‹ Dogme et rituel de la haute magieChapitre 9 sur 66 · SUR LA CENDRE · texte numérisé non relu

SUR LA CENDRE

Revertatur cinis ad fontem aquarum viventium, et fiat terra fructificaus, et germinet arborem vite per tria nomina, quæ sunt Netsah, Hod et Jesod, in principio et in fine, per Alpha et Oméga qui sunt in spiritu azotii. Amen.

En mêlant l’eau, le sel et la cendre.

In sale sapientiæ æternæ, et in aqua régénérationis, et in cinere germinante terram novain , omnia fiant per Eloïm Gabriel, Raphael^et Uriel, in sæcula et æonas. Amen.

Exorcisme de l’eau.

Fiat firmamentum in medio aquanmi et separet aquas ab aquis, quæ superius sicut quæ inferius , et quæ inferius sicut quæ superius, ad perpetranda miracula rei unius. Sol ejus pater est, luna mater et ventus banc gestavit in utero suo, ascendit a terra ad cœlum et rursus a cœlo in terram descendit. Exorciso te, creatura aquæ, ut sis mihi spéculum Dei vivi in operibus ejus, et fons vitæ, et ablutio peccatonim. Amen.

Oraison des ondins.

Roi terrible de la mer, vous qui tenez les clefs des cataractes du ciel et qui renfermez les eaux souterraines dans les cavernes de la terre ; roi du déluge

T. II

8‘2 KiTUEL DE LA HAUTE MAGIE.

et des pluies du printemps; vousqui ouvrez les sources des fleuves et des fontaines; vous qui commandez à l’humidité, qui est comme le sang de la terre, de devenir la sève des plantes, nous vous adorons et nous vous invoquons. Nous, vos mobiles et changeantes créatures, parlez-nous dans les grandes commotions de la mer, et nous tremblerons devant vous; parlez-nous aussi dans le murmure des eaux limpides, et nous désirerons votre amour. O immensité dans laquelle vont se perdre tous les fleuves de l’être, qui renaissent toujours en vous ! O océan de perfections infinies ! hauteur, qui vous mirez dans la profondeur ; profondeur, qui vous exhalez dans la hauteur, amenez-nous à la véritable vie par l’intelligence et par l’amour ! Amenez-nous à l’immortalité par le sacrifice, afin que nous soyons trouvés dignes de vous offrir un jour l’eau, le sang et les larmes, pour la rémission des erreurs. Amen.

On exorcise le feu en y jetant du sel , de l’encens, de la résine blanche, du camphre et du soufre, et en prononçant trois fois les trois noms des génies du feu : Michael, roi du soleil et de la foudre ; Samael, roi des volcans, et Anael, prince de la lumière astrale ; puis en récitant l’oraison des salamandres.

Oraison des salamandres.

Immortel, éternel, ineffable et incréé, père de toutes choses , qui es porté sur le chariot roulant sans cesse des mondes qui tournent toujours; dominateur des immensités éthérées, où est élevé le trône de ta puissance, du haut duquel tes yeux redoutables découvrent tout, et tes belles et saintes oreilles écoutent tout, exauce tes enfants, que tu as aimés dès la naissance des siècles ; car ta dorée et grande et éternelle majesté resplendit au-dessus du monde et du ciel des étoiles; tu es élevé sur elles, ô feu étincelant; là, tu t’allumes et t’entretiens toi-même par ta propre splendeur, et il sort de ton essence des ruisseaux intarissables de lumière qui nourrissent ton esprit infini. Cet esprit infini nourrit toutes choses, et fait ce trésor inépuisable de substance toujours prête pour la génération qui la travaille et qui s’approprie les formes dont tu l’as imprégnée dès le principe. De cet esprit tirent aussi leur origine ces rois très saints qui sont autour de ton trône, et qui composent ta cour, ô père universel ! ô unique! ô père des bienheureux mortels et immortels.

84 RITUEL DE lA HAUTE MAGIE.

Tu as créé eu particulier des puissances qui sont merveilleusement semblables à ton éternelle pensée et à ton essence adorable ; tu les as établies supérieures aux anges, qui annoncent au monde tes volontés ; enfin tu nous as créés au troisième rang dans notre empire élémentaire, La, notre continuel exercice est de te louer et d’adorer tes désirs; là, nous brûlons sans cesse en aspirant à te posséder. O père! ô mère, la plus tendre des mères! ô archétype admirable de la maternité et du pur amour ! ô fils, la fleur des fils! ô forme de toutes les formes, âme, esprit, harmonie et nombre de toutes choses! Amen!

On exorcise la terre par l’aspersion de l’eau, par le souffle et par le feu, avec les parfums propres pour chaque jour, et l’on dit l’oraison des gnomes.

Oraison des gnomes.

