’illuminisme ces mathématiques vivantes, ces proportions des idées et des formes, cette révélation permanente dans la raison universelle, cet affranchissement de l’esprit, cette base inébranlable donnée à la foi, cette toute puissance révélée à la volonté? Enfants qui cherchiez des prestiges, êtes-vous désappointés parce que nous vous donnons des merveilles ! Un homme nous disait un jour : Faites apparaître le diable, et je’vous croirai. Nous lui avons répondu: Vous demandez peu de chose; nous voulons faire, non pas apparaître, mais disparaître le diable du monde entier, nous voulons le chasser de vos rêves! Le diable, c’est l’ignorance, ce sont les ténèbres, ce sont les incohérences de la pensée.
c’est la laideur! Réveillez-vous donc, dormeur du moyen âge! Ne voyez-vous pas qu’il fait jour? Ne Yoyez-vous pas la lumière de Dieu qui remplit toute la nature? Où donc ose maintenant se montrer le prince déchu des enfers?
Il nous reste à donner nos conclusions et à déterminer le but et la portée de cet ouvrage dans l’ordre religieux, dans l’ordre philosophique et dans l’ordre des réalisations matérielles et positives.
Dans l’ordre religieux d’abord, nous avons démontré que les pratiques des cultes ne sauraient êtres indilîérentes, que la magie des religions est dans leurs rites, que leur force morale est dans la hiérarchie ternaire, et que la hiérarchie a pour base, pour principe et pour synthèse, l’unité.
Nous avons démontré l’unité et l’orthodoxie universelles du dogme, revêtu successivement de plusieurs voiles allégoriques, et nous avons suivi la vérité sauvée par Moïse des profanations de l’Égypte, conservé dans la cabale des prophètes, émancipée par l’école chrétienne de la servitude des pharisiens, attirant à elle toutes les aspirations poétiques et généreuses des civilisations grecque et ro-
LE LIVRE d’hERMÈS.
maine, protestant contre un nouveau phariséisme plus corrompu que le premier, avec les grands saints du moyen âge et les hardis penseurs de la renaissance. Nous avons montré, dis-je, cette vérité toujours universelle, toujours une, toujours vivante, qui seule concilie la raison et la foi, la science et la soumission ; la vérité de l’être démontré par l’être, de l’harmonie démontrée par ri;iarmonie, de la raison manifestée par la raison.
En révélant pour la première fois au monde les mystères de la magie, nous n’avons pas voulu ressusciter des pratiques ensevelies sous les ruines des anciennes civilisations, mais nous disons à l’humanité de nos jours qu’elle est appelée aussi à se créer immortelle et toute-puissante par ses œuvres.
La liberté ne se donne pas, ellese prend, adit un écrivain moderne; il en est de même delascience, et c’est pour cela que da divulgation de la vérité absolue n’est jamais .utile au vulgaire. Mais à une époque où le sanctuaire a été dévasté et est tombé en ruines, parce qu’on en ajeté la clefà travers champs sans profit pour personne, j’ai cru devoir ramasser cette clef, et je l’offre à qui saura la prendre : car celui-là sera à son tour un docteur des nations et un libérateur du monde.
olQ RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
11 faut et il faudra toujours des fables et des lisières aux enfants ; mais il ne faut pas que ceux qui tiennent les lisières soient aussi des enfants et des écouteurs de fables.
Que la science la plus absolue, que la plus haute raison redevienne le partage des chefs du peuple; que Fart sacerdotal et l’art n»yal reprennent le double sceptre des antiques initiations, et le monde sortira encore une fois du chaos.
Ne brûlons plus les saintes images, ne démolissons plus les temples : il faut aux hommes des temples et des images ; mais chassons les vendeurs de la maison de prières; ne laissons plus les aveugles se faire les conducteurs des aveugles ; reconstituons la hiérarchie d’intelligence et de sainteté, et reconnaissons seulement ceux qui savent pour les docteurs de ceux qui croient.
Notre livre est catholique ; et si les révélations qu’ils contient sont de nature à alarmer la conscience des simples, notre consolation est de penser qu’ils ne le liront pas. Nous écrivons pour les hommes sans préjugés et nous ne voulons pas plus flatter l’irréligion que le fanatisme.
Mais, s’il est quelque chose au monde d’essentiellement libre et d’inviolable, c’est la croyance.
LE LIVRE d’hERMÉS.
Il faut, par la science et par la persuasion, détourner deFabsurde les imaginations dévoyées; mais ce serait donner à leurs erreurs toute la dignité et toute la vérités du martyre que de les menacer ou de les contraindre.