Roi invisible, qui avez pris la terre pour appui et qui en avez creusé les abîmes pour les remplir de votre toute-puissance ; vous dont le nom fait trembler les voûtes du monde, vous qui faites cou-

LA CONJURATION UliS QUATRE. 85

1er les sept métaux dans les veines de la pierre , monarque des sept lumières, rémunérateur des ouvriers souterrains, amenez-nons à l’air désirable et au royaume de la clarté. Nous veillons et nous travaillons sans relâche, nous cherchons et nous espérons, par les douze pierres de la cité sainte, par les talismans qui sont enfouis, par le clou d’aimant qui traverse le centre du monde. Seigneur, Seigneur, Seigneur, ayez pitié de ceux qui souffrent, élargissez nos poitrines, dégagez et élevez nos têtes, agrandissez-nous. O stabilité et mouvement, 6 jour enveloppé de nuit, ô obcursité voilée de lumière ! ô maître, qui ne retenez jamais par devers vous le salaire de vos travailleurs ! ô blancheur argentine, ô splendeur dorée ! ô couronne de diamants vivants et mélodieux! vous qui portez le ciel à votre doigt comme une bague de saphir, vous qui cachez sous la terre dans le royaume des pierreries la semence merveilleuse des étoiles, vivez, régnez et soyez l’éternel dispensateur des richesses dont vous nous avez fait les gardiens. Amen.

Il faut observer que le royaume spécial des gnomes est au nord, celui des salamandres au midi,

86 RITUliL Dli LA HAUTE MAGIE.

celui des sylphes à l’orient, et celui des ondins k l’occident. Ils influent les quatre tempéraments de l’homme , c’est-à-dire les gnomes sur les mélancoliques, les salamandres sur les sanguins, les ondins sur les flegmatiques et les sylphes sur les bilieux. Leurs signes sont : les hiéroglyphes du taureau pour les gnomes, et on leur commande avec l’épée ; du lion pour les salamandres, et on leur commande avec la baguette fourchue ou le trident magique; de l’aigle pour les sylphes, et on leur commande avec les saints pantacles; enfin du Verseau pour les ondins, et on les évoque avec la coupe des libations. Leurs souverains respectifs sont Gob pour les gnomes, Djîn pour les salamandres, Paralda pour les sylphes, et Nicksa pour les ondins.

Lorsqu’un esprit élémentaire vient tourmenter ou du moins inquiéter les habitants de ce monde, il faut le conjurer par l’air, par l’eau, par le feu et par la terre, en soufflant, en aspergeant, en brûlant des parfums, et en traçant sur la terre l’étoile de Salomon et le pentagramme sacré. Ces figures doivent être parfaitement régulières et faites soit avec les charbons du feu consacré, soit avec un roseau trempé dans diverses couleurs

qu’on mélangera d’aimant pulvérisé. Puis, en tenant à la main le pantacle de Salomon, et prenant tour à tour l’épée, la baguette et la coupe, on prononcera en ces termes et à voix haute la conjuration des quatre ;

Caput mortuum, imperet tibi Dominus per vivum et devotum serpentem.

Cherub, imperet tibi Dominus per Adam Jotchavah ! Aquila errans, imperet tibi Dominus per alas Tauri. Serpens, imperet tibi Dominus tetragrammaton per angelum et leonem!

Michael, Gabriel, Raphaël, Anael!

Fluat üdor per spiritum Eloïm.

Maneat Terra per Adam Iot-Chavah.

Fiat Firmamentum per Iahuvehu-Zebaoth.

Fiat Judicium per igneni in virtute Michael.

Auge aux yeux morts, obéis, ou écoule-toi avec cette eau sainte.

Taureau ailé, travaille, ou retourne à la terre si tu ne veux pas que je t’aiguillonne avec cette épée.

Aigle enchaîné, obéis à ce signe, ou retire-toi devant ce souffle.

Serpent mouvant, rampe à mes pieds, ou sois

KITUliL Dli ],A HAUTli MAGIE.

loiirineiité pear le fou sacré et évapore-toi avec les parfums que j’y brûle.

Que l’eau retourne à l’eau; que le feu brûle; que l’air circule ; que la terre tombe sur la terre par la vertu du pentagramme, qui est l’étoile du matin, et au nom du tétragramme qui est écrit au centre de la croix de lumière. Amen.