La foi n’est qu’une superstition et une folie'si elle n’a la raison pour base, et l’on ne peut supposer ce qu’on ignore que par analogie avec ce qu’on sait. Définir ce qu’on ne sait pas, c’est une ignorance présomptueuse; affirmer positivement ce qu’on ignore, c’est mentir, . ^
Aussi la foi est-elle une aspiration et un désir. Ainsi soit-il, je désire qu’il en soit ainsi, tel est le dernier mot de toutes les professions de foi. La foi, l’espérance et la charité .sont trois sœurs tellement inséparables, qu’on peut les prendre l’une pour l’autre.
Ainsi, en religion, orthodoxie universelle et hiérarchique, restauration de temples dans toute leur splendeur, rétablissement de toutes les cérémonies dans leur pompe primitive, enseignement hiérarchique du symbole, mystères, miracles, légendes pour les enfants, lumière pour les hommes faits qui se garderont bien de scandaliser les petits dans la simplicité de leur croyance. Voilà en religion
toute notre utopie, et c’est aussi le désir et le t'esoin de l’humanité.
Venons à la philosophie.
La nôtre est celle du réalisme et du positivisme.
L’être est en raison de l’être dont personne ne doute. Tout existe pour nous par la science. Savoir, c’est être. La science et son objet s’identifient dans la vie intellectuelle de celui qui sait. Douter, c’est ignorer. Or, ce que nous ignorons n’existe pas encore pour nous. Vivre intellectuellement, c’est apprendre.
L’être se développe et s’amplifie par la science. La première conquête de la science est le premier résultat des sciences exactes, c’est le sentiment de la raison. Les lois de la nature sont de l’algèbre. Aussi la seule foi raisonnable est-elle l’adhésion de l’étudiant à des théorèmes dont il ignore toute la justesse en elle-même, mais dont les applications et les résultats lui sont suffisamment démontrés. Ainsi le vrai philosophe croit à ce qui est , et n’admet a posteriori que tout est raisonnable.
Mais plus de charlatanisme en philosophie, plus d’empirisme, plus de système ; l’étude de l’être et de ses réalités comparées! une métaphysique de la
LE LIVRE d’heRMÈS.
nature! Puis arrière le mysticisme ! Plus de rêves eu philosophie : la philosophie irest pas une poésie ; ce sont les mathématiques pures des réalités, soit physiques, soit morales. Laissons à la religion la liberté de ses aspirations infinies, mais qu’elle laisse à la science les conclusions rigoureuses de l’expéri mentalisme absolu.
L’homme est fils de ses œuvres : il est ce qu’il veut être; il est l’image du Dieu qu’il se fait; il est la réalisation de son idéal. Si son idéal manque de base, tout l’édifice de son immortalité s’écroule. La philosophie n’est pas l’idéal, mais elle doit servir de base cà l’idéal. Le connu est pour nous la mesure de l’inconnu ; le visible nous fait apprécier l’invisible les sensations sont aux pensées comme les pensées aux aspirations. La science est une trigonométrie céleste : un des côtés du triangle absolu, c’est la nature soumise à nos investigations; l’autre c’est notre àme qui embrasse et reflète la nature; le troisième, c’est l’absolu dans lequel s’agrandit notre âme! Plus d’athéisme possible désormais, car nous n’avons plus la prétention de définir Dieu. Dieu est pour nous le plus parfait et le meilleur des
êtres intelligents, et la hiérarchie ascendantedes êtres nous démontre assez qu’il existe. N’en deman-
dons pas davantage; mais, pour le comprendre toujours mieux, perfectionnons-nous en montant vers lui?
Plus d’idéologie; l’être est ce qu’il est et ne se perfectionne que suivant les lois réelles de l’être. Observons, ne préjugeons pas ; exerçons nos facultés, ne les faussons pas; agrandissons le domaine de la vie dans la vie; voyons la vérité dans la vérité ! Tout est possible à celui qui veut seulement ce qui est vrai. Restez dans la nature, étudiez, sachez, puis osez ; osez vouloir, osez agir, et taisezvous !
Plus de haine contre personne. Chacun moissonnera ce qu’il sème. Le résultat des œuvres est fatal, et c’est à la raison suprême déjuger etde châtier les méchants. Celui qui va dans une voie sans issue reviendra sur ses pas ou sera brisé. Avertissez-le doucement, s’il peut encore vous entendre ; puis laissez faire : il faut que la liberté humaine ait son cours.
Nous ne sommes pas juges les uns des autres. La vie est un champ de bataille. Ne cessons pas de combattre à cause de ceux qui tombent, mais évitons de marcher sur eux. Puis vienne la victoire, et les blessés de deux partis, devenus frères par la
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souffrance et devant riiumanité, seront réunis dans les ambulances des vainqueurs.
Telles sont les conséquences du dogme philosophique d’Hermès ; telle a été de tout temps la morale des vrais adeptes; telle est la philosophie des roses-croix héritiers de toutes les sagesses antiques ; telle est la doctrine secrète de ces associations qu’on traitait de subversives de l’ordre public, et qu’on a
toujours accusées de conspiration contre les trônes et les autels !
Le véritable adepte, loin de troubler l’ordre public, en est le plus ferme soutien. Il respecte trop la liberté pour désirer l’anarchie; enfant de la lumière. il aime l’harmonie, et il sait que les ténèbres produisent la confusion. H accepte tout ce qui est, et nie seulement ce qui n’est pas. Il veut la religion vraie, pratique, universelle, croyante, palpable, réalisée dans la vie entière ; il la veut avec un sage et puissant sacerdoce, entouré de toutes les vertus et de tous les prestiges de la foi. Il veut l’orthodoxie universelle, la catholicité absolue, hiérarchique, apostolique, sacramentelle, incontestable et incontestée. Il veut une philosophie expérimentale, réelle, mathématique, modeste dans ses conclusions, infatigable dans ses recherches, scientifique dans ses
progrès. Qui donc peut être contre nous, si Dieu et la raison sont avec nous? Qu’importe qu’on nous préjuge et qu’on nous calomnie? Notre justification entière, ce sont nos pensées et nos œuvres, Nous ne venons pas, comme Œdipe tuer le sphinx du symbolisme; nous entreprenons, au contraire, de le ressusciter. Le sphinx ne dévore que les interprètes aveugles, et celui qui le tue n’a pas su le bien deviner : il faut le dompter, l’enchaîner elle forcer à nous suivre. Le sphinx est le palladium vivant de l’humanité, c’est la conquête du roi de Thèbes; c’eût été le salut d’OEdipe, si OEdipe eût deviné son énigme en entier !
Dans l’ordre positif et matériel, que faut-il conclure de cet ouvrage? La magie est-elle une force que la science peut abandonner au plus audacieux et au plus méchant? Est-ce une fourberie et un mensonge du plus habile pour fasciner l’ignorant et le faible? Le mercure philosophal, est-ce l’exploitation de la crédulité par l’adresse? Ceux qui nous ont compris savent déjà comment répondre à ces questions. La magie ne peut plus être de nos jours l’art des fascinations et des prestiges : on ne trompe maintenant que ceux qui veulent être trompés. Mais l’incrédulité étroite et téméraire du siècle
LE LIVRE d’ HERMÈS.
dernier reçoit tous les démentis donnés par la nature elle-même. Nous vivons environnés de prophéties et de miracles ; le doute les niait autrefois avec témérité, la science aujourd’hui les explique. Non, monsieur le comte de Mirville, il n’est pas donné à un esprit déchu de troubler l’empire de Dieu ! Non, les choses inconnues ne s’expliquent pas par les choses impossibles; non, il n’est point donné à des êtres invisibles de tromper, de tourmenter, de séduire, de tuer même les créatures vivantes de Dieu, les hommes, déjà si ignorants et si faibles, et qui ont tant de peine à se défendre contre leurs propres illusions. Ceux qui vous ont dit cela dans votre enfance vous ont trompé, monsieur le comte, et si vous avez été assez enfant pour les écouter, soyez assez homme maintenant pour ne plus les croire.
L’homme est lui -même le créateur de son ciel et de son enfer, et il n’y a pas d’autres démons que nos folies. Les esprits que la vérité châtie sont corrigés par le châtiment, et ne songent plus à troubler le monde. Si Satan existe, ce ne peut être que le plus malheureux, le plus ignorant, le plus humilié et le plus impuissant des êtres.
L’existence d’un agent universel de la vie, d’un feu vivant, d’une lumière astrale, nous est démon-
Irée par des laits. Le magnétisme nous fait comprendre aujourd’hui les miracles de rancieime magie: les faits de seconde vue, les aspirations, les guérisons soudaines, les pénétrations des pensées, sont maintenant des choses avérées et familières, même à nos enfants. Mais on avait perdu la tradition des anciens, on croyaità des découvertes nouvelles, on cherchait le dernier mot des phénomènes observés, les têtes s’échauffaient devant des manifestations sans portée, on subissait des fascinations sans les comprendre. Nous sommes venu dire aux tourneurs de tables : Ces prodiges ne sont pas nouveaux ; vous pouvez en opérer même de plus grands si vous étudiez les lois secrètes de la nature. Et que résultera-t-il de la connaissance nouvelle de ces pouvoirs? Une nouvelle carrière ouverte à l’activité et à l’intelligence de riiomme, le combat de la vie organisé de nouveau avec des armes plus parfaites, et la possibilité rendue aux intelligences d’élite de redevenir maîtresses de toutes les destinées, en donnant au monde à venir de véritables prêtres et de grands rois !