Le signe de la croix adopté par les chrétiens ne leur appartient pas exclusivement. Il est aussi cabalistique, et représente les oppositions et l’équilibre quaternaire des éléments. Nous voyons par le verset occulte du Pater que nous avons signalé dans notre Dogme qu’il y avait primitivement deux manières de le faire, ou du moins deux formules bien différentes pour le caractériser : l’une réservée aux prêtres et aux initiés ; l’autre accordée aux néophytes et aux profanes. Ainsi, par exemple, l’initié, en portant la main à son front, disait :

A toi; puis il ajoutait: appartiennent; et continuait en portant la main à sa poitrine : le royaume; puis à l’épaule gauche, la justice; à l’épaule droite, et la miséricorde. Puis on joignait les deux mains en ajoutant’ : dans les cycles générateurs. Tibi sunt Malchut et Geburah et Ghesed per æonas. ^ — Signe de croix absolument et magnifiquement

cabalistique, que les profanations du gnosticisme ont fait perdre complètement à l’Église militante et oflicielle.

Ce signe fait de cette manière doit précéder et terminer la conjuration des quatre.

Pour dompter et asservir les esprits élémentaires, il ne faut jamais s’abandonner aux défauts qui les caractérisent. Ainsi jamais un esprit léger et capricieux ne gouvernera les sylphes. Jamais une nature molle, froide et changeante ne sera maîtresse des ondins ; la colère irrite les salamandres, et la grossièreté cupide rend ceux qu’elle asservit les jouets des gnomes.

Mais il faut être prompt et actif comme les sylphes, flexible et attentif aux images comme les ondins, énergique et fort comme les salamandres, laborieux et patient comme les gnomes; en un mot, il faut les vaincre dans leur force sans jamais se laisser asservir à leurs faiblesses. Lorsqu’on sera bien affermi dans cette disposition, le monde entier sera au service du sage opérateur. Il passera pendant l’orage, et la pluie ne touchera pas sa tête ; le vent ne dérangera pas même un pli de son vêtement; il traversera le feu sans être brûlé; il marchera sur l’eau, et il verra les diamants à travers

l’épaisseur de la terre. Ces promesses, qui peuvent sembler hyperboliques, ne le sont que dans l’inintelligence du vulgaire ; car, si le sage ne fait pas matériellement et précisément les choses que ces paroles expriment, il en fera de bien plus grandes et de plus admirables. Cependant il est indubitable qu’on peut par la volonté diriger les éléments dans une certaine mesure, et en changer ou en arrêter réellement les effets.

Pourquoi, par exemple, s’il est constaté que des personnes, dans l’état d’extase, perdent momentanément leur pesanteur, ne pourrait-on pas marcher ou glisser sur l’eau? Les convulsionnaires de Saint-Médard ne sentaient ni le feu ni le fer, et sollicitaient comme des secours les coups les plus violents et les tortures les plus incroyables. Les étranges ascensions et l’équilibre prodigieux de certains somnambules ne sont-ils pas une révélation de ces forces cachées de la nature? Mais nous vivons dans un siècle où l’on n’a pas le courage d’avouer les miracles dont on est témoin, et si quelqu’un vient dire : J’ai vu ou j’ai fait moi-même les choses que je vous raconte, on lui dira : Vous voulez vous amuser à nos dépens, ou. vous êtes malade. Il vaut mieux se taire et agir.

L(‘s métaux qui correspondent aux quatre formes élémentaires sont l’or et l’argent pour l’air, le mercure pour l’eau, le fer et le cuivre pour le feu, et le plomb pour la terre. On en compose des talismans relatifs aux forces qu’ils représentent et aux effets qu’on se propose d’en obtenir.

La divination par les quatre formes élémentaires, qu’on nomme aéromancie, hydromancie, pyromancie et géomancie, se^ fait de diverses manières, qui toutes dépendent de la volonté et du translucide ou imagination de l’opérateur.

En effet, les quatre éléments ne sont que des instruments pour aider la seconde vue.

La seconde vue est la faculté de voir dans la lumière astrale.

Cette seconde vue est naturelle comme la première vue ou vue sensible et ordinaire; mais elle ne peut s’opérer que par l’abstraction des sens.

Les somnambules et les extatiques jouissent naturellement de la seconde vue ; mais pelte vue est plus lucide quand l’abstraction est plus complète.

L’abstraction se produit par l’ivresse astrale, c’est-à-dire par une surabondance de lumière qui

sature complètement et rend par conséquent inerte l’instrument nerveux.

Les tempéraments sanguins sont plus disposés à raéromancie,les bilieux à la pyroraancie, les pituiteux à l’hydromancie, et les mélancoliques à la géomancie.

L’aéromancie se confirme par l’onéiromancie ou divination par les songes ; on supplée à la pyromancie par le magnétisme, à l’hydromanciepar la cristallomancie, et à la géomancie par la cartomancie. Ce sont des transpositions et des perfectionnements de méthodes.

Mais la divination, de quelque 'manière qu’on puisse l’opérer, est dangereuse, ou tout au moins inutile, car elle décourage la volonté, entrave, par conséquent, la liberté, et fatigue le système

nerveux.

LE l'ENTAGRAMME FLAMROYANT.

Page 1